Par quoi commencer, sans trop en révéler...
Par New Crobuzon. Avec ses rivières et ses quartiers, avec ses rames de train convergeant vers
Perdido Street Station et le Pic, ses docks, ses usines et sa pollution, ses odeurs, ses habitants bigarrés, son ciel parcouru de dirigeables, de wyrmen et de choucas, ses décharges, ses égouts hantés de goules, ses mendiants et ses barons du crime, son maire cynique, sa milice secrète et brutale, ses artistes, ses savants fous, ses opposants et ses héros populaires. Avec ses liens vers le monde extérieur aussi : Bas-Lag. New Crobuzon m'a fait l'effet d'une ville-univers de jeu de rôles, riche, très riche en descriptions, en lieux, en personnages, en objets, en intrigues, en organisations, en possibilités d'aventures, riche et pourtant bien souvent à peine esquissé tant il y est fait d'allusions.
Dans quel genre le classer ?
Mieville se moque des genres, ou prend son inspiration dans tous. J'ai lu que certains le classaient dans la fantasy, mais avis aux amateurs de fantasy standardisée : ce roman n'a à peu près rien à voir avec les
Eddings, les Feist ou les
Hobb. A New Crobuzon cohabitent quatre espèces intelligentes majeures, et d'autres mineures, d'accord, mais qu'on n'a jamais vu de près ou de loin chez
Tolkien. New Crobuzon semble vivre une révolution industrielle basée sur la vapeur, l'électricité et la thaumaturgie, dont la technologie produit des robots, des téléphones télépathiques ou des humains modifiés chirurgicalement. On y trouve des magiciens, des esprits élémentaires et des démons. S'il fallait donner un genre principal je dirais d'ailleurs steampunk. le personnage principal est une sorte de savant fou. Et les intrigues rappellent infiniment plus Rodolphe ou Vidocq qu'Aragorn ou Conan.
L'intrigue ? Longue à se mettre en place. Son ficelage n'est sans doute pas à la hauteur de l'univers et ce sera peut être le point faible du livre. Des personnages entrent et sortent du récit un peu comme dans la vie, sans que les choses soient toujours résolues, mais ils sont tous bien campés. Elle est à plusieurs niveaux. Ca commence très lentement autour des histoires d'un savant pariah et d'une artiste khepri, il faut bien cent cinquante pages pour que le ressort principal du récit, effrayant, se révèle. Mais le vrai personnage de cette aventure, c'est Yagharek l'homme oiseau déchu, seul personnage à s'exprimer à la première personne, à la fin de chaque grande section du livre, coupable du seul crime possible dans son peuple.
Le style, enfin, très descriptif, impersonnel, au style recherché, imagé et riche en vocabulaire. L'histoire prend son temps. A chaque fois que l'auteur semble mettre l'intrigue en suspens pour se lancer dans une longue description évocatrice et imagée, il faut se rappeler qui est le véritable héros de cette histoire : New Crobuzon.
En résumé, pour moi, c'est la baffe de l'année (et même plus : la dernière c'était
Jaworski, et c'était en 2009), un livre dont j'ai eu du mal à décrocher.