ISBN : 2253114472
Éditeur : Le Livre de Poche
(2006)
Note moyenne : 4.18/5 (sur 60 notes)
Les vivants et les morts7Ajouter à mes livres
Lui, c'est Rudi. Il n'a pas trente ans. Elle, c'est Dallas. Bien malin qui pourrait dire pourquoi tout le monde l'appelle comme ça. Même elle a oublié son nom de baptême... Rudi et Dallas travaillent à la Kos, une usine de fibre plastique. Le jour où l'usine ferme, c'es... > voir plus
L' histoire est d'une effrayante banalité. Une usine, dans le Nord, appartenant à un groupe étranger, va être fermée, les salariés licenciés. Lorsque l'auteur a adapté son roman pour la télévision, il a choisi comme lieu de tournage Hénin-Beaumont, c'est dire …. Et ils se battent, même sans aucun espoir. C'est beau, triste et fort, un roman qui marque à jamais. Ces ouvriers qui continuent à vivre, à aimer, à se révolter sont eux, les vivants. Les morts, ce sont les patrons de l'usine, qu'on ne voit jamais. On a parlé de Zola, de Hugo. Non, le style et la situation sont bien d'aujourd'hui, de chez nous, mais une fois ce pavé refermé, on ne regarde plus l'actualité comme avant.
Lorsque j'ai commencé ce roman, j'ai pris un peu de distance avec l'écriture scénaristique, ça me gênait après avoir lu Katherine Mosby dont le style est complètement différent.
Par contre, une fois habituée, il m'a été très difficile de lâcher ce gros bouquin de 647 pages dont le sujet est toujours d'une actualité brûlante. Quelques personnages m'ont paru assez caricaturaux voire superflus, mais à part ça, je me suis laissée emporter par l'histoire de ces ouvriers luttant pour leur dignité même si l'issue de leur combat est prévisible. En arrivant à la manifestation finale, entre dormir et finir le livre, j'ai préféré lire, pas possible de le reposer avant de savoir comment tout ça se terminait ! Par certains côtés, ce roman a presque les traits d'un documentaire. En tout cas, il est passionnant et m'a donné envie de découvrir d'autres écrits de Mordillat.
Oui il est vrai qu'on peut tomber dans les clichés et la redite quand un auteur aborde la chronique sociale. L'histoire de la littérature française en ce domaine passe inévitablement par Emile Zola, il est difficile de se faire une place à côté de lui. J'y ajoute par coup de coeur Frédéric Fajardie. Il y en a des auteurs, mais pas tant que ça ! Gérard Mordillat est de ceux-là.
L'histoire présente est simple, parfois on sourit, mais elle rend la lecture très abordable au plus grand nombre. C'est une bonne manière de parler du drame social dans le contexte de pensée unique libérale. J'ai vraiment dévoré ce roman, et je pense qu'on en sort un peu plus attentif, là où les médias grand public (radio, télé ou presse) pratique une forme d'omerta. Ca fait pas de mal de remuer le couteau dans la plaie de temps en temps.
Ce livre est un pur joyau. Je crois que c'est sans doute un de mes plus grands coups de cœur des dernières années… On pourrait reprocher au livre de Mordillat de plagier Germinal de zola, et il est vrai qu'à bien des égards c'est le même livre transposé à notre époque et dans un secteur d'activité différent. On pourrait aussi lui reprocher des personnages et des situations un peu trop caricaturaux par moments. Mais une fois qu'on est plongé dans Les vivants et les morts il est impossible d'en sortir : on veut savoir ce qui va se passer ensuite, si la grève va tourner à l'avantage des ouvriers lésés ou à l'avantage de ceux qui veulent les léser encore plus… Pour ne rien gâcher au plaisir, le style est admirable : vif, incisif, sans concession.
Or phénomène de mode (pour faire branché) ce livre est vraiment à lire, je dirai même plus qu'il doit figurer dans toute bibliothèque qui se respecte…
Si l'étiquette "Roman" ne qualifiait pas cet ouvrage, on pourait être tenté de lire une page d'actualité. Petite ville de province, dont l'économie est entièrement liée à la présence d'une usine. Rachat, par une multinationale, grèves, manifestations.
Voila la trame, hélas devenue monnaie courante. On y découvre avec curiosité, les dessous sordides des accords patronaux. Mais on y vit aussi le quotidien, avec les ambiguités de chacun. D.R.H., syndicalistes floués, ouvriers prets à tout pour survivre. Magnifiques portraits de la France d'en bas mais aussi du milieu.
Personne n'est épargné, mais tout le monde a son rôle dans cette aventure.
L'amour, la passion y ont aussi leur place. Ces sentiments font partie, comme le désespoir du quotidien de chacun.
C'est un roman, qui, une fois ouvert ne se laisse pas refermer facilement.
Je l'ai lu avec avidité et vous le conseille vivement;
Ecriture simple, ne laissant jamais le vulgaire s'installer, malgré les situations qi pouraient prêter à le faire.
Lisez le! offrez le! Vous ne perdrez pas votre temps!
« L’autre jour, il m’a traité d’esclave et cela m’a mis très en colère. Comment pouvait-il me traiter d’esclave ? Comment pouvais-je être un esclave ? J’ai du travail ; mais c’est vrai que ce travail me permet seulement d’assurer ma survie pour que je puisse continuer à travailler ; je suis propriétaire de ma maison ; mais c’est vrai que je ne le suis qu’en apparence, en réalité, c’est la banque qui l’est ; je suis libre d’aller où bon me semble ; mais ça, ce n’est vrai qu’en théorie car j’ai pas un sou vaillant pour me déplacer ; j’ai la liberté d’expression, mais chacun sait que s’exprimer publiquement sur l’entreprise qui vous emploie c’est ouvrir soi-même la porte d’où on vous poussera dehors. Lorquin avait raison. Tout ce qu’il disait était vrai : j’étais un esclave, je suis un esclave, nous sommes des esclaves. »