"Cependant, les gens extérieurs à la famille, même ceux qui vivaient à des centaines de kilomètres de là, dans la plaine, et n'entendaient que les rumeurs les plus indirectes, les plus exagérées sur le clan des
Bellefleur, n'hésitaient jamais à parler de la malédiction des
Bellefleur, comme s'ils savaient exactement de quoi ils parlaient, et comme si aucun mystère ne l'environnait. Cette malédiction, disait-on, était très simple : les
Bellefleur étaient destinés à être des
Bellefleur, depuis le ventre de leur mère jusqu'au tombeau et au-delà" (p. 61).
Ca y est, j'ai ENFIN terminé
Bellefleur, encore un Oates, chez l'excellente "Cosmopolite" de Stock, après plus d'un mois et demi de lecture (j'ai même dû aller réemprunter le livre, car, quand la date fatidique est arrivée, je n'avais même pas lu la moitié !).
L'auteur entrelace magistralement les sombres destinées des
Bellefleur, depuis Jedediah, qui fuit son frère et sa jeune épouse dont il est fou pour les montagnes sauvages, jusqu'à Leah, la "pièce rapportée", qui essaye de reconstituer le domaine familiale, en passant par ses jumeaux Christable et Bromwell, et son étrange fille Germaine, apparemment dotée d'une bien étrange clairvoyance.
Dans un arbre généalogique complexe où les prénoms se répètent comme des échos (Jean-Pierre, Germaine), au coeur d'une ambiance inquiétante et presque gothique, entre les mugissements des revenants et l'effrayante proximité du Lac Noir, se déploie la "malédiction" des
Bellefleur, leur mélancolie atavique et leur énergie désespérée.
L'extravagant manoir familial, hanté d'esprits, avec ses recoins, ses secrets, son tambour tendu de peau humaine, ses murs plein de rats, son chat mystérieux, sa terrifiante chambre turquoise, sans compter le mauvais air du lac Noir, est, en soi, un personnage des
Bellefleur, et connaîtra d'ailleurs, à ce titre, une bien triste fin.
Un récit résolument étrange, avec des récurrences inquiétantes (le vautour Noir, les silhouettes inversées du lac glacé, la vendetta contre les Varell, les chats), baignant tout entier dans l'air du lac Noir, "lourd, maléfique et humide".
Joyce Caol Oates démontre encore une fois son incroyable talent de psychologue, avec ces
Bellefleur atteints de mélancolie maladive, enclins aux disparitions les plus surnaturelles et les plus angoissantes. En dépit de la (perturbante) absence de continuité narrative (mais qui a finalement bien convenu au rythme très éclaté de ma lecture), un bouquin qui m'a finalement bien emballé dans son charme magnétique.
Si vous aimez
Joyce Carol Oates, vous pouvez essayer
Vallée de la mort (un recueil de nouvelles), ou encore
Sexy, qui, dans des styles et à des époques différentes, véhiculent ces mêmes sentiments et ce talent incroyable de portraitiste.
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