Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures Inscription classique

> Claude Seban (Traducteur)

ISBN : 9782848761695
Éditeur : Philippe Rey (2010)


Note moyenne : 3.92/5 (sur 201 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
S’emparant d’un fait-divers, un mystère jamais résolu, qui bouleversa l’Amérique – l’assassinat le soir de Noël 1996 de la petite Jon Benet Ramsey, six ans et demi, célèbre mini-Miss vedette de concours de beauté –, Joyce Carol Oates reconstruit l’affaire qu’elle n’hési... > Voir plus
Lire un extrait Ajouter une citation Ajouter une critique

> voir toutes (51)

Critiques, analyses et avis

> Ajouter une critique

    • Livres 5.00/5
    Par Sharon, le 21 novembre 2011

    Sharon
    Joyce Carol Oates ne montre pas l'envers du rêve américain, elle le fait littéralement voler en éclats. Pour atteindre son but, elle détourne une forme convenue : le livre-confession autobiographique. Ce genre littéraire commercial fleurit aux Etats-Unis mais aussi en France (je n'ai pas de titres en tête, je ne lis pas ce genre de prose, je sais simplement qu'elle existe. Joyce Carol Oates donne l'illusion du réel en concentrant tous les codes du genre sur sept cents pages, en écrivant avec une maestria, une ironie douloureuse, une lucidité sans faille ce récit sordide.
    Elle s'est inspirée d'un fait divers tristement célèbre : l'assassinat non résolu d'une mini-miss JonBennet Ramsey. Des reportages, et même un téléfilm ont été consacrés à ce meurtre, montrant la manière dont les parents exploitaient leur fille, mais aussi insufflant l'idée que le frère aîné n'était pas étranger à sa mort. Un pédophile est passé aux aveux en 2006, mais les enquêteurs ont montré les incohérences de son témoignage. le dossier a été rouvert fin 2010. Voilà pour les faits "réels". Retournons maintenant au roman.
    Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes dans la famille Rampike. le père a un excellent travail, qui lui a permis d'acheter une maison dans un quartier chic. Sa femme ne travaille pas, comme il se doit, elle se consacre à l'éducation de son fils, Skyler, le "petit homme" de maman, puis d'Edna Louise, sa fille, un bébé qui passe son temps à pleurer. Leur but ultime, déjà ? Paraître, à tout prix. Personne ne fait attention à madame Rampike, qui essaie d'initier son fils au patinage artistique. Elle peine à entrer en relation avec les familles en vue, celles qui habitent dans des quartiers encore plus chic que le sien. le drame survient. Non, je ne parle pas du meurtre - pas déjà - je parle de la chute qui laissera Skyler handicapé, à la suite d'un accident à l'entraînement de gymnastique. Skyler perd dès lors presque tout intérêt aux yeux de son père, qui n'en fera jamais le grand champion dont il rêvait. Par contre, il pourra intenter un procès à son entraîneur et d'obtenir une somme d'argent substantielle - première dénonciation du système judiciaire américain - et reporter la responsabilité sur lui, et non sur sa volonté de paraître - déjà.
    L'image est ce qui compte plus que tout. Paraître, toujours. le jugement moral n'est pas écrit noir sur blanc, non, il est là, dans le ton employé par Skyler, dans ses remarques persiflantes. Bientôt, Edna Louise ne sera plus, elle sera Bliss, et tant pis si ce choix déplaît à madame Rampike mère dont elle porte le prénom, ce choix ne l'avait pas amadoué, pourquoi le conserver ? Bliss entre sur cette scène qu'est la patinoire, et tous les regards convergent vers cette enfant de quatre ans qui patine si bien. Cette enfant aura très vite les mêmes costumes qu'une patineuse adulte (les descriptions, précises, sont autant d'invites pour un certain public masculin), elle sera maquillée, non pour aguicher, non parce qu'elle n'est pas très jolie mais parce que c'est nécessaire, ses cheveux seront teints, bref, Edna Louise est complètement dépossédée de son identité première, afin de plaire, pas seulement au jury, mais surtout à ses propres parents, passés maître, surtout la mère, dans le chantage affectif et religieux.
    Bigote, madame Rampike ? Sans doute, elle qui prie si souvent, et se reproche de ne pas avoir prié assez en cas de défaite. Elle s'est forgée une foi à son image, je l'imagine fort bien en championne de la casuistique, elle qui déforme chaque précepte pour l'utiliser à son avantage. le pire, bien sûr, est qu'elle n'en a aucunement conscience, tout comme son mari n'a aucunement conscience que sa culture n'est que de la cuistrerie, qui en serait presque risible n'étaient son attachement viscérale à ses principes, aussi déformés qu'un reflet dans un palais des glaces.
    Risibles, oui, ils le seraient si la tragédie n'était au milieu du chemin. Ils le seraient par le décalage flagrant entre leurs paroles et leurs actes. Ils sont surtout abjects, et tout une industrie avec eux. Pas besoin de dénoncer, il suffit juste pour Skyler d'annoncer le nombre de maladies mentales qui lui ont été diagnostiquées, le nombre de médicaments que lui et sa soeur ont été contraints de prendre, pour soigner les sus-dites maladies ou pour augmenter les performances sportives, pour rendre plus dociles aussi. La moindre rébellion est aussitôt étiquetée et soignée, à la plus grande joie des industries pharmaceutiques. Il lui suffit aussi de révéler ce qui a été fait des images de sa soeur, et des batailles autour de ce "droit à l'image", chèrement remportée par la famille éplorée. Il suffit de montrer sa mère, devenue écrivain (!) afin de raconter la véritable histoire de sa fille puis de montrer comment elle avait surmonté sa douleur.
    Pour jouer le jeu de la vérité, Joyce Carol Oates montre Skyler en train de s'interroger. Sur la justesse de ses souvenirs ou de sa reconstitution. Sur son droit à raconter tel ou tel fait. Etre multiple, le Skyler lecteur sourit presque du Skyler écrivain, encore sous le coup de ses névroses, tout comme celui-ci se détache du Skyler souffrant qui est pourtant le personnage de base de ce récit - lui et Bliss, indéfectiblement liés. Paradoxe ultime ou pirouette finale, Skyler choisit de ne pas révéler la vérité sur le meurtre de sa soeur, tout en le montrant à lire dans le récit. Skyler ne peut pas dire quelque chose qu'il n'a pas fait.
    Tous les sujets peuvent être traités en littérature. Il faut juste avoir la puissante écriture de Joyce Carol Oates pour en tirer un ouvrage destabilisant, dérangeant, et parfaitement réussi.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          2 28         Page de la critique

    • Livres 2.00/5
    Par Ode, le 08 février 2015

    Ode
    Dans la lignée traumatisante et sordide des assassinats d'enfants non-élucidés, l'Amérique s'est passionnée pour la ‘mini-Miss' JonBenet Ramsey, 6 ans, originaire du Colorado, dont le corps violenté a été découvert dans le sous-sol du domicile parental le jour de Noël 1996. Les photos « d'avant » disponibles sur internet montrent un ange blond aux cheveux bouclés, au regard pétillant et au sourire perlé, sous son diadème étincelant de petite reine de beauté. Presque 20 ans plus tard, malgré les aveux d'un pédophile, des tests ADN et les réouvertures d'enquête, aucun coupable n'a été identifié…
    C'est cette affaire, étalée jusqu'au dégoût dans « l'enfer tabloïd », qui a inspiré à Joyce Carol Oates son roman Petite Soeur, mon amour, publié en 2008. Ici, la famille Ramsey devient la famille Rampike et JoanBenet devient Bliss, une fillette championne de patinage artistique à Fair Hills, une banlieue huppée du New Jersey. Betsey, la mère/manager de Bliss est une femme illuminée qui, après des essais infructueux avec son fils Skyler, reporte sur sa fille, prodige de la glace, son ancienne ambition de devenir patineuse. Elle n'hésite pas à maquiller Bliss et à l'affubler de tenues sexy pour séduire le public, et l'oblige à s'entraîner jusqu'à la douleur. « Notre fille est notre destinée » dit-elle. Bix, le père à la carrure de footballeur, est un cadre supérieur charismatique et volage, toujours en voyage d'affaires, craint par sa famille et assez peu présent auprès de ses enfants.
    Joyce Carol Oates reconstitue le drame de l'intérieur, commençant par le jour du décès, puis remontant le temps pour montrer l'envers du décor, explorer le contexte familial et proposer sa version de l'énigme. le procédé, très ancré sur le vécu traumatique et la psychologie, dans un style « postmoderniste » , pourrait rappeler celui de Blonde, son époustouflante biographie romancée de Marylin Monroe. Mais il s'en écarte en raison de la transposition complète de l'histoire à de véritables personnages de roman, et par l'angle de narration.
    En effet, ce roman sous-titré « L'histoire intime de Skyler Rampike » se veut écrit par Skyler, le frère estropié/mal-aimé/névrosé de Bliss, âgé de 9 ans à l'époque du drame, et maintenant ex-junkie de 19 ans abandonné de tous à cause des rumeurs de culpabilité qui pesèrent sur lui pendant un temps. Cependant, au lieu d'un témoignage à la première personne, Joyce Carol Oates a fait un choix plus compliqué qui est d'imaginer Skyler s'attelant à un manuscrit sur sa propre histoire et celle de Bliss.
    Ce récit qui « se traîne si névrotiquement » m'a déroutée par sa longueur et son côté artificiel - je n'ai pas réussi à croire que le jeune Skyler puisse écrire un tel pavé qui porte l'empreinte de JC Oates à chaque page. Il y a tellement de digressions, de répétitions et de remarques du soi-disant auteur sur son manuscrit via de longues, très longues, notes de bas de page, que j'ai mis plusieurs mois pour venir à bout des 734 pages du format poche, en le lisant par intermittence. Il me semble que la moitié aurait suffi à préserver l'intensité du récit tout en servant le même but : élucider (fictivement) le crime et dénoncer les dérives de certains médias.
    Il n'empêche que je sors bouleversée de cette pénible lecture, écoeurée par tant d'injustice. Mes pensées s'envolent vers JonBenet et les autres petites Bliss de ce monde, victimes d'adultes détraqués, et vers la souffrance qu'elles ont endurée au terme de leur si courte existence. Paix à leur âme.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 28         Page de la critique

    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 15 février 2011

    Woland
    II - Les années ont passé mais les soupçons sont toujours là. Décédée en juin 2006, officiellement d'un cancer des ovaires, Patsy Ramsey a emporté ce qu'elle savait dans la tombe. La fortune et les relations de son mari avaient permis, dès le début, d'empêcher toute implication officielle du couple dans le meurtre de l'enfant. Désir de conserver la face, bien légitime de la part d'innocents ? ou bien volonté de se préserver, en dépit de l'acte accompli ? Au-delà des interrogations de la police et des pressions qu'elle semble avoir subie, ne chose est certaine : si les Ramsey n'ont pas assassiné leur fille, ils ont cherché en tous cas à dissimuler des faits, indices ou autres, et à retarder la découverte du petit cadavre. Pour quelles raisons ?
    Aux USA, l'Affaire JonBenét Ramsey est considérée par une bonne part de l'opinion publique et par certains intellectuels comme similaire à l'Affaire O. J. Simpson, de triste mémoire. Ce qui revient à dire que, aux USA, la justice est à deux vitesses : une justice pour le commun des mortels, en général privé d'argent et de relations, une autre pour ceux qui possèdent argent et entregent. Joyce Carol Oates ne l'envoie pas dire dans nombre de ses interviews sur son nouveau livre, "Petite Soeur Mon Amour", dans lequel, avec le prodigieux talent qu'on lui connaît et qu'on a déjà vu si souvent à l'oeuvre, elle reprend l'Affaire JonBenét Ramsey en tentant d'en donner une explication vraisemblable.
    Avec Oates, la critique sociale et culturelle n'est jamais loin. La romancière déchire ici à belles dents la manie américaine du "paraître à tous prix" et cette volonté de compétition et de réussite à tous crins qui, plus encore à notre époque, est devenue le leitmotiv de nos amis d'Outre-Atlantique. Qu'elle ait transposé le drame de la petite JonBenét (Bliss dans le roman) de l'univers des Mini-miss à celui du patinage artistique, ne change rien à son côté sordide et glauque. Parents fortunés et avides de réussite, Bix et Betsey Rampike cherchent en fait à revivre, par l'intermédiaire de Skyler (leur fils aîné) et de sa petite soeur, Edna-Louise, rebaptisée Bliss par sa mère dès qu'elle commence à se faire remarquer sur la glace, ce qu'eux-mêmes n'ont pu, voulu ou su accomplir : l'un rêve d'une carrière de champion olympique pour son fils, puis, quand celui-ci se blesse - uniquement par la faute de son géniteur d'ailleurs - se détourne de l'enfant et le laisse tomber, comme on le ferait d'une chaussette trouée ; pendant ce temps, l'autre s'aperçoit qu'Edna-Louise ne patine pas trop mal et, du coup, déploie son propre rêve de gloire ...
    Dans son réquisitoire, Oates réserve également une place de choix aux laboratoires pharmaceutiques, aux psychologues et aux psychiatres qui, aux USA, se spécialisent dans le traitement des angoisses enfantines. Elle en dresse un portrait tout bonnement hallucinant. Pas une seule fatigue, pas un seul désir enfantin qui ne soit immédiatement taxé de névrose, de TOC, de TED, etc, etc ... et traité à grand renfort d'anti-dépresseurs et d'anxyolitiques. Quand on sait que l'Europe - pourquoi ? on se le demande - a tendance à imiter les Etats-Unis en matière d'éducation, on ne peut que frémir et cauchemarder devant cette avalanche de drogues imposées, dans la plus stricte légalité, à des êtres si jeunes. Si les parents américains obéissent vraiment les yeux fermés au premier psy venu qui leur assure que leur enfant souffre de névrose, il ne faut plus s'étonner de voir le pays parcouru de tragédies comme la tuerie de Columbine ...
    La ferveur religieuse très particulière des Américains - Betsey Rampike est présentée comme une fanatique qui assaisonne Jésus à toutes les sauces - et le comportement des medias sont tout aussi implacablement mis sur la sellette dans ce qui restera, selon nous, l'un des meilleurs livres de son auteur.
    Oui, "Petite Soeur Mon Amour" est un roman à lire absolument, une réussite d'une rare maîtrise, aussi puissant et détonant que "Blonde" - et c'est de plus une très belle chanson funèbre, dédiée aux mânes perdus d'une petite fille à qui le désir des adultes déroba sa courte vie avant de la détruire définitivement. Délibérément, froidement - avec autant d'indifférence que si l'on écrasait une mouche.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 14         Page de la critique

    • Livres 3.00/5
    Par KrisPy, le 25 août 2015

    KrisPy
    Comme une sombre litanie obsessionnelle, comme un mantra lugubre et macabre, les souvenirs de Skyler Rampike se déroulent et s’enroulent sur eux-mêmes… Sa petite sœur Bliss a été retrouvée morte dans la buanderie de la maison familiale, 10 ans plus tôt.
    Bliss était une enfant prodige, de ces petites américaines façonnées et formatées par une mère frustrée comme il en existe tant. Bliss avait 6 ans, elle patinait divinement depuis l’âge de 4 ans, et elle avait acquis une notoriété qui allait grandissante.
    Bliss était celle qui était bénie de Jésus, qui avait ce don, que s’était vu refuser son frère, ce fabuleux don de subjuguer les foules, tel un petit ange blond volant sur la glace.
    Mais derrière cette image lisse et féérique, se cachait une petite fille tremblant de ne plus être aimée si elle ne patinait pas correctement, une petite fille gavée de médicaments contre la douleur et autres anxiolytiques, une petite fille à qui on avait volé son enfance pour en faire un animal de cirque.
    Alors Skyler - le petit frère mis de côté, le petit frère sacrifié sur l’autel de la célébrité de sa sœur, ce petit garçon mis à l’écart par cette mère perverse-narcissique, assoiffée de reconnaissance, prête à tout (prête à tout ?) pour étancher cette amère soif de reconnaissance par « ses paires », ces femmes de la hautaine-haute société, ce petit garçon délaissé, gavé lui aussi de médicaments pour « Troubles comportementaux » diverses et variés - ce petit Skyler, qui, une fois devenu grand dix ans plus tard, ne s’est toujours pas remis du traumatisme, décide de purger ce dépotoir à souvenirs qu’est devenu sa mémoire… Parce qu’il n’en peut plus de porter sa douleur seul, il va tenter de remonter le temps, de disséquer chaque instant passé au sein de cette famille étrange et pourtant si typique, parfaite illustration du fameux rêve américain tourné au cauchemar.
    Joyce Caroll Oates se glisse dans la peau de Skyler Rampike, 19 ans, solitaire, poly-toxicomane, largement perturbé depuis l’enfance, bien avant déjà la mort de sa sœur, et nous hypnotise avec son obsédante histoire de meurtre non résolu. S’appuyant sur des faits similaires – JonBenét Ramsey, mini-miss qui raflait tous les prix de 94 à 97 dans les concours du Colorado, fut retrouvée morte assassinée dans la buanderie de la maison familiale au matin du 25 décembre 1997, son corps ligoté portant les traces de multiples sévices, dont une fracture au crâne. L’enquête, étrangement menée, n’a jamais permis d’inculper ni d’arrêter qui que soit… Les soupçons ont porté sur les parents, puis sur un pédophile qui s’est dénoncé… en 2007, pour être disculpé ensuite. Le mystère le plus complet plane toujours sur cette sordide et macabre affaire.- Oates tisse une litanie de faits extrapolés, qui tous, tournent autour de la petite sœur, Bliss, de la mère, Betsey, du père, Bix, et du frère, Skyler. Elle nous enlace dans un quotidien étouffant, toxique, avec cette mère exigeante, lunatique, manipulatrice, avec ce père non moins exigeant et lunatique, et de plus épisodique, qui tous deux utilisent comme un objet cette petite créature limite autiste, traitée comme un cheval de race, cette enfant prodige qu’était Bliss, l’étoile filante assassinée. Skyler, l’optionnel, le « raté » qu’on met de côté, sera la voix désincarnée chargée d’apporter un peu de clarté sur cette sombre histoire…
    Mais rien ne sera éclairci… Aucun doute ne sera levé… Que d’autres questions et d’autres extrapolations en jailliront… Car ici, on demeure dans la fiction, même documentée, cela reste un fait divers sordide, pas une enquête, que J.C. Oates a tenté de nous retranscrire par la voix d’un frère blessé à sa petite sœur, morte, son amour, malgré tout... Un livre perturbant, obsédant, où il vous sera compliqué de résister au besoin de comparer avec la véritable histoire…
    Challenge pavés 2015-16
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          1 7         Page de la critique

    • Livres 4.00/5
    Par MachaLoubrun, le 24 mai 2012

    MachaLoubrun
    Inspiré d'un meurtre jamais résolu, l'assassinat de la jeune Jobénet Ramsey', ce fascinant thriller psychologique offre un regard intime et dérangeant sur une famille américaine, à travers les yeux du jeune frère de la victime.
    Lire la prose cynique d'un adolescent névrosé, mal dans sa peau et sa famille peut vite lasser mais Joyce Carol Oates laisse le lecteur abasourdi par l'histoire de « Petite soeur, mon amour » et ébloui par son talent d'écrivain.
    Trainé depuis l'assassinat de Bliss, dans de riches établissements médicalisés, Skyler n'a des nouvelles de sa mère que par le biais des médias.
    Agé de dix-neuf ans, délaissé par ses parents, drogué par des médecins sans scrupules, il affronte seul ses vieux démons et vit rongé par la culpabilité.

    « SKYLER AIDE MOI SKYLER JE SUIS SI SEULE ICI SKYLER
    J'ai si peur J'ai si mal Skyler
    Tu ne vas pas me laisser dans cet endroit horrible, dis Skyler
    Cette voix dans la tête »
    Bliss transformée en poupée patineuse dès son plus jeune âge était devenue une icône pour les médias tandis qu'elle s'étiolait derrière le vernis de la famille américaine parfaite.
    Les parents Rampike ont en effet une soif de réussite et de reconnaissance sociale telle qu'ils vont pour cela instrumentaliser leurs enfants jusqu'à l'écoeurement le plus total du lecteur, les médias, la religion, la médication à outrance, la désocialisation progressive de leurs enfants, tout est bon pour servir leurs projets.
    Mais qui a tué la jeune Bliss, âgée de six ans ? Un détraqué sexuel, ses parents ou Skyler lui-même ? La police semble incapable de faire son travail correctement.
    C'est un portrait au vitriol de la société américaine qui glace le sang parce qu'il parle de l'horreur ordinaire.
    Ce récit psychanalytique surprend jusqu'à la fin par sa justesse et sa profondeur tout en ménageant un suspens qui tient en haleine jusqu'à la dernière page.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 16         Page de la critique


Critiques presse (2)


  • Lexpress , le 28 novembre 2011
    Un conte de fées qui se transforme en murder party, voilà la trame de ce roman magistral où l'on pénètre dans les coulisses d'une famille détruite par sa propre vanité
    Lire la critique sur le site : Lexpress
  • Telerama , le 16 novembre 2011
    Son écriture épouse la personnalité du narrateur, névrotique et désespéré, victime d'une société manipulatrice et de parents infantiles et vaniteux.
    Lire la critique sur le site : Telerama

> voir toutes (51)

Citations et extraits

> Ajouter une citation

  • Par FRANGA, le 28 mars 2013

    "Car en Amérique, la saison de Noël est décrétée familiale. (Rongez-vous d'envie, vous les misérables solitaires qui n'avez pas de famille ? Si mélancolique que soit Thanksgiving, la période des fêtes de fin d'année est bien pire et dure bien plus longtemps, offrant une mine d'occasions d'automédication, de dépressions nerveuses, suicides et débordements publics avec armes à feu. En fait, on pourrait avancer que la période de Noël -jour de l'An, est aujourd'hui la période centrale de la vie américaine, son sens, son but existentiel brut. Vous qui n'avez pas de famille, comme vous devez nous envier, nous qui baignons dans l'amour parental, dans la chaleur des bûches qui brûlent dans l'âtre, attisées par le robuste tisonnier de nos pères, nous qui sommes gavés à éclater des repas de fête frénétiquement cuisinés par nos mères ; comme vous devez regretter de ne pas être nous, ces enfants chouchoutés/protégés qui au pied du sapin le matin de Noël déchirent les emballages coûteux de cadeaux trop nombreux pour qu'on les compte, tandis que maman les réprimande gentiment : "Skyler ! Bliss ! Montrez à papa et maman les paquets que vous venez d'ouvrir, s'il vous plaît ! Et gardez les petites cartes pour savoir qui vous a fait d'aussi jolis cadeaux.")
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 17         Page de la citation

  • Par Woland, le 15 février 2011

    [...] ... Papa veillait aussi à passer des moments de qualité avec Skyler. Oh ! oui !

    Il regardait avec lui les émissions de sport du week-end bien que Skyler énervât son papa parce qu'il s'agitait, se tortillait et n'avait jamais l'air de comprendre ce qui se passait sur le terrain ; il l'emmenait à ses rendez-vous de kinésithérapie [à cette époque, Skyler a déjà été victime du malheureux accident qui le laissera affligé d'une boiterie] ou chez le chirurgien orthopédiste pédiatrique ; dans les bureaux cossus des avocats Kruk, Burr, Krampf et Rosenblatt où, bredouillant et bafouillant d'une façon exaspérante, son fils fit une déposition dont le rusé Morris Kruk tirerait artistement la pièce-maîtresse de l'action en dommages-intérêts de six millions de dollars intenté par Bix Rampike contre le "Gold Metal Gym et Fitness Club" et son (ex-)employé, Vassili Andréïevitch Volokhomski. ( 1 ) En revenant du cabinet de Kruk, un jour de grand vent, papa se confia à Skyler comme sur une impulsion : gros plan sur Big Dabe Bix se confiant avec chaleur à Fiston Skyler l'avorton, attaché à côté de lui sur le siège passager de la Jeep Crusher : "Vu de ma fenêtre, Sky, on n'apprend jamais trop jeune les règles de combat sur le terrain de jeu. Tu as quel âge ... neuf ans ? dix ? ... huit seulement ? - les yeux chaleureux de papa se troublèrent un instant, puis s'éclaircirent - quoi qu'il en soit, il n'est pas trop tôt pour que nous nous mettions autour d'une table , et peut-être maman aussi, avec le "coach en stratégie de carrière" de ton école huppée, pour voir un peu où tu en es, ce HPI ou je ne sais quoi, la "voie rapide." Maman me dit : "Skyler n'a pas l'air d'aimer l'école", "les professeurs de Skyler trouvent qu'il n'est pas à la hauteur de son potentiel", "la jambe de Skyler n'a pas l'air de guérir comme il faudrait", "Skyler n'a pas l'air d'avoir beaucoup d'amis" ... Je ne vais pas donner crédit à ces angoisses maternelles névrotiques en te demandant tout cru si elles sont fondées, fils, je vais supposer que maman exagère, qu'elle dramatise comme ça lui arrive parfois. La ligne de touche, la voilà : "Demain, ta nouvelle vie commence et pas question de merder." Mettons que tu veuilles suivre ton père dans le monde compétitif de l'entreprise, ou que tu préfères tracer ta propre route dans le droit ou la médecine ou la biotechnologie pharmaceutique ... il va te falloir la meilleure éducation dans ces domaines, et un solide réseau de contacts pour t'aplanir le chemin. Ta génération, mon vieux ! ... Vous allez devoir être plus malins que vos parents. Homo homin lupus, comme disait mon père. Tu sais ce que ça veut dire ? "Le loup est l'ami de l'homme", en grec. Traduction : il faut être assez homme pour exploiter le loup, le sang de loup qui court dans tes veines "civilisées", fils ..." A cet instant dramatique, au grand soulagement de Skyler, papa fut interrompu par la sonnerie du téléphone de voiture. ...

    ( 1 ) : cette action pour préjudice personnel, très contestée par les avocats du Gold Medal Gym & Fitness Club", serait finalement réglée à l'amiable contre versement d'une somme non divulguée - de 350 000 à 1 000 000 de dollars, selon certaines rumeurs - dont le mineur Skyler, le plus mineur des mineurs, "affligé d'un handicap permanent, ne verrait jamais un sou. (Vous pensez que papa Bix la mit de côté pour les futures études de Skyler dans une université de l'Ivy League ? C'est gentil de votre part.) Peu après, le Gold Medal Gym & Fitness Club disparut de notre centre [commercial] et de la mémoire locale. [...]
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 4         Page de la citation

  • Par FRANGA, le 14 mars 2013

    "QUI SE PLAINT ?" ÉTAIT L'UNE DES PHRASES FAVORITES DE papa à la maison. Et aussi "Qu'est-ce qui coince ?", "Où est le problème ?", "Où est la ligne de touche ?" Avec une véhémence enjouée, papa déclarait "Pas de problème !", "Homo Homin Lupus" Papa chassait peurs, pleurs et terreurs enfantines d'un claquement de doigts car papa avait un dicton ou une réplique percutante pour toutes les situations : "Tiens le cap !" (papa avait été élève officier au lycée militaire de Bleak Mountain de Gallowsville, Pennsylvanie, dans sa jeunesse) ; "On limite la casse !" (papa avait abandonné Bleak Mountain au bout de deux ans) ; "Ne jamais dire jamais!" (papa avait été un sportif très célébré au lycée et à l'université) ; "On ne jette pas son argent aux chiens !" (l'essence de la sagesse financière, transmise à papa par son père financier et industriel). Pour un type encore relativement jeune, Bix Rampike avait déjà accumulé assez de sagesse universelle pour farcir de devises tout un Grand Canyon de beignets chinois.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 15         Page de la citation

  • Par Ode, le 08 février 2015

    Engoncée dans son collier de caoutchouc mousse, Bliss patinait avec entrain et assurait qu’elle n’avait pas mal. Vraiment pas ! Elle avait la « tête lourde » à cause des sales cachets du Dr Muddick, c’est tout. Et l’estomac « barbouillé ». Elle détestait la Codéine-7 — des capsules visqueuses couleur clams — comme elle détestait tous ses autres « médicaments » et les sales piqûres hebdomadaires dans son « derrière » et la sale « gouttière » en plastique et fil de fer qui lui blessait la bouche et le salon de coiffure où elle devait aller avec maman pour qu’on lui éclaircisse les cheveux avec des produits chimiques qui sentaient mauvais, lui piquaient les yeux et faisaient couler son nez et vite alors maman intervenait pour interrompre cette litanie détestatoire, prononcée d’une voix de plus en plus aiguë, la voix dangereusement aiguë des crises de colère que maman ne pouvait courir le risque de laisser exploser ailleurs qu’au sein de la famille Rampike, et surtout pas dans un endroit public comme la patinoire d’Alcyon où d’autres pouvaient entendre, d’autres patineuses et leurs coachs et leurs mères, qui seraient si choquées, si scandalisées et ravies de voir l’angélique petite Bliss Rampike piquer une colère comme n’importe quelle autre petite patineuse gâtée : « Bliss, ma chérie ! Je t’ai. Et Jésus t’a. »
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 9         Page de la citation

  • Par Woland, le 15 février 2011

    [...] ... voilà que, brusquement, Betsey Rampike était là, interviewée par l'enthousiaste et plantureuse Zelda Zachiarias qui animait tous les après-midis de la semaine ur CBS un talk-show féminin enlevé, "Parole de Femmes", souvent moqué et raillé par les adolescents de [l'Institution.] Skyler éprouva un sentiment de panique en regardant sa mère : plus jeune et plus "rayonnante" que dans son souvenir, les cheveux visiblement éclaircis, et une peau rose/"fraîche" qui semblait molle comme une pâte à pain, qui aurait gardé l'empreinte de votre doigt si vous l'y aviez enfoncée. Betsey portait un ensemble-pantalon fuchsia avec un décolleté en V plongeant qui découvrait la naissance poudrée de ses seins imposants, et quantité de bagues, de bracelets et de colliers cliquetants, conçus, comme le révéla une Zelda Zachiarias admirative, par Betsey elle-même pour "lutter contre son chagrin" après la disparition tragique de sa fille, trois ans et huit mois plus tôt. Souriant bravement, se tamponnant les yeux et bégayant d'une façon qui touchait au coeur le public du studio, Betsey répondait aux questions pénétrantes de l'animatrice sur la mort de sa fille de six ans, et sur les efforts de sa famille pour surmonter le drame et continuer à vivre ; Skyler grimaça en entendant le nom de sa soeur répété si souvent, y compris par Zelda Zachiarias, qui parlait de Bliss aussi familièrement que si elle l'avait connue.

    (...) - " ... des mémoires audacieux, braves, courageux et véritablement édifiants, Betsey. J'en ai offert des exemplaires à tous mes amis et parents, et maintenant je vais leur offrir ces charmants bijoux "Touche Céleste", j'adore les croix d'"émeraudes", et ces bracelets cliquetants si ludiques, si ados !" Profondément émue, Betsey tendit ses beaux bras pour montrer ses bracelets, qui avaient toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, et Zelda Zachiarias, avec toute la générosité maternelle / mammalienne de la meilleure amie que vous ayez jamais eue, éleva bien haut le nouveau livre de Betsey, avec sa couverture arc-en-ciel et ses lettres d'or en relief : "Prie pour Maman : Le Pélerinage d'une Mère, Du Chagrin à la Joie" par Betsey Rampike. ... [...]
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 5         Page de la citation







Sur Amazon
à partir de :
4,50 € (neuf)
3,49 € (occasion)

   

Faire découvrir Petite soeur, mon amour par :

  • Mail
  • Blog

> voir plus

Lecteurs (391)

> voir plus

Quiz