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> Claude Seban (Traducteur)

ISBN : 9782848761695
Éditeur : Philippe Rey (2010)


Note moyenne : 3.92/5 (sur 155 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
S’emparant d’un fait-divers, un mystère jamais résolu, qui bouleversa l’Amérique – l’assassinat le soir de Noël 1996 de la petite JonBenet Ramsey, six ans et demi, célèbre mini-Miss vedette de concours de beauté –, Joyce Carol Oates reconstruit l’affaire qu’elle n’hésit... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Sharon, le 21 novembre 2011

    Sharon
    Joyce Carol Oates ne montre pas l'envers du rêve américain, elle le fait littéralement voler en éclats. Pour atteindre son but, elle détourne une forme convenue : le livre-confession autobiographique. Ce genre littéraire commercial fleurit aux Etats-Unis mais aussi en France (je n'ai pas de titres en tête, je ne lis pas ce genre de prose, je sais simplement qu'elle existe. Joyce Carol Oates donne l'illusion du réel en concentrant tous les codes du genre sur sept cents pages, en écrivant avec une maestria, une ironie douloureuse, une lucidité sans faille ce récit sordide.
    Elle s'est inspirée d'un fait divers tristement célèbre : l'assassinat non résolu d'une mini-miss JonBennet Ramsey. Des reportages, et même un téléfilm ont été consacrés à ce meurtre, montrant la manière dont les parents exploitaient leur fille, mais aussi insufflant l'idée que le frère aîné n'était pas étranger à sa mort. Un pédophile est passé aux avEux en 2006, mais les enquêteurs ont montré les incohérences de son témoignage. le dossier a été rouvert fin 2010. Voilà pour les faits "réels". Retournons maintenant au roman.
    Tout va pour le miEux dans le meilleur des mondes dans la famille Rampike. le père a un excellent travail, qui lui a permis d'acheter une maison dans un quartier chic. Sa femme ne travaille pas, comme il se doit, elle se consacre à l'éducation de son fils, Skyler, le "petit homme" de maman, puis d'Edna Louise, sa fille, un bébé qui passe son temps à pleurer. Leur but ultime, déjà ? Paraître, à tout prix. Personne ne fait attention à madame Rampike, qui essaie d'initier son fils au patinage artistique. Elle peine à entrer en relation avec les familles en vue, celles qui habitent dans des quartiers encore plus chic que le sien. le drame survient. Non, je ne parle pas du meurtre - pas déjà - je parle de la chute qui laissera Skyler handicapé, à la suite d'un accident à l'entraînement de gymnastique. Skyler perd dès lors presque tout intérêt aux yEux de son père, qui n'en fera jamais le grand champion dont il rêvait. Par contre, il pourra intenter un procès à son entraîneur et d'obtenir une somme d'argent substantielle - première dénonciation du système judiciaire américain - et reporter la responsabilité sur lui, et non sur sa volonté de paraître - déjà.
    L'image est ce qui compte plus que tout. Paraître, toujours. le jugement moral n'est pas écrit noir sur blanc, non, il est là, dans le ton employé par Skyler, dans ses remarques persiflantes. Bientôt, Edna Louise ne sera plus, elle sera Bliss, et tant pis si ce choix déplaît à madame Rampike mère dont elle porte le prénom, ce choix ne l'avait pas amadoué, pourquoi le conserver ? Bliss entre sur cette scène qu'est la patinoire, et tous les regards convergent vers cette enfant de quatre ans qui patine si bien. Cette enfant aura très vite les mêmes costumes qu'une patineuse adulte (les descriptions, précises, sont autant d'invites pour un certain public masculin), elle sera maquillée, non pour aguicher, non parce qu'elle n'est pas très jolie mais parce que c'est nécessaire, ses chevEux seront teints, bref, Edna Louise est complètement dépossédée de son identité première, afin de plaire, pas seulement au jury, mais surtout à ses propres parents, passés maître, surtout la mère, dans le chantage affectif et religiEux.
    Bigote, madame Rampike ? Sans doute, elle qui prie si souvent, et se reproche de ne pas avoir prié assez en cas de défaite. Elle s'est forgée une foi à son image, je l'imagine fort bien en championne de la casuistique, elle qui déforme chaque précepte pour l'utiliser à son avantage. le pire, bien sûr, est qu'elle n'en a aucunement conscience, tout comme son mari n'a aucunement conscience que sa culture n'est que de la cuistrerie, qui en serait presque risible n'étaient son attachement viscérale à ses principes, aussi déformés qu'un reflet dans un palais des glaces.
    Risibles, oui, ils le seraient si la tragédie n'était au milieu du chemin. Ils le seraient par le décalage flagrant entre leurs paroles et leurs actes. Ils sont surtout abjects, et tout une industrie avec Eux. Pas besoin de dénoncer, il suffit juste pour Skyler d'annoncer le nombre de maladies mentales qui lui ont été diagnostiquées, le nombre de médicaments que lui et sa soeur ont été contraints de prendre, pour soigner les sus-dites maladies ou pour augmenter les performances sportives, pour rendre plus dociles aussi. La moindre rébellion est aussitôt étiquetée et soignée, à la plus grande joie des industries pharmaceutiques. Il lui suffit aussi de révéler ce qui a été fait des images de sa soeur, et des batailles autour de ce "droit à l'image", chèrement remportée par la famille éplorée. Il suffit de montrer sa mère, devenue écrivain (!) afin de raconter la véritable histoire de sa fille puis de montrer comment elle avait surmonté sa douleur.
    Pour jouer le jeu de la vérité, Joyce Carol Oates montre Skyler en train de s'interroger. Sur la justesse de ses souvenirs ou de sa reconstitution. Sur son droit à raconter tel ou tel fait. Etre multiple, le Skyler lecteur sourit presque du Skyler écrivain, encore sous le coup de ses névroses, tout comme celui-ci se détache du Skyler souffrant qui est pourtant le personnage de base de ce récit - lui et Bliss, indéfectiblement liés. Paradoxe ultime ou pirouette finale, Skyler choisit de ne pas révéler la vérité sur le meurtre de sa soeur, tout en le montrant à lire dans le récit. Skyler ne peut pas dire quelque chose qu'il n'a pas fait.
    Tous les sujets peuvent être traités en littérature. Il faut juste avoir la puissante écriture de Joyce Carol Oates pour en tirer un ouvrage destabilisant, dérangeant, et parfaitement réussi.
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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 15 février 2011

    Woland
    II - Les années ont passé mais les soupçons sont toujours là. Décédée en juin 2006, officiellement d'un cancer des ovaires, Patsy Ramsey a emporté ce qu'elle savait dans la tombe. La fortune et les relations de son mari avaient permis, dès le début, d'empêcher toute implication officielle du couple dans le meurtre de l'enfant. Désir de conserver la face, bien légitime de la part d'innocents ? ou bien volonté de se préserver, en dépit de l'acte accompli ? Au-delà des interrogations de la police et des pressions qu'elle semble avoir subie, ne chose est certaine : si les Ramsey n'ont pas assassiné leur fille, ils ont cherché en tous cas à dissimuler des faits, indices ou autres, et à retarder la découverte du petit cadavre. Pour quelles raisons ?
    Aux USA, l'Affaire JonBenét Ramsey est considérée par une bonne part de l'opinion publique et par certains intellectuels comme similaire à l'Affaire O. J. Simpson, de triste mémoire. Ce qui revient à dire que, aux USA, la justice est à dEux vitesses : une justice pour le commun des mortels, en général privé d'argent et de relations, une autre pour cEux qui possèdent argent et entregent. Joyce Carol Oates ne l'envoie pas dire dans nombre de ses interviews sur son nouveau livre, "Petite Soeur Mon Amour", dans lequel, avec le prodigiEux talent qu'on lui connaît et qu'on a déjà vu si souvent à l'oeuvre, elle reprend l'Affaire JonBenét Ramsey en tentant d'en donner une explication vraisemblable.
    Avec Oates, la critique sociale et culturelle n'est jamais loin. La romancière déchire ici à belles dents la manie américaine du "paraître à tous prix" et cette volonté de compétition et de réussite à tous crins qui, plus encore à notre époque, est devenue le leitmotiv de nos amis d'Outre-Atlantique. Qu'elle ait transposé le drame de la petite JonBenét (Bliss dans le roman) de l'univers des Mini-miss à celui du patinage artistique, ne change rien à son côté sordide et glauque. Parents fortunés et avides de réussite, Bix et Betsey Rampike cherchent en fait à revivre, par l'intermédiaire de Skyler (leur fils aîné) et de sa Petite Soeur, Edna-Louise, rebaptisée Bliss par sa mère dès qu'elle commence à se faire remarquer sur la glace, ce qu'Eux-mêmes n'ont pu, voulu ou su accomplir : l'un rêve d'une carrière de champion olympique pour son fils, puis, quand celui-ci se blesse - uniquement par la faute de son géniteur d'ailleurs - se détourne de l'enfant et le laisse tomber, comme on le ferait d'une chaussette trouée ; pendant ce temps, l'autre s'aperçoit qu'Edna-Louise ne patine pas trop mal et, du coup, déploie son propre rêve de gloire ...
    Dans son réquisitoire, Oates réserve également une place de choix aux laboratoires pharmaceutiques, aux psychologues et aux psychiatres qui, aux USA, se spécialisent dans le traitement des angoisses enfantines. Elle en dresse un portrait tout bonnement hallucinant. Pas une seule fatigue, pas un seul désir enfantin qui ne soit immédiatement taxé de névrose, de TOC, de TED, etc, etc ... et traité à grand renfort d'anti-dépresseurs et d'anxyolitiques. Quand on sait que l'Europe - pourquoi ? on se le demande - a tendance à imiter les Etats-Unis en matière d'éducation, on ne peut que frémir et cauchemarder devant cette avalanche de drogues imposées, dans la plus stricte légalité, à des êtres si jeunes. Si les parents américains obéissent vraiment les yEux fermés au premier psy venu qui leur assure que leur enfant souffre de névrose, il ne faut plus s'étonner de voir le pays parcouru de tragédies comme la tuerie de Columbine ...
    La ferveur religieuse très particulière des Américains - Betsey Rampike est présentée comme une fanatique qui assaisonne Jésus à toutes les sauces - et le comportement des medias sont tout aussi implacablement mis sur la sellette dans ce qui restera, selon nous, l'un des meilleurs livres de son auteur.
    Oui, "Petite Soeur Mon Amour" est un roman à lire absolument, une réussite d'une rare maîtrise, aussi puissant et détonant que "Blonde" - et c'est de plus une très belle chanson funèbre, dédiée aux mânes perdus d'une petite fille à qui le désir des adultes déroba sa courte vie avant de la détruire définitivement. Délibérément, froidement - avec autant d'indifférence que si l'on écrasait une mouche.
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    • Livres 4.00/5
    Par MachaLoubrun, le 24 mai 2012

    MachaLoubrun
    Inspiré d'un meurtre jamais résolu, l'assassinat de la jeune Jobénet Ramsey', ce fascinant thriller psychologique offre un regard intime et dérangeant sur une famille américaine, à travers les yeux du jeune frère de la victime.
    Lire la prose cynique d'un adolescent névrosé, mal dans sa peau et sa famille peut vite lasser mais Joyce Carol Oates laisse le lecteur abasourdi par l'histoire de « Petite sœur, mon amour » et ébloui par son talent d'écrivain.
    Trainé depuis l'assassinat de Bliss, dans de riches établissements médicalisés, Skyler n'a des nouvelles de sa mère que par le biais des médias.
    Agé de dix-neuf ans, délaissé par ses parents, drogué par des médecins sans scrupules, il affronte seul ses vieux démons et vit rongé par la culpabilité.

    « SKYLER AIDE MOI SKYLER JE SUIS SI SEULE ICI SKYLER
    J'ai si peur J'ai si mal Skyler
    Tu ne vas pas me laisser dans cet endroit horrible, dis Skyler
    Cette voix dans la tête »
    Bliss transformée en poupée patineuse dès son plus jeune âge était devenue une icône pour les médias tandis qu'elle s'étiolait derrière le vernis de la famille américaine parfaite.
    Les parents Rampike ont en effet une soif de réussite et de reconnaissance sociale telle qu'ils vont pour cela instrumentaliser leurs enfants jusqu'à l'écœurement le plus total du lecteur, les médias, la religion, la médication à outrance, la désocialisation progressive de leurs enfants, tout est bon pour servir leurs projets.
    Mais qui a tué la jeune Bliss, âgée de six ans ? Un détraqué sexuel, ses parents ou Skyler lui-même ? La police semble incapable de faire son travail correctement.
    C'est un portrait au vitriol de la société américaine qui glace le sang parce qu'il parle de l'horreur ordinaire.
    Ce récit psychanalytique surprend jusqu'à la fin par sa justesse et sa profondeur tout en ménageant un suspens qui tient en haleine jusqu'à la dernière page.
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    • Livres 5.00/5
    Par Ikebukuro, le 14 décembre 2011

    Ikebukuro
    Encore une fois j'ai été complètement bluffée par le talent brillantissime de Joyce Carol Oates pour innover à travers ce roman. Auteur prolifique, ses critiques de la société américaine me réjouissent et à nouveau j'ai été happée dès les premières pages de ce livre par l'histoire de la famille Rampike. J'ai trouvé qu'une fois de plus elle s'était renouvelée par rapport à ses romans précédents, le style, le parti-pris de l'auteur d'écrire à travers les yeux de Skyler frère déjanté et asocial de cette petite fée de la glace qui connaîtra un destin tragique… Inspirée de l'histoire vraie de Joan Bennet Ramsay mini miss découverte assassiné dans le sous-sol de la maison de ses parents, ce fait divers qui défraya la chronique et qui demeurera un mystère pendant 10 ans est le prétexte pour la romancière de critiquer une nouvelle fois les travers de ses contemporains. Mère abusive qui projette ses propres rêves sur ses enfants, père coureur, cadre supérieur jamais à la maison qui "gère" sa famille de loin et laisse la porte ouverte à toutes les idées de grandeur et aux dérives de sa femme et des enfants victimes d'une société dans laquelle on n'existe qu'à travers la télévision, la célébrité, la popularité à outrance et la reconnaissance factice de la "bonne société" provinciale.
    A travers un style brillant et incisif, l'auteur va nous raconter la descente aux enfers de cette famille américaine somme toute banale quand on la découvre au début du roman. Une famille plutôt aisée composée d'un mari, cadre dynamique à la carrière prometteuse qui semble toute tracée, d'une mère au foyer qui se sent délaissée et de deux jeunes enfants. Mais petit à petit cette famille "idéale" va dévoiler son côté le plus sombre et littéralement imploser de l'intérieur. L'histoire nous est racontée à travers la voix de Skyler, qui se souvient entre deux prises de psychotropes, de ce qui est arrivé à sa famille. Entre souvenirs brumeux des faits passés et lucidité aiguisée pour analyser le comportement des protagonistes de l'histoire, Skyler promène le lecteur entre rêve et réalité, entre regrets, culpabilité, haine, jalousie et remords. Persuadé d'être le meurtrier de sa sœur, présumé "coupable" pour ses parents, la vérité s'avèrera encore plus noire et plus sombre que le début du livre ne le laisse présager.
    C'est un livre bouleversant qui nous emmène à nous poser de nombreuses questions, sur la rédemption, sur la culpabilité et le pardon et une fois de plus Joyce Carol Oates nous oblige à aller au-delà des apparences. Une vraie réussite et un auteur qui ne cesse de m'étonner.
    Ce livre est l'un de mes coups de cœur de cette année.
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    • Livres 4.00/5
    Par vintage, le 19 avril 2014

    vintage
    Le point de départ de ce roman est un fait divers des années 90 dans le Colorado. JonBenet Ramsey, 6 ans, est découverte assassinée dans la cave de ses parents le lendemain de Noël. Cette histoire a été très médiatisée aux USA puisque la petite victime était une Miss beauté devenue très célèbre. Les enquêtes se sont multipliées sans que le crime ne soit jamais résolu.
    L'auteur reprend ce fait divers en construisant un roman qui propose une résolution à ce mystère.
    Le personnage s'appelle ici Bliss et elle est une patineuse surdouée. Mise sur un piédestal par ses parents, elle est à la fois aimée et jalousée par son frère aîné, Skyler. C'est justement lui le narrateur de ce récit. Il oscille entre souvenirs de la période entourant le meurtre et le présent. Jamais remis de ce meurtre, ressassé par des média impitoyables, il survit dans un univers de drogues et d'assistance psychologique. Son récit est à l'image de son état d'esprit : déformé, torturé. L'auteur multiplie les effets techniques : longueur de chapitres inégale, profusion de notes de bas de pages, ratures, blancs… le caractère maladroit et opaque participe de l'atmosphère asphyxiante du roman.
    Ces effets de style peuvent dérouter au début, mais ils ne manquent pas de rendre le lecteur actif, d'autant plus qu'il est souvent interpelé par l'auteur.
    Sous le fil d'une narration tendue, le nom de l'assassin va émerger : le père absent, caricature du businessman opportuniste ? La mère étouffante et vaniteuse ? le fan pédophile de Bliss ? Ou le narrateur souffreteux lui-même ?
    Mais détrompez-vous, ce n'est un roman policier (d'ailleurs la police n'est pas présente dans ce roman), mais l'exploration des raisons et des impacts d'un drame familial, le portrait d'une famille dysfonctionnelle avec des parents irresponsables et des enfants manipulés, une famille faisant bonne figure à l'extérieur, mais rongée à l'intérieur…un théâtre d'apparences.
    L'auteur sonde ainsi les ambitions perverses de l'être humain en n'épargnant personne. le supplice de l'enfant, mis en exergue par le meurtre est en réalité lancinant et tous les personnages y contribuent.
    Un roman noir sans concession et poignant.
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Critiques presse (2)


  • Lexpress , le 28 novembre 2011
    Un conte de fées qui se transforme en murder party, voilà la trame de ce roman magistral où l'on pénètre dans les coulisses d'une famille détruite par sa propre vanité
    Lire la critique sur le site : Lexpress
  • Telerama , le 16 novembre 2011
    Son écriture épouse la personnalité du narrateur, névrotique et désespéré, victime d'une société manipulatrice et de parents infantiles et vaniteux.
    Lire la critique sur le site : Telerama

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Citations et extraits

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  • Par FRANGA, le 28 mars 2013

    "Car en Amérique, la saison de Noël est décrétée familiale. (Rongez-vous d'envie, vous les misérables solitaires qui n'avez pas de famille ? Si mélancolique que soit Thanksgiving, la période des fêtes de fin d'année est bien pire et dure bien plus longtemps, offrant une mine d'occasions d'automédication, de dépressions nerveuses, suicides et débordements publics avec armes à feu. En fait, on pourrait avancer que la période de Noël -jour de l'An, est aujourd'hui la période centrale de la vie américaine, son sens, son but existentiel brut. Vous qui n'avez pas de famille, comme vous devez nous envier, nous qui baignons dans l'amour parental, dans la chaleur des bûches qui brûlent dans l'âtre, attisées par le robuste tisonnier de nos pères, nous qui sommes gavés à éclater des repas de fête frénétiquement cuisinés par nos mères ; comme vous devez regretter de ne pas être nous, ces enfants chouchoutés/protégés qui au pied du sapin le matin de Noël déchirent les emballages coûteux de cadeaux trop nombreux pour qu'on les compte, tandis que maman les réprimande gentiment : "Skyler ! Bliss ! Montrez à papa et maman les paquets que vous venez d'ouvrir, s'il vous plaît ! Et gardez les petites cartes pour savoir qui vous a fait d'aussi jolis cadeaux.")
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  • Par Woland, le 15 février 2011

    [...] ... Papa veillait aussi à passer des moments de qualité avec Skyler. Oh ! oui !

    Il regardait avec lui les émissions de sport du week-end bien que Skyler énervât son papa parce qu'il s'agitait, se tortillait et n'avait jamais l'air de comprendre ce qui se passait sur le terrain ; il l'emmenait à ses rendez-vous de kinésithérapie [à cette époque, Skyler a déjà été victime du malheureux accident qui le laissera affligé d'une boiterie] ou chez le chirurgien orthopédiste pédiatrique ; dans les bureaux cossus des avocats Kruk, Burr, Krampf et Rosenblatt où, bredouillant et bafouillant d'une façon exaspérante, son fils fit une déposition dont le rusé Morris Kruk tirerait artistement la pièce-maîtresse de l'action en dommages-intérêts de six millions de dollars intenté par Bix Rampike contre le "Gold Metal Gym et Fitness Club" et son (ex-)employé, Vassili Andréïevitch Volokhomski. ( 1 ) En revenant du cabinet de Kruk, un jour de grand vent, papa se confia à Skyler comme sur une impulsion : gros plan sur Big Dabe Bix se confiant avec chaleur à Fiston Skyler l'avorton, attaché à côté de lui sur le siège passager de la Jeep Crusher : "Vu de ma fenêtre, Sky, on n'apprend jamais trop jeune les règles de combat sur le terrain de jeu. Tu as quel âge ... neuf ans ? dix ? ... huit seulement ? - les yeux chaleureux de papa se troublèrent un instant, puis s'éclaircirent - quoi qu'il en soit, il n'est pas trop tôt pour que nous nous mettions autour d'une table , et peut-être maman aussi, avec le "coach en stratégie de carrière" de ton école huppée, pour voir un peu où tu en es, ce HPI ou je ne sais quoi, la "voie rapide." Maman me dit : "Skyler n'a pas l'air d'aimer l'école", "les professeurs de Skyler trouvent qu'il n'est pas à la hauteur de son potentiel", "la jambe de Skyler n'a pas l'air de guérir comme il faudrait", "Skyler n'a pas l'air d'avoir beaucoup d'amis" ... Je ne vais pas donner crédit à ces angoisses maternelles névrotiques en te demandant tout cru si elles sont fondées, fils, je vais supposer que maman exagère, qu'elle dramatise comme ça lui arrive parfois. La ligne de touche, la voilà : "Demain, ta nouvelle vie commence et pas question de merder." Mettons que tu veuilles suivre ton père dans le monde compétitif de l'entreprise, ou que tu préfères tracer ta propre route dans le droit ou la médecine ou la biotechnologie pharmaceutique ... il va te falloir la meilleure éducation dans ces domaines, et un solide réseau de contacts pour t'aplanir le chemin. Ta génération, mon vieux ! ... Vous allez devoir être plus malins que vos parents. Homo homin lupus, comme disait mon père. Tu sais ce que ça veut dire ? "Le loup est l'ami de l'homme", en grec. Traduction : il faut être assez homme pour exploiter le loup, le sang de loup qui court dans tes veines "civilisées", fils ..." A cet instant dramatique, au grand soulagement de Skyler, papa fut interrompu par la sonnerie du téléphone de voiture. ...

    ( 1 ) : cette action pour préjudice personnel, très contestée par les avocats du Gold Medal Gym & Fitness Club", serait finalement réglée à l'amiable contre versement d'une somme non divulguée - de 350 000 à 1 000 000 de dollars, selon certaines rumeurs - dont le mineur Skyler, le plus mineur des mineurs, "affligé d'un handicap permanent, ne verrait jamais un sou. (Vous pensez que papa Bix la mit de côté pour les futures études de Skyler dans une université de l'Ivy League ? C'est gentil de votre part.) Peu après, le Gold Medal Gym & Fitness Club disparut de notre centre [commercial] et de la mémoire locale. [...]
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  • Par FRANGA, le 14 mars 2013

    "QUI SE PLAINT ?" ÉTAIT L'UNE DES PHRASES FAVORITES DE papa à la maison. Et aussi "Qu'est-ce qui coince ?", "Où est le problème ?", "Où est la ligne de touche ?" Avec une véhémence enjouée, papa déclarait "Pas de problème !", "Homo Homin Lupus" Papa chassait peurs, pleurs et terreurs enfantines d'un claquement de doigts car papa avait un dicton ou une réplique percutante pour toutes les situations : "Tiens le cap !" (papa avait été élève officier au lycée militaire de Bleak Mountain de Gallowsville, Pennsylvanie, dans sa jeunesse) ; "On limite la casse !" (papa avait abandonné Bleak Mountain au bout de deux ans) ; "Ne jamais dire jamais!" (papa avait été un sportif très célébré au lycée et à l'université) ; "On ne jette pas son argent aux chiens !" (l'essence de la sagesse financière, transmise à papa par son père financier et industriel). Pour un type encore relativement jeune, Bix Rampike avait déjà accumulé assez de sagesse universelle pour farcir de devises tout un Grand Canyon de beignets chinois.
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  • Par Woland, le 15 février 2011

    [...] ... voilà que, brusquement, Betsey Rampike était là, interviewée par l'enthousiaste et plantureuse Zelda Zachiarias qui animait tous les après-midis de la semaine ur CBS un talk-show féminin enlevé, "Parole de Femmes", souvent moqué et raillé par les adolescents de [l'Institution.] Skyler éprouva un sentiment de panique en regardant sa mère : plus jeune et plus "rayonnante" que dans son souvenir, les cheveux visiblement éclaircis, et une peau rose/"fraîche" qui semblait molle comme une pâte à pain, qui aurait gardé l'empreinte de votre doigt si vous l'y aviez enfoncée. Betsey portait un ensemble-pantalon fuchsia avec un décolleté en V plongeant qui découvrait la naissance poudrée de ses seins imposants, et quantité de bagues, de bracelets et de colliers cliquetants, conçus, comme le révéla une Zelda Zachiarias admirative, par Betsey elle-même pour "lutter contre son chagrin" après la disparition tragique de sa fille, trois ans et huit mois plus tôt. Souriant bravement, se tamponnant les yeux et bégayant d'une façon qui touchait au coeur le public du studio, Betsey répondait aux questions pénétrantes de l'animatrice sur la mort de sa fille de six ans, et sur les efforts de sa famille pour surmonter le drame et continuer à vivre ; Skyler grimaça en entendant le nom de sa soeur répété si souvent, y compris par Zelda Zachiarias, qui parlait de Bliss aussi familièrement que si elle l'avait connue.

    (...) - " ... des mémoires audacieux, braves, courageux et véritablement édifiants, Betsey. J'en ai offert des exemplaires à tous mes amis et parents, et maintenant je vais leur offrir ces charmants bijoux "Touche Céleste", j'adore les croix d'"émeraudes", et ces bracelets cliquetants si ludiques, si ados !" Profondément émue, Betsey tendit ses beaux bras pour montrer ses bracelets, qui avaient toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, et Zelda Zachiarias, avec toute la générosité maternelle / mammalienne de la meilleure amie que vous ayez jamais eue, éleva bien haut le nouveau livre de Betsey, avec sa couverture arc-en-ciel et ses lettres d'or en relief : "Prie pour Maman : Le Pélerinage d'une Mère, Du Chagrin à la Joie" par Betsey Rampike. ... [...]
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  • Par FRANGA, le 15 mars 2013

    Les sports à la télé avaient beau être abrutissants d'ennui, les mi-temps et les pauses étaient encore plus terribles parce que papa voulait alors que Skyler "parle sport" avec ses potes, tous pourvus d'au moins un fils sportif baraqué, prénommé Mikey, Dickie, Kevin ou Charles, et la question lancée à Skyler concernait son sport préféré et Skyler n'en avait pas, Skyler détestait par-dessus tout les sports brutaux barbares où il faut courir et crier (foot, foot-ball américain) dans le seul but de triompher en ricanant : ON GAGNE, VOUS PERDEZ. Il fallait pourtant que Skyler réponde. Il n'avait pas intérêt à hausser les épaules ni à marmonner, papa ne supportait pas les marmonneurs parce qu'"il n'y a que les ratés qui marmonnent" ou peut-être les "connards", Skyler avait perçu le frisson de fierté avec lequel Bix Rampike l'avait présenté à ses amis Voici mon fils. Voici mon ADN et il ne voulait pas décevoir papa, alors, ayant vu quelques minutes de gymnastique olympique à la télé, des jeunes gymnastes de Chine, de Russie, d'Ukraine à l'agilité stupéfiante, il répondit au petit bonheur : "La gymnastique". Les hommes le contemplèrent avec une expression impénétrable et Bix qui maniait les deux télécommandes, jura tout bas pour on ne sait quelle raison.
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