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ISBN : 2070137147
Éditeur : Gallimard (2012)


Note moyenne : 4.12/5 (sur 16 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Une petite ville d'Algérie, pendant la guerre. Le narrateur a huit ans. Il joue, une après-midi de juin, avec ses camarades dans la cour de la minoterie où son père travaille.

Le chauffeur de l'usine leur propose de les emmener avec lui pour faire un tou... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Malaura, le 28 octobre 2012

    Malaura
    Avec ce poignant récit autobiographique, Jean-Noël Pancrazi gravit, à 63 ans, La montagne du souvenir.
    Un chemin difficile à entreprendre, une ascension pénible mais nécessaire car jamais exprimée, un voyage laborieux au cœur d'une mémoire tourmentée par un épisode traumatisant de l'enfance qui a conditionné toute sa vie d'homme et d'écrivain.
    Grain de blé dur, noir, épais, comme ceux que l'on traitait dans la minoterie où travaillait son père, là-bas à Bordj Bou Arréridj, qui a enrayé pendant de nombreuses années les rouages de sa conscience et qu'il lui fallait, à l'aube de la vieillesse, extraire et exorciser.
    Né dans une petite ville Algérienne en 1949, il avait huit ans pendant la guerre d'Algérie...pardon, il ne faut pas dire la guerre d'Algérie, il faut dire « Les Evénements »…
    Un après-midi calme de juin, les attentats avaient un peu cessé ; presque un temps de paix…Le petit garçon jouait avec ses camarades dans la cour de la minoterie. Ils étaient montés à l'arrière de la camionnette, heureux, confiants, ravis que le chauffeur leur propose d'aller faire un tour là-bas, sur La montagne pourtant interdite, « là où il y avait, croyaient-ils, des ravins pleins de scarabées et de trésors enfouis de guerriers ».
    Mais lui, il était resté, il avait refusé la proposition, se contentant de les regarder partir, ses six petits camarades assis sur la plate-forme de la camionnette, et dans la minoterie désertée durant la sieste des ouvriers, seul, il avait attendu, longtemps, très longtemps, jusqu'à ce que le soir tombe et qu'un vent de panique froid et glacé souffle de La montagne Aurès, cette montagne aux cailloux noirs où on les avait retrouvés, tous les six, six petits corps d'enfants égorgés.
    Après, il y avait eu les cris, les pleurs, la rage impuissante, les hommes en burnous raflés dans les douars et les exécutions sommaires.
    Il y avait eu la déclaration d'Indépendance, l'obligation de départ, la ville qui s'éloignait dans la poussière et les larmes, le retour en France.
    Il y avait eu une nouvelle vie menée sans comprendre pour tous ces petits pieds-noirs immigrés malgré eux qui devaient lutter contre la réticence, l'hostilité et la suspicion.
    Et pour lui, le narrateur, il y avait eu la culpabilité, le remords de ne pas être parti ce jour-là avec ses camarades, le chagrin lourd de regrets, le sentiment d'avoir failli et la honte d'être l'unique rescapé du drame de son enfance.
    Il était temps que l'auteur de « Quartier d'hiver » (Prix Médicis 1990) ou de « Montechristi » dépose ce lourd fardeau qui n'a jamais cessé de peser sur son existence pendant toutes ces années.
    Le récit de l'évènement dramatique dont il a été le témoin, enfant, pourrait enfin faire office de baume cicatrisant sur une plaie toujours à vif malgré le temps passé.
    Comme un alpiniste, Jean-Noël Pancrazi grimpe à l'assaut de la mémoire, du mal intérieur, de la culpabilité, pour expurger cette conscience douloureuse, mise à mal par ce sentiment attristant que ressentent souvent les rescapés d'une tragédie, la honte d'être encore en vie quand les autres sont morts.
    Son écriture est comme un écho à ce passé heurté, pleine de brisures, de cassures et de dénivelés le long de phrases sinueuses, morcelées par la ponctuation (tirets, virgules, points virgules), étirées comme un chemin de croix, belles, saisissantes, superbes de profondeur et de gravité.
    Une narration qui ressemble à une escalade, encordée par des phrases escarpées, longues et prégnantes.
    Montée dangereuse de La montagne Aurès avec ses virages et ses abîmes, progression instable des dunes de sable dans l'immensité du désert, retour mémoriel au sol originel, à la terre aimée et à jamais perdue, que l'auteur décrit avec cette fibre particulière des êtres de l'exil, une nostalgie dépourvue de rancœur, une affliction profondément émouvante qui nimbe tout le texte dans une varappe des émotions où s'entremêlent la beauté des paysages et la violence des événements.
    « le petit survivant est coupable. Il ne dort plus, il écoute, la nuit, la rumeur des rafles. Et il croit qu'on le hait » dit Jean-Noël Pancrazi au détour de pages éminemment bouleversantes.
    Espérons que ce retour dans le passé lui aura permis de trouver l'apaisement du cœur, tout au moins une forme de libération par le pouvoir de l'écrit.
    Puissant, fort et âpre, un texte qui roule longtemps dans les cœurs comme les éboulis sur les parois abruptes des montagnes.
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    • Livres 4.00/5
    Par cicou45, le 04 octobre 2012

    cicou45
    Le narrateur, qui n'est autre que l'auteur, a huit ans à l'époque où se déroule cette histoire. Dans le petit village de Bordj Bou Arréridj en Algérie où il vit avec ses parents, le petit garçon vit dans cette insouciance de cette fin de guerre étant donné que les rafles se font de plus en plus rares. Cependant, un bel après-midi d'été, un chauffeur de bus, leur propose, à lui et ses camarades de classe de les emmener de l'autres côté de La montagne, lieu interdit jusqu'alors. Il est le seul à refuser...ce qui lui sauvera d'ailleurs la vie puisqu'il ne reverra jamais ses amis. Son père, aide-comptable dans une minoterie est le seul à rester tandis qu'il envoie en exil sa femme et son fils en France afin de les protéger car, après les accords d'Evian, l'Algérie n'est plus un leu sûr pour les pieds-noirs. Contraint, le couteau sous la gorge, de s'exiler lui-même peu de temps après, il abandonnera lui aussi ce qu'il considérait comme son chez-lui et sera obligé d'abandonner tout ce qu'il avait tant chéri pendant ces années. Chassé comme un chien par ceux qu'il avait protégé durant la guerre, le père du narrateur ne comprend pas, pas plus d'ailleurs que ces milliers de pieds-noirs que l'on a chassés loin de chez eux.
    Un roman, très bien écrit, malgré la longueur des phrases 'c'est le seul reproche que je fais à l'auteur car le lecteur a parfois tendance à perdre un peu le fil), une histoire émouvante et probablement vécue par certains de nos parents ou grands-parents car cela s'est déroulé il y a à peine cinquante ans...
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    • Livres 4.00/5
    Par trust_me, le 21 juillet 2012

    trust_me
    Cette tragédie s'est déroulée Il y a 50 ans. Jean-Noël Pancrazi n'était qu'un enfant. La guerre d'Algérie touchait à sa fin. Les attentats se faisaient de plus en plus rares. C'était une après-midi calme de juin. A l'heure de la sieste, ses camarades étaient montés dans la camionnette de la minoterie. Lui avait préféré rester. le frère du chauffeur habituel leur avait proposé de faire un tour dans La montagne. L'endroit leur était d'habitude interdit, trop dangereux. Ils étaient partis sans prévenir leurs parents, en secret. En fin de journée, les enfants n'étaient pas réapparus. C'est une patrouille militaire qui les a retrouvés. Les soldats ont redescendu de La montagne six petits corps égorgés. le soir, on a entendu qui « s'élevait d'un balcon le cri d'un homme, d'un père, ce « Mon Dieu », d'abord presque doux, emporté par les larmes, puis de plus en plus concentré, dur, précis, acéré, métallique, comme s'il voulait atteindre, poignarder à son tour ce Dieu en question qui, sans rien dire, avait regardé en plein jour, des hommes tuer des enfants dans La montagne. »
    Douloureux retour en enfance pour Jean-Noël Pancrazi. Sans doute le besoin d'exorciser une fois pour toutes cet abominable événement qui a marqué ses jeunes années. Seul rescapé du massacre, il en vient à culpabiliser. Dans les jours qui ont suivi, la répression militaire fut terrible dans la région. Puis, après la signature des accords d'Evian, il fallu se résigner à quitter cette terre qui l'avait vu naître. L'auteur n'élude pas les exactions et les violences. le pied noir, à jamais déraciné ne sombre à aucun moment dans la haine. Condamné à l'exil, il décrit l'arrivée en France, le rejet auquel il est confronté dans un lycée de Perpignan. Il revient également sur le destin brisé de ses parents qui ne se remettront jamais vraiment de leur départ forcé.
    Un livre court, terrible et profondément humain. Chaque phrase est d'une incroyable longueur. Les mots, uniquement séparés par des virgules ou des points virgules, semblent collés les uns autres, comme si les séparer reviendrait à les isoler et les mettre en danger. La prose reste malgré tout fluide, riche d'images et de sensations. Plus remarquable encore, le fait que Jean-Noël Pancrazi ait réussi le tour de force de laisser son texte à l'écart de toute rancœur. Tout simplement magnifique.


    Lien : http://litterature-a-blog.blogspot.fr/2012/07/la-montagne.html
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    • Livres 4.00/5
    Par araucaria, le 27 août 2014

    araucaria
    Très beau roman autobiographique qui nous conduit de l'Algérie pendant la guerre au retour en France près de Perpignan, puis à Paris et ensuite dans le village de Corse berceau de la famille Pancrazi. La montagne n'est jamais très loin, mais différente de celle qui en Algérie aura marqué à vie le narrateur. Oui car cette montagne d'Algérie est le lieu d'un drame qui à bouleversé Jean-Noël Pancrazi pour la vie. Un livre court, mais un livre fort. Un livre de grande qualité merveilleusement servi par la très belle plume de Jean-Noël Pancrazi.
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    • Livres 4.00/5
    Par HeureDuThe, le 19 juillet 2012

    HeureDuThe
    Pendant la guerre d'Algérie, un enfant de huit ans joue avec ses amis dans l'usine de son père. Lorsqu'un chauffeur de l'usine leur propose de les emmener de l'autre côté de La montagne, (lieu interdit vu le contexte), il est le seul à refuser et ne participe pas à l'expédition. le soir venu, les enfants ne sont pas rentrés et l'inquiétude grandit. Au retour des militaires, l'enfant comprend le drame qui s'est produit. Pour lui commence alors une nouvelle vie chargée d'un lourd remords.
    C'est cet enfant de huit ans qui raconte l'histoire. Il parle de ses souvenirs, de son sentiment de culpabilité et des scènes gravées à jamais. Un récit très émouvant, très bien écrit, à conseiller malgré l'atrocité du sujet.
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Critiques presse (1)


  • Lhumanite , le 11 juin 2012
    Dans la coulée de cette prose subtile la complexité historique devient tangible.
    Lire la critique sur le site : Lhumanite

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Citations et extraits

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  • Par araucaria, le 26 août 2014

    C'était une après-midi calme de juin - on se serait cru en temps de paix, les attentats avaient cessé depuis quelque temps, on ne parlait plus que d'"incidents" ici ou là, on se méfiait moins, on repartait se promener hors de la ville; mes camarades étaient montés devant moi dans la camionnette de la minoterie; le frère du chauffeur habituel, profitant du désert de la cour de l'usine à deux heures, du repos des ouvriers, de l'absence des contremaîtres, leur proposait de faire un tour, là-bas, dans la montagne qui nous était pourtant interdite, là où il y avait, croyaient-ils, des ravins pleins de scarabées et de trésors enfouis de guerriers; ils étaient si heureux en s'asseyant ensemble sur la plate-forme, n'osaient pas trop rire de peur qu'on ne s'aperçoive de leur départ secret, se moquaient presque de moi, qui avais préféré rester - ils se disaient que j'étais un rêveur plutôt qu'un casse-cou - pour attendre l'employé de la minoterie qui viendrait peut-être me rejoindre, comme d'autres après-midi, au fond de l'entrepôt des grains.
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  • Par araucaria, le 27 août 2014

    La ville s'éloignait. Je me retournais pour voir la montagne; on ne la distinguait pas vraiment : la vitre arrière était pleine de poussière et de larmes; la montagne était là, pourtant, pendant des kilomètres, même quand on roulait dans une autre plaine, qu'on passait dans une autre région; je la verrais de la mer, du pont du bateau à travers les feux, le halo des derniers incendies des champs, des entrepôts et des maisons qu'on avait préféré détruire en partant, dans l'emportement, la politique de la terre brûlée.
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  • Par araucaria, le 26 août 2014

    Je passais devant l'église, mais cela me faisait si mal encore - je ne voulais pas me souvenir du jour de la cérémonie, que j'avais enseveli en moi, juste le banc devant moi, la brume de larmes, de peine et de révolte que rien ne pouvait atténuer, transformer en pardon; je n'aimais plus Dieu, je n'allais plus au catéchisme, j'avais mis de côté pour toujours le missel; qu'est-ce-que ça voulait dire, la résurrection, les miracles? Ce Fils qui soit-disant était venu sauver le monde et avait oublié l'Algérie, n'avait pas secouru mes petits camarades qui avaient à peine eu le temps de commettre et de confesser quelques péchés véniels.
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  • Par araucaria, le 26 août 2014

    Je ne dormais plus. Je restais, la nuit, devant la fenêtre. C'était le couvre-feu, le noir absolu dès neuf heures. Et puis, peu à peu, montait la rumeur des rafles qui reprenaient, se multipliaient comme si on savait qu'on n'avait pas trouvé le vrai coupable, qu'il y avait des dizaines de complices de l'assassinat de mes petits camarades qui se cachaient toujours en ville ou dans la montagne.

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  • Par cicou45, le 04 octobre 2012

    "[...] je laissais passer toutes les occasions d'y retourner, comme si j'avais peur, en me confrontant aux lieux du passé, de perdre ce qui me restait d'imaginaire, ce qui me permettait de tout réinventer."

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Coup de c?ur pour Gil Scott-Heron 'La Dernière fête' aux Editions de l'Olivier - 27/04 - Extrait .
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