« Tout à l'heure je ne serai plus ce que je suis et que je n'aime pas être. Je n'aime pas qui je suis. Je n'aime pas ce qu'il faudrait que je sois, je n'aime pas me réjouir de cette vie –là, je ne suis pas de cette vie, je suis d'un autre temps que je n'ai pas su retenir. »
Une journée dans la vie d'un homme Albert, ouvrier chez Michelin, qui en ce jour de juillet 1961 se trouve à la croisée des chemins. Ce jour-là, la faille s'apprête à recevoir le premier poste de télévision, pour enfin voir leur fils ainé mobilisé à la guerre d'Algérie. le cadet, Gilles, est passionné de lecture.
Ce roman teinté de nostalgie, et d'odeur d'antan nous fait toucher du bout des doigts toute la sensibilité qu'un homme ne peut exprimer autrement qu'avec le geste, et les symboles. Les drames de la vie d'Albert sont palpables, mais jamais clairement dits. Il y a Albert, le fils, dont la mère de plus en plus absente s'en va à petit feu. Il y a Albert, le père qui n'a pu ou su apprivoiser l'ainé, et qui dans un élan d'amour va confier le cadet aux bon soins d'un instituteur. Il y a Albert, l'époux dépassé par une épouse éprise de modernité, lui qui n'a d'intérêt que pour l'ordre ancien. Albert ne s'y retrouve plus, n'a pas sa place dans ce monde qui tourne trop vite pour lui.
En cette journée d'été la chaleur est là, mais n'accable pas le lecteur. L'auteur nous offre là une histoire tout en pudeur, sensibilité et humanité, servie par une écriture soignée. Une histoire de mémoire, d'oubli, d'un futur que l'on transmet faute de pouvoir l'accompagner soi-même.
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