Note moyenne : 3.79/5 (sur 14 notes)
Dans la gorge du dragon2Ajouter à mes livres
Sans doute parce qu'il a été fouiner là où le régime chinois ne voulait pas qu'on lève le voile (mais on ne connaît pas sa véritable faute, si faute il y a eu), Shan, un ancien inspecteur de police chinois, est détenu dans un... > voir plus
Un petit roman policier historique de chez 10-18 : c'était un peu l'a priori que j'avais en ouvrant ce livre, un peu par hasard. Préjugé démenti dès les premières lignes : un moine bouddhiste se tient en équilibre sur le bord d'un précipice, le narrateur court vers lui, convaincu qu'il va se suicider, au mépris de tous ses principes religieux, pour échapper à la vie dans un camp de travail chinois...De fait, la brigade de travaux forcés, comprenant essentiellement des moines tibétains, vient de découvrir un cadavre décapité. le narrateur, Shan, policier chinois condamné pour avoir découvert une vérité dérangeante sur un ministre, est appelé par les autorités chinoises pour enquêter sur l'affaire... de préférence en prouvant qu'il s'agit d'un accident (l'élaboration de scénario expliquant comment un cadavre peut se décapiter tout seul est un des rares moments hilarants du roman). Une impossibilité pour Shan, car les moines refusent de reprendre le travail tant que le chantier de la brigade n'a pas été purifié, par la vérité ou par des rites interdits que les prisonniers paieront de leur vie. Dans ce très bref résumé tient à mon avis toute l'ambiguïté du roman. Certes, c'est un roman policier, avec une vraie enquête et une vraie plongée dans un milieux. Mais voilà, impossible de rester centré sur une énigme dans le contexte décrit. A toutes les pages, un détail donne envie de hurler d'indignation ou de pleurer : des moines dont on a coupé le pouce pour les empêcher de dire leur chapelet aux enfants nés de moines et de religieuses forcés de rompre leurs voeux de chasteté sous la menace des soldats chinois, des prisonniers que l'on condamne à mourir de froid aux lieux sacrés profanés... Une longue énumération des persécutions perpétrées au Tibet, avec une question qui ne vous lâche pas : réalité ou fiction ? Car le livre n'est pas une charge contre la Chine : les chinois eux-mêmes sont persécutés, victimes d'un système qui les écrase. Difficile du coup de juger ce livre comme un roman. L'intrigue est intéressante, mais ralentie par le contexte trop lourd.
Attirée par la très jolie couverture, et aussi par l'originalité de l'enquêteur, j'ai ajouté ce livre à mon panier à lire il y a quelques mois… J'ai bien fait d'attendre une période de vacances pour le lire, car il n'est pas de ces livres qui se dévorent d'une traite !
Pourtant, on entre très vite dans le vif du sujet avec la découverte d'un corps sans tête sur le chantier de la « 404è », camp de travail au Tibet. Les prisonniers y sont pour la plupart des moines tibétains, sauf Shan qui fait figure d'exception, puisqu'il est chinois. Ancien inspecteur de police ayant dérangé le pouvoir par ses enquêtes, il séjourne depuis trois ans dans ce camp. Pourquoi le colonel Tan recourt à ses services pour mener l'enquête, cela est expliqué par ledit colonel, mais reste tout de même improbable. L'enquête menée à un rythme lent, les dialogues empreints de vérités bouddhiques et les nombreux personnages dissuadent d'en faire une lecture fractionnée, si l'on ne veut pas se perdre ! Ceci dit, l'auteur connaît très bien le Tibet, et c'est surtout par son côté documentaire que ce roman policier est passionnant. Les scènes dans les petits villages de montagne, sur les marchés ou dans les monastères sont superbes et donnent vraiment envie de se pencher sur l'histoire récente du Tibet, depuis son annexion sans autre forme de procès par la Chine, jusqu'aux manifestations plus récentes de tibétains.
- Ce qui est drôle, c'est que deux jours après mon retour à la maison, l'heure de ma femme est arrivé.
Shan le fixa d'un oeil incrédule.
- Je suis...
Je suis quoi ? pensa-t-il. Désespéré ? Furieux ? Paralysé par l'impuissance face à ce qui était arrivé ?
- Je suis désolé, dit-il.
Lokesh haussa les épaules.
- Un prêtre m'a dit que quand une âme est mûre, elle se contente de tomber de l'arbre, comme une pomme. J'ai pu être à ses cotés quand son heure est venue. Grâce à toi.
Le marché était un fouillis d’étals enchevêtrés et de vendeurs à la sauvette devant leur couverture disposée à même la terre battue. Shan ouvrit grands les yeux pour mieux absorber tout ce qui se présentait dans son champ de vision. devant lui, il y avait plus de vie qu’il n’en avait vu en trois ans. Une femme proposait du fil en poil de yack, une autre déclamait les prix de pots de beurre de chèvre. Il tendit la main et toucha le dessus d’un panier plein d’œufs. Il n’avait pas mangé d’œufs depuis son départ de Pékin. Il aurait pu rester là des heures, simplement à les contempler. Le miracle des œufs. Un vieil homme s’affairait à disposer avec raffinement un ensemble de torma, les effigies à base de pâte et de beurre utilisées comme offrande. Des enfants. Le regard de Shan s’arrêta sur un groupe d’enfants en train de jouer avec un agneau. Il lutta contre l’envie violente d’avancer et d’en toucher un, pour se prouver qu’il existait encore une telle jeunesse, une telle innocence.
Au départ de mon cheminement, j'étais triste et j'avais peur. Maintenant, je n'ai plus de tristesse. Et la seule peur qui me reste, c'est la peur de moi-même.