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> Anne Chevalier (Éditeur scientifique)

ISBN : 2070382338
Éditeur : Gallimard (1990)

Existe en édition audio



Note moyenne : 4.44/5 (sur 178 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
« Mademoiselle Albertine est partie ! » Comme la souffrance va plus loin en psychologie que la psychologie ! Il y a un instant, en train de m'analyser, j'avais cru que cette séparation sans s'être revus était justement ce que je désirais, et comparant la médiocrité des ... > Voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Charybde2, le 06 septembre 2013

    Charybde2
    Tome 6, avec certaines péripéties énormes parfois préservées du spoiler permanent sur Proust.
    Publié en 1925, le 6ème tome de la « Recherche », et le deuxième à être publié de manière posthume, souffre quelque peu par endroits, il faut le reconnaître, de l'absence des frénétiques relectures finales dont l'auteur avait le secret, et dont on mesure à cette occasion à quel point elles étaient nécessaires pour maintenir la cohérence de l'ensemble, et tout particulièrement la cohérence chronologique de cet édifice si subtil, si enchevêtré, et parfois si fragile… du coup, le lecteur pourra sourire, le cas échéant, des quelques murakami-harukieries qui se glissent cette fois dans la narration proustienne, et qui infestent également modérément « le temps retrouvé » (personnages redonnant la même information à la même personne à quelques dizaines de pages d'intervalle, événements réputés avoir eu lieu à deux moments distincts,… sans que ces incohérences mineures puissent être imputées à quelque maladie dégénérative ayant saisi tel ou tel protagoniste…) – « La prisonnière », bloc très homogène et presque monolithique à l'échelle de la « Recherche », en était de ce fait préservée, semble-t-il.
    XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
    ATTENTION : si « À la recherche du temps perdu » n'est pas à proprement parler un roman à suspense, il n'en reste pas moins que les paragraphes suivants, à propos de ce sixième tome, contiennent, massivement, ce qu'il est convenu d'appeler des… SPOILERS !!! Vous voilà prévenu : si vous voulez bénéficier d'une lecture « vierge » du roman, passez maintenant votre chemin et n'allez pas plus loin.
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    Après le départ brutal d'Albertine à la fin du tome précédent, le lecteur peut s'imaginer un instant, et l'auteur lui fournit habilement quelques raisons de le penser, que la narration va entamer un nouveau cycle d'allers-retours et de volte-faces amoureuses dont Swann d'abord, Saint-Loup un peu ensuite (avant que les révélations de « Sodome et Gomorrhe » n'aient là aussi quelque peu changé le regard du lecteur sur le personnage), et le narrateur lui-même enfin et surtout, nous avaient fourni les modèles précoces.
    Racine, abondamment cité dans ce premier chapitre de plus de 100 pages, résonne étrangement dans le chassé-croisé de lettres, de télégrammes et de quiproquos qui, durant quelques jours, introduisent des accents d'authentique tragédie, dont la magnitude va se révéler avec le coup de théâtre, soigneusement orchestré comme tel, avec la part d'incrédulité et de déni qui y est attachée, que constitue la mort accidentelle d'Albertine, par cette providentielle – du point de vue de la narration et de l'épiphanie qui va désormais pouvoir se construire, finalement – chute de cheval : le cours des choses est désormais irrémédiablement changé, et le narrateur va longuement s'interroger sur ce caractère irrémédiable, précisément – tout en plongeant, montrant ainsi au lecteur que les voies de la « guérison » sont décidément bien curieuses, et que Marcel est décidément, encore ici, bien aveugle à lui-même, dans une enquête rétrospective détaillée sur les moeurs et les tromperies, réelles ou supposées, d'Albertine, donnant à lire l'écho puissant des pages de « La prisonnière », mais aussi de celles, plus anciennes, de "Sodome et Gomorrhe", voire de "À l'ombre des jeunes filles en fleurs". Et les réactions de Marcel aux informations issues de cette enquête aiguillent d'ailleurs le lecteur, par indices, vers une toute autre « Recherche », qui pourrait être entièrement écrite à partir des innombrables silences, omissions, palinodies et non-dits du narrateur, tout au long de l'oeuvre, semant le doute sur bien des passages apparemment anodins des cinq premiers tomes, alors que l'on approche maintenant du terme de la quête : la relecture (du passé) invitant à la relecture (de l'oeuvre), en somme.
    « J'avais eu beau, en cherchant à connaître Albertine, puis à la posséder tout entière, n'obéir qu'au besoin de réduire par l'expérience à des éléments mesquinement semblables à ceux de notre moi, le mystère de tout être, tout pays, que l'imagination nous a fait paraître différents, et de pousser chacune de nos joies profondes vers sa propre destruction, je ne l'avais pu sans influer à mon tour sur la vie d'Albertine. »
    Le chapitre II, avec ses 50 pages, est « déjà », nimbé d'un cynisme ne disant pas son nom, et malgré les dénégations du narrateur, celui du deuil et du retour à la normale, plus rapide que le lecteur ne s'y attendait sans doute, et contenant déjà les germes des aveux d'égoïsme et d'égotisme (Stendhal semble largement de retour dans ce tome, après le balzacien « Sodome et Gomorrhe » et le - au fond - très hugolien « La prisonnière ») qui foisonneront dans « le temps retrouvé ». Retour au monde, et considérations plus urgentes qu'auparavant, semble-t-il, sur la nécessité de l'écriture (mais sans que les « moyens » d'échapper à la procrastination ne veuillent encore se révéler…),
    « Mais pour d'autres amis, je me disais que, si l'état de ma santé continuait à s'aggraver et si je ne pouvais plus les voir, il serait agréable de continuer à écrire, pour avoir encore par là accès auprès d'eux, pour leur parler entre les lignes, les faire penser à mon gré, leur plaire, être reçu dans leur coeur. Je me disais cela, parce que les relations mondaines ayant tenu jusqu'ici une place dans ma vie quotidienne, un avenir où elles ne figureraient plus m'effrayait, et que cet expédient qui me permettrait de retenir sur moi l'attention, peut-être d'exciter l'admiration, de mes amis, jusqu'au jour où je serais assez bien pour recommencer à les voir, me consolait ; je me disais cela, mais je sentais bien que ce n'était pas vrai, que si j'aimais à me figurer leur attention comme l'objet de mon plaisir, ce plaisir était un plaisir intérieur, spirituel, solitaire, qu'eux ne pouvaient me donner et que je pouvais trouver non en causant avec eux, mais en écrivant loin d'eux ; et que, si je commençais à écrire, pour les voir indirectement, pour qu'ils eussent une meilleure idée de moi, pour me préparer une meilleure situation dans le monde, peut-être écrire m'ôterait l'envie de les voir, et la situation que la littérature m'aurait peut-être faite dans le monde, je n'aurais plus envie d'en jouir, car mon plaisir ne serait plus dans le monde, mais dans la littérature. »
    Et ce n'est évidemment pas par hasard que, parallèlement au processus de deuil et d'oubli (rapide !) d'Albertine dans lequel est lancé le narrateur, le récit détaillé de la bonne fortune mondaine d'Odette et de Gilberte après la mort de Swann survient au même moment de la narration, la cruauté, l'ingratitude et « l'ironie du sort » n'étant jamais nommées, mais extrêmement présentes.
    Les deux courts chapitres finaux de ce sixième tome (de 25 et 28 pages respectivement) préparent et annoncent largement, fût-ce encore à phrases couvertes, les révélations et l'aboutissement à venir : le séjour à Venise, si souvent évoqué depuis l'origine et Combray, permet à la fois de réajuster au moment « présent » la dichotomie nom / pays qui structurait la vision de l'imagination chez Marcel, ancrée jusqu'alors presque exclusivement dans sa double confrontation à Balbec, d'effacer « finalement » Albertine, et de récapituler les fondations d'une esthétique « neuve » qui va bientôt pouvoir s'épanouir, tandis que le voyage de retour avec sa mère permet à Marcel de clore symboliquement sa jeunesse - la mort de sa grand-mère lui ayant déjà fourni la fin de l'enfance, en apprenant d'elle certaines pièces familiales manquantes d'une part, et le mariage de Gilberte avec Saint-Loup, clôture d'un passé par excellence, d'autre part.
    Tout est prêt pour l'épiphanie.
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  • Par keisha, le 14 août 2011

    keisha
    Ce roman posthume, suite de la Prisonnière, pâtit à mon avis du découpage de l'éditeur en deux volumes. D'ailleurs pour son oeuvre entière Proust ne les désirait pas et le lecteur ne devrait pas en tenir compte. Non qu'il faille tout lire d'affilée, mais en sachant garder la main sur le contenu.

    Alors? Eh bien c'était fatal, à force de dire à Albertine que c'est fini, qu'il vaut mieux se séparer, "Mademoiselle Albertine est partie!" annonce un matin Françoise au narrateur. Lequel, il fallait le craindre (!), se lance dans de longues analyses de ses sentiments douloureux qu' il cherche à tromper ou atténuer en agissant, bon, agissant à sa méthode habituelle : il envoie Saint Loup enquêter discrètement sur Albertine réfugiée chez sa tante, il hésite à écrire, puis à répondre à Albertine, lui dit de ne pas revenir en espérant qu'elle comprendra le contraire.
    Coup de tonnerre : il apprend la mort d'Albertine dans un accident. Et là, je dois l'avouer, les belles pages ponctuées du leitmotiv "Albertine est morte" m'ont paru extrêmement poignantes, la douleur du narrateur passe bien (alors qu'auparavant il m'était assez indifférent)

    Maintenant il lui semble possible de connaître la vérité sur les goûts d'Albertine, il envoie Aimé se renseigner, il interroge Andrée, pour n'obtenir que des faits flous, contradictoires, dont la crédibilité, il le sait, dépend de lui-même.
    Il sait aussi qu'un jour il n'aura qu'indifférence à l'égard d'Albertine comme cela est arrivé avec Gilberte et détaille les étapes de son retour à l'indifférence: retrouver Gilberte Swan, devenue Gilberte de Forcheville par adoption, des conversations avec Andrée, amie d'Albertine, et séjour à Venise avec sa mère.

    Proust à Venise, bien sûr que j'attendais ces pages...
    Juste un passage au sujet des anges (Tableau : La déploration du Christ, Giotto, 1304-1306)http://www.repro-tableaux.com/kunst/akg/pics/giottobeweinungchristipadua_hi.jpg
    "Ce sont de petits êtres qui ne manquent pas de voltiger devant les saints quand ceux-ci se promènent; il y en a toujours quelques-uns de lâchés au-dessus d'eux, et comme ce sont des créatures réelles et effectivement volantes, on les voit s'élevant, décrivant des courbes, mettant la plus grande aisance à exécuter des loopings, fondant vers le sol la tête en bas à grand renfort d'ailes qui leur permettent de se maintenir dans des positions contraires aux lois de la pesanteur, et ils font beaucoup plus penser à une variété disparue d'oiseaux ou à de jeunes élèves de Garros s'exerçant au vol plané, qu'aux anges de l'art De La Renaissance et des époques suivantes, dont les ailes ne sont plus que des emblèmes et dont le maintient est habituellement le même que celui de personnages célestes qui ne seraient pas ailés."

    Albertine lui est indifférente, il est apaisé, et c'est l'amour pour sa mère qui l'éblouit. Lors de leur retour en train, les sentiments de la mère pour la grand mère du narrateur sont à nouveau dépeints, puis par le biais d'un mariage inattendu les deux côtés de Méséglise/Swann et Guermantes sont réunis, la boucle est bouclée, le narrateur réside à Tansonville chez Gilberte, et s'ouvre enfin le temps retrouvé.

    Un pas vers l'écriture?
    Enfin un article du narrateur paraît dans Le Figaro. Ses réflexions s'engagent sur un terrain où sans doute Proust se révèle.
    "Mais pour d'autres amis, je me disais que, si l'état de ma santé continuait à s'aggraver et si je ne pouvais plus les voir, il serait agréable de continuer à écrire, pour avoir par là accès auprès d'eux, pour leur parler entre le lignes, les faire penser à mon gré, leur plaire, être reçu dans leur coeur. Je me disais cela, parce que les relations mondaines ayant tenu jusqu'ici une place dans ma vie quotidienne, un avenir où elles ne figureraient plus m'effrayait, et que cet expédient qui me permettrait de retenir sur moi l'attention de mes amis, peut-être d'exciter l'admiration, jusqu'au jour où je serais assez bien pour recommencer à les voir, me consolait; je me disais cela, mais je sentais bien que ce n'était pas vrai, que si j'aimais à me figurer leur attention comme l'objet de mon plaisir, ce plaisir était un plaisir intérieur, spirituel, volontaire, qu'eux ne pouvaient me donner et que je pouvais trouver non en causant avec eux, mais en écrivant loin d'eux; et que, si je commençais à écrire pour les voir indirectement, pour qu'ils eussent une meilleure idée de moi, pour me préparer une meilleure situation dans le monde, peut-être écrire m'ôterait l'envie de les voir, et la situation que la littérature m'aurait peut-être faite dans le monde, je n'aurais plus envie d'en jouir, car mon plaisir ne serait plus dans le monde, mais dans la littérature."

    Que retenir?
    Une analyse fine et subtile de la douleur de la rupture et du deuil, de l'oubli par intermittences puis s'installant, la douceur du souvenir, l'impossibilité de vraiment connaître une vérité, les témoins mentant ou cachant pour tant de raisons.
    Un indispensable chaînon de A la recherche du temps perdu, qu'il ne convient sans doute pas d'attaquer par ce titre, au risque d'abandonner.
    La porte d'entrée vers le magnifique Temps retrouvé, que j'ai commencé dans la foulée et tient ses promesses, miam!


    Lien : http://en-lisant-en-voyageant.over-blog.com/article-la-fugitive-7526..
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    • Livres 5.00/5
    Par CDemassieux, le 30 mars 2015

    CDemassieux
    Le malentendu, tel aurait pu être le sous-titre d'Albertine disparue, qui devait initialement s'intituler La Fugitive. Albertine, plus que Gilberte Swann, est partie, première phrase du texte, rapportée par Françoise. « Ainsi ce que j'avais cru n'être rien pour moi, c'était tout simplement toute ma vie. Comme on s'ignore ! Il fallait faire cesser immédiatement ma souffrance. »
    A partir de là, Marcel invente des stratagèmes pour recouvrer la pleine possession de sa Prisonnière, enchaînée jadis à ses obsessions au point de les avoir fuies. Elle n'est plus là et les obsessions demeurent, teintées d'une tristesse comme on en lit peut-être dix fois dans une vie de lecteur. La mécanique est en route et jusque dans la littérature le narrateur puise son espoir d'un possible retour de la femme aimée, car tout est matière à Albertine : « Puisque Manon revenait à Des Grieux, il me semblait que j'étais pour Albertine le seul amour de sa vie. »
    Et alors qu'il se croyait lui-même prisonnier d'Albertine, du temps où elle occupait son espace, sa liberté désormais recouvrée, il n'a plus le goût de rien : il a perdu le « contenant » de ses désirs.
    Lentement, et péniblement, Marcel s'essaie à l'indifférence. En vain. Même environné de Venise, en voyage avec sa mère, il ne peut révoquer l'objet aimé : « Parfois, au crépuscule, en rentrant à l'hôtel je sentais que l'Albertine d'autrefois, invisible à moi-même, était pourtant enfermée au fond de moi comme aux plombs d'une Venise intérieure, dont parfois un incident faisait glisser le couvercle durci jusqu'à me donner une ouverture sur ce passé. »
    Puis, le couperet tombe. Albertine serait volontiers revenue à Marcel. Mais hélas…
    La Prisonnière sonne comme un apprentissage au malheur amoureux : « Cet avenir indissoluble d'elle je n'avais pas su l'apercevoir, mais maintenant qu'il venait d'être descellé, je sentais la place qu'il tenait dans mon coeur béant. »
    Rien que pour ce texte – admettant volontiers que d'autres volumes de la Recherche du temps perdu distillent un certain ennui –, il faut lire Proust, au moins pour goûter l'art si rare de la phrase écrite et silencieuse qui dit tellement de nous.
    Tout est affaire de temps disséqué, c'est-à-dire observer la vie en détail et non plus la consommer en oubliant à chaque nouvelle bouchée la précédente. C'est bien sûr se confronter au regret de ce qui n'est plus, au chagrin même lorsque la perte est un corps étranger que l'on avait si puissamment intégré à soi dans le cas d'Albertine disparue.
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    • Livres 5.00/5
    Par Away--x, le 20 janvier 2014

    Away--x
    "Mademoiselle Albertine est partie !". Ainsi finissait La Prisonnière, ainsi reprend Albertine Disparue. En effet, cette dernière, lasse de la cage dorée dans laquelle le narrateur la tient enfermée depuis de nombreux mois, s'est décidée un beau matin à demander ses malles à Françoise et à s'enfuir pour la Touraine, chez sa tante Mme Bontemps.
    Voila donc notre narrateur bien seul et bien malheureux, lui qui croyait qu'Albertine lui était devenue tout à fait indifférente, certain qu'il était de la retrouver chaque soir dans son appartement parisien. L'aimait-il réellement? n'est-ce que le choc d'une longue habitude soudain brisée? Cela est difficile à dire et lui-même ne semble pas parvenir à le déterminer et c'est ainsi que nous suivons le cours de ses désespoirs, de la jalousie qui le ronge au gré des informations nouvelles qu'il obtient sur la vie désormais terminée de son amie, avant que le temps lui fasse peu à peu oublier Albertine.
    Ce tome-ci allie juste la bonne proportion de descriptions des pensées du narrateur et de passages "d'action" (les révélations d'Andrée, les retrouvailles avec Gilberte chez la duchesse de Guermantes...). Nous y découvrons également avec plaisir de charmants tableaux de Venise, que le narrateur désespérait de voir un jour, pour terminer sur l'annonce de deux mariages surprenants, que je ne dévoilerai pas ici, mais qui laisse présager que le dernier tome de la Recherche nous montrera une fois de plus les changements de caractère de personnages que nous côtoyons depuis le début.
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    • Livres 4.00/5
    Par chartel, le 23 octobre 2011

    chartel
    Le premier chapitre de cet avant dernier tome de "La Recherche du temps perdu" fut difficile à lire. Après la fuite puis la mort d'Albertine, maîtresse du narrateur, ce dernier se lance dans un interminable ressassement du deuil et du chagrin, dans un long et parfois pénible monologue intérieur. Mais ce retour sur le temps des amours heureuses ou malheureuses nourrit la jalousie maladive du narrateur qui doute de tout, d'Albertine, de ses amis comme de lui-même. On en vient alors à douter de la mort de la fugitive.
    Puis la tonalité du roman change dans sa deuxième partie. le deuil passé, le chagrin s'estompe, l'amour aussi, révélant l'implacable puissance de l'oubli.
    Ce sixième tome permet de percevoir vraiment cette matérialité du temps chère à Proust grâce à la densité de l'oeuvre. Elle s'y exprime par le vieillissement des personnages (ceci n'a rien d'original) et surtout dans sa transcription des changements de perception des personnages (narrateur compris). le moi d'aujourd'hui n'est plus le moi d'hier, il ne voit plus comme lui, il n'aime plus comme lui, il ne pense plus comme lui.
    Ce roman est enfin une sorte de cérémonial d'enterrement d'Albertine permettant au narrateur de s'acheminer vers un temps retrouvé…
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Citations et extraits

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  • Par Storm, le 29 juillet 2009

    Notre tort est de croire que les choses se présentent habituellement telles qu’elles sont en réalité, les noms tels qu’ils sont écrits, les gens tels que la photographie et la psychologie donnent d’eux une notion immobile. En fait ce n’est pas du tout cela que nous percevons d’habitude. Nous voyons, nous entendons, nous concevons le monde tout de travers. Nous répétons un nom tel que nous l’avons entendu jusqu’à ce que l’expérience ait rectifié notre erreur, ce qui n’arrive pas toujours. (...)Cette perpétuelle erreur, qui est précisément la « vie », ne donne pas ses mille formes seulement à l’univers visible et à l’univers audible, mais à l’univers social, à l’univers sentimental, à l’univers historique, etc. La princesse de Luxembourg n’a qu’une situation de cocotte pour la femme du Premier Président, ce qui, du reste, est de peu de conséquence; ce qui en a un peu plus, Odette est une femme difficile pour Swann, d’où il bâtit tout un roman qui ne devient que plus douloureux quand il comprend son erreur; ce qui en a encore davantage, les Français ne rêvent que la revanche aux yeux des Allemands. Nous n’avons de l’univers que des visions informes, fragmentées et que nous complétons par des associations d’idées arbitraires, créatrice de dangereuses suggestions.
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  • Par coquecigrue, le 02 juin 2012

    (A Venise) Quand, à dix heures du matin, on venait ouvrir mes volets, je voyais flamboyer, au lieu du marbre noir que devenaient en resplendissant les ardoises de Saint-Hilaire, l’Ange d’Or du campanile de Saint-Marc. Rutilant d’un soleil qui le rendait presque impossible à fixer,(...). Je ne pouvais apercevoir que lui tant que j’étais couché, mais comme le monde n’est qu’un vaste cadran solaire où un seul segment ensoleillé nous permet de voir l’heure qu’il est, dès le premier matin je pensai aux boutiques de Combray sur la place de l’Église, qui, le dimanche, étaient sur le point de fermer quand j’arrivais à la messe, tandis que la paille du marché sentait fort sous le soleil déjà chaud.(...) à Venise où la vie quotidienne n’était pas moins réelle qu’à Combray, où comme à Combray le dimanche matin on avait bien le plaisir de descendre dans une rue en fête, mais où cette rue était toute en une eau de saphir, rafraîchie de souffles tièdes, et d’une couleur si résistante que mes yeux fatigués pouvaient, pour se détendre et sans craindre qu’elle fléchît, y appuyer leurs regards.
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  • Par Away--x, le 14 janvier 2014

    Lié qu'il était à toutes les saisons, pour que je perdisse le souvenir d'Albertine, il aurait fallu que je les oubliasse toutes, quitte à recommencer à les connaitre, comme un vieillard frappé d'hémiplégie et qui rapprend à lire ; il aurait fallu que je renonçasse à tout l'univers. Seule, me disais-je, une véritable mort de moi-même serait capable de me consoler de la sienne. Je ne songeais pas que la mort de soi-même n'est ni impossible, ni extraordinaire ; elle se consomme à notre insu, au besoin contre notre gré, chaque jour. (p96)
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  • Par Away--x, le 19 janvier 2014

    Le mensonge est essentiel à l'humanité. Il y joue peut-être un aussi grand rôle que la recherche du plaisir, et d'ailleurs est commandé par cette recherche. On ment pour protéger son plaisir, ou son honneur si la divulgation du plaisir est contraire à l'honneur. On ment toute sa vie, même, surtout, peut-être seulement, à ceux qui nous aiment. Ceux-là seuls, en effet, nous font craindre pour notre plaisir et désirer leur estime. (p266)
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  • Par Larruhat, le 13 août 2012

    Je me rappelais cette tragique explication de tant de vies qu'est un portrait génial et pas ressemblant comme celui d'Odette par Elstir et qui est moins le portrait d'une amante que du déformant amour. Il n'y manquait -- ce que tant de portraits ont -- que d'être à la fois d'un grand peintre et d'un amant (et encore disait-on qu'Elstir l'avait été d'Odette). Cette dissemblance, toute la vie d'un amant, d'un amant dont personne ne comprend les folies, toute la vie d'un Swann la prouvent. Mais que l'amant se double d'un peintre comme Elstir et alors le mot de l'énigme est proféré, vous avez enfin sous les yeux ces lèvres que le vulgaire n'a jamais aperçues dans cette femme, ce nez que personne ne lui a connu, cette allure insoupçonnée. Le portrait dit : "Ce que j'ai aimé, ce qui m'a fait souffrir, ce que j'ai sans cesse vu, c'est ceci."
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