A travers six portraits inoubliables et richement illustrés de Johann Peter Hebel, Jean-Jacques Rousseau, Eduard Mörike, Gottfried Keller, Robert Walser et du peintre Jan Peter Tripp, W. G. Sebald évoque ses propres visions, ses propres hantise... > voir plus
En règle générale, je ne lis que très rarement les textes de présentation ou bien encore les portraits que les éditeurs français, dans un souci bien moderne de transdisciplinarité disent-ils, jugent trop souvent utile de joindre à la traduction de tel ouvrage d'un auteur étranger. Ainsi, m'apprêtant à ne point lire, comme de coutume, le court texte que le peintre Jan Peter Tripp écrivit après la mort de son ami W. G. Sebald, je fus tout de même arrêté par une expression qui évoqua immédiatement mon propre travail de critique placé sous l'éclairage paradoxal de la contre-nuit. Je ne reviens pas sur la définition de cette technique de gravure mais je m'étonne en revanche de n'avoir pas songé à évoquer la manière noire (en français dans le texte) à propos du lent travail de résurrection opéré par la prose mélancolique de Sebald. Voici ce qu'écrit Tripp : «L'appropriation du monde et sa description par W. G. Sebald m'ont toujours semblé procéder d'une méthode analogue. Loin du mode expressif de la gravure sur bois, il installe de vastes panoramas d'une densité et d'une intrication presque incroyables» (190).