Franz-Olivier Giesbert et
François Busnel ont fait chacun des chroniques élogieuses du roman de
Romain Slocombe, des blogueurs aussi, et le bouche-à-oreille va aller s'amplifiant après l'émission de
Laurent Ruquier, ce weekend. Je me sens donc suffisamment à l'aise pour mettre mes bémols et mes dièses sur les appréciations dithyrambiques déjà lues ailleurs.
L'histoire commence pendant l'entre deux guerres où le drame prend ses racines. J'ai quand même trouvé que
Romain Slocombe y allait fort dans l'enchaînement tragique qui va rapidement faire le vide autour du couple formé par l'académicien antisémite et sa belle-fille juive : mort de la femme, noyade de la fille, éloignement du fils dans la clandestinité. Là-dessus la capitulation, l'exode... et la suite...
Bien que l'on sache dès les premières pages ce vers quoi on s'achemine, il y a en toute fin, un développement peu attendu et violent (un peu too much, à mon goût).
Le personnage principal est très puissant. Mais les autres personnages, peu nombreux — l'auteur s'arrange pour les éliminer le plus vite possible — sont des silhouettes, ce qui se justifie par la forme narrative et la personnalité du héros, égocentrique et orgueilleux. L'amour dont il est peut-être question n'est absolument pas partagé et ressemble surtout à de l'autosuggestion de la part de l'homme âgé. A la différence du mythe germanique, Ilse-Marguerite ne tombe jamais follement amoureuse du professeur Husson-Faust. A chacun de juger si cela est heureux ou malheureux pour elle.
L'écriture est étudiée. le style pastiché, adapté au personnage est maitrisé, tenu, jusque dans les descriptions des horreurs psychologiques ou physiques les plus insupportables.
L'auteur a choisi de faire écrire un académicien très académique, prolixe, passablement emphatique, limite ridicule et ennuyeux, genre
Anatole France. J'ai relu récemment du
Pierre Benoit, du Chateaubriant (Alphonse de) : dommage que
Romain Slocombe n'ait pas choisi de plagier l'un de ceux-là, sans parler de
Guitry,
Carco ou
Marcel Aymé... L'auteur a sans doute pensé que la fantaisie ou le romantisme ne siérait pas à son Paul-Jean
Husson ! Un salaud dans le costume d'un poète, cela aurait pourtant de la gueule aussi, non ?
Tout au long du roman, le name-dropping est très insistant et le rappel des événements politiques et militaires est précis et détaillé. du pur point de vue romanesque cet effort didactique ne me paraissait pas nécessaire puisque le récit est censé être adressé à un officiel allemand qui ne peut pas les ignorer.
Je ne dis pas que j'ai vérifié toutes les références et les sources, nombreuses, mais je suis malheureusement tombée très vite (page 26) sur une erreur qui m'a surprise. Parmi ses collègues au Comité France-Allemagne,
Husson cite
Bernard Faÿ. Seulement Faÿ ne pouvait pas être administrateur de la
Bibliothèque Nationale en 1934, comme il est dit. Il n'a été nommé à ce poste que six ans plus tard, en août 1940, succédant à Julen Cain révoqué pour avoir tenté de se joindre au projet d'un gouvernement en exil. En 34
Bernard Faÿ était professeur au
Collège de France. Vous me direz que je pinaille...
Pendant son émission,
Laurent Ruquier a fait mine de s'extasier de ce que l'auteur ait mis deux mois pour écrire son roman. Effectivement cela peut paraître peu, mais
Romain Slocombe reconnait que c'est là sa manière habituelle (déjà auteur de dix-sept livres, il a depuis publié un nouveau roman en janvier 2012).
Monsieur le commandant est une commande, cela se sent, dans le choix contraint de la construction qui de mon point de vue, manque de réalisme.
J'imagine aussi que la période historique et le style littéraire correspondent à des centres d'intérêt personnels de
Romain Slocombe et à des recherches faites de longue date, réutilisées pour ce roman, en quelque sorte. Rien de condamnable à cela évidemment, bien au contraire. D'autant que le travail est plutôt bien fait, efficace. Mais cela pourrait expliquer que je n'ai ressenti aucune spontanéité dans l'inspiration de ce texte.