Jean Teulé est sans conteste le
Stendhal de notre temps (la vulgarité en plus !).
Sa plume est digne des grands romanciers français du XIXème siècle et je l'inscris dans leur lignée. Un fond historique et deux-trois personnages, il en fait un chef d'œuvre…
J'ai retrouvé dans
Le Montespan toute la verve que j'avais rencontrée dans
Charly 9.
Jean Teulé a l'art et la manière d'écrire des faux romans ; c'est-à-dire des romans où il ne se passe rien : pas de rebondissement, d'intrigue ou d'inattendu. Par ailleurs, ses héros,
Le Montespan le premier, ne sont pas de vrais héros : ils ne font rien d'autre que d'être eux-mêmes, laissant couler leurs jours, jouissant simplement des faits historiques qui se sont greffés à eux (bien souvent de façon complètement involontaire), pour être « faits » héros par
Teulé.
Son style est un vrai bonheur : tantôt maltraitant son lecteur en le plongeant dans un langage cru, vulgaire au plus haut point, choquant, même… tantôt se faisant pardonner par une description magnifique de poésie.
Teulé utilise ici un présent de narration très efficace : le lecteur est dans l'action, il entre, témoin, par la lorgnette de l'auteur pour scruter un temps qui n'est plus le sien et qu'il va sans aucun doute ou détester ou juger, mais qu'il ne comprendra pas toujours. Il renouvelle le roman historique, le modernise : n'attendez pas des faits précis regardés à la loupe et datés indubitablement… non, prenez bien plutôt une époque et découvrez-en à travers des exemples plus ou moins fictifs, les mœurs, les manières, ce qui se faisait, ce qui ne se faisait pas… On apprend ainsi, mais de façon très détournée, comment un corps d'armée se formait et se finançait sous
Louis XIV, comment la mode se diffusait, comment l'information circulait et à quel rythme, quelles étaient les lois qui régissaient le mariage… etc
Bref, un concentré d'informations précieuses que l'on ne décèle pas immédiatement, tant la plume de
Teulé sait cacher ses talents. Ce dernier sait faire renaître toute une époque morte et enterrée depuis longtemps, sa plume est féroce, belle et profonde, changeante aussi. Voilà pourquoi on ne s'ennuie pas en le lisant. Il manie à ravir jeux sur les sonorités afin de nous plonger au cœur d'un combat ou en plein milieu d'une scène frivole…
Bref, un véritable feu d'artifice, ce Montespan, qui aurait, qui sait, été digne de ceux donnés à Versailles en l'honneur de la Montespan.