Je lis presqu'exclusivement des romans policiers mais j'avoue apprécier, entre deux petits meurtres, la lecture édifiante mais néanmoins distrayante d'un petit (pourquoi petit d'ailleurs ?) roman historique de derrière les fagots. Et l'autre jour, baguenaudant entre les rayonnages de ma bibliothèque municipale (merci aux bibliothécaires qui font un travail formidable) j'ai déniché une perle : le roman du Montespan, cocu magnifique s'il en est. Louis-Henri de Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan, né en 1640 et mort en 1701, a eu la malchance d'épouser, en 1663, Françoise de Rochechouart de Mortemart. Malchance puisque, quelques années après leur mariage et la naissance de leurs deux enfants, Françoise devint dame d'honneur de la reine de France, et fut naturellement remarquée— elle était spirituelle et ravissante—par
Louis XIV qui s'ennuyait alors avec mademoiselle de La Vallières. Et
Jean Teulé de nous relater avec vivacité, humour et esprit les mésaventures de notre pauvre cornard. Françoise prit pour nom Athénaïs (ce prénom inspiré par Athéna est aujourd'hui, paraît-il, à la mode) et sera pendant plus de dix ans la favorite du Roi Soleil. Mais Louis-Henri ne se laissera pas faire. Il va multiplier les frasques, les coups d'éclats et les coups de gueule. Il débarquera chez la duchesse de Montausier qu'il traitera de mère maquerelle. Il roulera sous les fenêtres du roi dans une berline verte repeinte en noir dont il remplacera les plumets surplombants ses armes par des cornes de cerf ou andouillers, symboles du mari trompé. Il déclarera, entrant dans un château, passer par la grande porte et non par la petite car il fallait de la hauteur pour que passent ses cornes… Il se moquera des enfants illégitimes et difformes que sa femme aura avec son royal amant. Il lui enverra un portrait de lui peint par Jean Sabatel (portait dont je ne sais pas s'il existe encore aujourd'hui, n'ayant trouvé qu'un magnifique portrait de notre homme peint par Larguillères) afin qu'elle le mette dans sa chambre quand le roi n'y sera plus. Bref, si on s'amuse avec notre cocu magnifique, on admire aussi son panache, sa pensée libre, son humour, son esprit, sans oublier l'amour formidable qu'il démontra, sa vie durant, à sa femme. Il ne cessera jamais de l'aimer. Ses derniers mots et les derniers mots du roman furent pour elle :
- Françoise…
Jean Teulé a le verbe vif, la phrase rapide, le dialogue aiguisé. Les chapitres du roman sont courts (trois, quatre ou cinq pages) et agrémentés de gravures qui ponctuent agréablement le récit.
Jean Teulé a choisi d'écrire au présent, ce que je ne trouve pas toujours heureux dans un roman, mais là le lecteur voit l'action se dérouler devant ses yeux. Ce présent-là apporte de la véracité au récit.
Au fil des pages il y a mille et une choses que l'on apprend sur la vie en France au XVIIe siècle : j'ai adoré la description, au début du roman, des trois jupes légères que portait Françoise : la modeste, la friponne, la secrète… J'ai appris que l'
Amphitryon de
Molière (1668) met en scène Jupiter-Louis
XIV et
Amphitryon-Montespan. J'ai croisé La Reynie, Lauzun…
Il aurait été dommage que
Jean Teulé suive les préceptes de
Molière (« Sur de telles affaires toujours/Le meilleur est de ne rien dire »). Il a raconté
Le Montespan comme si on y était… pour notre plus grand bonheur…
Ah oui ! Ajoutons que
Jean Teulé a fait le scénario d'une bande dessinée sur le sujet
Le Montespan avec Philippe Bertrand (dessin), publiée chez Delcourt en 2010. A lire…
Le Montespan a reçu le Grand Prix Palatine du roman historique et le prix Maison de la Presse en 2008 ainsi que le Prix de l'Académie
Rabelais. le Montestan fut donc largement couronné post mortem et ce n'est que justice…