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ISBN : 2070443604
Éditeur : Gallimard (2014)


Note moyenne : 3.89/5 (sur 901 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Jules Verne s'amuse. La littérature est un jeu pour lui, chaque livre l'occasion d'un nouveau pari, plus insensé que le précédent. Un fou de savant (il en produira par dizaines, de ces illuminés, tous plus extravagants les uns que les autres) descend en compagnie d'un a... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 08 septembre 2012

    LiliGalipette
    Professeur en minéralogie, Otto Lidenbrock est un « terrible original » (p. 3). Quand il trouve un manuscrit de l'explorateur islandais Arne Saknusemm, il décide de suivre ses indications pour se rendre au centre de la Terre. Il entraîne avec lui son neveu Axel, que ce voyage inquiète au plus haut point, et un guide islandais, Hans, qui se révèle plein de ressources et de courage. le périple commence par une descente dans le cratère du volcan Sneffel, porte ouverte sur le centre de la Terre. Pendant plusieurs semaines, les trois hommes s'enfoncent dans les profondeurs du volcan et de l'écorce terrestre. de découvertes en surprises, leur périple est aussi passionnant qu'il est dangereux.
    Le professeur Lidenbrock est le type même du savant extravagant, enragé de découverte et convaincu de la suprématie de la science. Il ne s'arrête pas aux principes et ne croit qu'à l'expérimentation. « Les faits, suivant leur habitude, viennent démentir les théories. » (p. 203) Ce qui motive ce périple incroyable, c'est l'occasion de perfectionner une science et de développer un savoir. « Ni toi ni personne ne sait d'une façon certaine ce qui se passe à l'intérieur du globe, attendu qu'on connaît à peine la douze-millième partie de son rayon. » (p. 48) Avoir la primauté de la découverte est une obsession au 19° siècle, époque fabuleuse pour l'avancée des sciences et des connaissances.
    Axel endosse le rôle du sceptique, voire de l'inquiet. « Descendre dans un tromblon, […], quand il est chargé et qu'il peut partir au moindre choc, c'est œuvre de fou. » (p. 139) A contrario, le professeur Lidenbrock est un savant dont la science est la seule foi. Il ne doute jamais et si tout l'émerveille, c'est parce que rien ne l'étonne puisque tout est possible. Devant la fascinante architecture souterraine et l'étonnante géographie intérieure du globe, Axel s'exclame toujours alors que le professeur Lidenbrock se réjouit devant ce qui est.
    Très à la mode au 19° siècle, le cabinet de curiosités est un sujet que Jules Verne exploite souvent dans ses romans. Dans Voyage au centre de la terre, ce cabinet prend des proportions gigantesques. L'objet d'étude n'est plus confiné dans la chambre ou le laboratoire, mais observé in vivo. « Jamais minéralogistes ne s'étaient rencontrés dans des circonstances aussi merveilleuses pour étudier la nature sur place. Ce que la sonde, machine inintelligente et brutale, ne pouvait rapporter à la surface du globe de sa texture interne, nous allions l'étudier de nos yeux et le toucher de nos mains. » (p. 183 & 184) Ce qui passionne et motive le professeur, c'est l'invention au sens premier du terme, à savoir la révélation de ce qui existe, la découverte de ce qui était caché, même si tout cela ne quittera jamais les profondeurs de la terre.
    Ce roman est un des voyages extraordinaires imaginés par le prolifique auteur. Pour Jules Verne, tous les domaines et toutes les sciences pouvaient être objets de littérature, qu'il s'agisse de profondeurs marines dans Vingt-mille lieues sous les mers, de l'espace dans De la Terre à la Lune ou des airs dans Cinq semaines en ballon. Toutefois, il ne s'agit jamais d'étaler un savoir, mais bien de le partager et de l'associer avec une réflexion plus large. Ici, Jules Verne propose une cosmogonie inversée : en descendant vers le centre du globe, ses personnages remontent aux origines de la vie, vers les âges primitifs du monde.
    Ce voyage extraordinaire est l'un de mes favoris, car c'est celui qui s'ancre le plus dans l'improbable, l'incroyable et le fantastique. Et pourtant, à grand renfort d'arguments scientifiques, Jules Verne parvient à rendre ce voyage crédible. Ça se lit sans compter les pages. Arrivée au terme du roman, j'en redemande ! Voici une lecture que je conseille sans aucun doute aux jeunes lecteurs avides d'aventure.
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    • Livres 3.00/5
    Par colimasson, le 13 janvier 2013

    colimasson
    A une époque où la frénésie des voyages et des grandes expéditions commençait seulement à prendre son essor, certains, pressentant déjà la monotonie qui gagnerait le cœur des vagabonds quelques décennies plus tard, se prenaient déjà à imaginer des vagabondages plus fantastiques. Puisqu'on aura bientôt fait le tour de la Terre, pourquoi ne pas prévenir la lassitude qui ne saurait tarder d'apparaître en se plongeant directement dans ses entrailles ?

    Nous sommes d'accord –et Jules Verne aussi- une telle idée ne pouvait naître que dans l'esprit un peu hétérodoxe d'un savant fou. le professeur Lidenbrock, grand fantasque, maigre et sec comme une trique, nerveux comme une ampoule électrique mais déconnecté de la réalité, convient parfaitement au rôle. Qu'on ne cherche pas la nuance : Jules Verne n'ambitionne pas de détailler ses personnages dans les moindres ambiguïtés de leur caractère. Il en fait des types plutôt grossiers dont la description nous les rendra immédiatement familiers. Non pas qu'on ne les connaisse de longue date, mais on les a déjà rencontrés ailleurs, sous d'autres noms peut-être, mais leur essence reste la même.

    « Il était professeur au Johannaeum, et faisait un cours de minéralogie pendant lequel il se mettait régulièrement en colère une fois ou deux. Non point qu'il se préoccupât d'avoir des élèves assidus à ses leçons, ni du degré d'attention qu'ils lui accordaient, ni du succès qu'ils pouvaient obtenir par la suite ; ces détails ne l'inquiétaient guère. Il professait « subjectivement », suivant une expression de la philosophie allemande, pour lui et non pour les autres. C'était un savant égoïste, un puits de science dont la poulie grinçait quand on en voulait tirer quelque chose : en un mot, un avare. »

    Le professeur Lidenbrock, fort de la maîtrise d'une modeste douzaine de langues, intercepte un message crypté glissé entre deux feuillets d'un volumineux manuscrit. La compréhension du code posera problème cinq minutes, et puis le message finira par être déchiffré, comme l'on s'y attend. Quel suspens… impossible d'imaginer quelle sera la teneur du message… Quoi ? Vraiment ? Un homme aurait trouvé une voie pour s'infiltrer jusqu'au centre de la Terre ? Ainsi, tout le mystère du titre du roman s'éclaire ! Et Lidenbrock, émoustillé par une idée aussi saugrenue qui irait à l'encontre des principales théories de son époque –si on peut se rendre au centre de la Terre, alors la température n'y est pas aussi élevée que ce que disent les plus grands scientifiques- décide de suivre les traces de ce précurseur et de s'engager à son tour jusqu'aux entrailles de la Terre. Tout ceci est rapporté par son neveu, jeune dadais romantique et naïf, possédant juste ce qu'il faut de science pour affronter son oncle lors de passionnantes discussions théoriques. Celui-ci, à force de ne vouloir rien faire, finira par être embarqué dans le sillage de son oncle pour un Voyage au centre de la terre.

    Récit d'aventure bien rythmé, pas avare en péripéties et en étapes géographiques, ce roman entraînera ses personnages à crapahuter d'abord en Islande, aussi loin du monde civilisé que possible, avant de leur faire découvrir les profondeurs de la planète. Au cours de leur expédition, ils embarqueront avec eux un guide islandais. Pas pénible du tout, celui-ci a l'avantage de ne s'exprimer que par monosyllabes (ce que l'on traduirait par « oui » ou « non » en islandais) et de gérer d'une main de maître les bagages et provisions des deux énergumènes qu'il accompagne. Jules Verne n'aime pas s'embarrasser de complications, qu'il s'agisse de personnages, de situations ou d'énigmes. Ces dernières, par exemple, justifient leur existence dès lors qu'elles sont citées. La question importe plus que la réponse. le plaisir loge dans l'interrogation et la spéculation intellectuelle qui en découle, plus que dans la certitude du fait accompli.

    En lui-même, le Voyage au centre de la terre n'a rien qui ne parvienne à égaler les artifices en trois dimensions que serait capable de nous fournir le cinéma aujourd'hui. On le verra, la progression de l'aventure sera plutôt linéaire. le dépaysement, si tant est qu'il existe, s'inspire des données des sciences archéologique, biologique et géologique, dernières en date apparues pour tenter d'expliquer l'évolution d'un monde, de sa flore et de sa faune. Sous les profondeurs de la Terre, rien de neuf ne surgit de l'esprit de Jules Verne, mais la découverte d'un monde différent que celui qui bruisse à la surface ; une possibilité parmi tant d'autres. Jules Verne, précurseur de la théorie des univers parallèles, un siècle avant que Hugh Everett ne l'énonce ? Mieux encore ! Puisque sous terre, il est possible de constater la présence d'un ciel, quid de celui qui surplombe nos épaules sur ce que l'on croit être la « surface » de la Terre ? Cette fois, Jules Verne anticipe les spéculations des théoriciens de la « Terre creuse », dont Louis Pauwels nous avait parlé dans son livre Le matin des magiciens :

    « Pour les partisans de la terre creuse qui organisèrent la fameuse expédition parascientifique de l'Ile de Rügen, nous habitons l'intérieur d'une boule prise dans une masse de roc qui s'étend à l'infini. Nous vivons plaqués sur la face concave. le ciel est au centre de cette boule : c'est une masse de gaz bleutée, avec des points de lumière brillante que nous prenons pour des étoiles. Il n'y a que le soleil et la lune, mais infiniment moins grands que ne le disent les astronomes orthodoxes. L'univers se limite à cela. Nous sommes seuls, et enveloppés de roc."

    Mais Jules Verne ne s'étend pas sur les interrogations que suscite le monde qu'il met en place. Véritable jouisseur des mots et des images, il s'amuse à faire voyager ses personnages de tableaux en tableaux, faisant naître une flore et une faune dont les monstruosités côtoient les ondoiements des roches et des minéraux :

    « Aux schistes succédèrent les gneiss, d'une structure stratiforme, remarquables par la régularité et le parallélisme de leurs feuillets, puis les micaschistes disposés en grandes lamelles rehaussées à l'œil par les scintillations du mica blanc.
    La lumière des appareils, répercutée par les petites facettes de la masse rocheuse, croisait ses jets de feu sous tous les angles, et je m'imaginais voyager à travers un dimant creux, dans lequel les rayons se brisaient en mille éblouissements.
    Vers six heures, cette fête de la lumière vint à diminuer sensiblement, presque à cesser ; les parois prirent une teinte cristallisée, mais sombre ; le mica se mélangea plus intimement au feldspath et au quartz, pour former la roche par excellence, la pierre dure entre toutes, celle qui supporte, sans en être écrasée, les quatre étages de terrains du globe. Nous étions murés dans l'immense prison de granit. »

    Jules Verne excelle dans la représentation de cette beauté naturelle, subtilement remaniée par ses soins. Si l'on ne sait pas vraiment ce que le professeur Lidenbrock et son neveu recherchent en s'engageant jusqu'au centre de la Terre, en revanche, on sait quelles sont les motivations de Jules Verne : donner la possibilité à son émerveillement biologique et géologique de s'épanouir au sein d'une trame dramatique. Pour parler de sa prose en elle-même, peut-être devra-t-on en revanche oser avancer l'hypothèse qu'elle s'inspire plus vraisemblablement de celles qui parcourent ses ouvrages de vulgarisation scientifique que de celles qui définissent ce que l'on appelle couramment la « grande littérature ». Lorsqu'il ne sait pas comment conclure les situations qu'il a amorcées, Jules Verne s'en sort souvent par une résolution en queue-de-poisson : ainsi décide-t-il subitement, au milieu du livre, d'amorcer l'écriture d'un journal de bord tenu par le neveu ; puis, voyant que le procédé ne tient pas la route, il décide de l'interrompre subitement pour revenir à la narration habituelle et se justifie maladroitement par une note entre crochets :

    « [Ici mes notes de voyage devinrent très incomplètes. Je n'ai plus retrouvé que quelques observations fugitives, prises machinalement pour ainsi dire. Mais dans leur brièveté, dans leur obscurité même, elles sont empreintes de l'émotion qui me dominait, et mieux que ma mémoire, elles donnent le sentiment de la situation.] »

    Jules Verne n'hésite pas non plus à avouer que les mots lui manquent lorsqu'il s'agit de décrire les sensations éprouvées par ses personnages. Les confessions se multiplient au fil de la progression du voyage :

    « Toutes ces merveilles, je les contemplais en silence. Les paroles me manquaient pour rendre mes sensations. Je croyais assister, dans quelque planète lointaine, Uranus ou Neptune, à des phénomènes dont ma nature « terrestrielle » n'avait pas conscience. A des sensations nouvelles, il fallait des mots nouveaux, et mon imagination ne me les fournissait pas. »

    Heureusement, les images sont là pour pallier aux limites naturelles du langage. Chaque chapitre est accompagné d'une vignette en noir et blanc effectuée par Riou. Racées et précises, elles apportent du charme à cette histoire un brin désuète –en cela même, attachante- et rappellent d'autres contes fantastiques de la même époque –que l'on pense par exemple à Alice au pays des merveilles. D'ailleurs, le Voyage au centre de la terre aurait également pu s'intituler Voyage au pays des merveilles ; hormis le fait que le déplacement est ici aussi primordial que la destination.

    « - Et le retour ?
    - le retour ! Ah ! tu penses à revenir quand on n'est pas même arrivé !
    - Non, je veux seulement demander comment il s'effectuera.
    - de la manière la plus simple du monde. Une fois arrivés au centre du sphéroïde, ou nous trouverons une route nouvelle pour remonter à sa surface, ou nous reviendrons tout bourgeoisement par le chemin déjà parcouru. J'aime à penser qu'il ne se fermera pas derrière nous. »

    O folie joyeuse ! Et c'est dans cet état d'esprit insouciant/inconscient que Jules Verne nous mène à la baguette. La science n'est pas terne, et loin d'être triste : grâce à elle, les hommes deviendront les égaux de Lidenbrock, sautillant allègrement entre des parois de feldspath et de quartz, virevoltant entre les troncs démesurés des « lyoperdon giganteum », et s'abreuvant aux sources joyeuses de la biologie et de la géologie !

    Lien : http://colimasson.over-blog.com/article-voyage-au-centre-de-la-terre..
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    • Livres 5.00/5
    Par Aline1102, le 11 mai 2014

    Aline1102
    Le professeur Otto Lidenbrock, un géologue allemand assez farfelu mais passionné par son métier, découvre un beau jour le manuscrit d'un alchimiste islandais que Lidenbrock admire, Arne Saknussemm. Dans ce manuscrit, Saknussem a cache certains messages écrits en runes et le professeur Lidenbrock réquisitionne son neveu, Axel, auquel il réclame son aide.
    Ensemble, les deux hommes parviennent à déchiffrer les messages de Saknussemm, qui explique qu'il est parvenu au centre de la Terre en s'enfonçant dans le cratère du Sneffels, un volcan islandais heureusement éteint.
    Le professeur Lidenbrock décide donc de suivre les traces de Saknussemm. Avec Axel, Lidenbrock compte bien atteindre le centre de la Terre...
    J'aimerais tout d'abord remercier un membre de Babelio : doudou94. Sans ses sympathiques critiques sur les romans de Jules Verne, j'aurais probablement encore attendu des années avant de découvrir les aventures d'Axel et de son oncle Lidenbrock.
    J'ai beaucoup apprécié ce Voyage au centre de la terre. le récit nous est raconté par Axel, peut-être plus lucide et plus objectif que son oncle. Il ne s'emballe donc pas outre mesure pour cette aventure islandaise et, par moments, il a même peur de suivre son oncle dans son périple. du coup, le jeune homme observe beaucoup ce qui se passe autour de lui et nous le décrit de manière très précise : nous atteignons le Danemark en même temps que Lidenbrock et son neveu, nous traversons la mer avec eux jusqu'en Islande. Et les descriptions d'Axel nous permettent réellement de visualiser l'Islande au temps de Jules Verne : sauvage et peu peuplée. Les conditions de vie des habitants y sont décrites sans fioritures. le paysage, sauvage à souhait, donne l'effet d'un véritable dépaysement (on est loin de l'Islande d'Indridason, que j'ai relu encore récemment !)
    La précision des descriptions du narrateur n'est pas la seule qualité de ce roman de Jules Verne. Axel fait également preuve de beaucoup d'humour et de nombreux passages prêtent à sourire. J'ai retenu, notamment, le passage où Axel explique par gestes à la cuisinière de son oncle où Lidenbrock compte l'emmener. Comme le jeune homme montre le sol sans plus d'explications, la brave femme s'imagine que son maître et le neveu de celui-ci partent en expédition dans leur propre cave.
    Le Voyage au centre de la terre, en lui-même, est plein de rebondissements. Certains pourraient le trouver un peu long mais, pour ma part, je l'ai trouvé passionnant. Nos deux scientifiques y sont guidés par un Islandais particulièrement flegmatique du nom de Hans qui, malgré le peu de mots qu'il prononce tout au long du récit, occupe pourtant une place très importante dans l'aventure que nous conte Jules Verne. Sans Hans, l'enthousiasme de Lidenbrock et l'intelligence d'Axel auraient été insuffisants.
    Les péripéties vécues par nos trois héros sont racontées de manière très réalistes par Jules Verne, probablement parce que l'auteur mêle, aux aventures de ses personnages, certaines informations scientifques. Ce mélange de genre (entre science-fiction, aventure et réalisme), nous donne l'impression que l'aventure de Lidenbrock et de son neveu est tout à fait réaliste.
    Bref, si, comme c'était encore mon cas il y a quelques semaines, vous hésitez encore à découvrir Jules Verne, lancez-vous et commencez donc par ce Voyage au centre de la terre. Il se lit sans peine et permet de passer un excellent moment en compagnie de personnages sympathiques.
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    • Livres 3.00/5
    Par Jdo, le 11 septembre 2012

    Jdo
    Fort de mes lointains souvenirs de quelques romans phares de Jules Verne lus dans une autre vie, c'est sans aucune surprise que je découvrais à la lecture pour moi nouvelle du « Voyage au centre de la Terre » qu'à la différence de l'adaptation destinée aux familles nord-américaines des années cinquante qu'en fit ce vieux Walt, cette aventure était exclusivement et délibérément masculine. En effet et ce malgré l'existence d'une fiancée pourtant elle aussi minéralogiste émérite et dont il est écrit qu'« elle en eût remontré à plus d'un savant », pas plus de femme conviée dans ce roman à visiter le centre de la terre, que dans d'autres échouant sur la plage déserte d'une île mystérieuse ou présente dans les coursives du Nautilus ou le ballon de Samuel Fergusson, ni non plus accompagnant Phileas Fogg à travers son tour du monde.
    J'avais par contre totalement oublié à quel point chez Jules Verne le caractère de ses personnages est ramené à un simple trait, et que celui-ci non seulement les définit d'emblée dans leur intégralité mais qu'il a cette toujours même caractéristique que sa simplicité ne vient pas de ce qu'il n'est qu'une ébauche ou une épure mais au contraire de ce qu'il est destiné à être définitivement arrêté. Ainsi, les trois héros de ce roman : le professeur Otto Lidenbrock, minéralogiste érudit et polyglotte dévolu à la science jusqu'à la psychose et façonné de certitudes au demeurant pour la plupart ratifiées par les faits, son jeune neveu Axel, narrateur de l'expédition et dont la jeunesse ne peut signifier que candeur, enthousiasme, éclairs d'inspiration mais aussi fragilité à laquelle parfois se mêle un rien de couardise ou de dolence et enfin leur guide Islandais recruté sur place, Hans Bjelke, sorte de sherpa nordique idéal, immanquablement efficace, irrémédiablement mutique et prêt à emprunter n'importe quelle voie du moment qu'on ne sait où elle mène et dès lors que c'est au côté de ses deux employeurs, fleurons d'une Europe éclairée, puissante et expansionniste, tels ils ont entamés ce voyage hors norme, extraordinaire dans le plein sens du mot, tels ils le finiront.
    Dans cette traversée du complet inconnu, du presque inexploré puisque c'est en réalité sur la trace laissée par Arne Saknussemm qui trois siècles auparavant fut le premier à ouvrir les entrailles de la terre qu'ils se sont lancés, et bien que livrés à eux-mêmes, à eux-seuls pendant plusieurs mois, oubliés du monde de la surface et faisant, jour après jour, l'expérience de l'euphorie et du désespoir, de la peur et de l'éblouissement, rien ne les aura changés. Ils n'ont pas bougé d'un iota, ni dans leurs certitudes, ni dans leur candeur et encore moins dans leur mutisme, à peine en ressortent-ils quelque peu amaigris et hirsutes. Ainsi, définitivement, cette équipée au centre de la terre n'est en rien le récit d'une aventure humaine, mais bien plutôt celui de l'Aventure de l'Humanité avec un « A » et un « H » majuscules, comme on parlera pratiquement un siècle plus tard de ce grand pas fait par elle avec à peu près le même esprit conquérant et colonialiste que du temps du second empire durant lequel Jules Verne vécut et installa son œuvre. de cette aventure, pourtant toute intérieure, le bon docteur Freud semble être si loin que c'est comme s'il ne devait même jamais advenir, et cependant il arrive, il n'est déjà plus très loin, au point qu'il pourrait bien avoir été un des jeunes lecteurs de Jules Verne et quelles belles pâtures en effet lui auraient alors faites ces sombres boyaux descendant dans le ventre de la terre, ces couloirs inviolés et étincelants, étincelants parce qu'inviolés, cette mer interne, immensément répandue, régulièrement bouleversée d'orages aussi soudains que furieux, ces cavernes lumineuses où la nuit ne vient jamais mais cependant habitées de monstres immémorés entièrement occupés à s'entredévorer et bien sûr cette remontée finale à travers un étroit conduit d'une mer originelle transformée par un acte manqué en eaux soudain rendues effrénées et bouillonnantes puis bientôt en lave libératrice, et cela, encore une fois, sans aucune femme présente en ces lieux, seul un mystérieux berger à peine entrevu, sans âge et sans époque, veille là sur d'improbables troupeaux silencieux.
    Mais ce qui pourrait ainsi ne nous paraître que faiblesse et inconsistance dans un siècle littéraire plutôt voué à l'exploration des comédies humaines, de la complexité des âmes et des sentiments et des ressorts politiques d'une société déjà vieillissante et nous tirer ainsi un peu de mépris condescendant, en constitue en réalité tout le charme et la singularité. Car, et comme cela n'est pas si fréquemment le cas ailleurs, les héros de Jules Verne traversent leur aventure comme si eux-mêmes n'en étaient que les lecteurs et puisque, de par cette ascèse rationaliste et positiviste à laquelle ils ont consacrés leurs vœux, ils occupent plus de temps à commenter objectivement cette aventure qu'à la vivre avec passion, ils nous laissent ainsi, sans nul nécessité de nous identifier à eux, tout à fait libres de visiter ces lieux sans être en rien gênés par leur présence. Au contraire, ils sont comme des guides parfaits dépêchés par Jules Verne dans le but de nous faire visiter dans des conditions idéales son musée merveilleux, son théâtre d'ombres chinoises et dont on peut, de temps à autre, se laisser aller à écouter par politesse les explications raisonnées et savantes aussi désuètes à nos jours qu'elles étaient déjà superfétatoires à l'époque sans que cela ne gâche en quoi que ce soit notre concentration à vouloir profiter pleinement du spectacle des lieux. On attend d'eux seulement qu'ils portent la lumière et choisissent des routes que sans leur curiosité nous n'aurions jamais eu le courage, voir même l'idée, d'emprunter.
    Aussi de ce qu'il advient de ces héros au delà de leur aventureux périple finalement peu nous importe. Qu'Axel dès son retour à Hambourg épouse sa Graüben dont il a donné le prénom à un embarcadère souterrain naturel (il n'est décidément pas possible que le bon Sigmund n'ait pas lu ce livre), cela va de soi. Que le Professeur Lidenbrock tire quelques gloires de salon de son courage sans faille d'explorateur à tout va, c'est la moindre des choses. Quant à l'impavide Hans Bjelke, il semble traverser la vie avec une telle sagesse innée de moine tibétain qu'on peut l'imaginer aussi bien retournant à ses chasses solitaires d'eiders islandais que consacrer le reste de sa vie à tricoter au fond d'une Isba entourée de geysers des chandails en poils de rennes ou de renards bleus.
    Ils sont passés en ne laissant au bout du compte rien d'eux-mêmes. de la belle écriture de Jules Verne précise et sans afféteries et dont le primordial du très respectable travail littéraire consiste à rendre réel l'impossible et à donner une architecture concrète et cohérente au merveilleux, ne restent donc, mais c'est bien là l'essentiel, que ces lieux révélés, devenus pour nous presque familiers par la justesse de leur description et qu'on peut désormais visiter, sans besoin d'autre guide que notre mémoire de lecteur, chaque fois que le cœur nous en dit.
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    • Livres 3.00/5
    Par sylvaine, le 08 septembre 2012

    sylvaine
    enfin me direz-vous j'ai lu un roman de Jules Verne!! Sans déplaisir , mais sans grande excitation non plus. J'ai sans doute passé l'âge pour ce type de roman mais voilà de mon temps (chut!!!) il y avait les livres pour les garçons et ceux pour les filles....donc , nous les filles pas de sciences , pas d'imagination, des romans type saga , le club des cinq vous voyez le genre ,!.No comment s'il vous plait sur mon âge ...
    L'histoire pour ceux qui ne la connaitrait vraiment pas , le Pf Lidenbrock, dans sa bonne vieille ville de Hambourg découvre par hasard un parchemin crypté signé Arne Saknussemm, alchimiste islandais fort connu du 15ème siècle.
    Et ô quelle surprise , ce parchemin indique comment ice savant a pu pénétrer dans les enrailles de la terre.Ni une ni deux , le Pr Lidenbrock, décide de partir sur le champ ,accompagné de son neveu Axel et d'un guide islandais Hans qui s'avérera être leur ange gardien.L'aventure sera pleine de péripéties mais ne compter pas sur moi pour savoir lesquelles
    Quant à mon ressenti sur cette lecture , club de lecture babelio septembre 2012,je dirais mitigé .Tout cet étalage de sciences diverses , géologie, physique, astrophysique, chimie etc.m'a un peu beaucoup agacée d'autant plus que un siècle et demi tellement riche en découvertes scientifiques rendent les notions de Verne un peu obsolètes.
    A contrario, je suis admirative devant les connaissances encyclopédiques de Jules Verne,son imagination débordante même délirante par moment.J'imagine qu'au moment de sa parution ce livre a du faire l'effet d'une météorite, premier grand roman d'anticipation de cette nature il a du en déranger plus d'un!
    Et vous lecteurs qui vous délecter des romans islandais , ne ratez sous aucun prétexte les descriptions de l'Islande par Jules Verne , Indridason n'a rien inventé!
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Citations et extraits

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  • Par colimasson, le 17 janvier 2013

    - Voici ce que je décide, répliqua le professeur Lidenbrock en prenant ses grands airs : c’est que ni toi ni personne ne sait d’une façon certaine ce qui se passe à l’intérieur du globe, attendu qu’on connaît à peine la douze-millième partie de son rayon ; c’est que la science st éminemment perfectible, et que chaque théorie est incessamment détruite par une théorie nouvelle. N’a-t-on pas cru jusqu’à Fourier que la température des espaces planétaires allait toujours diminuant, et ne sait-on pas aujourd’hui que les plus grands froids des régions éthérées ne dépassent pas quarante ou cinquante degrés au-dessous de zéro ? Pourquoi n’en serait-il pas ainsi de la chaleur interne ? Pourquoi, à une certaine profondeur, n’atteindrait-elle pas une limite infranchissable, au lieu de s’élever jusqu’au degré de fusion des minéraux les plus réfractaires ? »
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  • Par LiliGalipette, le 08 septembre 2012

    « Jamais minéralogistes ne s’étaient rencontrés dans des circonstances aussi merveilleuses pour étudier la nature sur place. Ce que la sonde, machine inintelligente et brutale, ne pouvait rapporter à la surface du globe de sa texture interne, nous allions l’étudier de nos yeux et le toucher de nos mains. » (p. 183 & 184)

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  • Par colimasson, le 13 janvier 2013

    Otto Lidenbrock n’était pas un méchant homme, j’en conviens volontiers ; mais, à moins de changements improbables, il mourra dans la peau d’un terrible original.
    Il était professeur au Johannaeum, et faisait un cours de minéralogie pendant lequel il se mettait régulièrement en colère une fois ou deux. Non point qu’il se préoccupât d’avoir des élèves assidus à ses leçons, ni du degré d’attention qu’ils lui accordaient, ni du succès qu’ils pouvaient obtenir par la suite ; ces détails ne l’inquiétaient guère. Il professait « subjectivement », suivant une expression de la philosophie allemande, pour lui et non pour les autres. C’était un savant égoïste, un puits de science dont la poulie grinçait quand on en voulait tirer quelque chose : en un mot, un avare.
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  • Par colimasson, le 01 mars 2013

    - Je ne comprends pas la présence de pareils quadrupèdes dans cette caverne de granit.
    - Pourquoi ?
    - Parce que la vie animale n’a existé sur la terre qu’aux périodes secondaires, lorsque le terrain sédimentaire a été formé par les alluvions, et a remplacé les roches incandescentes de l’époque primitive.
    - Eh bien ! Axel, il y a une réponse bien simple à faire à ton objection, c’est que ce terrain-ci est un terrain sédimentaire.
    - Comment ! à une pareille profondeur au-dessous de la surface de la terre !
    - Sans doute, et ce fait peut s’expliquer géologiquement. A une certaine époque, la terre n’était formée que d’une écorce élastique, soumise à des mouvements alternatifs de haut et de bas, en vertu des lois de l’attraction. Il est probable que des affaissements du sol se sont produits, et qu’une partie des terrains sédimentaires a été entraînée au fond des gouffres subitement ouverts.
    - Cela doit être. Mais, si des animaux antédiluviens ont vécu dans ces régions souterraines, qui nous dit que l’un de ces monstres n’erre pas encore au milieu de ces forêts sombres ou derrières ces rocs escarpés ?
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  • Par colimasson, le 09 mars 2013

    « Voyons, dit-il. Il faut prendre un parti.
    - Prendre un parti ? répliquai-je.
    - Oui. Il faut réparer nos forces. Si nous essayons, en ménageant ce reste de nourriture, de prolonger notre existence de quelques heures, nous serons faibles jusqu’à la fin.
    - Oui, jusqu’à la fin, qui ne se fera pas attendre.
    - Eh bien ! qu’une chance de salut se présente, qu’un moment d’action soit nécessaire, où trouverons-nous la force d’agir, si nous nous laissons affaiblir par l’inanition ?
    - Eh ! mon oncle, ce morceau de viande dévoré, que nous restera-t-il ?
    - Rien, Axel, rien. Mais te nourrira-t-il davantage à le manger des yeux ? Tu fais là des raisonnements d’un homme sans volonté, d’un être sans énergie !
    […] – Quoi ! vous croyez encore à quelque chance de salut ?
    - Oui ! certes, oui ! et tant que son cœur bat, tant que sa chair palpite, je n’admets pas qu’un être doué de volonté laisse en lui place au désespoir. »
    […] « Enfin, dis-je, que prétendez-vous faire ?
    - Manger ce qui reste de nourriture jusqu’à la dernière miette et réparer nos forces perdues. Ce repas sera notre dernier, soit ! mais au moins, au lieu d’être épuisés, nous serons redevenus des hommes.
    - Eh bien ! dévorons ! » m’écriai-je.
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