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Charles Du Bos (Traducteur)Frédéric Vitoux (Préfacier, etc.)
ISBN : 2070758451
Éditeur : Gallimard (2000)

Note moyenne : 4.18/5 (sur 191 notes)
Résumé :
Orpheline ruinée, Lily Bart cherche à faire un riche mariage, bien qu'elle aime un avocat, Lawrence Selden. Trop honnête pour se vendre, mais d'allure trop libre pour garder sa réputation intacte, elle se voit fermer les portes de la haute société. Avec un art digne de son maître Henry James, Edith Wharton peint la haute société new-yorkaise, son éclat et sa richesse, mais aussi sa profonde corruption.
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Critiques, Analyses & Avis (26) Voir plus Ajouter une critique
juliette2a
juliette2a04 juillet 2013
  • Livres 5.00/5
Depuis le temps que je voulais lire ce roman, c'est enfin chose faite ! Je me suis encore une fois régalée avec Chez les heureux du monde, de l'auteure américaine Edith Wharton, que je connaissais déjà grâce à son livre Les Lettres.
Dans cette oeuvre qui ressemble à celles de Jane Austen, nous suivons le destin de Miss Lily Bart, jeune femme de vingt-neuf ans, dont la beauté exceptionnelle lui permet de côtoyer les plus riches familles, à commencer par les Trenor ou encore M. Rosedale, mais qui, petit à petit, va se retrouver seule dans un monde égoïste de ce début du XXème siècle...
Malgré un début difficile, sans doute à cause de l'écriture de l'édition, je me suis très vite identifiée à Lily, j'ai ressenti toutes ses émotions, ses premiers malheurs, et enfin, sa déchéance finale, comme si j'évoluais dans cette société répugnante. Heureusement, certains personnages sont restés sympathiques du début à la fin, d'ailleurs, dès les premières pages de ce roman, le lecteur a la chance de rencontrer M. Lawrence Selden, l'un des seuls qui restera fidèle à Lily, jusqu'à la dernière page, à la fois émouvante et magnifique !
Que dire de plus ? Je ne me suis pas ennuyée une seule seconde, l'intrigue était passionnante, avec un enchaînement rapide d'évènements tous aussi intéressants les uns que les autres ; bref, comme vous l'aurez constaté, j'ai adoré Chez Les Heureux du monde, que je conseillerais bien évidemment à tous...
A lire !!
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Marple
Marple03 juillet 2012
  • Livres 5.00/5
Attention coup de coeur!
Je me suis régalée avec ce roman ciselé et fin, qui m'a fait tour à tour sourire, pleurer ou penser...
Avant toute chose, j'ai été enchantée par le style. Peut-être ai-je lu trop de livres 'modernes' récemment; toujours est-il que j'ai plongé avec délices dans ces paragraphes fluides et bien construits, dans ce vocabulaire recherché et précis, toujours juste. Au travers de ses mots et de ses phrases, on devine Edith Wharton, brillante, sensible et très observatrice... Un vrai plaisir de lecture, suffisamment rare pour être souligné, d'autant que je suis habituellement bien plus attentive au fond qu'à la forme !
Bien des (belles) choses à dire au sujet du contenu, également. Miss Lilly Bart fait figure à mes yeux de pure figure de tragédie. Tiraillée entre son éducation futile et superficielle et ses idéaux de liberté, d'amour et de grandeur, elle compromet toutes ses chances de bonheur d'un côté comme de l'autre. Ainsi, c'est elle-même qui se sabote à chaque fois qu'un beau pari est prêt à l'épouser. Elle-même qui refuse de se contenter d'une une vie plus simple, independante et belle. Elle oscille en permanence entre ces deux pôles, ne parvenant pas à fixer son choix de manière durable.
Dès lors, sa dégringolade semble inéluctable. Malgré ses amis, malgré sa beauté, malgré son intelligence.
Et quelle dégringolade grandiose ! Sa chute nous fait voyager de New York à Monte-Carlo en passant par Newport. Elle nous emmène dans les salons de la haute société, chez les nouveaux riches et même à la rencontre des classes laborieuses. Elle nous dresse un panorama sans concessions de toute société humaine, entre sombres trahisons et petits travers quotidiens, sans oublier ces trésors d'amitié ou de solidarité qui subsistent parfois malgré tout.
Quel gâchis monumental que la vie de Lilly Bart, si intelligente, si belle, si honnête ! Et quel talent il a fallu à Edith Wharton pour transformer cela en un trésor de livre, à mi-chemin entre le roman d'apprentissage inversé et la peinture sociale cynique du New York de cette époque !
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Aaliz
Aaliz02 mars 2014
  • Livres 5.00/5
Lily Bart a grandi au sein d'une famille aisée de la haute-société new-yorkaise. A la ruine puis à la mort de ses parents, seule sa tante accepte de la recueillir. Comme le veut l'usage au sein de cette société, son unique moyen pour maintenir sa position est de trouver un bon parti et de faire un mariage qui lui assurera définitivement sa position sociale.
Mais Lily est tiraillée, tiraillée entre sa raison, l'absolue nécessité de faire un bon mariage et son coeur qui, inconsciemment la mène à refuser de bons partis à plusieurs reprises.
La situation de Lily devient critique au fur et à mesure que sa fortune décline surtout qu'elle est sous l'emprise du vice du jeu. Des dettes importantes l'amènent à solliciter son entourage. Sa conduite et ses décisions finissent par se retourner contre elle et Lily doit alors lutter contre ce milieu qui était pourtant celui auquel elle était prédestinée.
Je ne connaissais pas Edith Wharton et le peu de critiques que j'avais lues concernant ses romans ne m'avaient pas particulièrement encouragée à la découvrir. Quelle erreur ! C'est à l'occasion de mon club de lecture que j'ai pu la réparer.
J'ai été plus qu'agréablement surprise par ma lecture et je peux même dire que c'est un grand coup de coeur ! J'ai vraiment adoré ce roman de bout en bout même si je reconnais que les premières pages ne sont pas faciles. le style d'Edith Wharton est magnifique mais peut paraître un peu ampoulé ( ce que j'explique par le fait qu'elle admirait beaucoup Proust et c'est vrai qu'on y reconnaît quelques similitudes, l'extrême longueur des phrases en moins). le nombre de personnages peut aussi décourager. Il n'est pas facile au début de s'y retrouver, de savoir qui est qui. Mais au fil de la lecture, on prend ses repères et cela devient alors un véritable bonheur.
Qu'est-ce que le bonheur justement ? Lily ne semble pas le concevoir sans l'associer à la richesse, d'où son obstination à faire un bon mariage. Ses discussions avec Lawrence Selden ne parviennent pas à la faire changer de conduite.
« - Mon idée du succès, dit-il, c'est la liberté personnelle.
- La liberté ? … être libre de soucis ?
- Libre de tout… de l'argent et de la pauvreté, de l'aisance et de l'inquiétude, de tous les accidents matériels. Maintenir en soi une sorte de république de l'esprit, voilà ce que j'entends par le succès. »
De par son éducation, Lily est restreinte à un certain code de conduite. Durant toute son enfance, sa mère n'a cessé de lui répéter qu'elle obtiendrait tout uniquement grâce à sa beauté. Mais sans argent, Lily doit sauver les apparences et maintenir l'illusion sur son train de vie. L'illusion ne tient pas très longtemps et elle devient rapidement la persona non grata. Même Lawrence, victime des racontars et des apparences, lui tourne le dos. Seuls quelques amis soutiendront Lily mais pas toujours de façon heureuse pour elle.
« Ce n'est pas un bel endroit, non, et la seule manière d'y prendre pied et de s'y tenir, c'est de le combattre avec ses armes, à lui…et, avant tout, ma chère, pas seule ! »
Il faut être un loup pour survivre au milieu des loups. Et bien que Lily donne l'impression d'en être un, on se rend bientôt compte que son âme est plus pure qu'elle n'y paraît.
Ce roman m'a beaucoup rappelé, dans un premier temps, La Foire aux Vanités de Thackeray. J'ai assez tôt fait le rapprochement entre Lily et Becky par leur côté calculateur et manipulateur. Mais contrairement à Becky, Lily ne s'enfonce pas dans ce trait de personnalité. Elle m'a complètement bouleversée et touchée au point que j'en ai versé des larmes. La scène des tableaux vivants rappelle aussi fortement celle des charades de la foire aux vanités.
Critique de la haute-société new-yorkaise du début du XXème siècle, Chez les heureux du monde offre aussi un panorama de la société new-yorkaise dans son ensemble, des anciennes familles de l'aristocratie aux nouveaux riches à l'instar de Rosedale et des Gormer mais aussi du milieu des travailleurs.
A travers Lily, c'est toute la mesquinerie et les fausses convenances de l'aristocratie qu'Edith Wharton pointe du doigt. Une aristocratie qu'elle a elle-même fui en partant s'installer en France.
Je ne peux que conseiller ce sublime roman magistralement écrit et d'une beauté triste à pleurer.
« Les marques mêmes de son chagrin lui seyaient comme les gouttes de pluie vont à la rose battue. »
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Musardise
Musardise21 mars 2016
  • Livres 5.00/5
Histoire de la splendeur et de la déchéance de Lily Bart... Dans la haute société de New York du début du vingtième siècle, il ne fait guère bon vivre malgré les apparences. Si l'on veut se conformer aux règles, on peut même y perdre son identité ; c'est ce qu'Edith Wharton aura à coeur de développer magistralement tout au long de son premier roman.
Wharton a toujours écrit sur ce qu'elle connaissait le mieux : la société de l'aristocratie et de la haute bourgeoisie américaine, et plus spécifiquement new-yorkaise. Elle l'étudie, elle la dissèque sans indulgence. Bien au contraire, elle en pointe constamment les travers. L'histoire de Lily Bart lui sert donc de prétexte à dénoncer une société hypocrite, superficielle, misogyne et impitoyable. Lily en est issue, mais fait figure de parent pauvre. Elle ne peut donc mener le train de vie de ses amis, mais n'imagine de pas de vivre autrement ni ailleurs que parmi eux. Et pourtant, elle est indubitablement différente. Poursuivant un seul objectif, celui de se trouver un riche mari afin de s'assurer un avenir solide et confortable, elle est sans cesse contredite dans ses projets par son aspiration à une autre vie. Elle est sa propre ennemie.
Donc, d'une part, une volonté (ancrée depuis l'enfance dans le cerveau de Lily) de se conformer aux règles de la haute société, et, d'autre part, une envie incertaine, floue, mais bien présente, de prendre son envol et de se laisser guider par ses sentiments. Ce sont ces tiraillements constants qui vont mener petit à petit Lily à sa déchéance - à moins qu'elle ne parvienne au contraire, en perdant argent, fanfreluches et "amis", à un début d'émancipation... Ce sont ces tiraillements qu'Edith Wharton va analyser encore et encore. Par son style sous influence proustienne (les phrases de dix pages en moins), elle nous fait pénétrer dans les méandres de la psychologie des personnages, et avant tout, dans ceux de Lily. Chez Les heureux du monde, c'est un petit trésor de subtilité. Et un pamphlet féministe.
Il est, cependant, parfois malaisé pour le lecteur de comprendre les comportements de la haute société new-yorkaise : est-ce si grave de faire ceci ou cela, d'avoir été vu subrepticement en compagnie de Machin ou d'Untel, pour que la seule réponse possible demeure, toujours, l'exclusion définitive et irrémédiable de la personne prise en flagrant délit ? Si l'on est pas du monde d'Edith Wharton (comme c'est évidemment le cas de la plupart de ses lecteurs d'aujourd'hui), les codes de cette société demeurent un rien hermétiques. Ce qui, au final, renforce la critique féroce de l'auteure : cette société n'est construite que sur des artifices qui sont devenus des impératifs, au mépris de toute tentative d'épanouissement personnelle. Chez les heureux du monde, c'est donc bien plus que l'histoire tragique de Lily Bart et de l'élite new-yorkaise : c'est celle des femmes, des sociétés humaines. C'est celle des individus qui, toujours et encore, cherchent à s'épanouir dans un contexte qui les contraint impitoyablement.
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ElizaLectures
ElizaLectures15 juillet 2012
  • Livres 5.00/5
De week-ends à la campagne aux réceptions en ville, Miss Lily Bart papillonne dans la haute-société new-yorkaise avec grâce et aisance. A 28 ans, sans ses parents, elle sait qu'elle doit désormais songer très sérieusement à se marier pour assurer son avenir. Donc trouver un mari fortuné. Ce ne sont pas les occasions qui ont manqué jusque là, mais elles ont toujours tourné court. Inconsciemment, Lily se dérobe au dernier moment, ne pouvant se résoudre à se lier définitivement à un homme qu'elle ne respecterait pas. Lorsque s'ouvre le roman, Lily croit encore pouvoir choisir. Avec une certaine désinvolture, elle se laisse aller à une conversation presque intime avec Lawrence Selden, un avocat qui a pour elle plus que de l'admiration. Mais pour elle, impossible d'aller plus loin qu'une conversation, il ne peut lui apporter ce luxe dont elle a besoin. Peu après, elle refuse la main d'un riche homme d'affaires, pensant pouvoir trouver mieux. Cependant, au fil des pages, sa situation devient de plus en plus délicate. Contrainte de devoir rester auprès d'amies plus fortunées qui la protègent, elle devient proche de leurs maris… Sur le sommet depuis lequel elle contemple ce monde, Lily ne voit pas la tempête prêt à s'abattre sur elle. de déceptions en scandales, Lily voit progressivement son avenir se fissurer. Même son amitié avec Selden lui échappe.
De nombreux personnages se croisent dans le cercle dans lequel évolue Lily : chez les Trenor, Judy est l'amie intime de Lily jusqu'à ce que Gus ne semble remarquer les charmes de celle-ci, chez les Dorset, c'est George qui se rapproche d'elle car sa femme Bertha entretient une liaison avec un jeune homme. Mr Rosedale, riche homme d'affaires évoquant un peu la figure d'Augustus Melmotte (bien que 30 ans plus tard !), fait preuve de sensibilité mais ne cache pas son ambition. Il y a aussi Carrie Fischer, un personnage que j'ai beaucoup aimé, qui a trouvé une manière originale de rester dans la haute-société sans moyens : elle introduit dans les cercles les plus huppés les couples de nouveaux riches. On voit bien qu'on est à un tournant pour ce milieu : l'argent désormais peut beaucoup et si on méprise ouvertement ces nouveaux riches, ils sont progressivement intégrés car leur fortune est indispensable à beaucoup. de plus, l'argent semble remplacer les liens d'amitié et d'honneur qui liaient tous ces gens entre eux. Tout au long du roman, Lily est profondément déçue dans ses amitiés, seule Grace Stepney, jeune femme vivant seule dans un petit appartement, loin du luxe des fréquentations de Lily, lui restera fidèle dans ses malheurs.
A travers ce poignant destin de femme, Edith Wharton montre une finesse psychologique extraordinaire. La majorité du roman est vu par les yeux de Lily, on suit avec bonheur et anxiété ses actions, ses décisions, ses déceptions. Les quelques scènes décrites du point de vue de Lawrence Selden ou de Grace Stepney ne font en fait que renforcer l'image kaléidoscopique qui nous est offerte. Consciente de ses charmes, Lily est une jeune femme sûre d'elle, ambitieuse sans vanité, intelligente sans pédanterie. Il suffit parfois d'une petite faiblesse à un point précis de notre vie pour que celle-ci prenne une toute autre direction. C'est ce qui arrive maintes fois à Lily, notamment au début du roman lorsqu'elle décide de ne pas aller à l'office chez les Trenor. A cause de cet “acte manqué”, elle se rend compte qu'elle peut renoncer définitivement à son mariage avec Mr Gryce. A trop croire que la raison seule guide ses actes, Lily oublie qu'à tout moment, son coeur – ou son naturel, car elle est souvent dans l'obligation de se travestir pour mieux séduire – peut reprendre le dessus. A chaque nouvelle chute, Lily est persuadée qu'elle se relèvera sans trop de dégâts. C'est seulement lorsque le manque d'argent se fait cruellement sentir que Lily prend conscience de sa légèreté. Malheureusement, devant tous les fils du destin qui s'offraient à elle, elle n'aura pas su tirer le seul qui lui aurait permis d'être heureuse. La fin tragique du roman m'a laissée bouleversée par l'injustice que représente une vie manquée.
Lien : http://passionlectures.wordp..
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Citations & extraits (44) Voir plus Ajouter une citation
MusardiseMusardise27 juillet 2016
Il observait sa main, polie comme un morceau de vieil ivoire, avec ses ongles roses et frêles, et le bracelet de saphir qui lui glissait sur le poignet : il sentit combien il était ironique de lui suggérer, à elle, une vie comme celle que sa cousine à lui, Gertrude Farish, avait choisie. Elle était si évidemment la victime de la civilisation qui l'avait produite que les anneaux de son bracelet avaient l(air de menottes l'enchaînant à son destin.
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dbreitdbreit16 novembre 2012
Vous pourriez aussi bien dire que le seul moyen de ne pas penser à l'air, c'est d'en avoir assez à respirer. C'est vrai, en un sens; mais vos poumons pensent à l'air, si vous, vous n'y pensez pas. Il en va de même avec les gens riches : il se peut qu'ils ne pensent pas qu'à l'argent, mais ils ne cessent pas un instant de le respirer : transportez-les dans un autre élément, et voyez comme ils se débattent et comme ils halètent!
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CarosandCarosand17 septembre 2013
- Le succès.. qu'est-ce que le succès ? Je voudrais bien connaître votre définition.
- Le succès?... (Elle hésita.) Mais c'est tirer de la vie tout ce qu'on peut en tirer, j'imagine... C'est une qualité relative, après tout... N'est-ce pas aussi votre idée du succès .
- Mon idée du succès, dit-il, c'est la liberté personnelle.
- La liberté ?... être libre de soucis ?
- Libre de tout... de l'argent et de la pauvreté, de l'aisance et de l'inquiétude, de tous les accidents matériels. Maintenir en soi une sorte de république de l'esprit, voilà ce que j'entends par le succès.
Elle se pencha en avant, avec un éclair d'intelligence :
- Je sais... je sais... c'est étrange, mais c'est tout juste ce que j'ai senti aujourd'hui.
Les yeux de Selden rencontrèrent avec une douceur cachée ceux de Lily :
- Ce sentiment est-il si rare chez vous ? dit-il.
Elle rougit un peu sous ce regard :
- Vous me méprisez terriblement, n'est-ce pas ? Mais peut-être est-ce que je n'ai jamais eu le choix. Il n'y avait personne, veux-je dire, pour me parler de la république de l'esprit.
- Il n'y a jamais personne... C'est un pays dont il faut découvrir le chemin soi-même.
- Mais je ne l'aurais jamais découvert si vous ne me l'aviez montré.
- Ah ! il y a des poteaux indicateurs... mais encore faut-il savoir les lire.
- Eh bien, je sais ! je sais maintenant ! s'écria-telle avec ardeur. Chaque fois que je vous vois, il me semble que j'épelle une des lettres de l'écriteau... et hier, hier soir, à dîner, j'ai brusquement vu un peu plus avant dans votre république.
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juliette2ajuliette2a04 juillet 2013
Selden et Lily demeuraient immobiles, acceptant l’irréalité de la scène comme unie à leur propre sensation de rêve. Ils n’eussent pas été surpris qu’une brise d’été vint leur caresser le visage, ou de voir les lumières apparues à travers les branches se doubler à la voûte d’un ciel étoilé. L’étrange solitude autour d’eux n’était pas plus étrange que la douceur de s’y trouver ensemble.
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juliette2ajuliette2a04 juillet 2013
Neuf heures était une heure matinale pour faire une visite, mais Selden n’en était plus à se préoccuper de ces rites conventionnels. Il ne savait qu’une chose, c’est qu’il lui fallait voir Lily Bart tout de suite : il avait trouvé le mot qu’il voulait lui dire, et ce mot ne pouvait attendre un moment de plus. Il était étrange qu’il ne lui fût pas venu aux lèvres plus tôt, que lui, Selden, eût laissé partir Lily, la veille au soir, sans être capable de le prononcer. Mais qu’importait, maintenant qu’un jour nouveau avait lui ? Ce n’était pas un mot de crépuscule, c’était un mot du matin.
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