Dans la plaine du Henan, il y a un petit village, celui des Ding, un village comme tant d'autres, peuplé par des gens simples, peu instruits, vivant du stricte nécessaire, de leurs récoltes, pas franchement miséreux, juste des gens qui vaquent à leurs occupations au gré des saisons, des évènements, des fêtes.
Un jour, le gouvernement lance une vaste campagne de récolte de sang afin de fabriquer le plasma et plaquettes nécessaires dont le pays a besoin. Des représentants sont envoyés dans toutes les campagnes pour inciter les gens à participer à cet élan patriotique. Rien est laissé au hasard : l'accès à des denrées de première qualité, les infinies possibilités d'enrichissement personnel et communautaire, les passe-droits, tout est mis en place pour que nul ne puisse résister à la tentation d'améliorer son existence. S'enrichir en vendant son sang, tel est le moto des autorités gouvernementales.
Avant cet arrêté, le village des Ding ne comptait que deux rues principales, une vingtaine de famille, des bicoques plus ou branlantes, une nature luxuriante. Après, il ressemblait plus à un village exemplaire, un idéal de ce que la prospérité offre.
Un petit garçon de douze ans nous raconte du fond de sa tombe les splendeurs et misères de son village. Il nous parle de son grand-père, gardien de l'unique école et des valeurs humaines, une figure que tous respectent; de son père qui voit dans cette collecte de sang une manière rapide et facile d'engranger une petite fortune, de diversifier son activité en vendant des cercueils quand le sang se raréfie, de négocier des contrats de mariage dans l'au-delà pour ceux morts trop tôt. Et puis, il y a les villageois qui, malgré l'horreur de la situation, restent fidèles à ceux qu'ils sont : petits, mesquins, viles, juste des êtres humains dépassés par l'ampleur de la catastrophe mais qui espèrent encore un retour des bénéfices.
Yan Lianke rapporte un fait divers aux proportions incroyables: l'histoire d'un crime né, organisé, exécuté à l'intérieur d'un énorme projet politique. L'auteur ne cherche pas à rationaliser l'horreur qui s'est abattue sur ces populations illettrées, coupées du monde, serviles, âpres au gain. L'infinie banalité du mal, sa stupidité, sa cruauté, sa ténacité, offert dans un emballage séduisant se vit au quotidien.Cet épisode en rappelle un autre, notre propre histoire de sang contaminé dont on se souvient encore de la conclusion qu'ont donné les responsables de l'époque : » Responsables mais pas coupables ». Car il s'agit d'un des plus gros scandales sanitaires du gouvernement chinois qui a tout fait pour ne pas l'ébruiter. Ce livre a valu à
Yan Lianke d'être interdit de paroles et son livre n'a jamais été publié dans son pays.
Je ne sais pas si le choix d'avoir pris un enfant pour raconter sous la forme d'une comptine une telle tragédie rend le récit plus poignant, pour ma part, c'est juste un fait divers bien écrit mais qui n'éveille ni l'empathie avec les personnages ni la juste colère que l'on devrait sans doute ressentir. Ça m'a rappelé deux chansons de Peter Gabriel :
- BIKO,
…/…
It was business as usual
…/…
When I try to sleep at night
I can only dream in red
The outside world is black and white
With only one colour dead
…/…
-RED RAIN,
Red rain is coming down
Red rain
Red rain is pouring down
Pouring down all over me
I am standing up at the water's edge in my dream
I cannot make a single sound as you scream
It can't be that cold, the ground is still warm to touch
We touch
This place is so quiet, sensing that storm
(refrain)
Well I've seen them buried in a sheltered place in this town
They tell you that this rain can sting, and look down
There is no blood around see no sign of pain
No pain
Seeing no red at all, see no rain
( refrain)
Red rain
Putting the pressure on much harder now
To return again and again
Just let the red rain splash you
Let the rain fall on your skin
I come to you defences down
With the trust of a child
( refrain)
And I can't watch anymore
No more denial
It's so hard to lay down in all this
…/…
I see it
…/…
I'm bathing in
…/…
I'm begging you
…/…
Red rain coming down
Over me in the red red sea
…/…
J'ai fini ce livre l'autre semaine. J'écris ce post sur mon balcon, les écouteurs sur les oreilles, mon iPod balançant ( le volume à fond) les albums des YOSHIDA
BROTHERS et I.CHING, le paquet de cigarettes à portée. Il fallait au moins cela pour admettre comme un fait établi que lorsque tout est possible, tout est permis, qu'il n'existe aucun garde-fou, le monde devient horrible.
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