ISBN : 2253003654
Éditeur : Le Livre de Poche (2003)


Note moyenne : 3.81/5 (sur 367 notes) Ajouter à mes livres
Zola brûlait d'écrire Nana. "Je crois que ce sera bien raide. Je veux tout dire, et il y a des choses bien grosses. Vous serez content de la façon paternelle et bourgeoise dont je vais peindre les bonnes "filles de joie". En fait de joie, l'actrice, Nana, dévore les hom... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Aline1102, le 07 décembre 2011

    Aline1102
    Paris est en ébullition: La Blonde Vénus, la nouvelle pièce de Bordenave au Théâtre des Variétés met en scène une nouvelle venue, une certaine Nana. Personne ne sait encore quoi que ce soit sur cette jeune femme, aussi la curiosité est-elle à son comble le soir de la première.

    Pourtant, lorsque Nana entre enfin en scène, c'est la stupéfaction qui l'emporte: cette nouvelle actrice n'a aucun talent particulier et, en plus, elle chante faux. Mais au fur et à mesure que se déroule l'histoire, l'opinion du public commence à changer. La féminité flamboyante et librement affichée de Nana, blonde et pulpeuse, gagne peu à peu la majeure partie du public. Les hommes, en particulier, sont conquis.

    Cela arrange tout particulièrement Nana quand elle l'apprend, puisqu'elle compte profiter de sa nouvelle célébrité pour trouver quelques riches protecteurs qui pourront l'aider à payer ses factures. Car celles-ci commencent à s'accumuler et les marchands font le siège de l'antichambre de Nana.

    Malgré une issue tragique, j'ai trouvé que Nana ressemblait assez Au Bonheur des Dames. On reconnaît, dans les deux ouvrages, la "patte" de Zola.

    L'une des caractéristiques que j'apprécie le plus chez Zola, c'est son réalisme. Il ne fait pas qu'écrire une histoire, il nous la fait vivre. Nous nous trouvons ainsi plongés en pleine préparation de l'Exposition Universelle de Paris, avec toutes les inquiétudes que ce grand événement fait naître dans la vie des nantis qui veulent y briller de mille feux et des filles qui souhaitent y repérer de riches messieurs.

    Mais loin de nous plonger uniquement dans le bon côté des choses, Zola, fidèle à son type d'écriture habituel, dépeint également le désespoir, la dégradation et la pauvreté de ses personnages et, plus largement, de la société française de l'époque.

    Nana, c'est tout d'abord l'histoire d'une femme qui, entraînée par le tourbillon des hommes qui gravitent autour d'elle, finit par perdre l'équilibre. Élevée dans la pauvreté, elle devient la star de Paris grâce à plusieurs amants fortunés, qu'elle n'hésite pas à ruiner.

    Mais, Nana, c'est aussi l'histoire de nombreuses autres femmes, issues de toutes les classes de la société, de la plus humble à la plus fortunée. Et ce qui frappe le lecteur, c'est que les plus riches de ces femmes ne se conduisent pas mieux que Nana elle-même. Zola dénonce donc, avec ce récit, une certaine hypocrisie ayant court dans le Paris du XIXe siècle: les femmes de la haute société, éduquées de manière irréprochable et possédant une certaine fortune, ne se conduisent pas mieux que Nana, cette enfant d'alcoolique qui a travaillé un temps comme fleuriste avant de devenir la coqueluche de Paris. Et pourtant, Nana ne sera jamais vraiment acceptée par cette bonne société qui se conduit si mal...

    Une autre dimension du style de Zola est également présente dans ce roman: la complexité des personnages. Car loin d'être une simple courtisane et une dévoreuse d'hommes (de leur fortune, surtout), Nana est pleine de contradictions: ainsi est-elle parfois émue aux larmes par la pauvreté et la dureté de l'existence, malgré ses envies de luxe et de confort. Ses crises de sentimentalisme se manifestent surtout lorsqu'elle se souvient de sa vie avec ses parents. Nana est aussi parfois honnête mais ment souvent; Nana recherche une vie simple avec Fontan mais revient vite à ses anciens penchants lorsque leur histoire se termine. Elle ne peut donc pas être réduite au simple rôle de parvenue: c'est un être humain avec toutes les qualités et Tous les défauts que ce statut implique.

    Nana est donc du grand Zola, tout en restant accessible à Tous les lecteurs. N'hésitez donc pas à (re)découvrir ce roman qui n'a que des qualités!
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    Critique de qualité ? (16 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par Couperine, le 21 janvier 2012

    Couperine
    En 1866, Zola écrit deux articles assez virulents, prenant position contre un roman anonyme, Mémoires d'une biche russe. Selon lui, il ne présente pas réellement les mœurs de son temps. Il dira ainsi : " J'attends l'histoire vraie du demi-monde, si jamais quelqu'un ose écrire cette histoire." Cette personne, ce sera lui-même, quelques années plus tard. Il se met alors à enquêter (au grand dam de sa femme) sur ce monde particulier des courtisanes. Il veut décrire la débauche effrénée tout en la marquant au fer rouge.

    C'est ainsi qu'apparaît le personnage de Nana. Fille de Gervaise et de Coupeau, elle est la figure même de la perversité. Fuyant la misère de ses parents, elle se lance sur les planches. Sans talent et sans voix, elle attire néanmoins Tous les regards par sa beauté envoûtante. Elle vit ainsi de ses charmes. Elle se venge des hommes, et notamment des aristocrates, en leur révélant les infidélités de leurs femmes et en les ruinant tour à tour : Steiner, le banquier véreux, le comte de Vandeuvres, le capitaine Hugon... Elle finira par se mettre en ménage avec Fontan, un comédien mais la violence de ce dernier aura raison du couple. Nana préfèrera s'égarer dans les bras d'une de ses consœurs, Satin. le sommet de sa réussite est atteint lorsqu'elle parvient à conquérir le comte Muffat, chambellan de l'empereur, à qui elle fera subir les humiliations les plus ignobles.

    Triste figure que celle de cette femme qui assiste à la déchéance de sa société tout en voyant sa vengeance s'accomplir. On ne peut s'empêcher de faire la comparaison entre la peinture d'une courtisane et le reflet d'un monde retrouvant ses propres faiblesses en elle.

    Ce neuvième tome de la fresque est encore un coup d'éclat de la part de l'écrivain. Il finit ce tome par la mort de Nana, dans une chambre sordide. La courtisane, malade et ruinée, meurt de ses frasques au moment même où on fête bruyamment dans les rues la déclaration de guerre à la Prusse. " Poème sinistre des amours du mâle" selon Zola, ce tome est une illustration flamboyante de la corruption et des vices d'une société.


    Lien : http://www.lydiabonnaventure.com/litt%C3%A9rature-du-xixe-si%C3%A8cl..
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    Critique de qualité ? (24 votes positifs)
    • Livres 3.00/5
    Par nastasiabuergo, le 14 avril 2012

    nastasiabuergo
    Cette neuvième livraison des Rougon-Macquart ne m'est pas apparue aussi savoureuse que je l'espérais, faisant naturellement suite, par son héroïne, au fulgurant Assommoir. Émile Zola réemploie la même formule que dans "Son excellence eugène rougon" au début du roman, à savoir, nous plonger directement dans le cœur d'activité du protagoniste principal. C'était une session à l'Assemblée Nationale pour Eugène Rougon, ici, c'est la première représentation d'une opérette sulfureuse, La blonde Vénus, où Nana met le feu à la scène avec ses formes et ses tenues très peu couvrantes. Ce sont bien évidemment les opérettes de Jacques Offenbach que l'auteur cherche à écorner, en particulier celle intitulée "La belle Hélène", (pastichée en "La blonde Vénus") qui met en scène la dépravation des dieux de l'Olympe.
    Pour être totalement dans l'esprit « naturaliste », avec un réel souci documentaire, on n'en est pas pour autant transcendé et l'on a du mal à prétexter que cette entrée en scène de Zola dans Nana soit particulièrement réussie ou tonitruante. On l'a connu plus percutant et la feuille de route de son programme de construction apparaît, à mon goût, un peu trop fortement tout au long du roman. Ce n'est qu'à partir de la moitié du livre, au chapitre VIII, que la narration retrouve quelques couleurs et Zola sa verve perdue de L'assommoir. En effet, jusque-là, l'auteur nous endort avec de Lourdes et longues descriptions de luxe et de débauches dans les hautes sphères qui font d'ailleurs double emploi avec celles déjà pesantes qui concernaient Renée dans La Curée.
    Quels sont les apports vraiment significatifs de cet opus dans l'édifice de son cycle littéraire ? les rapports étroits de connivence entre le monde du spectacle et le journalisme visant à faire ou à défaire le succès d'un spectacle moyennant avantages divers en retour (déjà évoqués en détail et probablement avec plus de brio dans la deuxième partie des Illusions perdues De Balzac) ; la mise en plein jour de la prostitution (la classique et celle de luxe) ; l'évocation de l'homosexualité féminine, sujet absolument tabou à l'époque de Zola et sur quoi il faut saluer le courage littéraire de l'auteur ; le poids du monde hippique dans la haute société (La situation a-t-elle changé de nos jours ? Les Rothschild ne font-il pas toujours régner la pluie et le beau temps sur le monde des courses {casaque bleue, toque jaune} ?) ;
    En guise de conclusion : très documenté mais pas très captivant, ce qui en fait, selon moi, un roman moyen du cycle des Rougon-Macquart, mais ceci, bien sûr, n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand chose.
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    • Livres 3.00/5
    Par iarsenea, le 11 octobre 2011

    iarsenea
    Nana est une fille de joie aux goûts de luxe. Elle est toujours à court d'argent et ses créanciers la poursuivent sans relâche. Une pièce de théâtre dans laquelle elle joue pitoyablement Vénus la propulsera pourtant au sommet. Les hommes sont Tous inéluctablement attirés par elle, et plusieurs font des pieds et des mains pour l'avoir.
    C'est entre autres le cas du comte Muffat, un homme dans la quarantaine, religieux et pleins de principes. Il est marié depuis longtemps à la comtesse Sabine avec qui il n'a jamais découvert le plaisir. Lorsqu'il rencontre Nana, c'est le coup de foudre immédiat. Il tente en vain de résister à l'attrait que Nana exerce sur lui, mais il finit par céder.
    Nana, pourtant, ne veut rien savoir de cet homme. Il est trop laid, trop ridicule à son avis. Mais lorsqu'elle se retrouve sans le sou, à faire le trottoir, elle est forcée d'accepter l'offre de Muffat qui lui offre tout ce qu'elle veut : un hôtel, des robes et des bijoux coûteux ainsi que le rôle de son choix dans une nouvelle pièce de théâtre. Tout cela en échange de sa seule fidélité.
    Pourtant, Nana ne tarde pas à retourner à ses vieilles habitudes. Elle « reçoit » des hommes de Tous âges, elle entretient même une relation homosexuelle avec un autre prostituée. Et par son attrait, elle vide les poches et brise la vie de Tous ces hommes qui sont prêts à tout pour elle, pour toujours s'entourer de plus de luxe.

    Mon commentaire :
    J'ai trouvé ce roman très long à démarrer, comme d'ailleurs les deux autres Zola que j'ai lus jusqu'à maintenant. L'action tarde à débuter, l'auteur prend le temps de bien installer ses personnages, les lieux et l'histoire. Je me suis même demandé rendue à la moitié de l'histoire où il voulait en venir. Je trouvais que l'histoire stagnait et je ne comprenais pas du tout pourquoi ce roman faisait partie de la sélection des vingt livres classiques préférés des lecteurs de Livr@ddict. Oui, c'était audacieux de décrire une prostituée et sa vie à l'époque, mais de là à considérer le roman comme faisant partie des meilleurs classiques ? C'est de l'abus.
    Après avoir terminé le roman, je comprends un peu mieux pourquoi les gens ont tant apprécié ce roman. Effectivement, à partir du milieu de l'histoire, ça commence à démarrer et on constate tout l'égoïsme, l'égocentrisme, voire le narcissisme de Nana. Elle demande sans arrêt et ne donne rien en retour. Elle n'hésite pas un instant à manipuler les hommes pour obtenir tout ce qu'elle veut d'eux. Et les hommes, dans l'histoire, sont faibles, très faibles. Tellement faibles qu'on a l'impression qu'ils sont des marionnettes. Ils en deviennent des personnages tout aussi repoussants et pathétiques que Nana. Et c'est à mon avis ce portrait peu flatteur des personnages qui fait l'attrait de ce roman.
    Pourtant, au final, je ne peux pas dire que Nana est parmi mes classiques préférés. Je n'arrive pas à passer par-dessus le fait que je me suis vraiment ennuyée au début de l'histoire. Tous ces flaflas inutiles m'ont donné l'impression de perdre mon temps. Mon cerveau devenait comme saturé d'informations inutiles au bout de quelques pages, ce qui me forcait à arrêter pour le reprendre quelques heures plus tard. Ceci explique d'ailleurs en partie le fait que Nana est le premier livre que j'ai terminé depuis le mois d'octobre. J'espère que ça va aller un peu mieux maintenant que je l'ai terminé.
    Peut-être n'était-ce tout simplement pas le bon moment pour moi de lire ce livre.


    Lien : http://lecturesdisabelle.blogspot.com/2011/10/nana.html
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    • Livres 3.00/5
    Par boutentrain, le 08 février 2012

    boutentrain
    Cela faisait bien longtemps que je n'avais lu de Zola. le dernier en date doit être Thérèse Raquin que j'ai du lire au lycée.
    L'histoire de Nana se passe pendant le second empire. C'est toujours intéressant d'avoir une vision d'une époque que l'on connait assez mal. En effet, Il y'a quelques semaines j'ai lu quelques nouvelles De Maupassant, et cela m'a donné envie de lire du Zola. Il est vrai que les histoires de l'un et de l'autre se passe à peu près dans les mêmes périodes quand elles ne se chevauchent pas.
    Ainsi, je découvre l'histoire de Nana (fille de Gervaise voir « L'assommoir ») qui devient littéralement une fille de joie de luxe. Cette mangeuse d'homme (et de femme) qui ne s'arrête devant rien pour obtenir tout ses caprices, ruine la plupart des hommes qu'elle côtoie. Elle est un véritable gouffre dans tout les sens du termes. C'en est assez drôle mais pas autant que je me l'étais imaginé.
    En effet, ayant l'habitude de lire des « pavés » ou autres gros romans en peu de temps ( un livre de 300 – 350 pages en une à deux semaines à peine). Je me vois arriver au terme de cette œuvre au bout d'à peu près 3-4 semaines pour environ 450-470 pages. Je ne sais pas si c'est le fait que se soit un Zola ou non, mais il y a dans ces livres en général et en particulier ici, une certaine ambiance avec un rythme de lecture qui doit être propre à son style d'écriture. Avec parfois des lenteurs, on prend relativement plaisir à parcourir ce volume qui est un des moins « tragiques » de la série des Rougon et des ses autres œuvres que j'ai pu lire, à savoir : L'assommoir, Pot Bouille, Thérèse Raquin.
    Je ne parle évidemment pas de la fin qui est plûtot du genre morbide avec une description de cadavre mort de la petite vérole digne de Lovecraft. Je l'ai d'ailleurs rajoutée en citation tellement elle m'a interpellé.
    D'un point de vue personnel ce roman m'a plutôt plus. Je pense même lire un autre de ces livres courant de l'année. Je préfère néanmoins Maupassant, qui n'est pas moins horrible dans le dénouement de ces histoires, mais je trouve son écritures plus fluide, plus agréable à lire, moins lourde.
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Citations et extraits

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  • Par nastasiabuergo, le 17 mai 2012

    Mais une gaieté, tout d’un coup, chauffa les cent mille âmes qui couvraient ce bout de champ d’un remuement d’insectes, affolés sous le vaste ciel. Le soleil, caché depuis un quart d’heure, reparut, s’épandit en un lac de lumière. Et tout flamba de nouveau, les ombrelles des femmes étaient comme des boucliers d’or, innombrables, au-dessus de la foule. On applaudit le soleil, des rires le saluaient, des bras se tendaient pour écarter les nuages.
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  • Par nastasiabuergo, le 17 mai 2012

    Depuis un instant, le soleil avait disparu, un jour livide assombrissait la foule. Le vent se leva, ce fut un brusque déluge, des gouttes énormes, des paquets d’eau qui tombaient. Il y eut une minute de confusion, des cris, des plaisanteries, des jurements, au milieu du sauve-qui-peut des piétons galopant et se réfugiant sous les tentes des buvettes. Dans les voitures, les femmes tâchaient de s’abriter, tenaient à deux mains leurs ombrelles, pendant que les laquais effarés couraient aux capotes. Mais l’averse cessait déjà, le soleil resplendissait dans la poussière de pluie qui volait encore. Une déchirure bleue s’ouvrait derrière la nuée, emportée au-dessus du Bois. Et c’était comme une gaieté du ciel, soulevant les rires des femmes rassurées ; tandis que la nappe d’or, dans l’ébrouement des chevaux, dans la débandade et l’agitation de cette foule trempée qui se secouait, allumait la pelouse toute ruisselante de gouttes de cristal.
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  • Par nastasiabuergo, le 17 mai 2012

    Depuis longtemps, au théâtre, le public ne s’était vautré dans de la bêtise plus irrespectueuse. Cela le reposait.
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  • Par nastasiabuergo, le 08 mai 2012

    À partir de ce jour, il ne s’inquiéta plus, ne demandant jamais d’où venait la monnaie, la mine grise quand il y avait des pommes de terre, riant à se décrocher les mâchoires devant les dindes et les gigots, sans préjudice pourtant de quelques claques qu’il allongeait à Nana, même dans son bonheur, pour s’entretenir la main.
    Nana avait donc trouvé le moyen de suffire à tout. La maison, certains jours, regorgeait de nourriture. Deux fois par semaine, Bosc prenait des indigestions. Un soir que madame Lerat se retirait, enragée de voir au feu un dîner copieux dont elle ne mangerait pas, elle ne put s’empêcher de demander brutalement qui est-ce qui payait. Nana, surprise, devint toute bête et se mit à pleurer.
    — Eh bien ! c’est du propre, dit la tante qui avait compris.
    Nana s’était résignée, pour avoir la paix dans son ménage. Puis, c’était la faute de la Tricon, qu’elle avait rencontrée rue de Laval, un jour que Fontan était parti furieux, à cause d’un plat de morue. Alors, elle avait dit oui à la Tricon, qui justement se trouvait en peine. Comme Fontan ne rentrait jamais avant six heures, elle disposait de son après-midi, elle rapportait quarante francs, soixante francs, quelquefois davantage. Elle aurait pu parler par dix et quinze louis, si elle avait su garder sa situation ; mais elle était encore bien contente de trouver là de quoi faire bouillir la marmite.
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  • Par Couperine, le 21 janvier 2012

    Le lendemain, à dix heures, Nana dormait encore. Elle occupait, boulevard Haussmann, le second étage d’une grande maison neuve, dont le propriétaire louait à des dames seules, pour leur faire essuyer les plâtres. Un riche marchand de Moscou, qui était venu passer un hiver à Paris, l’avait installée là, en payant six mois d’avance. L’appartement, trop vaste pour elle, n’avait jamais été meublé complètement ; et un luxe criard, des consoles et des chaises dorées s’y heurtaient à du bric-à-brac de revendeuse, des guéridons d’acajou, des candélabres de zinc jouant le bronze florentin. Cela sentait la fille lâchée trop tôt par son premier monsieur sérieux, retombée à des amants louches, tout un début difficile, un lançage manqué, entravé par des refus de crédit et des menaces d’expulsion.
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