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Note moyenne 4.37 /5 (sur 182 notes)

Né(e) à : Libourne , 1944
Mort(e) à : Libourne , 1993
Biographie :

Né en 1944 à Libourne où il revint mourir en 1993, Jean-Pierre Martinet a peu publié. D’abord assistant-réalisateur à l’ORTF, il renonce au cinéma pour se consacrer à la littérature.

Dès 1975, son premier roman, La Somnolence, lui avait attiré la reconnaissance de certains critiques qui ont salué sa virtuosité; mais Martinet est loin de faire l’unanimité tant ses récits sont d’un pessimisme sans bornes. C’est d’ailleurs cette noirceur que l’on reprochera encore à son second livre, considéré comme son chef-d’œuvre, Jérôme (1978).
En 1986 paraissent deux romans, L’ombre des forêts et Ceux qui n’en mènent pas large, puis Martinet cesse d’écrire. Comme le héros de Jérôme, il revient vivre, à plus de 40 ans, chez sa mère, à Libourne, et sombre définitivement dans l’alcool qui, depuis longtemps déjà, l’accompagne. Il meurt, hémiplégique, en 1993. Il a seulement 49 ans.

À noter en même temps la réédition de Jérôme chez Finitude et de L’Ombre des forêts à la « Petite Vermillon» de La Table Ronde.
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Source : http://www.ledilettante.com
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« INCULTE & MICHARD, UNE HISTOIRE LITTÉRAIRE » - Arno Bertina, Claro, Maylis de Kérangal, Mathieu Larnaudie, Mathias Enard & Hélène Gaudy En marge du colloque consacré à la revue Inculte et au collectif du même nom, il nous a semblé nécessaire de réécrire l'histoire de la littérature à notre sauce. « Inculte et Michard » sera donc l'occasion de reparcourir l'histoire littéraire en plaçant au premier plan des oeuvres étranges ou dissidentes, potaches, superbement libres. du Moyen de parvenir, de Béroalde de Verville (présenté par Arno Bertina), publié en 1616, au Jérôme de Jean-Pierre Martinet (présenté par Claro), en passant par Casanova (Mathias Enard) Louise Labé (Maylis de Kérangal) le groupe des Hydropathes (Mathieu Larnaudie) et Lydia Tchoukovskaïa (Hélène Gaudy), nous tenterons de faire les funambules sur ces branches qui n'ont pas donné de fruits, qui étaient en même temps la branche et le fruit. À lire – Jean-Pierre Martinet, Jérôme, Finitude – Béroalde de Verville, le Moyen de parvenir, Folio – Giacomo Casanova, Histoire de ma vie, édition complète (Bouquins, Laffont) ou Anthologie Livre de poche – Louise Labé, Oeuvres complètes : Sonnets, Elégies, Débat de folie et d'amour, éd. de François Rigolot, Flammarion, « GF » – Lydia Tchoukovskaïa, La Plongée et Entretiens avec Anna Akhmatova, éd. le bruit du temps. Le vendredi 7 février 2020 - 20h

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Citations et extraits (133) Voir plus Ajouter une citation
colimasson   14 mars 2014
Jérôme de Jean-Pierre Martinet
[…] C’était une chaussure de femme à talon plat. La semelle était légèrement décollée. Une chaussure blanche. Pointure moyenne. J’ai fondu en larmes, brusquement, j’ai lâché la chaussure et je suis parti en courant. Impossible de savoir qui avait porté cette chaussure ? une blonde, une brune, une jeune femme ? En quelle année ? Et combien de temps ? Sous quel ciel ? Avec quels rêves ? Amours déçues ? Amours comblées ? Morte, peut-être ? Ou en train d’agoniser sur un lit d’hôpital ? Folle ? Tuberculeuse ? Ou, au contraire, pleine d’entrain, de joie de vivre ? Des enfants ? Une petite file, peut-être ? Des garçons ? Où donc était l’autre chaussure ? Pourquoi cette séparation cruelle ? Perdue dans un terrain vague ? Jetée dans un vide-ordure ? Attachée à sa sœur ? Je n’arrivais pas à arrêter l’hémorragie. Toute l’horreur, toute la beauté du monde, toute l’horreur de vivre dans ce morceau de cuir blanc. Toute l’horreur. Toute la joie.
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colimasson   14 septembre 2013
Jérôme de Jean-Pierre Martinet
Ma solitude, vous ne pouvez même pas l’imaginer… Elle est sombre et chaude comme le ventre de ma mère…
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colimasson   01 mars 2016
La Somnolence de Jean-Pierre Martinet
Dinah ? Rien. Elle ne veut rien dire. J’ai peut-être frappé un peu fort. Elle ne remue plus. Ces nouvelles générations sont bien peu résistantes. Au moindre coup dur, hop, plus personne.
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colimasson   05 avril 2014
Jérôme de Jean-Pierre Martinet
J’ai caressé doucement les chemisiers de Solange, et j’y ai posé ma tête, un bref instant. C’étaient des chemisiers bon marché, en tissu synthétique, comme on peut en acheter dans les prisunic. Solange n’aimait guère dépenser, et elle n’était pas coquette. Deux jupes, un pantalon, un imperméable. Il n’y avait rien d’autre, à part un peu de linge de corps. Ce dénuement m’a donné envie de pleurer. Il n’y a que deux qui n’aiment plus la vie, ou qui l’ont quittée depuis longtemps, pour avoir une garde-robe aussi vide. Comme si plaire aux autres, les aguicher, les fasciner, ne serait-ce qu’une seconde, ne leur disait plus rien. Comme s’ils rêvaient d’un autre pouvoir, d’un VRAI pouvoir. Comme si cette puissance ne pouvait s’exercer qu’au prix de leur propre disparition.
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colimasson   28 février 2014
Jérôme de Jean-Pierre Martinet
Qu’êtes-vous devenu, Jérôme ? Répondez-moi franchement. J’ai parfois l’impression que vous avez choisi de vous suicider de la manière la plus horrible qui soit : sans mourir vraiment.
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colimasson   21 avril 2014
Jérôme de Jean-Pierre Martinet
Cette fois, la poule ne me picorait plus affectueusement le nez, elle me plantait méchamment son bec dans le cou. Je lui ai frappé non moins méchamment le sommet du crâne du plat de la main, en la priant d’avoir au moins la politesse de me laisser écouter la chanson jusqu’au bout. […] D’ailleurs, je n’avais aucune intention de rendre sa liberté à cette sale petite poule blanche. D’ailleurs elle m’avait fait caca dessus. D’ailleurs elle était ma seule amie. D’ailleurs elle n’avait qu’à m’obéir puisque moi j’étais un homme et elle une poule.
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colimasson   29 janvier 2014
Jérôme de Jean-Pierre Martinet
A cause d’un caoutchouc percé, on donne naissance hu hu. Naissance, c’est-à-dire moisissure, et aussi cet assassin qui grandit dans vos propres entrailles, en donnant des coups de pieds, histoire, déjà, de vous faire mal. Vous dévorant, déjà. Car moi, entre nous, l’amour, c’était pas pour avoir un enfant. Il grandissait en moi, il grandissait, me bouffait, cognait, il s’augmentait de ma propre vie, mais je n’y tenais pas tellement. Ratage intégral : il naît. Trop tard pour le tuer. Vit. Gigote. Tant pis. On ne peut plus. Grandir, eh oui. Sans doute trop forte la pression du foutre sur le caoutchouc. Ou alors, mauvaise qualité. Ça arrive. Alors, à un moment, il faut bien. Voilà. On l’appelle Jérôme Bauche. C’est un genre de malentendu, toute cette histoire, voilà. Il est là. On dit… C’est un genre d’histoire courant. Je me moquais bien des radotages de mamame. Il y avait bien longtemps que je savais à quel misérable miracle je devais la vie (d’après pas mal de gens, et puis d’après des statistiques, et puis d’après mes lectures, la prison contre les murs de laquelle je me cognais la tête tous les jours, c’était ce qu’on appelle, en général, la vie. Oui, c’est comme ça, qu’on l’appelle, à ce qu’il paraît…).
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michfred   16 mars 2015
Jérôme de Jean-Pierre Martinet
Un léger réchauffement s'annonçait: le retour du printemps, peut-être. On irait vers l'été, les brumes se dissiperaient, elle emporteraient avec elles la cité pourrie, visqueuse, les marécages, les cercueils gluants de boue du cimetière Kolokovo, tout cela s'évanouirait dans l'air tiède comme un mauvais rêve, et on irait vers l'été, les jours interminables, la joie interminable, les rires de fillettes sous les marronniers, boucles d'or, petits riens, feuilles, cailloux blancs, rubans, papier crépon, tarlatane, fanfreluches, trésors dérisoires des placards et des tiroirs. Chandails endormis, corsages des mortes. Oreillers brodés avec la forme d'une tête chérie. La joie verte le ciel vert les femmes avec leur corps unique solitaire, on irait vers l'été les collines la mer les odeurs d’œillets sauvages dans les dunes.Soudain, j'ai eu l'impression que Solange, encore une fois, chuchotait à mon oreille. Le pou a dévoré l'univers. Oui il a. Il l'a fait. Il a a a.
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colimasson   26 mars 2014
Jérôme de Jean-Pierre Martinet
Devant les urinoirs, un couple d’hommes, dans la pénombre, faisait l’amour debout, en silence. Ils n’avaient même pas pris la peine de se déshabiller complètement, ils s’étaient contentés de laisser glisser leur pantalon sur leurs cuisses et je fixais stupidement ces fesses blanchâtres qui s’agitaient mécaniquement, sans la moindre frénésie, sans la moindre joie apparente, et qui s’agiteraient encore des heures et des heures, et pourquoi pas, jusqu’à la fin des temps peut-être. […] Je ne m’étais jamais aussi bien rendu compte que ce soir à quel point les gestes de l’amour, sous toutes leurs formes, me faisaient horreur. Ces gesticulations de suppliciés, ces soubresauts de corps tétanisés. Vraiment. Notre misère, notre solitude. La dernière fête des condamnés à mort. Mais qui donc nous viendra en aide ? Ils appellent ça le plaisir. Il y en a qui écrivent des livres entiers là-dessus. Mais qui donc nous viendra en aide ? Qui donc aura pitié de nous ?
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ay_guadalquivir   21 juillet 2010
Jérôme de Jean-Pierre Martinet
"C'était elle, je commençais à le croire, qui ramenait l'hiver sur Paris. L'amour est glacial, comme l'enfer, à ce qu'on dit. Dur et inflexible. Surtout lorsqu'il n'est pas partagé (et l'amour, le vrai, n'est JAMAIS partagé). Il fallait continuer à avancer, dans ce désert, sans attendre le moindre encouragement, sans espérer le moindre répit. De toute manière, je n'étais nullement décidé à renoncer : on ne s'arrête pas en route pour un oui ou pour un non si l'on a décidé d'explorer vraiment la région des glaces, on ne revient pas en arrière."
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