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Eric Dussert (Préfacier, etc.)
ISBN : 2916141103
Éditeur : L'Arbre vengeur (08/11/2006)

Note moyenne : 4.48/5 (sur 28 notes)
Résumé :

" Je pensais souvent à ce cinéaste japonais, Ozu, qui avait fait graver ces simples mots sur sa tombe "Néant". Moi aussi je me promenais avec une telle épitaphe, mais de mon vivant. " Adolphe Marlaud habite un appartement avec vue sur le cimetière qui domine la rue Froidevaux, une de ces rues où " on meurt lentement, à petit feu, à petits pas, de chagrin et d'ennui. " N'ayant réussi à n'être ni fant&#... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Litteraflure
  31 mars 2019
Ce livre est écrit comme on pousse un cri d'exaspération, comme on tire une balle de fusil ou la chasse d'eau, comme on recouvre un cercueil d'une pelletée de terre. En y repensant pas trop à deux fois. le pitch ? Adolphe est un nabot hideux issu d'un père collabo et d'une mère juive exterminée par les nazis ; il travaille aux pompes funèbres près du cimetière du Montparnasse et se fait baiser sans ménagement par la concierge qui le submerge quotidiennement de ses 120 kilos. Vous voyez le tableau ? L'esprit de ce récit est bien résumé page 25 : « A vrai dire, je ne désirais pas grand-chose. Ma règle de conduite était simple : vivre le moins possible pour souffrir le moins possible. Pas très exaltant, peut-être, comme précepte, mais terriblement efficace ». C'est un texte obscène et burlesque, beau comme un cauchemar. On y trouve l'humanité de Gary, le désenchantement de Cioran, la cruauté de Céline et l'ironie morbide des penseurs russes qu'on résumera à ce proverbe : « malheureux ceux qui ont passé l'hiver, il y a l'hiver prochain ». Je vous le recommande, c'est idéal pour un dimanche ensoleillé, ensuqué par la bienveillance et les bons sentiments. Ce chef d'oeuvre d'humour noir m'a été recommandé par la librairie ICI que je remercie chaleureusement. Une belle découverte qui donne envie de lire « Jérôme » du même auteur. Alors oui ce livre n'est pas long, mais c'est un concentré de jubilation. Quitte à écrire un petit livre, autant que ça vous pète à la gueule (nous en reparlerons bientôt… car il y a beaucoup à dire sur le sujet).
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SBys
  15 février 2017
Trop court, trop petit, pas seulement Adolphe Marlaud, mais cette nouvelle de Martinet. J'aurais bien aimé que le plaisir de lecture ne s'arrête pas là, mais dure plus longtemps. Peut-être qu'Adolphe, lui, ne serait pas d'accord avec cette idée de prolonger l'existence encore plus, la vie, c'est déjà assez long comme ça. Il le dit : « Vivre le moins possible pour souffrir le moins possible.» Telle est sa devise. Adolphe vit dans sa cellule, un minuscule appartement donnant sur un cimetière. Il aimerait devenir invisible, comme un fantôme. Il y arrive presque, avec ses 1,40 m (souliers à talon compris) et ses 38 kilos. Il est tellement petit qu'il sert de sex toy à la concierge de l'immeuble, madame C. Comme l'homme canon au cirque qu'il dit, on ne peut s'enlever cette image de la tête. le petit Adolphe projeté hors de madame C. On peut l'imaginer avec les lunettes, le casque d'aviateur et l'écharpe qui frétille sous le coup de projection.
C'est drôle et triste à la fois. La souffrance massive percute le pauvre Adolphe tout en finesse, presque en douceur. Martinet décrit avec subtilité les désillusions de la vie. La douleur se vit au quotidien, il n'est pas nécessaire d'en faire tout un plat. Il me semble que l'on puisse résumer la situation des personnages de - cette grande vie - par le passage suivant : « Je parle de drame, mais ce n'est pas le mot qui convient. Il n'y a pas de drame, chez nous, messieurs, ni de tragédie, il n'y a que du burlesque et de l'obscénité. On n'est pas heureux, mais on se marre bien.»
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Ingannmic
  01 octobre 2017
J'ai souvent du mal à convaincre mes amis lecteurs et lectrices de se lancer dans cette colossale aventure que constitue la découverte de "Jérôme", roman de Jean-Pierre Martinet, écrivain si injustement méconnu -j'en pleurerais presque-, auquel sa courte et chaotique existence n'aura par ailleurs pas laissé le temps d'être prolifique.
Aussi suis-je ravie de vous présenter aujourd'hui ce texte dont le format, celui d'une nouvelle, permet une incursion facile dans l'oeuvre de cet auteur que laisser plus longtemps sur les rayons de votre librairie ou de votre médiathèque de quartier serait un grand tort, voire un crime de lèse-littérature.
Il y met en scène, comme il en a l'habitude, de ces êtres que leur laide banalité rend invisibles, dont l'existence, vide de beauté, de compassion, vide même de désespoir, se dilue dans un morne néant de médiocrité intensément vaine.
"Il n'y a pas de drame, chez nous, messieurs, ni de tragédie, il n'y a que du burlesque et de l'obscénité".
Adolphe Marlaud, le narrateur, est un nabot, généralement comparé à une punaise ou à un cloporte (ce qui ne le gêne pas vraiment, puisqu'il éprouve pour ces petits insectes une certaine sympathie), dont la tête d'avorton maussade présente un teint jaunâtre révélant une mauvaise hygiène de vie. C'est un individu passif, soumis, grotesque, fait de cette matière qui dans certains contextes engendre des monstres...
Il vit entouré par la mort, puisqu'il travaille dans une entreprise de pompes funèbres dont le patron lui accorde en guise d'attention un méprisant dégoût, et que son appartement, sis dans un immeuble décrépit de la triste rue Froidevaux, donne sur le cimetière Montparnasse. Son père y est enterré, et Adolphe entretient scrupuleusement la tombe de cet homme pour lequel il éprouvait une profonde admiration, et qui l'a élevé seul. Sa mère fût en effet déportée à Auschwitz sur dénonciation de son époux, zélé fonctionnaire de Vichy, alors qu'Adolphe n'avait qu'un an...
Son quotidien de solitude est ponctuée par la liaison qu'il entretient avec Madame C., sa concierge, femme gargantuesque qui a réussi à lui mettre le grappin dessus, et lui impose des ébats qu'il qualifie "d'acte répugnant" (je vous laisse découvrir pourquoi, cela fait partie de ces détails qui donnent aux romans de Jean-Pierre Martinet leur dimension unique, à la fois drôle et terrifiante...). Mais c'est finalement la première femme à lui manifester un peu de tendresse, alors il se laisse faire.
Il y a du Céline dans la manière irrévocablement pessimiste dont l'auteur dépeint l'abjecte mesquinerie de cette triste humanité : évoluant dans une atmosphère de décrépitude, de saleté, d'odeurs fortes et nauséabondes, les êtres qu'il met en scène, pitoyables, misérables, suscitent autant de pitié que d'aversion.
Compte tenu de son format, on est loin, dans "La grande vie", de la densité ou du souffle d'un "Jérôme", mais il peut constituer une bonne introduction à l'oeuvre de ce grand écrivain, en vous donnant un aperçu de son univers si singulier.

Lien : https://bookin-ingannmic.blo..
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Marti94
  21 juillet 2016
Jean-Pierre Martinet a tout pour émouvoir: un visage poupin et doux, un parcours brisé, une plume unique.
Avec cette nouvelle parue dans la revue Subjectif en 1979, intitulée "La grande vie", il nous rappelle qu'il y des hommes méprisés pour leur servilité qui font tout pour ne pas exister.
C'est déprimant mais pas seulement car on se croirait dans un film de Fellini avec une femme aux seins énormes, qui mesure deux mètres de haut et qui fait l'amour en engloutissant l'homme en entier.
Cette dévoreuse c'est Madame C. qui est concierge au 47 rue Froidevaux à Paris, face au cimetière Montparnasse. Elle a mis la main (enfin façon de parler) sur un de ses locataires, Adolphe, qui travaille à mi-temps dans un magasin d'articles funéraires.
Mais cette relation hors norme va les mener à la folie. Ou peut-être est-ce le contraire ?
C'est comme si Martinet nous disait que cette folie c'est le monde dans lequel on vit. Cette histoire est particulièrement sordide mais ne peux pas laisser de marbre (funéraire).
Lu en juillet 2016
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MarianneDesroziers
  11 avril 2011
Le héros de ce petit livre, Adolphe Marlaud est un nabot, un avorton tel qu'il se définit lui-même, presque flatté qu'on le compare à un cafard : 1,40 m pour 38 kilos… Il intéresse cependant beaucoup ses deux voisines, il est vrai peu ragoûtantes, qui l'utilisent comme sex toy. Il est orphelin de père et de mère, le premier étant un fonctionnaire modèle ayant participé à la rafle du Vel d'Hiv' et la seconde d'origine juive morte en camps de concentration. Il travaille dans un magasin d'articles funéraires. A part ça, sa vie est pleine d'ennui et de tristesse. Son seul but dans la vie est de tuer les chats qui s'aventurent sur la tombe de son regretté papa. Bienvenue chez Martinet, bienvenue dans la rue Froidevaux, la plus laide de « Paris »…
Dans ce texte court, on retrouve beaucoup d'éléments présents dans l'ensemble de l'oeuvre de Martinet
La suite sur mon blog : http://lepandemoniumlitteraire.blogspot.com/2011/04/la-grande-vie-de-jean-pierre-martinet.html
Lien : http://lepandemoniumlitterai..
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
Charybde2Charybde2   04 mai 2016
La rue Froidevaux était laide comme une salle d’attente de deuxième classe perdue dans quelque banlieue où les trains sont si rares que l’on vient là pour dormir, au milieu des papiers gras et des restes de sandwichs au jambon, et des canettes de bière si misérables, si solitaires, dans l’urine, les confetti, les scintillants et le vomi, et la tristesse des chiens qui guettent la mort sur les murs salis par tant de doigts crasseux. Dans cette rue, on avait toujours la sensation d’un froid glacial, même au mois d’août. Les passants avaient des allures de chrysanthèmes tardifs, et novembre s’éternisait. Le lierre s’agrippait désespérément aux murs des cimetières, mais au fond, on sentait bien qu’il n’y croyait pas , et qu’il avait été placé là par les soins d’un décorateur neurasthénique. En été, les tombes reverdissaient, et le mur avançait imperceptiblement. J’entendais parfois des craquements, la nuit, et cela me donnait d’épouvantables crises d’angoisse. Pauvre imitation de la vie. Comme on se sentait seul dans ce désert. Rue froide. Avec tout ce que cela évoquait: chambre froide, morgue, cadavres abandonnés, jeunes filles à moitié pourries, mauves et vertes et blanches, veaux assassinés à coups de merlin, au petit matin, sous une pluie fine.
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Charybde2Charybde2   04 mai 2016
Et Madame C. se tournait alors vers moi, elle me disait qu’elle avait peur de mourir étouffée ici, dans cette loge minuscule, qui lui laissait juste la place de respirer, entre ses plantes vertes et les photos en couleur de Luis Mariano, maintenant elle ne pouvait plus dépasser le deuxième étage lorsqu’elle montait le courrier, elle avait l’impression de descendre à la cave, d’être assaillie par des rats, de patauger dans l’humidité, sans doute le cœur, me répétait-elle tristement en passant sa main sur ses paupières boursouflées, en été je suis toujours fatiguée, il me faudrait changer d’air, je ne supporte plus Paris, la rue Froidevaux me donne la nausée, un autre ciel, ah oui la plage, ah la plage, quand j’étais petite fille ma mère m’emmenait à Biarritz, sur la jetée, on respirait alors, le Casino disparaissait sous les hortensias bleus, on y jouait des opérettes, quels décors, mon petit Adolphe, tu peux pas imaginer, enfin elle m’emmenait pas vraiment ma mère, elle suivait ses patrons, elle était domestique, mais l’hiver était très doux, là-bas, le ciel blanc, presque transparent, en décembre on pouvait se contenter d’une cotonnade légère, on mangeait des glaces à l’abricot, oui, j’ai vu trois fois « Le Pays du Sourire » avec maman, et les airs je les connais encore, oui, tu veux que je te les chante, mon petit Adolphe ?
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MarianneDesroziersMarianneDesroziers   10 avril 2011
Ah, comme vos rues sont froides, messieurs, et comme on y meurt lentement, à petit feu, à petits pas, de chagrin et d'ennui ! Comme le coeur est lourd à porter en vos déserts ! On y chemine en exil toute sa vie. Etrange voyage d'hiver.
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MarianneDesroziersMarianneDesroziers   10 avril 2011
Un terrible coup de coude m'a envoyé valser au milieu des couronnes mortuaires. La gamine s'est ruée vers la porte en éclatant de rire. "Vous êtes une limace ! m'a-t-elle jeté avant de disparaître, une grosse limace baveuse. On a envie de vous écraser." J'étais heureux quand même. Je souhaitais à cette petite fille tout le bonheur du monde.
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MarianneDesroziersMarianneDesroziers   10 avril 2011
Dans cette rue, on avait toujours la sensation d'un froid glacial, même au mois d'août. Les passants avaient des allures de chrysanthèmes tardifs, et novembre s'éternisait.
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