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Critiques de Knut Hamsun (241)
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La Faim

Avez-vous déjà eu faim?

Sans doute. Un petit creux à l’heure du diner. L’estomac qui gargouille sur les coups de onze heures d’un interminable matin. Une légère hypoglycémie lors d’une balade trop longue.

Mais la faim, la vraie. Celle qui affecte au-delà du physiologique. Une faim qui vous donne le vertige, la nausée. La faim à ne plus pouvoir ingurgiter le moindre aliment au risque de le rejeter aussitôt. La faim qui s’empare de votre personnalité même. La faim qui rend fou.

Le héros (je me rends compte en l’écrivant qu’on ne sait jamais son nom puisque la seule fois où il apparait, c’est un faux nom qu’il se donne) traverse une mauvaise passe. Nous sommes à Christiana (devenue Oslo) à la fin du XIXème mais nous pourrions être n’importe où, n’importe quand.

Qu’il est difficile d’écrire quand on erre de rues en ruelles. Car notre personnage est journaliste, vivant de quelques piges. Survivant plus exactement.

Il attend l’inspiration qui pourra lui permettre de finir une pièce, un feuilleton, un essai. Le tout serait bouclé en moins d’une demi-heure. Mais pour cela, il faudrait qu’il soit un rien tranquille. Seulement il y a toujours un policier qui rôde. On pense aux films muets de Chaplin. Sauf qu’ici on n’a pas envie de rire. Il y a encore la menace de devoir quitter un meublé, une chambre parce que le terme n’est pas payé depuis trois semaines. Continuellement à la recherche d’une bougie pour pouvoir rédiger encore quelques lignes. Et puis toujours cette faim qui l’affecte psychologiquement.

Ses effets sont si proches d’une drogue. Une drogue dure qui se serait emparée de votre conscience. Délires, hallucinations, égarements, troubles de toutes sortes, une misanthropie bien vite effacée par un relativisme dont il est lui-même la victime. Pourtant il ne se plaint jamais, ne revendique rien et n’a pas d’autre combat que celui qu’il mène contre lui-même. Ses rapports avec les autres est entaché d’une fierté oppressante qui lui interdit d’accepter la plus petite aumône, la moindre aide. C’est justement le contraire. Dès qu’il obtient quelque monnaie pour ses travaux ou par erreur d’un commerçant lui rendant le change sur un billet qu’il n’a pas présenté, c’est pour la donner, s’en débarrasser à la façon de son estomac qui ne peut tenir quelque nourriture (« essayez le lait chaud » lui recommande-t-on). Ce n’est pas du gaspillage, juste une propension à ne pouvoir conserver quoique que ce soit lorsque toutes ses possessions (jusqu’à son gilet et ses boutons) finissent chez « ma tante », le prêteur sur gage. Il ira jusqu’à tentation de se manger lui-même. Quand je vous disais que la faim rend fou.

On ne rend bien compte dès le début que tout cela va mal finir. Hamsun tient son personnage sur 270 pages parce que le destin lui permet à chaque moment crucial de pouvoir rebondir. Une semaine ou deux. Et puis l’engrenage reprend.

Il croise une jeune fille. On se prend à espérer. Mais, non. Ce n’est pas possible. Cela ne doit pas bien finir. Il est d’ailleurs intéressant de constater qu’elle avait davantage pitié de lui quand elle le prenait pour un ivrogne. La misère, la faim font peur. Elle s’éloignera de lui. Non, décidément, il n’y a pas d’issue. Cependant, là encore, Hamsun va nous surprendre.

Renseignements pris, ce fut le premier roman de cet écrivain Norvégien qui a vécu ce que son personnage vit. On ne peut raisonnablement transcrire avec tant de lucidité que ce qu’on a soi même vécu.

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La Faim

Je me suis lancée dans la lecture de La Faim, du Norvégien Knut Hamsun, sans la moindre connaissance préalable. Moi qui pensais me plonger dans un livre traitant de la pauvreté et des inégalités sociales de la Norvège à la fin du XIXè, je me suis vue projetée aux confins de la folie. Oscillant savamment entre humour grinçant et tragédie existentielle, Knut Hamsun livre un récit inclassable devenu culte pour bon nombre d’écrivains. D’André Gide à Bukowski, de Mirbeau à Paul Auster, nombreux sont ceux qui revendiquent l’influence du Prix Nobel de Littérature, de sa plume pétillante et de ses personnages torturés.



Hamsun n’a pas encore trente ans lorsqu’il publie la Faim, un récit semi-autobiographique qui retrace les vagabondages d’un écrivain en mal de publications à travers les rues de Christiania (qui deviendra Oslo en 1925). Affamé, décharné, rongé par une folie latente, le narrateur erre de bancs publics en taudis précaires ; habité d’un amour-propre démesuré, il harangue les âmes charitables qui voudraient lui tendre la main, comme pour s’enfoncer encore un peu plus dans la misère. A mesure que la faim lui retourne le ventre et qu’il met en gage le peu de biens qu’il lui reste, le protagoniste de Knut Hamsun sombre dans une orgueilleuse folie, qui l’entraîne peu à peu aux confins de l’entendement.



Si les affres de la faim sont décrites avec une minutie qui relève d’un naturalisme acerbe, elles deviennent sous la plume de Knut Hamsun un prisme à travers lequel l’écrivain explore la complexité intrinsèque de la condition humaine. Le sujet principal de ce roman n’est en effet pas tant la décrépitude que la folie, la folie silencieuse et consciente qui se terre en chaque homme et qui ne demande qu’à éclore. Pendant que son anti-héros se perd à délirer dans les bas-fonds de Christiania, aveuglé par une faim tenace, Hamsun dissèque les contradictions qui fondent l’absurdité de notre humanité. De coups de grâce en accès de colère inexpliqués, son personnage traverse le spectre des passions virulentes qui nous guettent tous, tapies dans l’ombre.



De par son rythme effréné, qui ne laisse que peu de répit au lecteur, La Faim s’apparente à un flux de conscience intense et mouvementé, à un monologue intérieur théâtral, au sens premier du terme. Croustillant, fin et intelligent, ce roman qui met en scène les éclats d’un protagoniste mythomane n’ayant plus que son amour-propre à chérir est bien plus qu’une succession de pérégrinations hallucinées et de déambulations nocturnes. C’est le récit absurde et tragique d’un homme tantôt touchant, tantôt détestable. Livré à lui-même, rageusement fier et dramatiquement misérable, il est surtout fondamentalement humain.


Lien : https://lesopuscules.fr/avis..
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Rêveurs

Les lecteurs inconditionnels de Knut Hamsun ne trouveront rien à redire à ce roman. Taillé dans la même veine que Benoni et que Rosa, ils reconnaitront avec la même joie et impatience les personnages si chers au cœur de l’auteur.

Ici il s’agit de Ove Rolandsen, télégraphiste de son état, porté sur les femmes, la boisson et l’invention. Bien décidé à breveter et à produire sa recette de colle, il doit surmonter deux obstacles pour réaliser son entreprise : le manque d’argent et l’influence de Mack. Ce dernier, victime d’un cambriolage, offre une compensation à celui qui voudra bien se dénoncer. Je vous laisse deviner ce qui va s’ensuivre.

C’est avec plaisir que j’ai retrouvé ce personnage récurrent qu’est le marchand Mack, toujours fidèle à sa réputation d’homme respectable en apparence, vieux requin malin et roublard en privé. Ici il est en opposition avec Ove, d’apparence peu recommandable, en proie à une forte lutte intérieure. La raison l’emporte, comme souvent dans les romans de Hamsun.

Les femmes tiennent évidement une place de premier choix, elles sont au centre des pensées, elles insufflent l’élan qui pousse à l’action : on rencontre Mademoiselle Van Loos (la fiancée), Elise (la fille de Mack), la femme du pasteur…

C’est un petit roman que je recommande, agréable à lire, qui ne sort pas des sentiers battus de Hamsun, mais c’est aussi à cause de cela que j’ai aimé !
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Rosa

Nous retrouvons dans Rosa, les personnages principaux de Benoni, par la plume de l'étudiant Parelius, auxquels s'ajoute la Baronne, fille de Mack.

Le tableau se dresse à nouveau sur la petite ville rurale du nord au prise avec son évolution vers la civilisation urbaine.

L'amour reste malgré tout le fil conducteur de chaque vie, il est le moteur de ces romans où il gouverne la société du plus pauvre au plus riche.

L'argent, quant à lui, détient le pouvoir de hisser à hauteur des plus puissants et d'obtenir cet amour convoité, qu'il soit physique ou sentimental.

Un fond de cynisme et de rudesse, un soupçon de sauvagerie et de bienveillance, sont les ingrédients naturels de ce classique norvégien.
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Victoria

Parfois, lorsque je me rends à la bibliothèque, il m'arrive de choisir des livres au hasard sur les rayonnages, l'occasion ainsi de faire de nouvelles découvertes. C'est donc comme cela que j'ai choisi Victoria de Knut Hamsun, un auteur norvégien que je ne connaissais pas, qui fut d'ailleurs prix Nobel de littérature en 1920.

Avec Victoria, on découvre la Norvège au XIXe siècle avec une histoire d'amour assez classique : Johannes, le fils du meunier aime Victoria, la fille du châtelain qui l'aime également. Cependant difficile de faire fi des conventions sociales de l'époque, pour le plus grand malheur de nos deux personnages.

On est transporté par l'écriture de Knut Hamsun, par ses descriptions du sentiment amoureux mais aussi de la nature, très présente dans ce roman.

Une agréable découverte donc, que je ne regrette pas d'avoir pioché !
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Les trois nuits de fer

J’ai téléchargé ce livre sur le site de la Bibliothèque électronique du Québec, curieuse de relire un livre de Knut Hamsun après tant de temps, désireuse de retrouver le plaisir que j’avais eu en découvrant Vagabonds, acheté d’occasion parce que le titre me plaisait dans une édition de poche qui n’avait pas même de quatrième de couverture (oui, j’avoue que je ne savais pas alors que j’achetais pour quelques centimes d’euros le livre d’un Prix Nobel…).

J’ai été déçue en m’apercevant que Les trois nuits de fer est une seule et unique nouvelle. Bien difficile de donner un avis sur un texte si court, lu comme un intermède entre d’autres lectures plus conséquentes. J’y ai aimé les descriptions de la nature et la façon dont celle-ci reflète les états d’âme du narrateur, mais je dois avouer que je n’ai pas saisi le contexte de cette nouvelle, qui m’a laissée perplexe. Je relirai Knut Hamsun dans des textes plus longs pour retrouver la beauté des terres du nord et la magie de sa plume, de ses descriptions et de ses personnages attachants.
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Pan

Le lieutenant Glahn écrit, deux ans après les faits, ce qu'il lui est arrivé en 1855 dans le Nordland. A l'époque, il est installé dans une hutte, au coeur de la forêt, retiré du monde. Il y vit avec son chien Esope et passe ses journées à la chasse ou à la pêche. “Je vivais dans la forêt, j'étais le fils de la forêt. (…) Certes non, je n'étais pas chasseur uniquement pour tirer, mais pour vivre dans la forêt. Là je me trouvais bien. (…) Dans la forêt je ne m'interdisais rien, je pouvais m'étendre sur le dos et fermer les yeux si je voulais, je pouvais aussi dire ce que je voulais.” Glahn est totalement libre, en harmonie avec la nature et loin des contraintes de la civilisation.



Malheureusement pour lui, son calme ne dure pas et sa paix est rompue par une femme : Edvarda. Glahn est tout de suite séduit par la jeune femme et tente à tout prix de la conquérir. Il quitte plus souvent la forêt, participe à des pique-nique, des bals pour se rapprocher d'Edvarda. Celle-ci semble charmée par le lieutenant et son côté sauvage, elle l'encourage jusqu'à ce que ce dernier soit éperdu d'amour. “S'il m'était donné de l'avoir pour femme je la servirais plus inlassablement qu'aucun autre ne pourrait le faire, et même si elle se montrait indigne de moi, si elle imaginait d'exiger de moi l'impossible, je ferais tout ce que je pourrais et même plus que je ne pourrais et je me réjouirais de ce qu'elle fût mienne.”



Hélas Glahn est tombé dans le piège d'Edvarda qui réduit les hommes à un amour servile pour mieux les rejeter par la suite. Elle ne cesse de souffler le chaud et le froid sur le lieutenant qui finit par ouvrir les yeux sur son aimée. Edvarda se laisse courtiser par deux autres hommes, elle est capricieuse, infantile et changeante. Glahn tente de l'oublier dans les bras d'Eva, une femme simple et amoureuse. Mais l'ombre d'Edvarda continue de planer au-dessus de lui jusqu'au drame.



Knut Hamsun a écrit “Pan” à Paris en 1894 en réaction à l'écrivain à la mode Guy de Maupassant. “Pan” est la réponse du Norvégien au “Notre coeur” du Français. Hamsun trouve le roman de Maupassant superficiel, bâclé et considère donc qu'il faut le réécrire avec plus de gravité.



“Pan” est un concentré de passions humaines, un concentré de douleur et de drame. Glahn se perd dans son amour total, puis dans son désespoir. Toute sa personne est réduite à néant par la girouette Edvarda. J'admire la finesse de Knut Hamsun dans le traitement psychologique de ses personnages qui sont tous d'une grande complexité.



Le roman de Hamsun est aussi une ode au Nordland, à la nature. La vie de Glahn est au début paisible, heureuse car encadrée par la nature. Les descriptions de la forêt sont élégiaques et on souhaiterait que le lieutenant Glahn n'en soit jamais sorti. “A cette heure, un éclat féérique revêtait les champs et la forêt, le soleil s'était couché et teignait l'horizon d'une lumière rouge, onctueuse, qui s'étalait comme de l'huile. Le ciel était de toutes parts ouvert et pur, je regardais fixement dans cette mer de clarté, et c'était comme si je me trouvais face à face avec le fond du monde et comme si mon coeur s'y sentait chez lui et battait à l'unisson.”
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Victoria

Des histoires d'amour impossibles écrites au XIXème siècle, j'en ai lu à la pelle, je dirais même qu'elles ont formé mon goût et ma personnalité de lectrice et d'écrivain. Oui mais voilà, je suis une habituée de Zola moi, ou de Hugo, De Maupassant... ou bien de Goethe s'il faut chercher autre part qu'en France. C'est ma première incursion dans la Littérature norvégienne, et avec le résumé et la thématique, je m'étais dit que je serais en terrain connu. Il faut croire qu'il s'agit là de ce style dépouillé qu'on prête aux écrivains du Nord. Tant d'ellipses, d'années qui passent en une phrase, de dialogues énigmatiques dignes d'un film d'auteur... Ce n'était pas pour moi. Je préfère les descriptions sans fin, les petits riens du quotidien, les paysages foisonnants, les personnages naturalistes !







Emile Zola :



"Sur une première jupe de tulle, garnie, derrière, d’un flot de volants, elle portait une tunique de satin vert tendre, bordée d’une haute dentelle d’Angleterre, relevée et attachée par de grosses touffes de violettes ; un seul volant garnissait le devant de la jupe où des bouquets de violettes, reliés par des guirlandes de lierre, fixaient une légère draperie de mousseline. Les grâces de la tête et du corsage étaient adorables, au-dessus de ces jupes d’une ampleur royale et d’une richesse un peu chargée. Décolletée jusqu’à la pointe des seins, les bras découverts avec des touffes de violettes sur les épaules, la jeune femme semblait sortir toute nue de sa gaine de tulle et de satin, pareille à une de ces nymphes dont le buste se dégage des chênes sacrés ; et sa gorge blanche, son corps souple, était déjà si heureux de sa demi-liberté, que le regard s’attendait toujours à voir peu à peu le corsage et les jupes glisser, comme le vêtement d’une baigneuse folle de sa chair. Sa coiffure haute, ses fins cheveux jaunes retroussés en forme de casque, et dans lesquels courait une branche de lierre, retenue par un nœud de violettes, augmentaient encore sa nudité, en découvrant sa nuque que des poils follets, semblables à des fils d’or, ombraient légèrement."



Knut Hamsun :



"Elle portait une robe jaune."
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La Faim

« 24h d’une journée d’un homme »… en galère.



La faim est là car l’argent manque pour s’acheter ne serait-ce qu’un morceau de pain, mais ce n’est pas vraiment une réflexion sur ce thème. Il s’agit bien d’une œuvre littéraire sous forme d’un long monologue, dont l'intensité et la constance du débit est ce qui m’a le plus impressionné, particulièrement novateur pour l’époque. J’ai trouvé le début un peu lent et les scènes de la fin (par ex. la logeuse…) particulièrement réussies.



L’ensemble fait parfois penser à la fièvre d'un Dostoïevski, à la rage d'un Lautréamont, à la solitude d'un Kafka ou aux errances d’un Kerouac. Tout cela donnant un livre tout à fait à part, sombre mais atypique (« faim » - sans l'article 'la' - est la traduction du titre original, ce qui rend mieux l’âpreté du livre).
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La Faim

Une fois n’est pas coutume je décidai de lire la préface. Peut-être parce qu’elle était signée d’André Gide, surtout, parce d’un auteur norvégien qui m’était totalement inconnu, je pensais avoir besoin d’un avant propos avant d’entamer cette œuvre. Mal m’en a pris puisque je n’ai résolument pas fait la même lecture de cet ouvrage que Monsieur Gide.

Non ce n’est pas un livre sur la faim. Elle y est traitée certes, mais de là à écrire qu’il s’agit d’un propos sur la faim c’est considérer cette oeuvre par le petit bout de la lorgnette.

Il s’agit d’un livre bien singulier où il ne se passe pas grand chose, avec peu de dialogue et pas d’intrigue. Pourtant c’est un livre saisissant à bien des égards. Nous suivons, et devenons finalement par la grâce de la narration, le personnage principal dont on ne sait rien pas même le nom. Dans le dénuement le plus complet, ses principales préoccupations se concentrent sur la satisfaction des besoins primaires : où dormir, où trouver à manger. Alors évidemment la faim omniprésente l’assaille et le tourmente à l’en dégoûter même de la nourriture et le rendre plus fou que malade. Le temps d’un moment de vie dont la durée est difficile à évaluer, nous devenons ce funambule qui oscille entre la vilenie et la mort. D’un côté la tentation de filouter pour gagner une maigre pitance mais le héros est d’une probité qui confine à l’orgueil, de l’autre côté la tentation d’en finir et de se laisser mourir de faim mais le héros a un appétit pour la vie des plus voraces…

Ce n’est donc pas un traité sur la faim, ni sur l’indigence, ni sur la folie qui en découle, ni sur la volonté de vivre, mais sur tout ça à la fois.

Je quitte mon héros (et non pas mon antihéros car sa volonté de vivre et son espérance en des jours meilleurs sont sans conteste de vraies qualités) sans savoir ce qu’il lui arrivera alors évidemment comme j’aime les fins heureuses je préfère l’imaginer repu et plus vivant que jamais.
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Vagabonds

Vagabonds prête à confusion. Il ne s'agit pas des déambulations d'un pauvre ère en manque de nourriture comme dans la Fin, roman le plus illustre de Knut Hamsun. Le terme désigne ceux qui, attirés par les promesses d'une vie plus large, quittent leur Norvège natale dans l'espoir de trouver leur salut en Amérique. C'est aussi l'activité incessante des deux personnages principaux du roman. Edevart est un homme honnête, sérieux et travailleur. Son partenaire August est un être déraciné, pleins de ressources, ne reculant devant aucun expédient pour faire sa fortune. Leur paysage est une petite baie d'où partent les bateaux pour Les îles Lofoten, en quête de harengs et de morues, que les gens du village salent et disposent sur des pierres afin de les sécher. Parfois la pêche est miraculeuse, le quotidien en est grandement amélioré. Le plus souvent la mer se fait plus parcimonieuse. Alors on exploite les maigres bandes de terre pour qu'elles rendent, pour en arracher sa subsistance. Quant à l'élevage, le lieu ne s'y prête guère, les plus heureux ont moins de vaches que les doigts d'une main. Alors quand l'envie de s'arracher du quotidien les tenaille, qu'il faut à tout prix trouver d'autres ressources, nos deux compères se font vendeurs ambulants, longent les côtes, c'est en cela qu'ils vagabondent. Mais toujours Edevart revient, alors qu'August plus téméraire et sans attache continue ses pérégrinations.



Vagabonds est une belle œuvre qui n'est pas sans me rappeler Pêcheur d'Islande, récemment lu. Mais ce n'est pas un roman tragique comme celui de Pierre Loti. Tout part de la baie et tout y revient. Plutôt qu'aller chercher la fortune ailleurs, Hamsum nous invite à garder et nourrir les racines qui nous attachent à la terre qui nous a vu naître, car c'est elle qui nous correspond le plus, alors que le voyage est souvent la fuite impossible de soi-même.
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Pan

Un roman très étrange : le lieutenant Thomas Glahn désire se retirer du monde et a choisi de vivre dans une cabane dans la forêt profonde de Norvège. Il vit de la chasse et de la pêche et a un chien, Esope, comme compagnon.

Un jour de 1855, il rencontre le docteur et sa fille Edwarda dont il tombe immédiatement amoureux. Mais cet amour ne semble pas lui suffire car il ne peut s’empêcher de séduire d’autres jeunes femmes : Henriette la bergère, Eva, la femme du forgeron …

Ses yeux d’animal semblent vous toucher quand il vous regarde, dira Edwarda.

Mais Edwarda recherche un prince, alors quand le Baron, un scientifique, arrive dans la région pour ses recherches, la jeune fille semble se détourner du lieutenant. Délaissé, il finira par vouloir le supprimer mais tuera Eva par accident dans sa manœuvre.

Cet amour se transforme ainsi en véritable folie, jalousie et impulsivité qui mèneront le lieutenant jusque dans la jungle indienne et jusqu’à la mort.

De Pan, le dieu grec, on retrouve le lien fort avec la nature, que le narrateur préfère à la société où il ne sent pas adapté, ainsi que l’attraction irrésistible envers les femmes.

C’est un roman plein de symboles et d’implicite, très riche, qui ne peut laisser indifférent !

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La Faim

J’avais noté une référence : « Victoria » De Knut Hamsun, comme il était absent des rayons de la bibliothèque, j’ai emprunté « La faim » du même auteur.

Dans un premier temps, j’ai ressenti de l’enthousiasme à découvrir cette plume qui excelle à rendre compte des états d’âme d’un homme en perte de repères, sans abri et la faim au ventre.

Ensuite, j’ai ressenti une certaine lassitude, l’impression de tourner en rond, tout comme le personnage.

J’ai quand même continué ma lecture.

Après ce passage à vide, j’ai de nouveau éprouvé de la curiosité : « Comment cela va-t-il se terminer ? » et suis finalement arrivée assez vite au terme de cette lecture.

Une très belle plume, un ton particulier, un brin de Kafka ; je pense renouveler l’expérience.

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La Faim

Effrayant roman sur un sujet toujours d'actualité...
Lien : http://www.bibnblog.fr/?p=7230
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Victoria

Johannès est le fils du meunier, Victoria est la fille du châtelain.



Amour impossible, oui, mais certainement pas à cause de ça !



Surtout parce que Victoria est une idiote snob et coquette, et elle paiera sa sottise au prix fort.



Parce que oui, ok, j'ai lu partout que c'était une histoire impossible à cause de la différence de milieu social, mais d'une part, Johannès est un héros - il a sauvé une petite fille de la noyade - et en plus, il réussit particulièrement bien sa carrière d'écrivain. D'ailleurs, le vieux précepteur à un moment donné raconte un mariage entre un homme ayant réussi et une femme au-dessus de sa condition, mariage d'intérêt auquel le père de la belle Victoria aurait à mon avis, consenti avec joie - vu l'état de ses finances et les extrêmes auxquelles il a du se résoudre ! - si Victoria n'avait pas découragé Johannès avec tant de persévérance !



Leur histoire m'a singulièrement rappelé celle dans Tours et détours de la vilaine fille de Mario Vargas Llosa, en moins long tout de même, mais bref.



Une histoire d'amour impossible, non selon moi, une histoire d'amour manquée, oui, sans conteste.



Et une histoire assez agréable à lire.
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Femmes à la fontaine

Une petite ville côtière se pose en toile de fond pour ce classique de la littérature norvégienne. Les personnages plus ou moins influents se croisent, se heurtent tout au long de ces pages.

On assiste plus à de grands drames humains qu'à de grandes joies, car les beaux jours sont courts. Les riches comme les pauvres, malgré leur différences sociales, connaissent des revers de fortunes.

Je ne peux que penser à Balzac en lisant Knut Hamsun, à la différence que ce dernier s'exprime dans un langage rude, entre dans la tête de ses personnages, que nous entendons penser sous nos yeux, pour relever leurs pensées obscures.

Ils sont tous des personnages hauts en couleur, forts dans leur tempérament et leurs convictions, emplis d'énergie vitale et chacun à leur manière de spiritualité.

C'est un roman profond, à lire sous plusieurs angles, un peu désuet et toujours d'actualité cependant.
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La Faim

Cela m'a beaucoup rappelé les premiers romans de Gogol et Dostoïevski : un personnage principal errant sans fin dans la ville, des monologues fébriles et toutes sortes de délires. Dans ce cas, Hamsun a choisi de se concentrer sur la faim permanente de son "homme-sans-nom", un écrivain sans le sou qui tente de survivre au jour le jour et qui est extrêmement inventif en matière d'argent et de nourriture. Je n'appellerais pas cela vraiment naturaliste (la fin laisse ouverte la possibilité du salut), mais vous ne devenez pas joyeux par la faim rongeante du personnage principal. J'ai l'impression que Hamsun a également pris en compte une lecture symbolique : la soif de l'homme pour la reconnaissance et plus encore. Et cela, bien sûr, le rapproche encore plus de Dostoïevski.
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Esclaves de l'amour

Décidément, je ne comprends que bien rarement le travail des éditeurs. Il y avait vraiment de quoi faire un recueil plus qu'intéressant, balayant l'attachement, l'amour et ses effrois, joies, etc. en tous sens avec ce regard terrible de Hamsun. Malheureusement, on y a ajouté des nouvelles qui ne remplissent pas pour moi ce cahier des charges, n'ont en fait rien à faire dans ce livre. Rendant le tout décousu, et presque sans intérêt.

Déjà que sur le plan purement littéraire, franchement Hamsun c'est pas exceptionnel. Il l'est plus par son ton et son "choix" de thématique que par un style.

Certaines des nouvelles auraient pu être écrites par Poe, je n'aurais pas été capable de les distinguer. Bref, je ne trouve pas que Hamsun construit et mis en place de cette façon apporte une plus-value. Pas du tout essentiel.
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La Faim

* Un honnête homme dans la mendicité



Dans son récit La Faim, Knut Hamsun livrerait une histoire s’inspirant de son passé, avant qu’il ne rencontrât le succès. Celle d’un écrivain, tantôt romancier dramatique, tantôt critique philosophique qui se fait davantage refouler que payé. C’est finalement un pigiste-journaliste, qui trouve l’inspiration lors d’uniques éclairs de génie, qu’il attribue d’abord à Dieu. Et pourtant, même lorsqu’il signe de nombreux feuillets en une unique prise, son travail n’est pas toujours accepté. Alors voilà que s’accumule les soucis d’argent. Un jour il ne se restaure plus, la faim l’affame et il n’arrive plus à écrire. Plus tard, il est chassé de son logis qu’il louait : le froid l’engourdit et il ne peut plus écrire. Ou encore, il est installé là où jouent des enfants, où passe une ravissante dame : n’importe quoi qui empêche son inspiration d’arriver. Knut Hamsun fait entrer son personnage dans la mendicité. On voit là un homme travailleur se dégradait sous nos yeux, à la fois psychologiquement et physiquement. Un homme honnête car le personnage dans la Faim est avant tout un honnête homme. Ô combien de fois il aurait pu voler, accepter ce qu’on le lui donnait, ou ne rien donner à plus pauvre que lui. Oh que non ! Pour notre personnage, il n’est pas moins d’honneur que d’accepter le don à un mendiant, et de ne pas donner aux autres. Mais voilà, quand la faim et le froid s’approprient notre corps, jusqu’où peut-on survivre ?



* Un style littéraire et psychologique complexe



Si vous n’êtes pas à l’aise avec le récit complexe, je ne vous conseille pas La Faim de Knut Hamsun. Plus on avance dans son livre, plus on divague entre fait réel et hallucination. Les dialogues se mélangent avec des pensées, au point que l’on soupçonne ce qui s’apparenterait à une quasi schizophrénie. On oscille entre joie et colère, parce que le personnage de Knut Hamsun vit au gré des aléas de la vie, pour finir avec un sentiment de culpabilité, vite remplacé par une nouvelle péripétie : qui est cette femme voilée qui traîne devant chez lui ? si l’épicier a refusé de lui donner, le boulanger pourrait-il peut-être ? ah mais oui, il reste des boutons de jaquette à vendre, peut-être pourrait-il en revendre pour quelques pièces. Plus on lit La Faim, plus on s’interroge sur notre personnage. Sa psychologie reste difficile à déchiffrer, mais relativement simple à mettre en lien avec la dégradation physique et mentale. Le voilà maintenant à se jurer qu’il est sain, alors que son comportement en indique tout le contraire.



* Un regard différent sur la mendicité



La mendicité de 1890 n’est pas très différente de celle d’aujourd’hui. Quand on croise un sans-abri dans la rue, très souvent on s’écarte pour ne pas culpabiliser sous sa demande. La Faim de Knut Hamsun nous livre un regard différent sur le pauvre, et la pauvreté, du point de vue de celui qui le vit. Notre personnage n’est d’ailleurs pas un mendiant : il ne fait pas la manche dans la rue. Au contraire, si des jours il s’endort sur le banc, il arrive parfois à avoir quelques couronnes pour dormir dans un logis jusqu’à ce qu’on le dégage pour un impayé. Le fait est que l’on peut devenir pauvre pour tout un tas de raison, et même lorsque l’on est débrouilleur. Que la pauvreté n’empêche pas l’honnêteté, et que par bien des cas, le pauvre homme est le plus honnête. La tristesse qui s’installe dans La Faim est celle d’un homme qui trouve dans sa galère mille et une solutions pour s’en sortir, ne pas mourir de faim ou terminer en prison. Et pourtant, à cause de sa timidité et son orgueil, à cause des personnes qui individuellement refusent de l’aider et collectivement forment un refus général, le voilà à errer dans les rues en train de mourir de faim. Et si jamais on apprenait à mieux connaître ces personnes pauvres, à moins les stéréotyper et à les aider, même de manière éparse ?
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Mystères

Ce roman du grand écrivain Norvégien Knut Hamsun, prix Nobel 1920, frappe tout d’abord le lecteur par sa grande modernité stylistique. Rédigé à la fin du XIXe siècle, il annonce par bien des égards toute la littérature du XXe siècle : la langue est vivante, triviale, quotidienne, discontinue, la narration parfois déstructurée, le personnage principal est un marginal qui déstabilise une communauté, la psychologie des personnages est originale et fluctuante. Roman préféré d’Henry Miller, on comprend à la lecture de cet ouvrage l’énorme influence reçue par Miller de Hamsun. C’est donc l’histoire de Nagel, un genre de vagabond dont on ignore le passé et dont les projets sont flous, qui débarque dans une petite ville de la cote norvégienne. Il loge dans un petit hôtel et se fait remarquer par un comportement fantasque, voyant, manipulateur et changeant : tour à tour amoureux transi d’une inaccessible dame, margoulin, affabulateur, personnage violent, grand idéaliste ; le personnage de Nagel est un grain de sable dans les rouages de la petite bourgeoisie conformiste et rabougrie de la Norvège de cette fin du XIXe siècle. Libre, imprévisible et un peu fou, Mystères de Knut Hamsun est un roman d’amour avant-gardiste pour son temps qui garde beaucoup de fraîcheur et de spontanéité.
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