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Citations de Michel Bernanos (33)


ODP31   28 juillet 2022
Le murmure des dieux de Michel Bernanos
Le petit port, avec ses quelques maisons sur pilotis et son ponton lui servant de quai, prenait à leurs yeux l'aspect d'une capitale. Des hommes les saluèrent de la main. Ils débarquèrent entourés du respect qu'inspirent les gens venant de loin à ceux qui ne s'éloignent jamais de chez eux.
(page 101)
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gill   14 avril 2012
La montagne morte de la vie de Michel Bernanos
Je venais tout juste d'atteindre mes dix-huit ans, lorsqu'un soir, après boire, la main d'un ami guida la mienne pour signer un engagement d'une année sur un galion.
Mes souvenirs relatifs à ce qui devait être le départ d'une aventure effroyable, sont très vagues, pour ne pas dire nuls. En fait, je ne repris vraiment contact avec la réalité, que le lendemain matin. Ma surprise fut grande, alors, de me retrouver couché de tout mon long sur la dure, accueilli par le bleu du ciel profond.
J'aperçus ensuite des voiles que gonflait doucement un vent léger, puis les petites taches blanches de la mer en mouvement se multipliant jusqu'au bout de l'horizon.
Au comble de l'étonnement, je regardai autour de moi, quantité de cordages s'y trouvaient lovés, des cordages pareils à ceux que j'avais vus si souvent sur les ponts des navires en escale...
(extrait du chapitre premier)
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Alice_   18 mars 2017
La montagne morte de la vie de Michel Bernanos
La mer était devenue d'huile, le ciel d'une étrange profondeur, et, par-dessus tout, planait un formidable silence. Notre mât observait une immobilité totale. Il se dégageait de cette ambiance quelque chose de maléfique impossible à définir. J'avais, pour ma part, l'impression d'être englouti dans une grotte aux dimensions sans limites, dont les voûtes auraient été parsemées d'énormes vers luisant vitrifiés dans leur vie comme dans leur propre lumière.
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claireogie   19 mars 2011
La montagne morte de la vie de Michel Bernanos
Je regrette vraiment pour toi, petit, de te voir avec moi dans mon cauchemar d'homme éveillé. Mais il faut bien que tu comprennes que si nous commençons à nous affoler, c'est contre nous que nous travaillons ! Ici, tout est inexplicable. Et ne compte surtout pas trouver la solution. Comme partout, la mort rôde avec la vie. Mais ici, un peu plus qu'ailleurs, c'est tout !
Il me disait cela pour me tranquiliser. Mais tandis qu'il me parlait, je sentais monter en moi la solitude. Toine sans la peur, je le voyais bien, prenait le chemin de l'acceptation. Et je me demandais si l'étonnement que je lisais sur ses traits n'était pas celui de n'être pas mort. Le vieux coeur de mon compagnon était fatigué, et j'étais persuadé qu'il ne continuait à battre que pour son jeune ami.
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Emnia   24 janvier 2017
La montagne morte de la vie de Michel Bernanos
Tu n'avais pas l'impression, toi, qu'on regardait au travers d'un suaire qui aurait enveloppé nos corps morts ?
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Emnia   24 janvier 2017
La montagne morte de la vie de Michel Bernanos
Je m'approchais de l'une de ces fleurs d'espèce inconnue. Elle était blanche, curieusement dentelée de mauve, et son cœur était jaune. À mon approche, elle se referma très lentement. J'acquis soudain la certitude qu'elle s'avançait vers moi. Pris de panique, je reculai précipitamment. Il était temps. Après s'être rouverte brusquement, elle s'inclina vivement, et, comme un filet de pêche, se plaqua au sol à l'endroit même où je me trouvais seulement quelques secondes plus tôt. Il y eut alors un affreux bruit de succion, puis la fleur se referma à nouveau et reprit très lentement sa position première. De l'endroit qu'elle avait un instant couvert de ses pétales, il ne restait rien, que la terre.
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Emnia   22 janvier 2017
La montagne morte de la vie de Michel Bernanos
Vers le milieu de la journée, nous vîmes avec terreur apparaître d'effroyables animaux. Véritablement monstrueux, ils ressemblaient à des méduses, mais avec cette particularité que leur ombrelle était curieusement piquetée de rouge (ce qui contribuait à les rendre encore plus repoussants), et qu'ils atteignaient au moins dix mètres de diamètre, ou encore à des pieuvres aux tentacules de la grosseur d'un tronc d'arbre. Ils se multipliaient d'une façon inquiétante et nageaient entre deux eaux, donnant bientôt, par leur nombre, l'illusion d'un immense drap sanguinolent s'étirant interminablement.
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blandine5674   21 novembre 2014
La montagne morte de la vie de Michel Bernanos
L'homme est avant tout un lâche souvent préoccupé de trouver une excuse à sa lâcheté.
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Emnia   23 janvier 2017
La montagne morte de la vie de Michel Bernanos
Çà et là, des statues surgissaient peu à peu de l'ombre. Il y en avait des quantités, dans des attitudes différentes. Leurs traits étaient effrayants, torturés, remplis d'angoisse. Comme si le sculpteur eût voulu les modeler dans une unique souffrance, ne tolérant à ses grandes mains de maître que la mort hideuse de la peur. Leurs corps étaient saisissants : hommes, femmes, chacune de leurs lignes, qu'elle fut grossière ou élégante, ressortait, donnant l'impression d'avoir été moulée à même la pierre.
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Emnia   22 janvier 2017
La montagne morte de la vie de Michel Bernanos
Le galion était irrésistiblement attiré par le centre du gouffre. Il tournait de plus en plus vite, et nous dûmes nous étendre sur le dos. Bientôt la force centrifuge devint telle, du fait de la vitesse constamment croissante de la rotation, que nous nous retrouvâmes littéralement collés au pont. Et celui-ci se tenant pour ainsi dire à la verticale, nous avions l'effroyable impression d'assister à notre supplice debout, au garde-à-vous. Le ciel, au-dessus de nos têtes, ne nous apparaissait guère plus large qu'une paire de mains.
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Julian_Morrow   21 avril 2019
Le cycle de la montagne morte de la vie de Michel Bernanos
Le seul souvenir qui me reste, depuis des siècles que je vis dans la pierre, est le doux contact de larmes sur un visage d'homme.

(p.567)
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Charybde2   08 novembre 2017
La montagne morte de la vie de Michel Bernanos
Je m’étais endormi, comme il m’arrivait souvent, sans m’en rendre compte, et il me semblait entendre Toine frapper du pied à mes côtés et grincer des dents d’impatience, sans doute parce que je ne m’éveillais pas assez vite à son gré. Mi-furieux, je me soulevai enfin sur un coude et grognai :
– Ça va, ça va, je me lève.
Mais ma colère s’évanouit lorsque je vis Toine, ou plutôt son ombre, se pencher sur moi en chuchotant :
– Tais-toi, petit, et regarde !
L’intonation qu’il employa – celle qu’on ne trouve que pour les belles choses qui vous intimident – me fit plus d’effet qu’un coup de pied lancé dans mes reins, car ce n’était pas précisément le genre de Toine de se pâmer d’admiration devant quoi que ce soit. Je me mis donc debout, chuchotant à mon tour :
– Qu’est-ce qu’il y a ?
En même temps, je fixai mon regard droit devant moi. Ne voyant que la forêt sous la couleur argentée de l’aurore blême, je me retournai vers Toine :
– Ben quoi, ce n’est que le jour qui se lève !
– En pleine nuit ? Tu as déjà vu, toi, petit, le jour se lever la nuit ? En plus, dans cet endroit où y a jamais de lune ? Et puis tu sais bien que le jour, ici, est rouge !
C’était vrai, comment avais-je pu l’oublier ! Mais alors, qu’allait-il encore se passer ? Je sentis mon sang se glacer lorsque le bruit que j’avais pris dans mon sommeil pour Toine frappant du pied avec colère se fit de nouveau entendre. Je m’accrochai au bras de mon compagnon.
– Vous entendez ? fis-je à voix basse.
– Oui, petit, me répondit-il d’un ton étrangement calme. On dirait qu’un cœur de géant bat sous nos pieds.
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Emnia   22 janvier 2017
La montagne morte de la vie de Michel Bernanos
Juste à cet instant, il y eut un cri effroyable. Nous nous précipitâmes sur nos hublots, et nous assistâmes alors à la scène la plus hallucinante qu'il soit donné de voir. Des hommes surexcités, à l'aspect d'outre-tombe, se tenaient face à face, leurs couteaux en main. Bien que tout juste portés par leurs jambes, ils tentaient avec des gestes maladroits de s'entr'égorger. Animalisés, ils ne songeaient plus qu'à tuer après avoir pleurer pour vivre.
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Letourneurac   31 mai 2022
Le murmure des dieux de Michel Bernanos
L'ARBRE GEANT FREMISSAIT sous les coups de hache. A coté du colosse végétal, les hommes à la peau sombre, luisante de sueur, ressemblaient à des miniatures mouvantes. [...] La grande forêt pris le deuil. Les bruits les plus fantastiques se mirent à courir : on avait tué l'Arbre-Dieu.
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oliviersavignat   13 août 2020
La montagne morte de la vie de Michel Bernanos
Bien sûr, mon angoisse était loin de m'avoir quitté, mais j'avais fini par m'habituer à elle, et je pense que c'est cela le courage.
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rkhettaoui   22 mars 2017
Le grande bauche de Michel Bernanos
Le temps paraissait s’amuser de nous en se faisant de plus en plus long. À intervalles réguliers, nous parvenait venant de loin le beuglement d’une vache, finalement accompagné par le chant des coqs. La vie extérieure reprenait comme si rien ne devait jamais en changer le cours. Lentement, la buée reprenait possession de ma vitre en même temps que je m’arrachais à mes pensées. Je me retournai alors face aux habitants du manoir. Ils n’avaient pas bougé de place. Leurs dos voûtés, leurs yeux toujours fixés sur le tapis usé, donnaient l’impression qu’ils supportaient un poids énorme. Ne sachant plus que faire, ni à qui parler, je me dirigeai vers le petit buffet-bar et me servis un verre sans même choisir la bouteille. C’était de la gnôle.
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rkhettaoui   27 janvier 2017
La montagne morte de la vie de Michel Bernanos
On commença par rationner l’eau. Vint ensuite le tour des denrées. Mais là, ce fut une erreur, car elles s’abîmèrent vite, vu l’extrême chaleur qui entourait le bateau de toutes parts ; il fallut se résigner à s’en débarrasser en les jetant par-dessus bord. Le scorbut ne tarda guère alors à faire son apparition. Les lèvres des hommes et leurs gencives avaient pris la couleur de l’ébène et avaient doublé de volume. Pour calmer les douleurs de ces malheureux, on leur distribuait du rhum ; mais il leur en fallait toujours davantage, et à la longue cela menaçait de devenir dangereux, le galion comptant sur le troc pour obtenir l’or à meilleur prix, en ayant ses cales pleines.
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Letourneurac   31 mai 2022
Le mort veille de Michel Bernanos
Il crut soudain entendre un léger bruit dans la vaste chambre. En même temps, la tempête redoublant d’efforts, fit trembler les vitres à les briser. Il voulu se soulever. Il ne le put. Une force étrange l’en empêchait. Il s’affola, se débattit, essaya en vain de faire sortir un son de sa gorge nouée. Pendant ce temps, la pression qui le retenait à sa couche ne cessait de s’accentuer. Il comprit subitement qu’il ne pourrait rien contre cet affreux cauchemar. Il allait mourir. Tout allait être fini. Il eut alors une espèce de sanglot et s’abandonna à la peur hideuse.
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Letourneurac   31 mai 2022
La neige qui tue de Michel Bernanos
Une musique lointaine dans un tunnel noir... Des prés où l'herbe est bleue... Une lumière qui paraît verte... Et puis soudain, une douleur atroce montant du plus profond de son être... Un flot d'haleine chaude au fade goût de sang...

Elle respire encore. On parle, on vit autour d'elle, mais elle sait qu'elle n'est plus tout à fait avec eux. La peur de la douleur qui demeure là, tapie au fond d'elle-même, prête à remonter, la poursuit au milieu de ses rêves. Elle vomit de la bile aigre comme la mort [...]

Elle va crier, elle crie ! Mais elle a beau hurler sa souffrance, personne ne lui donnera la poudre blanche qui lui ferait chevaucher son superbe destrier d'or.
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Letourneurac   31 mai 2022
Le grande bauche de Michel Bernanos
Ce fut d’abord l’angle du toit qui m’apparut. Ce bout de maison ardoisée se détachant sur le ciel pâle dégageait une indéfinissable impression de malaise. Je n’en continuais pas moins à escalader le dur sentier jusqu’au sommet, et je pus voir alors se dresser devant moi, dans toute sa tristesse, le manoir de La Grande Bauche.
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