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Note moyenne 3.81 /5 (sur 52 notes)

Nationalité : France
Né(e) le : 01/03/1970
Biographie :

Nathalie Prince est professeur de littérature générale et comparée à l'Université du Mans depuis 2003.

Agrégée de Lettres Modernes (2015), elle est Docteur en littérature générale et comparée de l’Université de Paris Sorbonne-Paris IV avec une thèse intitulée "Entre éros et effroi : les célibataires du fantastique : le célibataire dans la littérature fantastique de la fin du XIXe siècle", soutenue en 2000.

Ses orientations de recherche sont: La littérature fantastique ; Merveilleux et contes de fées ; Fin-de-siècle, décadence ; Écriture de la solitude ; Littérature de jeunesse.

Nathalie Prince a publié plusieurs essais sur la littérature jeunesse ou la littérature fantastique.

Mère de quatre enfants, elle a signé, avec son mari Christophe Prince (1967-2017), "Nietzsche au Paraguay", un récit qui s’inspire de faits réels.

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hcdahlem   29 mai 2021
Un enterrement et quatre saisons de Nathalie Prince
— Pouvez-vous nous dire qui était Christophe ?

Mais pourquoi je leur dirais quoi que ce soit sur toi ?

J’essaie. Je respire. Je croise les bras pour me donner une contenance. Je vais forcément dire quelque chose. Quelque chose va sortir de moi… Mais quoi ? Je sens que ça vient.

— Mais en fait, pourquoi vous voulez le savoir ?

Pas vraiment la réponse qu’ils attendaient… Mais pourquoi je reste sur la défensive ? Pourquoi je les agresse ? Je suis sûre que si tu me vois, tu te marres… Calme le jeu. Redeviens sociable, Nathalie. Sans eux, personne pour faire la cérémonie. Tu voulais pas de curé. Tu dois faire avec ces deux-là. On refait pas les équipes. Allez, Nathalie, tente autre chose. Dis-leur ce qu’ils veulent entendre… Tu dois quand même en être capable ?

— Il était professeur de philosophie. Un excellent père, un mari fidèle, un…

Encore une pause. Je réfléchis. Le couple se regarde, espérant peut-être que je vais lâcher du lest, leur faire des confidences, me mettre à fondre en larmes et leur reprendre la main… Je me ressaisis.

— Si vous voulez mieux le connaître, c’est pour parler de lui, n’est-ce pas ?

— Oui, nous savons d’expérience que vous ne pourrez pas parler de Christophe le jour de la cérémonie. C’est beaucoup trop difficile. Je ferai moi-même le discours d’hommage au défunt. Je suis compétent en la matière. Nous avons fait des dizaines d’enterrements… Je parlerai pour vous, et je dirai qui était Christophe, ce qu’il a fait.

Silence.

Jamais de la vie il ne dira un mot. Il n’articulera pas une syllabe. Il n’ouvrira même pas la bouche. C’est mon mari.

— Écoutez… C’est moi qui le connaissais le mieux. J’étais son épouse. Je le connais depuis que j’ai dix-sept ans, et on ne s’est jamais quittés. Ça fait trente ans. C’est donc à moi de faire ce discours.

— Ce sera très dur. D’expérience, nous savons que vous n’y arriverez pas…

— J’y arriverai.

Je me crispe.

— Bon, de toute façon, vous nous donnerez au moins quelques éléments par écrit afin que je puisse me substituer à vous si vous craquez.

Craquer ? Ça veut dire quoi ? Comme une noix qu’on place dans un casse-noix et qu’on écrase ? Mais moi, je ne suis pas une noix ! Alors, je ne craque pas…

Silence, encore.

— D’accord, faisons comme cela, mais je sais que personne ne parlera à ma place… Et sûrement pas vous, pardonnez-moi, c’est un peu blessant. Pas vous qui ne le connaissiez pas…

Une pause. Qui me paraît durer deux heures. Les deux se regardent, étonnés que je ne leur lâche pas le morceau, que je reste droite sur ma chaise. Pas de larmes. Plus de larmes… Étonnés que je ne m’effondre pas…

Je reprends, pour casser ce silence et ces échanges de regards surréalistes :

— Combien de temps puis-je parler ? Un quart d’heure ?

Le couple se met à rire, carrément, avec un air entendu, le petit regard en travers, oblique, qui sépare. C’est comme si je leur avais dit que l’enterrement allait se dérouler sur la Lune…

— Non, non ! On vous arrête tout de suite ! Au bout de cinq minutes, les gens n’écouteront plus. Cinq minutes, vous avez cinq minutes. C’est déjà beaucoup trop. Les enfants pourront dire un mot aussi, s’ils le veulent. Y aurait-il quelqu’un d’autre qui voudrait parler ?

— Je ne sais pas. Je vous dirai. Je demanderai aux enfants…
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Orphea   08 juillet 2012
La littérature de jeunesse : Pour une théorie littéraire de Nathalie Prince
Comme son nom l'indique, a priori "la littérature de jeunesse" se pose comme un genre désignant un public particulier. Elle est une littérature destinée à un public identifié comme jeune. Ainsi, en matière de littérature de jeunesse, la bonne question apparaît très vite comme celle de son destinataire, plus que celle de son origine : non pas "qui a dit ?", mais "pour qui cela est-il dit ?". En ce sens, la littérature de jeunesse ne se reconnaît pas à quelque chose, mais à quelqu'un, le destinataire, ce que souligne, toujours, la construction prépositive : "pour la jeunesse" ou encore "de la jeunesse". L'originalité et la spécificité d'une littérature tiennent ordinairement à une esthétique, à une thématique, à une poétique, mais évidemment pas à un certain type de lecteur affiché dès sa désignation. La littérature de science-fiction, par exemple, désigne immédiatement ses thèmes, et notamment le basculement vers des univers imaginaires. Un texte détermine très tôt un pacte de lecture : un roman est romanesque, un ouvrage documentaire documenté, une poésie poétique... Mais l'expression "littérature de jeunesse" ne désigne rien de ce qu'elle est , de ce qu'elle dit, ni même de la forme générique qu'elle adopte. Elle privilégie un élément extérieur, étranger et hétéronome : le lecteur. Mais cette désignation et cette dénomination, en soi originales, posent plusieurs problèmes...
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Orphea   20 juillet 2012
La littérature de jeunesse : Pour une théorie littéraire de Nathalie Prince
Il faut sans soute insister alors sur cet élément : la littérature de jeunesse se destinant à un lecteur par défaut -- soit qui ne sait pas lire, ou qui lit peu ou qui peine à lire ou n'aime pas lire -- a su devenir le lieu d'expériences littéraires, poétiques et artistiques, absolument originales : jeu sur l'image et le support du livre, qui nous a forcé à nous interroger sur les limites de la littérature et du livre même ; jeu sur la lecture, et notamment sur le procédé de double lectorat -- supposant la médiation adulte -- qui permet de repenser l'acte de lecture et remet en question la catégorie sémiologique de "lecteur modèle" ; de même ne saurait-on pas la penser sans un jeu d'architextes, d'archétypes, de mythes et de stéréotypes qui n'ont de cesse que la littérature de jeunesse ne devienne littérature secondarisée, s'évoquant elle-même, se lisant elle-même, dans une sorte de jeu perpétuel de miroir et d'éternel retour sur soi...
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Orphea   14 juillet 2012
La littérature de jeunesse : Pour une théorie littéraire de Nathalie Prince
Il y a ainsi en quelque sorte trois espèces de livres d'enfants qui sont tous liés à une certaine idée de l'enfance. Il y a d'abord les livres que les enfants lisent alors qu'ils ne leur étaient pas destinés, comme des livres d'adultes volés pour les plaisirs de l'enfant. C'est là que se tiennent Perrault, La Fontaine et une première littérature de jeunesse informelle. Puis la littérature a cherché dans l'enfance un destinataire explicite, et c'est la grande période d'une littérature de jeunesse gouvernée par la morale et l'éducation. Mais ces livres, très souvent, peuvent être lus sans joie par des enfants contraints. Enfin, une littérature d'enfance et de jeunesse a su concevoir l'enfant pour ce qu'il est et non comme un adulte en devenir, et a su développer, très tardivement – à la fin de la deuxième moitié de XIXème siècle – une poétique et une rhétorique fondées sur un imaginaire proprement enfantin et dont les préoccupations morales et pédagogiques devenaient secondes. La plus récente littérature d'enfance et de jeunesse, forçant cette veine, a pris conscience de ses qualités, de ses mérites.
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Emnia   26 décembre 2015
Petit musée des horreurs : Nouvelles fantastiques, cruelles et macabres de Nathalie Prince
Brusquement, la bascule joua, le carcan s'abattit, le bouton céda, la lueur du couteau passa. Un choc terrible secoua la plate-forme ; les chevaux se cabrèrent à l'odeur magnétique du sang et l'écho du bruit vibrait encore, que, déjà le chef sanglant de la victime palpitait entre les mains impassibles du chirurgien de la Pitié, lui rougissant à flots les doigts, les manchettes et les vêtements.

C'était une face sombre, horriblement blanche, aux yeux rouverts et comme distraits, aux sourcils tordus, au rictus crispé : les dents s'entrechoquaient ; le menton, à l'extrémité du maxillaire inférieur, avait été intéressé.



Villiers de L'Isle-Adam, "Le secret de l’échafaud"
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Emnia   24 décembre 2015
Petit musée des horreurs : Nouvelles fantastiques, cruelles et macabres de Nathalie Prince
La preuve irréfutable de la survie des têtes guillotinées ne me semble donc qu'une question de temps. En attendant que cette preuve soit faite pour tout le monde, je partage avec beaucoup de physiologistes cette conviction profonde, à savoir que ces têtes vivent aussi longtemps qu'elles ne sont pas vidées du sang qu'elles contiennent. La tête qui roule dans le panier voit ce panier, elle entend les rumeurs de la foule, elle comprend qu'elle est séparée de son corps.



Dr. De Lignières, "La tête des guillotinés", Le Figaro, 27 avril 1885
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greg320i   18 février 2013
Petit musée des horreurs : Nouvelles fantastiques, cruelles et macabres de Nathalie Prince
Ceux qui, vivants, ne voient pas le Seigneur, morts, ne le verront jamais
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Orphea   18 juillet 2012
La littérature de jeunesse : Pour une théorie littéraire de Nathalie Prince
La littérature de jeunesse, qui aime les créatures hybrides et étonnantes, s'est laissé contaminer par cette hybridité : elle est d'une part jeu de reconnaissance, mais d'autre part travail expérimental, elle est d'un côté refuge, rémanence et écho, et de l'autre audace, imprudence et création.
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Orphea   14 juillet 2012
La littérature de jeunesse : Pour une théorie littéraire de Nathalie Prince
Une question essentielle surgit ici à propos de la littérature de jeunesse : que devient-elle lorsque, justement, elle n'est plus seulement un objet de lecture pour cette jeunesse, mais qu'elle s'expose à une entreprise critique ? La question de la lecture critique en matière de littérature pour la jeunesse est déterminante à deux titres : d'un part, on y pose la question de sa légitimité littéraire ; d'autre part, la lecture critique reste absolument hors de portée des compétences de son lectorat de principe. Est-ce une lecture légitime alors ?
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Orphea   18 juillet 2012
La littérature de jeunesse : Pour une théorie littéraire de Nathalie Prince
La simplicité, qui est au principe de cette littérature enfantine, fonctionne comme une "médiation" : alors qu'elle apparaît d'abord comme une contrainte ou comme un obstacle poétique dû à l'incompétence fondamentale et fondatrice de l'enfant, elle devient la clef et le moyen même d'un dépassement vers un monde poétique neuf. Cette simplicité occasionne une oralité et un effort d'expérimentation, qui origine la poétique enfantine dans un fonds d'archétypes remarquables, qui remotive la narration en y mêlant étroitement l'image, et qui permet finalement aux livres de jeunesse d'accéder à la littérature proprement dite.
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