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EAN : 9782384312191
200 pages
Le Mot et le reste (22/08/2023)
3.75/5   22 notes
Résumé :
Sur une île privée, dans le golfe de Gascogne, Dorothée et Tortu assistent à un étrange spectacle : au lendemain d'une tempête, un iceberg s'est échoué sur le rivage. Elle, fille unique du propriétaire, venue au chevet de son père mourant, veut se faire l'écho de ce phénomène hors norme. Lui, colosse fragile et employé dévoué, s'inquiète de pouvoir préserver la quiétude de ce qui est devenu son sanctuaire.
Au terme des trois jours qui suivront cet échouage, a... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
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Dès le début du roman, voici cette intrigante affirmation : un iceberg s'est échoué un jour de tempête, sur la côte d'une petite île du golfe de Gascogne. Trois personnes y habitent à ce moment-là : le propriétaire des lieux, malade en fin de vie, et sa fille Dorothée, qui prend soin de lui, bien qu'ils n'aient jamais été très proches.
Le troisième est Tortu, le gardien des lieux, habitué à la solitude, et que ce phénomène, climatique ou pas, perturbe autant que la présence de Dorothée. En effet, il n'avait pas vu la jeune femme depuis des années, alors qu'elle était encore adolescente. La présence de l'énorme bloc de glace va-t-elle attirer d'autres curieux, journalistes ou scientifiques, et rompre le fragile équilibre entre les trois personnages ? Un quatrième individu va effectivement apparaître, et sa présence précipiter les événements.

Il s'agit plus, dans une grande partie du roman, et comme le montre l'extrait précédent, d'examiner des êtres humains qui ont apporté sur l'île, avec eux, leur passé et leurs problèmes, que de chercher une explication scientifique à la présence de l'iceberg. Au début, après quelques dizaines de pages, j'avançais toujours avec une certaine curiosité à l'égard des personnages, mais sans être vraiment emportée. J'ai eu un moment l'impression de ne pas savoir où j'allais, ni même dans quel genre de roman je me trouvais… Rétrospectivement, c'est assez subtil de ne pas trop en dévoiler tout de suite, sans même donner d'indices de genre, à part qu'il s'agit d'un huis-clos, et de laisser les lecteurs s'immerger dans l'atmosphère et s'interroger.
J'ai donc fini par me laisser faire, jusqu'à la très belle conclusion, qui mérite qu'on accepte quelques errements auparavant. Sachez que la présence de cet énorme glaçon a bien une explication, et n'oublions pas qu'il s'agit du premier roman d'un jeune auteur tout à fait prometteur, avec une jolie plume et d'excellentes idées.
Pour ceux que je n'aurais pas convaincus, ou les autres (enfin, pour tous !), je peux recommander aussi, chez ce même éditeur, qui fait une belle place à la nature parmi ses publications, La femme paradis de Pierre Chavagné, sorti au début de cette année.

Lien : https://lettresexpres.wordpr..
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« Le jour où l'iceberg s'échoua sur l'île, les cerisiers étaient tous en fleur ».
L'incipit lève le voile sur un récit espace-temps, captivant, d'ombre et de lumière.
L'écriture est un flambeau. Pas après pas, la trame dévore tout. Nous sommes en plongée dans le coeur même de la nature, gémellaire des protagonistes. Et c'est beau, profondément humain.
Une petite île dans le golfe de Gascogne. Un huis-clos, cage dorée, qui enserre le genre « Nature Writings », entre le vent, les bruyères, les vastes paysages. On déambule sur 4 kilomètres. Ce pourrait être la normalité, si un iceberg ne s'était pas échoué contre les roches de ce lieu isolé. Loin de toutes terres habitées, la quasi autarcie et l'île pour un seul maître des lieux, riche propriétaire et businessman dans le domaine pharmaceutique. Très gravement malade, mourant, il est sur le fil tangible de la finitude. L'île le borde. Octroie pour lui seul, un gardien Tortu qui veille sur lui, affûte ses regards au moindre frémissement de cet espace qui pourrait être édénique, si. Si, les êtres qui gravitent dans cet entre-monde ne cherchaient pas l'issue de leur raison de vivre. Ils sont deux et seuls. Binôme bancal. Tortu porte le poids du monde sur ses épaules. Ses secrets et batailles, l'exutoire n'est pas pour maintenant, pas encore. Pour demain peut-être. On ressent une tendresse pour ses assoiffés d'air et de senteurs, de normalité. Tortu connaît les moindres recoins de l'île. Semblable à un point minuscule sur la mappemonde. Et pourtant l'iceberg vient heurter sa conscience, sa tranquillité. le réchauffement climatique est une preuve, mais pas que. La parabole de nos faillites et de l'inconséquence humaine. Au plus profond des errances de Tortu, l'iceberg est le macrocosme de sa quête existentielle. La démonstration de ses questionnements et de cette résurgence fantomatique. Dorothée arrive sur l'île. Elle vient soigner son père, prendre le relais de Tortu et régler elle aussi, ses propres comptes. On pourrait alors croire à une histoire d'amour naissante entre elle et Tortu. Mais Renaud de Chaumaray est un auteur surdoué. Il avance les pions, brusque les prises. Les brouillards tombent sur l'île, tels des rideaux de plomb. Plus aucun des protagonistes n'a de prise sur son advenir. C'est l'envoûtement des « Mille hivers ». les existences comme des ressacs. Les expériences dont le poids lourd brise les élans de Tortu et de Dorothée. Nous sommes sous le charme d'une rencontre qui pourrait tout brusquer. Mais, il y a l'iceberg et sa signature. Fable métaphorique, l'initiation comme la septième vague. Ce roman est percutant et le point commun de notre émancipation à la vie. Trois jours pour que tout change. « Mille hivers » est le livre des possibilités. Ne rien céder face à l'irrévocable. Oser nager à contre-courant. Tel, pourrait être l'adage de ces hivers salvateurs. Mille hivers, chacune des secondes est l'importance souveraine et cruciale. Délicat, sensible, ce livre est le sanctuaire. On ne peut être sans lui et sans ses preuves.
Il est question d'émancipation, de rappels pavloviens, le passé et le présent, les erreurs et les changements de cap. L'iceberg est sans aucun doute, celui qui sonne le glas de l'obsolescence programmée. La parabole et des tremblements de nos propres coeurs et du vacillement du monde. L'étrange, ici, est comme un cri, un rappel à la loi.
« Mille hivers » est le piédestal de cette rentrée littéraire, car unique et magistral.
Écoutez les craquements de la glace dans le filigrane et vous comprendrez.
Publié par les majeures Éditions le Mot et le Reste.
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Sorte de huis clos sur une île de Gascogne, ce premier roman est original et ressort tout particulièrement de cette rentrée littéraire, bref je l'ai beaucoup aimé et vous le recommande !
Sur cette île, d'une circonférence de 4 km, se trouvent un vieil homme mourant, sa fille, Dorothée, et le gardien, Tortu. Mais surtout il y a un iceberg qui n'a rien à faire là et que Tortu découvre au lendemain d'une tempête, échoué sur la plage. L'île est coupée du reste du monde à cause de la tempête. Ce qui n'est pas pour déplaire au gardien qui n'a pas envie de voir débarquer des curieux. C'est un être solitaire renfermant quelques blessures.
Cet iceberg reste tout de même un mystère et fascine Dorothée. Attirée, elle revient sans cesse l'observer, le toucher. Une sorte de relation charnelle se crée. Après 12 ans d'absence, elle est arrivée la veille sur l'île, un peu perdue, décidée à prendre soin de son père jusqu'à son dernier souffle.
La nature est omniprésente. L'île regorge de faune et de flore. On se demande si le climat s'est totalement déréglé et s'il s'agit d'une fable écologique.
Les chapitres alternent entre le point de vue de Tortu et de Dorothée, puis de deux autres personnages vers la dernière partie du roman. Les sensations ou sens font souvent ressurgir des souvenirs du passé des protagonistes.
Il y a une réelle ambiance, une atmosphère dans ce roman. le début est plutôt dense, avec beaucoup de descriptions. En peu de pages, l'auteur nous donne beaucoup d'éléments, pour ensuite nous embarquer dans l'aventure et enchaîner les chapitres. Tous les personnages sont bien développés et attachants. On entre dans la psychologie de chacun et dans les relations entre chaque « couple ».
J'ai trouvé de la poésie dans l'écriture de Renaud de Chaumaray. le roman prend se teinte de fantastique au début, mais à la fin tout s'éclaire et le lecteur a les réponses à ses questions, c'est la fin du suspense !
Merci aux éditions le mot et le reste pour cette lecture captivante à l'instar de sa très belle couverture.
Lien : https://joellebooks.fr/2023/..
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Je trouve enthousiasmant de tomber sur de jeunes auteurs qui parviennent à dénicher de nouveaux sujets littéraires ou à renouveler leur traitement et c'est le cas ici ! En effet "Mille Hivers" est un premier roman très réussi, pour cette raison parmi d'autres que je vais essayer de lister le plus succinctement possible. Avant tout, c'est un livre à chute, le genre d'histoire forcément satisfaisante car elle a une fin bien déterminée, que l'on attend tout du long et que l'on cherche à deviner avec plaisir. Ensuite le texte joue sur les codes vu qu'il est à la limite du fantastique, du thriller en huis clos et du nature writing. Ce qui s'avère rafraichissant. Ensuite R. de Chaumaray parvient à créer une ambiance vraiment particulière à l'aide de nombreuses synesthésies et d'images prégnantes. Cette ambiance assez mystérieuse, étrange, presque douce-amer, laisse entrevoir les contradictions, les failles et les reliefs des personnages qui évoluent sur l'île où se déroule l'histoire. Enfin (!) le "sujet" de "Mille Hivers" est original : ce sont les craintes que suscitent et reflètent un iceberg échoué, sans explication plausible, sur une plage de Gascogne. Par un effet de miroir, l'auteur nous montre que ces craintes qui sont celles des personnages sont aussi les nôtres. Que faire face à l'inexplicable ? Quelle explication à donner à ce qui nous échappe et qui est parfois au centre de nos vies ?
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En plus de posséder une belle couverture, ce 1er roman est bluffant !
Un huit clos, à la limite du fantastique, sur une île de l'Atlantique où un iceberg est venu s'échouer après une tempête. L'atmosphère très étrange et la tension nous tiennent en haleine jusqu'au dénouement. L'écriture est lumineuse, la nature omniprésente. L'histoire aborde le thème des relations humaines, de la filiation et du changement climatique et surtout pause la question de nos craintes face à l'irrationnel.
Une belle découverte !
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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
Incipit :
Le jour où l’iceberg s’échoua sur l’île, les cerisiers du verger étaient tous en fleur. Six d’entre eux avaient été couchés par la tempête durant la nuit. Leurs pétales maculaient le mur de la grange comme des confettis après un carnaval. En plus des jeunes arbres fruitiers, le vent avait abattu une cinquantaine d’arbres, dont une majorité de pins et de chênes-lièges.
Tortu était occupé à ramasser le bois mort qui jonchait les plages. Il longeait le rivage en remontant l’île vers le nord et constituait de grands tas de bois et de déchets divers au fur et à mesure de sa progression. Arrivé au pied de la corniche, il leva enfin les yeux et sa récolte lui glissa des mains.
L’iceberg était là.
Quelque chose monta dans sa gorge, un rire ou un cri, il n’aurait su dire, car cela mourut avant de franchir ses lèvres. Il jeta un regard vers la falaise, puis vers le large, sans savoir vraiment ce qu’il cherchait, et reposa les yeux sur la glace, n’arrivant pas à choisir entre détresse et fascination.
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Depuis lors, les chemins qu’il empruntait à travers la forêt et qui venaient longer de trop près la haute bâtisse de bois que son patron et désormais sa fille occupaient, avaient pris un tour nouveau. Une vibration qu’il aurait pu qualifier de « jaune or » s’était mise à courir le long des feuillages sur lesquels se découpaient les façades blanches de la villa. L’air aussi y avait muté, il était plus épais et plus sucré. Et quand le regard du gardien quittait la végétation pour scruter la fenêtre de la chambre du premier étage, il avait l’impression de respirer du miel.
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Elle ne pouvait s’empêcher de projeter les travers de l’humanité sur ce spectacle étrange. C’était une vieille habitude pour l’homme blanc que de jeter dans ses cales des êtres et des choses qui ne lui appartenaient pas.
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Si, à l’époque, on lui avait demandé de s’imaginer adulte, elle se serait vue plus épanouie. Elle avait attendu toute sa jeunesse d’être une femme indépendante et de vivre la vie qu’elle voulait, et, à présent, elle trouvait que l’âge adulte avait l’amertume d’une fin d’éclat de rire. C’est ce qu’elle se dit en se blottissant sur le vieux matelas du transat, les yeux mi-clos, observant Tortu exécuter sa chorégraphie répétitive.
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L’iceberg était un point d’interrogation monstrueux, échoué sur le rivage comme au bout d’une phrase.
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