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EAN : 9782368129531
336 pages
Charleston (05/03/2024)
  Existe en édition audio
4.64/5   739 notes
Résumé :
Depuis plus de vingt ans, Abigaëlle vit recluse dans un couvent en Bourgogne. Sa vie d'avant ? Elle l'a en grande partie oubliée. Elle est même incapable de se rappeler l'événement qui a fait basculer sa destinée et l'a poussée à se retirer du monde. De loin, elle observe la vie parisienne de Gabriel, son grand frère dont la brillante carrière d'artiste et l'imaginaire rempli de poésie sont encensés par la critique.
Mais le jour où il rencontre la lumineuse Z... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (174) Voir plus Ajouter une critique
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Partant du principe que le conseil particulièrement avisé de ce roman « fuir dès la première baffe, voire même plus tôt si possible » ne visait que les victimes de violences conjugales et non pas les fans de Marie Vareille, qui ont pourtant également pris l'habitude de se prendre de belles claques au fil de ses livres, j'ai donc entrepris la lecture de son dernier roman. Ayant lu les avis dithyrambiques de ceux qui étaient déjà passés par là, je savais pourtant que le risque de m'en prendre une belle serait bel et bien présent…

C'est donc en victime consentante et la joue déjà tendue que j'ai entamé la lecture. Et, en effet, le malaise s'installe très vite dès les premières pages… quelque chose ne tourne visiblement pas rond dans la famille d'Abigaëlle… pas grave, je continue. Un sentiment qui s'intensifie malheureusement au fil des pages, l'ambiance devenant de plus en plus sombre, voire presque insupportable quand ce sont des enfants qui racontent l'horreur. Muni d'une dernière allumette que j'hésite à craquer afin de faire disparaître cette noirceur de plus en plus opaque, je continue d'avancer, mais le doute s'est totalement estompé, Marie Vareille est en grande forme et je vais m'en prendre une très belle, voire plusieurs, il ne reste plus qu'à découvrir quand, car la fourbe tend des pièges et a l'art de me retourner le cerveau, rendant la suite imprévisible, m'obligeant à rester, impossible de fuir, je veux savoir…même si ça va faire mal !

Je ne veux pas trop vous en dévoiler sur ce récit qui aborde le thème des violences conjugales et domestiques à travers le regard de ses victimes. Alternant les points de vues et voyageant dans le temps à travers le journal intime d'Abigaëlle, Marie Vareille partage le traumatisme d'enfants meurtris, balayant leur innocence au fil des pages et révélant progressivement les conséquences sur le long terme de ces violences subies pendant l'enfance.

Malgré la noirceur de son récit, Marie Vareille maintient constamment une petite flamme qui nous réchauffe le coeur. Une allumette à craquer, offerte dès la couverture, une main tendue par un voisin attentif et courageux, un psychiatre plus dévoué que nécessaire, une aurore boréale en Suède et une bonne dose d'amour et d'amitié permettent au lecteur et aux personnages de conserver un brin d'espoir tout au long de la lecture.

Voilà c'est fait, j'ai pris une grosse claque et je referme ce roman avec des étoiles et une aurore boréale plein les yeux. Mon fils était à Kiruna il y a deux étés, j'ai vu les photos, c'est splendide ces aurores boréales… un peu comme les romans de Marie Vareille !
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Ce roman nous emmène à la rencontre d'Abigaëlle, une jeune femme qui s'est retirée dans un couvent en Bourgogne, il y a quelques années déjà. Rapidement, on comprend qu'elle est ici suite à un évènement traumatique que son esprit a oublié, ou peut-être enfoui. Depuis, elle doit vivre avec ses trous de mémoire. Gabriel, son frère, artiste reconnu, lui rend visite une fois par semaine, qu'il pleuve ou qu'il vente. Alors qu'elle a fait voeu de silence, lui parle beaucoup, de sa vie, de Zoé surtout. Mais Abigaëlle aimerait ne pas écouter, ne pas entendre ce qu'il a à dire, car elle seule sait quelle part d'ombre se cache derrière l'artiste.

La dernière allumette nous plonge dans la vie de ces personnages, alternant entre le présent et le passé, grâce à des extraits du journal intime d'Abigaëlle enfant. J'ai été incroyablement émue par la voix de cette jeune Abi, si fraîche, si innocente ! Grâce à ce journal, nous allons partager des moments importants de leur enfance, au sein d'une famille que l'on comprend vite dysfonctionnelle.

Abi a sept ans lorsque sa psychiatre, le docteur Hassan, l'incite à écrire ce qu'elle ressent dans des cahiers. Il faut dire qu'Abi est une petite fille particulièrement intelligente, le genre qui pense en arborescence. Ses paroles sont d'autant plus percutantes qu'à travers son regard d'enfant, sa situation familiale semble tout à fait ordinaire. Son papa est gentil, elle l'adore et il l'adore aussi, d'ailleurs, il aime clamer sa fierté au monde entier. Seulement voilà, son papa est violent avec sa maman, ce que notre regard d'adulte perçoit d'emblée. Derrière les mots, derrières les actes, entre les lignes, tout transpire la peur, la violence et l'emprise pour qui veut voir.

J'ai beaucoup aimé la belle relation entre Abi et son frère Gabriel, ensemble, envers et contre tout. Il la protège, la rassure, la pousse à avancer. Mais lui, qui va le protéger ? Elle semble pourtant consciente de "l'anormalité" de sa famille, ce qui l'incite plus tard à conclure un pacte avec son frère bien-aimé. Pour éviter de reproduire malgré eux cette violence, pour briser cette chaîne infernale, aucun des deux ne devra se marier ni avoir d'enfants. Mais Gabriel a rompu ce pacte le jour où il est tombé amoureux de la merveilleuse, si radieuse Zoé. Une situation qui va raviver les inquiétudes d'Abi, et l'exhorter à se souvenir de cet évènement qu'elle semble avoir oublié et qui doit à tout prix émerger des tréfonds de son cerveau.

Il y a un côté tellement tragique dans ce récit, dans la conscience de cette violence, dans la peur latente de devenir bourreau aussi bien que victime. On assiste à l'enchaînement presque fataliste qui prend forme sous nos yeux dans le présent, auquel s'ajoutent les passages du journal d'Abi, comme autant de coups portés au coeur.

Les séances dans le cabinet du docteur Garnier sont éclairantes. On y constate la réalité du quotidien de ces femmes battues, (mais rappelons qu'il y a aussi des hommes battus), qui subissent une emprise physique et psychologique tellement importante qu'elles ne peuvent s'extraire de cette situation, pas seules du moins, voire pas du tout. Malgré tout, elles éprouvent encore un fort sentiment d'amour envers leur conjoint, auquel se greffe le souvenir des débuts d'une relation idéale, idyllique même, conforme à tout ce dont elles rêvaient, jusqu'à cette première fois où... Abi elle-même semble ressentir ce tiraillement profond. Elle aime son père car il est aimant avec elle, et en même temps, elle est consciente qu'il fait du mal à sa mère. Mais l'un ne peut pas aller avec l'autre dans son esprit d'enfant.

Mais, si l'on se fie à la boîte, il reste encore une allumette pour apporter la lumière, et « la lumière, c'est la seule chose qui soigne la peur et la colère ».

La dernière allumette est une histoire qu'on ne veut pas lâcher et dont l'intrigue en filigrane m'a subjuguée de bout en bout, retournée même, c'est le cas de le dire. Cela fait maintenant plusieurs jours que j'ai terminé ce roman, et il ne cesse de se rappeler à moi. Je pense souvent à cette histoire, à ces merveilleux personnages, à cette thématique si difficile qui devrait éveiller encore plus largement les consciences. Je pense à Abi, beaucoup, non sans émotions, et j'aimerais de tout coeur vous inviter à la rencontrer ! Un livre merveilleusement écrit, beau et émouvant.

Mon avis sur la version audio : ❤️
Dans la version Audiolib, La dernière allumette est lu par deux narrateurs brillants, Caroline Tillette et Renaud Bertin. Abigaëlle étant au coeur de ce récit, Caroline Tillette en est la voix principale et je dois avouer qu'elle m'a subjuguée sur tous les plans. J'ai ressenti une émotion immense à l'entendre lire les extraits du journal d'Abi. Je me suis laissée porter par les mots de cette enfant, que je chérissais déjà. J'ai entendu sa candeur, sa bienveillance, j'ai souri à ses pensées d'enfant. J'en ai encore les larmes aux yeux rien que de réécouter l'extrait audio choisi par Audiolib. Et les émotions sont parfois si intenses, qu'il fallait bien la voix de Renaud Bertin pour m'en remettre. Ce qu'on entend dans le cabinet du docteur Garnier est très dur, mais l'intonation de Renaud Bertin m'a permis de prendre du recul, de calmer mes émois. Un duo absolument fantastique, et une narration qui apporte un supplément d'âme à ce magnifique texte de Marie Vareille. Une écoute coup de coeur, comme cela m'arrive quand le roman et l'interprétation sont en parfaite harmonie !

Roman lu dans le cadre du Prix Audiolib 2024.
Chronique détaillée sur le blog.
Caroline - le murmure des âmes livres
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« La dernière allumette », celle que vous gardez au fond de vos poches pourrait vous sauver des forêts sombres qui peuplent la bibliothèque de vos souvenirs à l'image d'Abigaëlle, narratrice du roman, qui vit recluse à l'abbaye Sainte-Marie-de-la-Saône à Genevigny. Depuis vingt-sept ans, elle a fait voeu de silence, mais cela ne l'empêche pas de parler de ses jeunes années auprès de son frère Gabriel, et de ses parents. Entre un récit « au présent » et ses mémoires de jeunesse consignées dans de nombreux carnets, elle livre ses pensées de petite fille, et observe l'existence de son frère « de loin ». Parallèlement, les différents récits sont entrecoupés de secrets livrés dans le cabinet du Docteur Garnier, dans lequel une jeune femme s'épanche et avoue les difficultés de son quotidien.

« Gabriel n'est pas celui que vous croyez. », incipit de « La dernière allumette ». C'est ainsi que s'exprime Abigaëlle au temps présent, elle qui s'ennuie tant au sein des religieuses qui évoluent en ce lieu. Elle se souvient de ce jour tragique, un enterrement. Qui réside à l'intérieur de ce cercueil ? Quelle tragédie est venue frapper le petit village de Genevigny ? Abi ne s'en souvient pas, mais dans ses carnets qui débutent en 1990, elle a 7 ans. Sur conseil de son psy, le docteur Hassan, elle couche ses pensées sur le papier pour « aider à ranger son cerveau », et aussi parce que ces carnets représentent son intimité, « parce que personne a le droit de lire ». Ses mots d'enfants sont touchants. Elle parle de son QI, « Le cui, ça veut dire que je suis une petite fille très intelligente », de ses difficultés à l'école, de sa maison et du grand vitrail du premier étage qu'elle associe à « du lard moderne ». À travers ses diverses réflexions, elle évoque sa famille. Son frère Gabriel, 10 ans, qui « met des torgnoles », sa mère « Maman est une fée. Même Papa le dit : c'est la fée Néante. », aide-soignante qui n'exerce plus son métier, car faudrait pas « (…) qu'elle en profite pour faire sa pute avec les médecins de garde. », son père « Il est super intelligent, mon Papa. Lui, il travaille en tant que personne dans un bureau. », le docteur Hassan que son père surnomme « Un Charlatan de psy ».

Lentement, le lecteur adulte sent que dans la famille Lemonnier, il se passe des choses pas très nettes et qu'Abi ne peut qu'appréhender les événements comme une enfant. le docteur Hassan l'aide à mettre de l'ordre dans ses idées tout en cherchant à savoir réellement ce qui se passe derrière les portes closes de sa maison « Quand mon cerveau a pas envie de comprendre quelque chose, il le cache très profond dans ma tête et c'est comme si j'avais tout oublié. C'est la mnésie à cause des tresses trop matiques. » Parfois, la vérité est difficile à formuler, parfois on la dissimule volontairement pour ne pas affecter son entourage, parfois on protège les autres en pensant que c'est nécessaire pour l'équilibre de tous. Où est la vérité ? Où est le mensonge ? Comment faire la différence entre les deux ? « Le docteur Hassan dit : ce n'est pas si compliqué, la vérité, ce sont les faits.

La vérité, ce sont les faits.

La vérité, ce sont les faits.

La vérité, ce sont les fées.

Ma maman est une fée, elle dit que tout va bien. de pas s'inquiéter.

L'essentiel, c'est de s'aimer. Mais parfois elle dit aussi : ça va mal se terminer. »

Dans le présent de « La dernière allumette », il est beaucoup question de Gabriel, ce frère devenu illustrateur et créateur d'une série de livres pour enfants dont le dernier opus « Les tragiques Mésaventures d'Abi Colibri » va bientôt paraître. C'est d'ailleurs à l'occasion d'une dédicace que Gabriel va rencontrer Zoé Boisjoli, une jeune femme solaire. « Dans la nuit froide qui habitait mon frère, Zoé venait de craquer une allumette. » Zoé est tout l'inverse de Gabriel. Telle une magicienne, elle transforme tout ce qu'elle touche en lumière. « Pourtant, la fée qui s'est penchée sur son berceau lui a donné un talent rare et inestimable dont ses interlocuteurs ne prennent conscience qu'après quelques minutes de discussion et qui a pris Gabriel par surprise : Zoé, depuis toute petite, maîtrise à la perfection l'art de la joie. »Pour Gabriel, si ténébreux, si impénétrable, secret, pétri de crises d'angoisse et de névroses, l'éclatante Zoé est un cadeau tombé du ciel. Mais Abi s'inquiète… quelque chose au fond de son coeur ne la laisse pas tranquille, sa mémoire lui fait défaut, son grand frère lui donne des soucis, le danger rôde sans qu'elle sache réellement pourquoi. « Mon cerveau est la plus grande bibliothèque du monde. Des étagères, à l'infini, chacune aussi haute que la voûte céleste. Vouloir saisir un souvenir, c'est chercher un livre précis dans cette immensité. » Marie Vareille joue alors avec les temps et les espaces, brouille les pistes en insérant des passages dans un cabinet de médecin où la jeune femme qu'il reçoit en consultation livre des faits et des non-dits qu'il faut décrypter.

En refermant « La dernière allumette », j'ai été dans un état proche de la sidération. Comme si, une étrangère avait mis des mots sur un vécu beaucoup trop tenace que je m'efforce, depuis tant d'années à oublier. La construction imaginée par Marie Vareille contribue largement à cette sensation de secousse psychologique. La façon dont elle s'y prend pour distiller les secrets, approcher les personnages en plongeant le lecteur dans le passé et les mots d'une petite fille face au présent, d'un combattant qui bataille d'abord contre ses propres démons est assez exceptionnelle. Je pense par exemple aux « torgnoles », à ceux qui affirment qu'Abi est « père-turbée », qui ne prennent véritablement leurs sens à la toute fin. En opposant l'ombrageux Gabriel à la lumineuse Zoé, elle m'a mise à terre. En expliquant à quoi correspond le tatouage de Gabriel, elle m'a crevé le coeur. En m'autorisant à entrer dans le cabinet du docteur Garnier, elle a attisé ma rage, profonde, omniprésente, lancinante et pourtant vieille d'au moins quarante années…

« La bibliothèque des souvenirs » est un cadeau bien empoisonné. le pacte que l'on fait avec soi-même face à l'enfant qu'on a été et la femme ou l'homme que l'on deviendra est bien lourd à porter, il nécessite une vigilance de tous les instants. Méfions-nous tous de l'ADN et des schémas si faciles à reproduire. N'oublions pas que l'enfance est le socle de toute construction et que lorsqu'il est bancal, abîmé, brisé, absolument rien ne peut le réparer quand on se barricade derrière son passé.

Marie Vareille dit des choses extrêmement justes et fondées sur la violence familiale en décortiquant le fonctionnement de ce cercle vicieux sous plusieurs angles. Pour ceux qui y sont confrontés : « La violence et la peur, ça reprogramme le cerveau ; même quand c'est fini, ça laisse des séquelles terribles. » Ceux qui l'ont vécue savent l'impossibilité devenue fondamentale de se faire tout petit, inexistant, transparent : « Nous avons été ces enfants funambules. Toujours en équilibre, toujours terrifiés à l'idée de la chute. le pire, c'était l'attente, parce qu'au fond, nous savions que le calme ne durerait pas. » Une enfance passée sur le qui-vive en attendant que ça explose, que ça se calme, que ça recommence encore. L'enfant qui a vécu dans une famille où la violence fait loi développe un sixième sens que vous n'imaginez pas. Non seulement il sent quand le vent va tourner, mais il sait aussi reconnaître les signes chez ceux qu'il côtoie : les yeux terrifiés qui se cherchent, les respirations qui se contiennent, les corps qui se recroquevillent. L'état de veille permanent est fort bien développé dans « La dernière allumette », de même que le mode survie enclenché dès la première gifle. L'image trouvée par Marie Vareille du « funambule » est d'une acuité rare et d'une lucidité saisissante.

Une telle enfance laisse des bleus que l'on ne voit pas, des séquelles que l'on n'imagine pas, un sentiment d'insécurité permanent présent une vie durant. « Mais j'avais oublié qu'on ne peut se sentir en sécurité nulle part, quand on a passé son enfance à être terrifié par ceux qui auraient dû nous protéger. »

« Les gens comme moi, ils reviennent de l'enfance aussi détruits que s'ils revenaient de la guerre. On devrait être contents d'en être sortis vivants, et c'est vrai, il y a des moments où ça va, où on est presque heureux. Mais certains jours, les séquelles sont tellement lourdes à porter qu'on regrette de ne pas être mort au combat avec ceux qui n'en sont pas revenus. » Je pleure sur ces vies meurtries, ces enfances soufflées, ces vies d'adulte contusionnées, cette recherche permanente de sécurité qui ne sera jamais assez, ces nuits à se réveiller en sursaut pour se souvenir qu'il n'est plus là et ne peut plus nous atteindre, ces colères inexpliquées qui montent, mais ne doivent pas exploser face aux enfants, ces câlins qu'il est si difficile de donner, ces « je t'aime » que l'on dit trop parce qu'on n'en a pas eu soi-même. Je pleure pour tous ces enfants désemparés qui hésitent entre dire et se taire, pour ceux qui se construisent des ailes pour s'envoler, pour ceux qui voudraient craquer « La dernière allumette ».

Toi l'enfant funambule, je te serre fort contre mon coeur. Toi seul sais à quel point « La dernière allumette » de Marie Vareille est une lumière dans l'obscurité. Comprendre les mécanismes, écouter les voix, accepter de baisser la garde pour faire entrer la lumière, ce sont de premiers pas vers l'apaisement. La quête de toute une vie, un combat quotidien entre l'enfant qu'on a été et l'adulte que l'on devient, une vigilance accrue qui ne disparaît jamais complètement.

« La dernière allumette » n'est pas juste un roman, c'est un phare dans les ténèbres de l'enfance saccagée.

Le roman des funambules…

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Quel plaisir de retrouver cette autrice, dont je n'ai lu que peu de livres (seulement « La vie rêvée des chaussettes orphelines » et « Ainsi gèlent les bulles de savon ») malgré son succès constant et ses sorties régulières, mais ce sont des livres que j'ai chaque fois beaucoup aimés : j'ai mis à tous deux une note de 18/20, ce qui est quand même « rare » selon mes propres critères. Avec elle, je rejoins la foule des notes dithyrambiques que ramasse chaque nouvelle parution sans fausse honte, moi qui suis en général plutôt réticente à ces livres à succès (ces fameux best-sellers), mais ici elle a su me convaincre deux fois déjà !
Peut-être parce que, à travers ces romans contemporains teintés quelque peu de ce label feel-good (même si ce n'est pas évident, du tout, dans cet opus-ci) qui d'habitude m'irrite d'avance, Marie Vareille aborde des sujets graves, sans oublier de raconter une vraie histoire, avec des ressorts romanesques parfaitement maîtrisés et une langue enchanteresse.

Je pourrais arrêter là mon commentaire, pourrait-on penser… Mais je dois bien avouer que, pour au moins une raison (j'y viens), ce roman-ci m'a un tout petit peu moins convaincue que les deux précédents que j'ai lus, mais rassurez-vous : je l'ai quand même énormément apprécié ! Et j'en profite pour remercier une fois encore Lirtuel, cette bibliothèque belge francophone en ligne, que j'ai déjà plusieurs fois mentionnée, qui propose des nouveautés de façon très régulière – et, pour le coup, j'ai eu la « chance » de tomber dessus avant que le livre ne soit emprunté et préréservé par 1.000 autres lecteurs avant moi !

Ainsi donc, l'autrice reprend ici le schéma d'un roman choral, en jouant sur les formes (même s'il y a peu de changements typographiques, l'éditeur a fait un effort minimal à ce sujet) et sur les temporalités. À travers tout cela, elle aborde le sujet grave des violences conjugales au sein d'une famille, avec la particularité (si l'on peut dire) que, au lieu de se centrer sur la femme battue (même si elle n'est pas oubliée), « sujet » qui ne devrait -hélas !- pas être d'actualité mais déjà traité dans plusieurs livres et autres films ou séries télévisées, elle développe bien davantage le biais des enfants, et insiste sur cette statistique terrible : 3 enfants sur 4 issu d'un tel ménage reproduiront à leur tour le même modèle, que ce soit en victime ou en bourreau.

C'est ainsi qu'on découvre les carnets d'Abigaëlle, alors âgée de 7 ans, protégée de son père violent (envers la mère seulement, mais c'est déjà trop évidemment) par son grand frère Gabriel. Abigaëlle a été diagnostiquée enfant surdouée ; elle raconte son quotidien à travers sa propre vision des choses, extrêmement lucide et pourtant tronquée, ce qui n'en est que plus glaçant.
On a les entretiens d'un psy vieillissant, qui accepte une dernière patiente alors qu'il s'était promis de mettre peu à peu fin à sa carrière, mais la détresse de cette dernière l'a touché.
On a Abigaëlle « maintenant » : recluse dans un couvent en Bourgogne, et vouée au silence. C'est là que Gabriel va la voir une fois toutes les deux semaines, et lui raconte sa vie d'adulte : sa vie d'artiste, lui qui écrit et illustre des histoires pour les enfants avec une petite héroïne nommée Abi, le dessin étant la seule façon qu'il ait jamais trouvé d'exprimer sa propre détresse ; c'est aussi sa rencontre avec Zoé notamment – bref, toute une vie qu'Abigaëlle raconte à son tour au lecteur, à nouveau de façon quelque peu tronquée par la force des choses, et entrecoupée de sa passion pour les allumettes et ses troubles de mémoire.

C'est là ce qui m'a le plus gênée dans l'histoire : on ne sait pas pourquoi Abigaëlle est enfermée dans ce couvent, comment elle s'y est retrouvée, ce qu'elle y fait exactement, etc. Or, si une partie de ces questions vont trouver leur réponse dans un coup de théâtre vers la fin du livre, certaines demeurent (à mon sens) en suspens. Ce n'est pas bien grave en soi, sauf que, par-dessus tout, je n'ai pas compris l'histoire de cette passion pour les allumettes… Oh ! certes, je connais la symbolique de la (petite) lumière qui luit dans les ténèbres malgré tout, et que Marie Vareille développe dans un chapitre un peu « à part », où elle sort carrément de son histoire pour célébrer toutes ces mains tendues (souvent anonymes et/ou discrètes) envers les victimes de violences conjugales, mais justement : c'est un peu trop « bateau », avec une petite connotation un peu trop religieuse peut-être aussi, que l'autrice s'emploie pourtant elle-même à dénoncer, notamment quand il s'agit du pardon… un pardon qui ne peut être accordé aux hommes violents ! Je suis passée à côté de cette symbolique un peu trop facile pour le coup, et c'est bien dommage car c'est quand même ça qui fait le titre du livre.

Pour le reste, comme je disais plus haut, j'ai été conquise par l'écriture de l'autrice. Pour les parties du carnet d'Abigaëlle petite, par exemple, le langage d'une petite fille surdouée est particulièrement bien rendu. Je dis ça sans rien y connaître, certes, mais en tout cas ça sonne « juste » et vrai, et c'est tout ce qu'on demande. Chapeau bas pour les torgnoles, aussi ! (smiley)
On a compris que Abigaëlle « maintenant » m'a plus intriguée que réellement touchée, mais on peut reconnaître que cette façon qu'elle a de raconter les événements à la façon d'un narrateur omniscient, alors qu'elle est consciente qu'elle n'a qu'une vision partielle de l'histoire, celle que lui livre Gabriel au fil de ses visites, c'est particulièrement réussi là aussi, malgré un côté que j'ai parfois trouvé un peu brouillon – mais je ne peux m'empêcher de penser que c'est délibéré, justement !
Par ailleurs, j'ai été sonnée par le twist (presque) final : je suis tombée dans le panneau, comme tant d'autres lecteurs j'imagine, pourtant tous les éléments étaient là dès le début pour amener cette révélation, mais l'autrice joue tellement bien sur les mots et sur les situations, avec une grande subtilité, que je n'avais rien vu venir !

Ce n'est donc pas le meilleur des (rares) livres qui j'aie lus de cette autrice, ce qui ne l'empêche pas d'être une nouvelle valeur sûre! J'en retiens surtout la grande maîtrise de la langue et des ressorts narratifs, qui mènent le lecteur là où l'autrice veut avec brio, à travers les diverses voix et temporalités de ce roman choral, qui aborde de façon délicate et juste le sujet terrible des violences conjugales et ses répercussions sur les enfants.
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C'est quoi un livre qui bouleverse, qui "tourneboule" ? 😉
C'est un livre qui peut faire pleurer, c'est un livre qui fait se poser des questions sur soi, ou en général, c'est un livre qui fait se rappeler, revivre des moments de vie, c'est un livre qui accompagne pour longtemps. Entre autres.
Alors oui, La dernière allumette est un livre qui m'a bouleversée !

L'autrice, Marie Vareille dit que lorsqu'on lit, il faut qu'on vive l'histoire, pas seulement qu'on nous la raconte.
J'ai vibré, j'ai pleuré, j'ai eu peur, j'ai été en colère, j'ai eu mal, j'ai ressenti beaucoup de choses, elle m'a complètement embarquée, donc c'est réussi, j'ai vécu pleinement l'histoire !

Et pour une fois, avant de vous la raconter, je commence par la forme.

Le livre audio :

Les amis, il est temps de vous mettre au livre audio, si vous ne connaissez pas déjà !
Avec les deux narrateurs, j'ai passé un moment exquis d'écoute, pour le Prix du Jury Audiolib 2024.

Caroline Tillette a essentiellement incarné Abigaëlle, l'héroïne, aussi bien toute jeune, entre 7 et 12 ans, que racontant la vie actuelle de son frère Gabriel et de sa femme Zoé.
Au-delà de sa voix douce et claire, qui n'est pas sans me rappeler Mathilde de Petit BamBou (!), ça a dû être une gageure de jouer une petite fille, avec une diction particulière, à plusieurs reprises.

Renaud Bertin, la cinquantaine bien assise, a pris la place d'un psy et de sa patiente. Oui, les hommes peuvent incarner des femmes et vice versa, et le font avec brio. Une voix mature, rassurante, déliée et qu'on attend d'un psychiatre ! 😀

Je les remercie pour ce travail d'incarnation de tous les personnages du roman.

L'histoire :

"Nous vivions sous la menace permanente de la colère de Papa."

Il est rare que je bute sur un résumé, mais cela va me demander un gros effort cette fois-ci, pour ne pas trop en dire.😉

Pour poser les bases, Abigaëlle et Gabriel sont frère et soeur. Leurs parents ne s'entendent pas, le père est très violent à l'égard de leur mère et la frappe. Tout part de là.

Au début du roman on assiste à un enterrement, mais on ne sait pas qui est mort, et Abigaëlle qui va nous raconter l'histoire, nous prévient, elle a tendance à mentir, et elle ne se souvient pas de tout ...

Comme je vous le disais ci-dessus en vous parlant de la narratrice, nous suivrons Abigaëlle via son journal intime de petite fille, démarré en 1990, puis Abigaëlle de nos jours, 27 ans après l'enterrement, depuis un couvent en Bourgogne, où elle se trouve. Elle y fait voeu de silence, mais nous narre, juste pour nous, l'histoire de son frère Gabriel.

L'héroïne nous raconte sa vie de petite fille stressée en permanence par les disputes des parents, s'inquiète beaucoup pour son frère de 4 ans plus âgé qu'elle, qui tente de protéger leur mère et de s'interposer entre leurs parents, et bien évidemment de prendre soin de sa petite soeur.

Il se trouve que cette fillette est aujourd'hui ce qu'on appellerait une sur-efficiente, avec une pensée en arborescence, et 100 idées à la seconde ! Elle a du mal à se faire accepter à l'école, elle n'a pas d'amis, elle ne connaît donc que son cercle familial.
Et comme souvent dans les conflits familiaux violents, l'homme éloigne sa femme de la famille et des amis.
Tout le monde est très seul, dans ce roman.

On suit Gabriel à l'âge adulte, écrivain et dessinateur formidable, et amoureux de Zoé, une jeune femme qui est la joie de vivre incarnée !

Il a, tatoué sur son bras "3/4", pour se rappeler en permanence la terrible statistique : 3 enfants sur 4 qui ont vécu dans un foyer violent, deviennent soit bourreaux soit victimes !

Dans cette terrible statistique j'y vois aussi une violence sans fin qui d'une génération à l'autre ne s'éteindra jamais...

Et Abigaëlle de s'inquiéter de ce que son frère peut devenir en tant qu'adulte, et de ce que Zoé devrait savoir sur l'enfance de son amoureux...

C'est un roman qui parle essentiellement de la violence faite à l'égard des femmes, au sein des couples, et on comprendra toute la mécanique et la mise en oeuvre de cette violence, grâce au personnage d'un psy, le Dr Garnier, qui reçoit une patiente, et tente par tous les moyens de lui faire admettre qu'elle est une femme battue... et de lui faire quitter son mari, avant qu'il ne soit trop tard !

L'alternance de plusieurs narrations apporte un bon dynamisme au roman.

Les personnages :

Je suis fan absolue de la petite Abigaëlle, j'ai trouvé que l'autrice lui avait prêté vie de façon magnifique. Ce ne doit pas être facile de se mettre à la place d'une petite fille de 7 ou 10 ans.
C'est une môme adorable, sensible, qui a beaucoup de courage, aimante, un beau personnage. Elle aime brûler des allumettes juste pour la clarté que cela procure ! 🔥

J'apprécie son frère Gabriel avec toutes ses failles, qui refuse d'avoir des enfants, pour ne pas reproduire le schéma familial.
Étant l'aîné, il a subi d'une autre façon les agressions verbales et corporelles de son père à l'égard de sa mère, et a développé un stress post-traumatique.

J'aime énormément Zoé qui est la vie même, lumineuse, joyeuse, une très belle personne voyant toujours le bon côté des choses. Et qui tente de cerner et de comprendre sans cesse son mari.

On fera également connaissance au bout d'un moment avec Aline sa grande soeur, Jean-Baptiste son mari, et leurs quatre enfants. Une famille parfaite, un peu comme dans les catalogues ou les films...

A vous de jouer !

Voilà je ne pourrai pas tellement aller plus avant, sans vous en dire trop. C'est un roman très humain, qui vous emportera, et qui vous surprendra énormément ! Marie Vareilles a l'art de retourner les situations.

A la fin, vous pourrez écouter une interview de l'autrice, j'aime quand Audiolib propose cela, c'est toujours intéressant d'en savoir plus sur les coulisses d'un roman.
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S'il y a une chose que j'en ai retenue, c'est que tout le monde souffre un jour où l'autre, c'est inévitable.
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Moi, j ai grandi dans une famille catholique, on m à toujours présenté le pardon comme l acte ultime d'humanité. Les gens forts, les gens bons, pardonnent. La première gifle, elle finit par arriver parce qu'on a trop pardonné, et trop pardonner, parfois, c est donner l autorisation de recommencer, voire de faire pire. C est donner l'autorisation d être... d être maltraitée.
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Largue ce con, trouve-toi plutôt un mec gentil, c'est la seule qualité qui compte chez un mec, qu'il soit gentil.
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Le sourire de Zoé a crucifié Gabriel sur place.
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Le problème des mensonges, c'est qu'ils finissent toujours par avoir des conséquences.
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Vidéo de Marie Vareille
Extrait du livre audio « La Dernière Allumette » de Marie Vareille lu par Caroline Tillette et Renaud Bertin. Parution numérique le 5 mars 2024 et CD le 13 mars.
En savoir plus : https://www.audiolib.fr/livre/la-derniere-allumette-9791035415396/
Acheter le CD : https://boutique.audiolib.fr/produit/3629/9791035415396/la-derniere-allumette
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