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EAN : 9782070134892
384 pages
Gallimard (22/09/2011)
4.4/5   5 notes
Résumé :
Phnom Penh, mars 2009. Kaing Guek Eav, plus connu sous le nom de Douch, responsable de la torture et de la mort de plus de 12 000 victimes à la prison de Tuol Sleng (S-21), est seul derrière une vitre insonorisée : seul face à la justice internationale, seul face aux familles de ses victimes, seul peut-être plus que tout face à lui-même, à l’étendue d’un crime impossible à sonder, impossible à pardonner. Le maître des aveux est une saisissante évocation de son desti... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Thierry Cruvellier est un journaliste spécialisé dans les Procès de Crimes contre l'Humanité et Génocides à travers le monde. En tant qu'unique journaliste Français à avoir participé au Procès, l'auteur nous fait donc pénétrer au coeur du Procès de l'un des responsables et tortionnaires du régime Totalitaire Communiste Khmer Rouge au Cambodge, qui s'est déroulé en 2009, celui de : Kaing Guek Eav, surnommé « Douch ».
Le Procès de Douch est le premier Procès International concernant les Crimes de masse du système Totalitaire Communiste Mondial, d'où son importance considérable pour L Histoire.
En effet, comme le fait très justement remarquer Thierry Cruvellier, curieusement les Juristes Internationaux et les militants des Droits de l'Homme ont une tendance naturelle à pourfendre essentiellement les Crimes caractérisés : de Nationalisme, de xénophobie et de discrimination raciale…, mais jamais ceux sous l'effigie du Communisme.

Les Khmers Rouges sont donc responsables du Génocide, entre le 17 avril 1975 et 1979, d'environ 1 700 000 Cambodgiens sur une population à l'époque, de 8 000 000 d'habitants !
Dans ce Procès de Justice Internationale, Douch, lui, est condamné pour avoir été le Directeur du Centre de torture et d'extermination S-21 de Tuol Sleng (l'ancien lycée Pohnea Yat, transformé pour cet horrible usage), qui a ouvert le 15 août 1975, mais également du champ d'extermination de Choeung Ek, ainsi que du Centre de « rééducation » S-24. Lors de ce Procès, il est donc jugé pour avoir organisé : les interrogatoires, tortures et exécutions de 12 300 (chiffre avéré à ce jour) personnes et probablement plus, le chiffre évoqué allant jusqu'à 15 000 victimes. Sur ce décompte effroyable, seules 7 victimes survécurent aux salles de tortures et champ d'exécution du bourreau de masse, Douch. Parmi les 7 survivants de S-21, 3 seulement sont encore vivants et témoignent au Procès. Il s'agit de Bou Meng, Vann Nath et Chum Mey.
Mais, dépassant le cadre de ce Procès, Douch reconnaît également avoir été le superviseur du camp d'extermination Khmer Rouge M-13 entre 1971 et 1975. le camp M-13 fut effectivement le « laboratoire » qui permit d'élaborer l'organisation du Centre S-21. D'ailleurs, le personnel de M-13 fut transféré à S-21. le seul survivant du camp M-13 et donc l'unique témoin est François Bizotle Portail et le silence du bourreau, qui connaît parfaitement la psychologie de Douch, pour avoir ferraillé intellectuellement avec lui, lors de sa détention.
Avoir libéré François Bizot fut une « erreur de jeunesse » dans la carrière de Douch, car aujourd'hui il témoigne contre lui et, qui plus est, avec un talent narratif et d'analyse exceptionnels (pages 198 et 199) :

« – Je dois dire que ma rencontre avec Douch a marqué mon destin et toute ma réflexion et tout ce que je suis aujourd'hui, pour une raison simple et tragique : c'est que je dois m'arranger moi-même par rapport à une donnée double, celle d'un homme qui a été le vecteur, le bras d'une tuerie étatisée – et je ne peux pas imaginer me mettre aujourd'hui à sa place avec, en moi-même, autant d'horreurs perpétrées – et, d'autre part, le souvenir que j'ai d'un jeune homme qui avait engagé sa vie pour une cause, un objectif qui s'appuyait sur l'idée que le crime n'était pas seulement légitime mais qu'il était méritoire. Je ne sais pas quoi faire de cela, monsieur le juge. Mon existence m'a amené à côtoyer intimement l'un et l'autre et je ne peux pas me débarrasser de cette idée que ce qui a été perpétré par Douch aurait pu l'être par un autre et qu'en essayant de le comprendre il ne s'agit pas un seul instant de minimiser la portée, la profondeur, l'abomination de son crime. Ce crime, qui est le sien – c'est là ou les choses sont particulièrement difficiles pour moi -, j'ai senti que c'était celui d'un homme et que, pour en mesurer l'abomination, il ne fallait certainement pas faire de Douch un monstre à part, mais réhabiliter en lui ou plutôt reconnaître en lui cette humanité qui est la sienne, comme la nôtre, et qui, manifestement, n'a pas été un obstacle aux tueries. Je crains, malheureusement, qu'on n'ait une compréhension plus effrayante du bourreau quand on prend sa mesure humaine. C'est cette prise de conscience des caractéristiques de l'ambiguïté de cette humanité qui cause mon drame aujourd'hui, monsieur le juge. »

Et l'historien David Chandler précise en donnant son point de vue, d'une dureté tragiquement réaliste sur la Nature Humaine (page 202) :

« Notre capacité à commettre le mal est plus grande que celle de faire le bien. Cela ne disculpe pas ceux qui ont tué. Mais j'aimerais éviter… je n'aime pas ceux qui disent : regardez ces méchants là-bas ! Nous, nous ne saurions faire cela, jamais !
Je ne veux pas dire que ce qui s'est passé à S-21 a été perpétré par une espèce différente d'hommes. Je pense que, dans certaines circonstances, que je me réjouis de ne pas avoir rencontrées dans ma vie, presque n'importe qui peut être amené à commettre ce genre de choses. C'est la face sombre de chacun d'entre nous. »

Douch reconnaît donc dans ce Génocide Cambodgien, l'évidente responsabilité du Parti Communiste du « Kampuchéa Démocratique » ou l'Angkar, dirigé par le « Frère n°1 », plus connu sous le terrifiant pseudonyme de : Pol Pot.
(Il est nécessaire de préciser, qu'introduire le terme « Démocratique » dans l'intitulé d'un régime Totalitaire Communiste, cela fait partie intégrante de la panoplie propagandiste et mensongère ainsi que de la gigantesque mystification opérée à l'échelle mondiale, depuis presque un siècle, par le système Totalitaire Communiste).
A partir de son arrestation le 8 mai 1999, Douch fut confronté à l'imposant stock d'Archives qu'il omit probablement de brûler, dans la précipitation de sa fuite lors de l'invasion Vietnamienne de Phnom Penh, le 7 janvier 1979. Douch n'a alors plus d'autre choix que de faire face à ses propres preuves accablantes (contenant : 6147 clichés, 4186 comptes-rendus d'interrogatoires, et 6226 fiches biographiques), s'auto-incriminant ainsi, bien involontairement.
En revanche, tout au long du Procès et malgré les témoignages, notamment de François Bizot et de ses subordonnés-tortionnaires (qu'il avait lui-même formés aux « techniques » d'interrogatoire et de torture), Douch nie indéfectiblement avoir assassiné qui que ce soit, de ses propres mains. Affirmation, qui dans ce monstrueux contexte de Crimes de masse, semble relever de l'ineptie la plus totale, ainsi que d'une insulte monumentale envers la Mémoire de ses victimes et des familles.
Il s'agit là de l'un des grands paradoxes de ce personnage : d'un côté, il avoue sa totale responsabilité dans l'organisation de ce Crime de masse, et dans le même temps, il refuse de se montrer en tant que criminel individuel. Un « cas d'école » qui restera certainement un sujet d'étude pour des générations de psychologues…

Thierry Cruvellier décrit minutieusement le caractère de Douch : après avoir été professeur de mathématiques, Douch s'engagea corps et âme pour l'Idéologie Totalitaire Communiste Marxiste-Léniniste, et prêta serment devant le Parti Communiste du « Kampuchéa Démocratique ». Comme il était consciencieux voire méticuleux, travailleur, résolu, très organisé…, il mit ses qualités au profit de l'infâme régime Khmer Rouge.

Tragiquement, il consacra donc toute cette conviction Idéologique, cette détermination et ce zèle à l'extermination des imaginaires « ennemis de classe ».
Lors du Procès, il fait preuve d'une froide lucidité, d'une pleine conscience de ses actes criminels et barbares. Il est la plupart du temps particulièrement coopératif, lors des débats. Durant toute la durée du Procès, sa profonde connaissance de la psychologie humaine (en tant qu'interrogateur lui-même et « formateur » d'interrogateurs-tortionnaires), lui permet même par moment de mener les débats suivant son bon vouloir.
Mais lorsqu'il passe sa main sur son visage, c'est le signe indéfectible qu'il est perturbé par une question ou que sa honte extrême ressurgit, et il sombre alors immanquablement dans le mutisme.
Il est extrêmement rare dans un Procès jugeant des Crimes d'une telle ampleur, qu'un bourreau reconnaisse sa totale responsabilité, ainsi que la nature intrinsèquement criminogène de l'Idéologie qu'il servait avec ferveur.

Lors de son témoignage, le survivant Bou Meng exprime le fait que, dès que des prisonniers rentraient dans l'enceinte de S-21, ils étaient immédiatement et totalement déshumanisés, ils n'étaient plus, dès lors, considérés comme des êtres humains, mais étaient : « traités plus bas que des cochons ou des chiens ».
Les détenus vivaient quasiment nus munis d'une simple culotte, ils étaient couverts de poux et d'infections cutanées et étaient continuellement tenaillés par la faim. Vann Nath déclare, lui, qu'ils ont été jusqu'à 65 co-détenus dans sa cellule (pages 35 et 36) :

« allongés par terre en rangs, les chevilles entravées par une longue tige en métal. En un mois, il en a vu quatre mourir à l'intérieur de la pièce. »

Lorsque les subordonnés-tortionnaires de Douch témoignent, il plane alors dans le Tribunal, un climat malsain. Climat malsain contre lequel s'insurge alors le juge Lavergne, fustigeant le fait que les bourreaux-complices de Douch s'étaient installés dans un ignominieux fonctionnement quasi « bureaucratique » de la mort et dans une sorte de résignation de la « banalité du mal ».
Les principales méthodes de torture servant à faire avouer n'importe quoi aux prisonniers, étaient les suivantes :
– La flagellation à coups de bâtons ou de fouets ;
– Des décharges électriques ;
– L'arrachement des ongles des mains et des pieds ou l'insertion d'épingles sous les ongles ;
– L'utilisation de sacs plastiques engendrant la suffocation ;
– L'introduction forcée d'eau dans les narines ;
– Faire avaler de force plusieurs cuillerées d'excréments et faire boire de l'urine ;
– Recevoir une douche froide avant d'être assis devant un ventilateur, « pour causer la fièvre », précise Douch ;
– Forcer à rendre hommage à une image de chien ayant le visage de l'ennemi, de même que s'agenouiller devant un objet « que seul un être méprisable puisse honorer » ;
– Etc..

La véritable obsession des Khmers Rouges était de faire avouer n'importe quoi aux victimes. Les tortionnaires avaient donc comme mission de faire avouer aux prisonniers, qu'ils appartenaient soi-disant à des réseaux « ennemis », comme le K.G.B. ou la C.I.A..
Pourquoi le K.G.B. Soviétique ? Parce qu'à cette époque, il existait des tensions entre le Chine et l'U.R.S.S., et comme les Khmers Rouges se revendiquaient plus spécifiquement du dogme Marxiste-Léniniste d'aspiration Maoïste, alors la Police Politique du K.G.B. tombait mécaniquement dans le camp de l' »ennemi ».
Car il faut bien considérer que la primitive Idéologie Totalitaire Communiste réelle fut fondée, dès Octobre 1917 sous Lénine, Trotski et Staline, sur le manichéen principe du binôme antagoniste : « ami, ennemi ».

Le juge Lavergne tente alors d'éclairer le Tribunal sur ce que pensait Douch, concernant les faux aveux extorqués sous la torture (pages 79 et 80) :

« – le but des violences était-il d'obtenir des aveux conformes à la vérité ou conformes à ce qu'on vous demandait ? Interroge le juge Lavergne.
– Je n'ai jamais cru que les aveux disaient la vérité. Au mieux, quarante pour cent sont vrais. Quant à ceux dénoncés dans les aveux, seulement vingt pour cent sont vrais. Il n'y a pas de suivi scientifique des aveux. Il n'y a pas de méthode scientifique pour garantir leur vérité.
Les statistiques de l'ancien professeur de mathématiques varient. Un autre jour, il déclare que seulement vingt pour cents des aveux reflétaient la vérité, dans le meilleur des cas, et dix pour cent en ce qui concerne les dénonciations. Même aujourd'hui, même en sachant ces aveux si spécieux, même en mesurant leur nature parodique, Douch a besoin d'évaluer leur valeur. Leur conserver une part de sens – quarante pour cent, vingt pour cent, dix pour cent, qu'importe – est vital. Mais il reconnaît ceci :
– Je n'ai jamais considéré que c'était la vérité. Même le comité permanent du Parti n'y croyait pas totalement. Il s'agissait d'éliminer des gens qui représentaient des obstacles.
Dénoncer les complices est essentiel : il s'agit d'un complot et on ne peut pas conspirer tout seul, rappelle Chandler. Toutes les polices politiques de toutes les dictatures communistes, et d'autres encore, ont organisé la délation obligatoire et la création de listes imaginaires. S-21 n'invente rien. »

Douch décrit froidement l'effroyable manière dont la théorie de l'Idéologie Communiste de la « Dictature du Prolétariat » devait se traduire concrètement et implacablement (pages 87 et 88) :

« – Les bons dirigeants, les bons meneurs étaient ceux qui n'en faisaient pas trop mais qui faisaient ce qui avait été ordonné et sans faillir. Lorsqu'on nous ordonnait de faire quelque chose, on devait s'assurer de suivre les instructions.
Une personne interpellée est automatiquement un ennemi. L'ennemi doit être systématiquement éliminé. La logique est brutale mais efficace : si on ne considère pas mécaniquement le suspect comme un coupable, on ne peut lui extorquer sans faiblir des aveux. Dès lors, encore aujourd'hui, il est difficile à Douch de répondre de manière tranchée à cette question : était-ce la politique du Parti communiste de tuer et d'écraser ?
– Il s'agissait d'être absolu et de défaire l'ennemi, pas à pas. le langage était légèrement différent et cela suscite peut-être quelques incompréhensions : ce que les juristes appellent exécutions extrajudiciaires, à l'époque nous l'appelions lutte des classe. »

Il ne régnait donc à S-21 que le spectre de la déshumanisation : les prisonniers n'existaient plus en tant qu'êtres humains, comme Douch l'explique précisément (page 65) :

« – S-21 était réservé aux gens qui devaient être exécutés. Il n'y avait pas de protection de leurs droits. Nous les nourrissions comme des animaux. Nous les traitions déjà comme tels. Nous ne faisions qu'attendre le moment où ils seraient écrasés. Personne ne se souciait de leur bien-être. C'est tout.

Une avocate des familles de victimes lui pose alors la question clairement, afin de lui faire préciser sa pensée (page 65) :

« – Vous admettez que vous ne les considériez pas comme des êtres humains ? Demande une avocate des familles de victimes.
– Nous ne pensions pas de manière si compliquée. La différence se faisait entre amis et ennemis. Vu d'aujourd'hui et selon le droit humanitaire, cela est parfaitement mauvais et constitue un acte criminel. Mais à l'époque, nous le voyions comme je l'ai dit. Nous nous disions juste que le travail de police devait être fait. »

Alors Douch avoue sa totale responsabilité devant la Cour, tout en voulant éviter de devoir répondre de ses propres crimes, sous les témoignages accusateurs de ses ex-subordonnés (page 51) :

« – Je n'ai ni le souhait ni le besoin que mes subordonnés comparaissent à mes côtés devant cette chambre. Je porte la responsabilité de ce qui s'est passé à S-21. »

Puis, il reprend (pages 56 et 57) :

« – Mon remords, ma souffrance n'ont pas d'image tangible. Je ressens tant de douleur. Je n'oublierai jamais. Je dis toujours qu'une mauvaise décision conduit, en un clin d'oeil, à la peine et au remords pour la vie entière. Lorsque je m'incline pour être jugé devant ce tribunal, il s'agit des crimes que j'ai commis. Je ne blâmerai pas mes supérieurs. Je ne blâmerai pas mes subordonnés. Je ne fuirai pas mes responsabilités. Bien que ces crimes tombent sous l'autorité de mes supérieurs, ils tombent aussi sous le coup de mon propre rôle à S-21. Je suis responsable sur le plan idéologique et psychologique. Tel est mon regret : avoir mis en oeuvre la politique du Parti. »

Parfois, il tente de faire peser la responsabilité de ses crimes sur son engagement, selon lui, irréversible, dans le régime Terroriste de L'Angkar de Pol Pot. Son engagement et sa responsabilité confinent alors au tréfonds de l'horreur, lorsqu'il décide d'embrigader des jeunes adolescents (page 53) :

« le recrutement des enfants pour les corvées de la guerre ou de la Révolution ne date pas d'aujourd'hui. Douch recrute parmi les jeunes adolescents car ils sont « comme des feuilles blanches sur lesquelles on peut facilement écrire, ou peindre ».
– Nous avons accueilli plusieurs jeunes et les avons éduqués à la cruauté. Nous usions de la terminologie communiste. Cela a joué un rôle important pour faire d'innocents des personnes cruelles, de façon à ce qu'ils puissent accepter des situations extrêmes. Ils changeaient de nature, leur gentillesse faisant place à leur cruauté. Ils étaient animés par la colère de classe. »

En effet, le soubassement de Idéologie Totalitaire Communiste consiste à mobiliser le Peuple sur un profond terreau de Haine perpétuellement réactivée, pour maintenir la Haine de « classe », de même que la propagande Nazie s'activait en permanence à attiser la Haine de « race ».
D'ailleurs, à l'instar du régime Totalitaire Nazi, le Communisme ne doit pas s'embarrasser des personnes pouvant ralentir la marche écrasante de la « Révolution » (page 59) :

« Dans un premier temps, il s'agit surtout d'éliminer les membres de l'ancien régime, les officiers de l'armée, le personnel de l'administration, l'aristocratie, le « peuple nouveau », celui qui a vécu sous l'ancien régime jusqu'au bout et celui qui vivait dans les villes. Les esprits déficients ne sont pas non plus utiles à la Révolution. Initialement, un hôpital psychiatrique se trouvait sous l'autorité de S-21. Que sont devenus ses patients ?
– Selon mon analyse, plus de cinquante pour cent des patients ont été détruits, mais je ne suis pas sûr.
Pour les lépreux, Douch se souvient plus clairement de l'ordre reçu : les détruire, tous. le communisme doit libérer l'homme. Il a en horreur les handicapés, les malades, les fous, les homosexuels, les croyants, les intellectuels. »

Thierry Cruvellier résume alors en une phrase l'unique mission du Centre S-21 (page 61) :

« La liquidation systématique appliquée à S-21 en fait un singulier mélange de prison centrale de la police politique et de camp de la mort. »

En effet, une fois les victimes torturées, si elles demeuraient encore en vie, elles étaient soit tuées à coups de bâton derrière la nuque, soit égorgées, ou bien encore envoyées au champ d'extermination de Choeung Ek pour y être exécutées et jetées dans des fausses communes, à la façon de l'ignoble Crime contre l'Humanité Soviétique de Katyn.

P.S. : Vous pouvez consulter ce commentaire, dans son intégralité, sur mon blog :
Lien : https://communismetotalitari..
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En 2009 s'ouvre à Phnom Penh le procès de Douch, responsable Khmer rouge. Accusé de crimes de guerre, crimes contre l'humanité, meurtres et tortures, il plaide coupable et reconnait être responsable de la mort de 12 000 personnes. L'auteur fait entendre la parole bouleversante des victimes et celle insupportable du bourreau. Une approche de l'indicible. Testé par Marceline (Bibliothèque de Viroflay)
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Livre hyper intéressant, d'autant pour les passionnés d'histoire, qui nous met face à notre pensée classique de "meurtriers / victimes" en retraçant le procès d'un génocide très particulier puisque dirigé par un peuple contre lui-même, contre son propre camp.
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critiques presse (2)
NonFiction
13 octobre 2011
Ancien rédacteur en chef de l’International Justice Tribune, Thierry Cruvellier a suivi à Phnom Penh les audiences du procès de Douch, premier accusé à comparaitre devant le tribunal international chargé de juger les crimes des hauts responsables Khmers rouges. Un procès et un récit aux attentes partiellement déçues
Lire la critique sur le site : NonFiction
Telerama
21 septembre 2011
Douch, bourreau zélé du régime khmer rouge, est au centre de deux livres-témoignages saisissants. De la banalité du mal.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
L’ambivalence, en psychologie, est le fait que deux choses contraires coexistent chez une même personne, non pas au même moment, ce qui est l’ambiguïté, mais de manière presque consécutive. Tout homme est parfaitement capable de cela. Ainsi, plus le dégoût peut apparaître, plus le zèle, ou son excès, peut se développer.
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Le fait que je sois vivant est dû à ma fidèle obéissance. Je n’ai jamais dissimulé quoi que ce soit. L’honnêteté et l’engagement à faire les choses correctement sont les facteurs principaux de ma survie. Les autres qui ont survécu avaient probablement ces qualités.
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Des aveux convenables sont des aveux où le réseau de traîtres est clairement identifié. Il donne ensuite son rapport à son supérieur direct, pour relecture. Ce dernier le transmet à Douch qui, si nécessaire, y porte ses annotations, au stylo rouge, comme les instituteurs. Une fois les aveux jugés complets, le détenu est évacué de la cellule individuelle aux murs de brique où il était maintenu hors du regard des autres, et ramené dans l’une des cellules collectives, en attendant sa mise à mort.
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C’est difficile à dire, la vérité. C’est encore plus difficile à avouer. Ceux qui dénoncent et abhorrent, de manière bien compréhensible, le manquement des tortionnaires à dire le vrai sont, comme tous les hommes, soumis au désir d’omission, séduits par telle ou telle mystification, ou simplement trompés par leur mémoire et leur perception. Les victimes non plus ne disent pas que la vérité. Personne ne dit toute la vérité.
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La délation est une autre forme du mensonge, dira à la barre le rescapé François Bizot. La justice internationale, pourtant, n’exècre le mensonge que de manière circonstanciée.
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