AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontresLe Carnet
EAN : 9782925141402
112 pages
La Peuplade (03/11/2022)
4.7/5   5 notes
Résumé :


À demi-arbre ou femme, que lui est-il arrivé ? Est-ce le défigurement ou les insectes envahissants qui ont provoqué son sentiment de perte de soi ? Elle est sur le point de craquer, risque de se fendre en son centre. Médecin, hypnothérapeute, chiropraticien sont à son chevet. On la traite, on la bourre de vitamines, on coupe les branches qui frôlent les fils électriques. Pour survivre dans un mond... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique

"Bois de fer", le petit dernier de Mireille Gagné, raconte l'espoir d'une guérison, le cheminement entre jeunes bourgeons et fils électriques entravant, l'inquiétude de l'élagage et du sempiternel retour des noeuds, l'accueil et la protection d'un nid de corneilles.

"Mon écorce tire entre l'omoplate et la clavicule."

Ce livre d'une petite centaine de pages mérite qu'on s'y attarde longuement. En entretenant une curieuse ambivalence sur la nature du narrateur, Mireille Gagné raconte l'espoir d'une guérison, son combat contre l'horizontalité et sa recherche de perspective(s). Chaque page est comme un morceau d'écorce, fait de crevasses et de sinuosités, toutes pleines de sens cachés. Patiemment, à force de relecture, alors que l'oeil s'use sur les phrases et en gratte la surface, dévoilant sa vulnérabilité, se révèlent de nouvelles essences...

"J'ai toujours cru que pour maintenir l'équilibre une part d'ombre s'avérait indispensable."

Avec un recul qui pourrait presque s'apparenter à du détachement, ou bien une certaine forme d'innocence ou de fatalisme assumé - mais qui de fait nous arrache d'agréables sourires - sont abordées les thématiques de la maladie, de l'inconnu, et donc de l'inquiétude qui en résulte ("La douleur est ailleurs. Voire ne signifie pas toucher à l'essentiel" / "je crains que l'ennemi ne se cache déjà à l'intérieur"). le flou narratif entretenu tout au long du livre donne à ces passages graves une étrangeté légère qui bouscule la lecture et nous oblige à nous y arrêter un moment pour cerner les véritables questionnements de l'auteure, les démons qui lui tournent autour et dedans. Alors que la femme-arbre s'enfonce toujours plus profondément dans ses tourments, rongée par un envahisseur inconnu, un fragile optimisme émerge de ses nombreuses inspections et introspections, de ses confrontations avec les chiropracteurs et horticulteurs, de ses observations du microcosme alentour pour s'inspirer ici de la communication des acacias ou là de l'entraide des épinettes, pour peut-être y déceler une main-branche tendue ("Vus d'en haut, qu'est ce qui nous différencie des pylônes électriques? En apparence, eux se tiennent par la main"). Mais en s'interrogeant sur la pluralité du vivant, elle creuse avant tout profondément en elle-même, pour y déceler, dans le pli d'un organe abîmé, l'espoir "qu'une partie de soi puisse être sauvée", le voeu secret de devenir "ce bois de fer rare, impossible à fendre sous la hache".

Ainsi, en dévoilant ses failles et en exposant ses cicatrices, Mireille Gagné écrit un texte poignant à la beauté fragile, parcouru par le doute mais où l'espoir n'est jamais feint.

"Il faut garder espoir qu'une partie de soi puisse être sauvée"

A l'image de son somptueux roman "Le Lièvre d'Amérique", l'oeuvre de Mireille Gagné se construit sur deux constantes fortes : un lien singulier et indéfectible avec le vivant dans lequel nous nous fondons (au point d'être une femme-arbre, et avant cela une femme génétiquement amplifiée) ; et ce qui selon moi est le plus évocateur et rare : son absolue sincérité envers nos vulnérabilités/nos "altérabilités", qui donne à ses livres une puissance qui transcende l'espace et le temps, et résonne fort fort fort.

Commenter  J’apprécie          51

« Bois de fer » résistance-écorce, Mireille Gagné vacille, se fissure. Ses jours déracinés après les tempêtes intérieures à cris et à pensées.

Mireille Gagné écrit l'ombre du végétal, le furtif d'un bourgeon qui éclot prêt à accorder la guérison plausible.

Elle marche dans la clairière des mots-mousse. le monde médical comme oreiller, le versant-vie mis à rude épreuve.

Bois de fer, « je voudrais tant devenir l'arbre miniature qui vient d'être planté chez les voisins pour remplacer celui qui faisait relever les bardeaux du toit...Parfois la jeune fille vient lui parler au retour de l'école. Que lui confie-t-elle ? »

L'écriture végétale est liante, spéculative, attendue jusqu'à la dernière feuille qui refuse la chute. Les paraboles sont signifiantes. « Les séismes s'enchaînent les uns après les autres. C'est peut-être dû au fait que je pousse sur du roc. »

Femme-arbre, confondue dans l'orée des bois, qui cherche de toutes ses forces et convictions l'orientation de ses regards-mêmes. Intuitive et dévouée, confiante, elle pressent ici, la fin de la chute d'Icare. le berceau qui couronnera sa renaissance.

« Il faut garder espoir qu'une partie de soi puisse être sauvée. »

la transaction est noble, écologique et poétique. Les fragments comme des morceaux d'étoiles accrochés aux branches invisibles. Elle quête et écoute. Dans les bois endormis qui craquent dans leur sommeil et répondent à Mireille Gagné, l'écho de ce qui persistera toujours.

« Leurs souches continuent de s'abreuver en nutriments et en eau grâce à leurs voisins. »

« Bois de fer » dont la dernière page ouvre la voie, l'essence de fer salvatrice : L'Ostryer de Virginie. Cet écrin poétique est la Canopée. Intime et vaste, lumineux et essentiel. le miracle du bois avec un B majuscule qui révèle le monde. Publié par les majeures éditions La Peuplade.

Commenter  J’apprécie          70

Lors de la rentrée littéraire de 2020, un roman m'avait particulièrement marqué. le livre de Mireille Gagné, le lièvre d'Amérique, m'a complètement surprise et réjouie. Après avoir traité de notre animalité, l'autrice explore notre lien avec le végétal. Je me suis promené dans ce texte énigmatique, où le flou est maintenu sur la nature du narrateur, avec délice.

Une femme se métamorphose en arbre. Progressivement le végétal s'empare de son corps. L'écorce se durcit, les bourgeons éclosent et les branches se tendent vers le ciel. Les considérations médicales et arboricoles se mêlent. La narratrice observe ses transformations, se détache progressivement des soucis humains pour se fondre dans le végétal.

Composé de courts paragraphes, le texte joue avec les codes. Entre poésie et récit, entre texte écologique et fantastique, Mireille Gagné nous plonge dans une ambiance singulière où des odeurs de mousses humides et de bois morts nous montent aux narines. Elle nous propose une anthropomorphisme végétal saisissant qui dit à la fois l'urgence écologique et la condition féminine. L'arbre-femme est rongée par des parasites multiple, soumise à la volonté des hommes et de leur hache. Forte par la rudesse de son tronc mais néanmoins vulnérable par son immobilisme, elle prend conscience de son ambivalence face à la finitude. Plane sur le roman l'angoisse de la déchéance, du déclin. Alors que court sur elle des champignons et des maladies végétales, le narratrice se demande comment pourrait se soigner, comment lutter avec des armes inégales.

L'écriture fragmentaire fonctionne comme les pensées de la narratrice qui se bousculent dans sa tête. Des images, des angoisses et des fragments de vie se mêlent les uns aux autres tel des rhizomes. Au fil du roman, le corps se délite, les branches se brisent mais l'espoir demeure toujours présent. Dans le bourgeon qui renaît ou la mésange qui se pose sur une branche, subsiste l'élan vital. Souffle immortel, volonté farouche, au sein du végétal la vie subsiste. Je me suis laissée porter par ce texte organique, j'ai été surprise par sa force et l'impact qu'il a eu sur moi. Par ses mots d'une grande poésie, par l'univers mystérieux qu'elle déploie autour de nous, Mireille Gagné nous propose une expérience saisissante. le lecteur plonge dans ce qu'il y a de plus intimiste au sein de l'arbre et fait l'expérience improbable et unique du végétale.

Commenter  J’apprécie          10

Alerte beauté !

Un arbre à l'oeil bois de fer bois clair bois la chair goulue craquelle sauvage et enlace. Peut-on ressusciter végétal ?

J'entoure de ma langue l'écorce et murmure la vision étoilée s'étiole sur ton corps des milliers de rainures explose vain.

Une splendeur mélange de don de soi de recherche écologie mêlés corps aux végétaux l'un dans l'autre l'un sur l'autre.

Une pierre à l'intérieur pèse d'injonctions, bientôt les racines s'étendront sur les mots, un soutien à l'âme de celui qui devient arbre, une allégorie viscères encordées.

Et puis la fin, puisque tout prend fin, en espérant le devenir "outil qui résiste à l'usure" "impossible à fendre" en combat face oubli.

L'âge en cerne débité le coeur dur l autrice plonge avec force et délice dans les sous bassement terre.

Pour pousser plus autour du devenir écorce :

Un hybride :

Comment je suis devenue un arbre de Sumana Roy

De la poésie pour enfants mais pas que :

L'arbre m'a dit de Jean-Pierre Siméon

Ces gens qui sont des arbres de David Dumortier

Commenter  J’apprécie          30


critiques presse (1)
LeJournaldeQuebec
21 novembre 2022
Gagné nous invite à voir au-delà de ce qui semble immuable et solide, dans la nature comme en nous-mêmes. Et elle pousse loin l’identification : ainsi de la séance de yoga de la narratrice, où l’on craque le tronc et allonge les racines.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
Citations et extraits (3) Ajouter une citation
L'anxiété est dense. La banlieue est paquetée d'échos, de silences, de grésillements. Mon corps se cabre, adopte des positions inextricables. Mes vertèbres bloquent, se tassent, se déplacent. Le temps se fait cru. Mes feuilles se rétractent. Le chiro ne trouve jamais le bon nœud. Il insiste sur les balançoires et les mangeoires d'oiseaux quand tout ce qu'il devrait faire c'est m'élaguer. Je touche presque aux fils électriques.
Commenter  J’apprécie          10
Force est de constater que je ne l'applique pas moi-même, mais le conseil demeure simple, notez-le : ne jamais cesser de croître en hauteur.
Commenter  J’apprécie          10
J'ai toujours cru que pour maintenir l'équilibre une part d'ombre s'avérait indispensable.
Commenter  J’apprécie          20

Videos de Mireille Gagné (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Mireille Gagné
Le Salon dans tes oreilles - S1E17 - Cabaret de poésie féministe
Joignez-vous à nous pour un événement festif dédié aux femmes poètes québécoises et à la poésie des femmes.

Avec:
Nora Atalla, autrice Laurence Gagné, autrice Alex Thibodeau, autrice Salomé Assor, autrice Mireille Gagné, autrice Marie St-Hilaire-Tremblay, autrice Rosalie Lessard, autrice Catherine Cormier-Larose, animateurice Gaële , Musicien
Livres:
Nora Atalla, Morts, debout!, Écrits des forges Alex Thibodeau, Infantia, le lézard amoureux Laurence Gagné, Les jardins de linge sale, le lézard amoureux Salomé Assor, Un, Éditions Poètes de brousse Marie St-Hilaire-Tremblay, Noctiluque, Éditions Les herbes rouges Mireille Gagné, le ciel en blocs, éditions l'Hexagone Rosalie Lessard, Les îles Phoenix, éditions du Noroît
Le Salon dans tes oreilles est un balado issu des entrevues, tables rondes, et cabarets enregistrés dans le cadre du Salon du livre de Montréal 2020. Écoutez des auteurs, autrices et personnalités parler de livre, de lecture et d'écriture et échanger autour des cinq thématiques suivantes: le Féminisme, la Pluralité des voix, 2020, et après?, Récit et inspiration et Famille et enfance. Bonne écoute!
Abonnez-vous: https://feeds.buzzsprout.com/1678609.rss
+ Lire la suite
autres livres classés : littérature québécoiseVoir plus
Notre sélection Littérature française Voir plus





Quiz Voir plus

Littérature québécoise

Quel est le titre du premier roman canadien-français?

Les anciens canadiens
La terre paternelle
Les rapaillages
L'influence d'un livre
Maria Chapdelaine

18 questions
198 lecteurs ont répondu
Thèmes : littérature québécoise , québec , québécoisCréer un quiz sur ce livre