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Éric Chédaille (Traducteur)
EAN : 9782743653057
272 pages
Payot et Rivages (05/05/2021)
3.89/5   32 notes
Résumé :
Dans un avenir proche et désolant, la crise environnementale a ravagé l'Angleterre. Un régime autoritaire organise le rationnement de la population dans des villes exsangues, et le droit à la reproduction est rigoureusement contrôlé. Une jeune fille nommée Sister raconte son évasion et sa quête pour rejoindre une ferme utopique dans la région des Grands lacs : l’armée de Carhullan, une bande de rebelles ayant renoué avec une vie rurale et coupé tout lien avec les ho... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique

« Soeurs dans la guerre » est un roman noir dystopique, teinté d'une bonne dose de réalisme, dont le lecteur ne pourrait que craindre d'arriver un jour à ce genre de société, telle que dépeinte par l'auteure.

Sarah Hall pose son décor en Angleterre, passée sous un régime totalement autoritaire, où chacun des aspects de l'individu seraient sous le joug du pouvoir en place, où les libertés des femmes auraient été abolies. Une groupe de résistantes a élu domicile dans les montagnes du nord de l'Angleterre, région éloignée et sauvage. Cette communauté auto-indépendante de Carhullan va exercer un attrait très fort sur Soeur qui va tout mettre en oeuvre afin de la rejoindre, quelles que soient les épreuves qui seront sur sa route.

Bien que l'aspect féministe est omniprésent puisque le personnage principal est une héroïne et que la communauté est constituée essentiellement de femmes, il ne doit pas être perçu comme un possible frein à la lecture du livre pour les personnes ne partageant pas cette doctrine. le message subliminal ne serait pas d'imposer un type de vision aux potentiels lecteurs mais bien de les mettre en avant.

La forme distinctive choisie par l'auteure pour la configuration de son livre est assez originale et totalement pertinente au regard du genre choisi. La force de ce livre est sa teneur en réalisme par rapport à ce que vers quoi le monde pourrait un jour tendre si les Hommes en venaient à abandonner leurs droits et libertés. La fluidité de la plume de l'auteur et le très bon travail de traduction en font un livre qui se dévore.

Cette société anglaise telle que dépeinte par l'auteure est pragmatique et fait surgir des thèmes très actuels comme l'écologie ou les libertés individuelles. Dans ce monde devenu quasi-apocalyptique, l'espoir est devenu une denrée rare et toute petite touche d'espérance est à savourer pleinement. N'oublions pas de le transposer dans notre quotidien et de profiter tel qu'il est, malgré ses défauts, pour tout ses points positifs.


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Elle s'appelle Soeur.

Et c'est tout ce que vous saurez de son identité véritable. Ou presque.

Soeur vit dans un monde qui a fait naufrage, plus précisément, dans un Royaume-Uni qui a périclité face au changement climatique et au désastre économique.

Soeur vit d'abord à Rith, une ville-enclave où les citoyens Officiels survivent sous les ordres de l'Autorité. Ceux qui choisissent de vivre en dehors sont rayés des listes, leurs noms oubliés, leurs existences effacées.

Dans ce nouvel ordre quasi-totalitaire, le Royaume-Uni est un pays sous perfusion qui reçoit des conserves au goût amer des États-Unis, qui place ses criminels dans de redoutables camps de détention dont on ne ressort pas et qui livrent une guerre qui n'en finit pas à l'étranger.

À Rith, la vie est dure. Très dure. Même le fait d'avoir des enfants est rigoureusement contrôlé et c'est justement après la pose forcée d'un stérilet que Soeur prend une décision définitive et radicale : quitter Andrew, son mari qu'elle a vu s'éloigner pour devenir un fervent serviteur de l'Autorité, pour rejoindre une communauté quasi-mythique, celle des Soeurs de Carhullan !

Dans le nouveau roman de l'anglaise Sarah Hall, il est donc question d'un effondrement, à la fois sur le plan économique et social, mais aussi d'une renaissance, celle d'une femme qui vit dans une société en lambeaux qui tape sur les faibles et, bien évidemment, sur les femmes. Embarquée sur les routes et perdue en plein coeur de la Région des Lacs, notre narratrice va découvrir à la fois une toute nouvelle société matriarcale mais aussi, et surtout, la dureté de l'existence quand on doit lutter chaque jour pour survivre.

Soeurs dans la guerre se veut une déposition de prisonnière, une prisonnière qui fait bien davantage que se confesser mais qui témoigne de sa vie, de ses blessures, de son époque et, finalement, de sa révolte. Soeur n'est pas le prototype de l'héroïne combattante, mais une femme lambda qui n'en peut plus et décide, envers et contre tous, de trouver autre chose.

Elle arrive à la ferme isolée de Carhullan où une soixantaine de femmes venues d'un peu partout ont décidé de fonder une communauté d'où l'homme serait exclu, cet homme si puissant qui les a écrasées, battues, violées, rabaissées. À sa tête, une idéaliste, Jackie Nixon, une matriarche qui souhaite autre chose qu'une société étouffante et oppressante. Pourtant, dès son arrivée, Soeur est enfermée, éprouvée dans sa chair et dans son âme. C'est à ce prix que l'on entre à Carhullan, c'est à ce prix que l'on devient une Soeur.

Sarah Hall est maligne. Non seulement elle dresse un portrait de femme(s) mais, en plus, elle s'interroge sur ce qu'il en coûte de pousser la logique féministe jusqu'à son terme, de bannir tous les hommes, de s'en servir comme d'objets sexuels, de s'entraîner à être brutal, impitoyable. Soeurs dans la guerre est avant tout un roman sur une autre voie, sur la découverte d'une tentative d'utopie qui, comme toutes les utopies, a ses failles. Dès le départ, Jackie Nixon prévient : « Je n'ai qu'à poser la main sur elles pour qu'elles n'aient plus qu'une envie, me lécher. Je ne peux même pas les regarder. ». Dans le monde selon Jackie, le processus de l'idéalisation est inévitable. Et cette idéalisation va servir les objectifs de Jackie, des objectifs nourris par la rancoeur, par la peur, par l'envie de justice.

Car c'est de justice dont il est question, pour ces femmes souvent battues, violées, malmenées, ces femmes blessées dans leur chair. Seulement voilà, où s'arrête la recherche d'un monde juste ? Quelles sont les limites et comment rester dans le droit chemin quand on doit renverser un ennemi brutal et impitoyable ? Sur la corde raide, la confession de Soeur nous prend aux tripes, sans effusion, sans grandiloquence, elle montre la terrible condition qui mène la femme à surpasser le régime imposé par l'homme. Au prix d'un entraînement qui fait mal, qui détruit l'émotion et la beauté. Que deviendrons alors les Soeurs ? Seront-elles meilleures que les hommes qu'elles veulent renverser ?

Roman de révolte, Soeurs dans la guerre consacre la beauté de l'amitié et de l'amour, de l'entraide et, disons-le carrément, de la sororité. Elle n'est pas idéale cette sororité, elle reste parsemée de jalousie et de mesquinerie, mais elle vaut mieux souvent que les vies d'antan rassemblées à Carhullan.

La lente prise de conscience de Soeur quant à ses propres possibilités et ses propres forces enfouies sert de moteur à l'intrigue de ce roman qui constate le caractère intemporel de la lutte mais sait rester lucide quand à ce qu'il en coûte. Avec son héroïne, Sarah Hall touche au sublime, dans la droite lignée d'une certaine Servante Écarlate. Reste alors les idées et celle en particulier, d'une résistance à l'Autorité, à la possibilité d'attaquer plutôt que d'attendre le marteau, et c'est aussi en cela que le roman marque, dans cette envie de vivre ailleurs, autrement et sans se laisser dicter ses choix.

Chronique d'un après, Soeurs dans la guerre utilise la science-fiction pour dépeindre la cause féminine avec nuance et justesse tout en dressant le portrait d'une femme meurtrie qui se révolte pour les siens. Sarah Hall livre là un roman fort et terrifiant avec une lueur d'espoir en son sein : celle d‘un amour pour une cause et un avenir meilleur, pour tous.


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Livre écrit par une femme et dont les héroines sont des femmes mais sans être trop féministe. le sujet est réaliste dans son traitement, la société entre femmes connait les mêmes problèmes que si mixte. L'autogestion n'existe pas il faut un leader et à partir de là apparait une contestation plus ou moins causée. Cela faisait longtemps que je n'avais pas ressenti un tel attachement (je ne sais comment le nommer) pour une histoire qui n'est pas facile. L'auteur va à l'essentiel mais le ton est juste et on se sent concerné par le sort des personnages. Elle ne juge pas, on ne sait pas si le choix final de la chef est le bon mais c'est son choix et elle y croit à fond. Vraiment à lire, je m'étonne qu'il soit si peu connu.

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Dans un avenir proche, les crises économique et écologique ont ravagé l'Angleterre. Un régime autoritaire, dictatorial, a vu le jour. Entre couvre-feu, confinement, rationnement de l'électricité et des vivres, les hommes et femmes sont entassés dans des cités dortoirs entre deux journées harassantes de travail. Un contrôle strict des naissances a lieu, toutes celles en âge de procréer se voient poser un stérilet. Parmi toute cette population, celle qui se fera appeler Soeur, et qui sera la narratrice du récit, nous fera vivre une partie du quotidien au sein d'une de ces villes et nous expliquera son parcours pour rejoindre une ferme utopique située dans les régions des grands lacs. La ferme Carhullan serait un endroit coupé du monde, vivant en autarcie, échappant au joug de l'Autorité, où seules les femmes seraient admises. Entraînées à se défendre mais prêtes aussi à attaquer et défier l'Autorité quand le moment sera venu, ces femmes autour de leur cheffe espèrent changer le monde, enclencher la révolte et redonner la liberté au peuple...

Roman sombre et froid, Soeurs dans la guerre est probablement l'un des romans les plus marquants des ces dernières années glaçant de réalisme. L'autrice nous dépeint un univers très (trop) proche du nôtre : une régression sociale, économique, et des libertés fondamentales, qui n'est pas sans rappeler le désir de certains.

Sarah Hall nous dresse ici le portrait d'une communauté solide, emmenée par une leader charismatique, qui année après année, s'est forgé un mental d'acier. L'âpreté de la vie au sein des montagnes, dans un environnement hostile et froid est dépeinte avec justesse. Une vie rude et cruelle qui laisse peu de place aux divertissements ou à la douceur. Quelques rares moments de bonheurs simples subsistent tout de même, mais la réalité ramène vite ces femmes à leurs combats quotidiens en attendant celui qui changera le monde.

Pour une fois, Soeurs dans la guerre est une dystopie qui peut se proclamer être dans le lignée de la Servante Ecarlate. Avec un traitement différent Sarah Hall nous propose un récit fort où les femmes sont mises à l'honneur. Une utopie féministe, où l'espoir est mince, où le combat contre le patriarcat est permanent. A la fois sombre et cruel, Soeurs dans la guerre, roman terrifiant où seul l'infime espoir d'un monde meilleur permet de soulever des montagnes est une lecture indispensable.


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Voilà un roman noir comme je les aime, pessimiste, dur, froid et qui ne laisse que très peu de lumière le traverser.

L'Angleterre est plongée dans une crise gouvernementale sans précédent. Couvre-feu, confinement, rationnement des vivres et de l'électricité. C'est désormais un régime autoritaire qui gère le pays. La population est entassée dans des appartements où plusieurs familles, couples vivent les uns sur les autres. Les femmes sont obligées de porter des diaphragmes pour contrôler les naissances et c'est la loterie qui décide si elles peuvent tomber enceinte.

Voilà le quotidien.

Parmi ces gens, il y a celle que ses futures appelleront Soeur, cette femme dont on ne connaîtra jamais le prénom, qui est la narratrice de ce récit, présenté comme le témoignage d'une prisonnière. Soeur ne supporte plus cette vie, elle veut fuir, partir rejoindre la ferme de Carhullan située en pleine montagne et quasi-impossible d'accès.

La ferme de Carhullan est réputée comme étant un endroit coupé du monde où seules vivent des femmes, les soeurs. Toutes sorte de spéculations les concernant vont bon train : ce serait des fanatiques, des bonnes soeurs, des sorcières ou encore des abandonneuses d'enfants. En réalité, ce groupe de femmes vivant en autarcie, rejette le système et s'est donné les moyens de se suffire à lui-même. Elles sont également entraînées, alertes et combatives et se préparent au monde de demain.

J'ai aimé la façon dont l'auteure présente ces femmes, fortes et bien plus résistantes et futées que les hommes. Elles se sont forgées un mental à toute épreuve et Soeur devra d'ailleurs subir un test d'entrée des plus abominable. On sent la dureté de leur quotidien, tout est loin d'être rose. Il faut survivre et apprivoiser cet environnement hostile et froid. Mais il y aussi parfois, des rencontres qui enjolivent ce quotidien rude, lui redonnant une pincette de douceur, aussi éphémère soit-elle.

C'est un récit fort, marquant, où les femmes sont mises à l'honneur, un récit au son de la révolte qui m'a beaucoup rappelé la Servante écarlate dans une atmosphère post-apocalyptique qui rend le tout très intense et addictif. Je l'ai dévoré


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critiques presse (1)
LeMonde
09 juillet 2021
Entre fable et contre-utopie féministe. C’est dans une atmosphère post-apocalyptique d’une actualité brûlante que l’écrivaine britannique Sarah Hall installe son nouveau roman.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (3) Ajouter une citation

Là-bas en bas, les femmes étaient traitées comme de pauvres connes. Des citoyennes de seconde classe et des objets sexuels. Elles étaient sous-payées et dévalorisées. Crois-moi, je sais ce que c'est de s'entendre dire qu'on ne fait pas l'affaire pour un boulot. Cinquante pour cent de la population féminine mondiale se faisaient violer, et les autres, les fanatiques les recouvraient de noir. On débattait tous de la façon dont la femme devait s'habiller et se pomponner, pas de ses droits élémentaires. Et dans ce pays, les femmes se sont traitées tout aussi lamentablement entre elles. Se battant comme chiens et chats. Se disputant les hommes. Réservant le même sort à leurs filles. Aucune solidarité. Aucun respect. Aucune grâce, si tu veux appeler ça comme ça.

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Ce fut un coup dur pour nos aînés. Si leurs parents avaient traversé des crises et des guerres, eux n'avaient connu que la stabilité, le confort matériel et la profusion des biens de consommation. Pour eux, c'était de la folie pure de devoir abandonner leurs foyers, de se nourrir de conserves au lieu des produits frais du commerce mondialisé et d'apprendre que la Grande-Bretagne n'était guère plus qu'une colonie sous perfusion.

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« À ton avis, Sœur, est-ce que les femmes sont capables de combattre, s’il le faut ? Ou bien est-ce le domaine des hommes ? Sommes-nous foncièrement pacifiques ? Le sexe faible ? Devons-nous nous soumettre pour survivre ? » Je me tenais toujours debout au milieu de la pièce. Je sentais l’air m’environner, ample et ouvert autour de mes flancs, et j’aurais voulu quelque chose de matériel à toucher. « Oui, ai-je dit, bien sûr qu’on en est capables. » « Ah. Mais pour l’attaque ou pour la défense ? »

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