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Éditeur : Sophia Publications (01/02/2014)

Note moyenne : 2.5/5 (sur 2 notes)
Résumé :
Le génocide des Tutsi
Il y a vingt ans, d’avril à juillet 1994, près d’un million de Tutsi étaient exterminés au Rwanda. Soigneusement planifiées par l’État, les tueries ont mobilisé les civils, hommes, femmes et enfants. Quand près de 800 000 personnes ont participé au massacre, comment faire justice ? Quelles sont les responsabilités de la France dans cette tragédie ?
Avec Pierre Brana, Jean-Pierre Chrétien, Hélène Dumas, Frédéric Encel, et Antoine G... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
thedoc
  27 mars 2015
Ce numéro du magazine « L'Histoire » consacre son dossier au génocide des Tutsis et Hutus modérés au Rwanda en 1994 qui, en moins de trois mois, a fait entre 800 000 et 1 million de victimes. Un génocide, dans les années 1990, dans l'indifférence la plus totale des pays occidentaux.
Dans un premier article, l'analyse de Jean-Pierre Chrétien, un des meilleurs spécialistes de l'Afrique des Grands Lacs, présente la manière dont les colons ont construit de toute pièce une vision ethno-raciale des Tutsis et des Hutus, alors que les théories raciales étaient très en vogue à la fin du XIXe siècle. A la base simples catégories sociales, avec d'une part des éleveurs (les Tutsis) et des agriculteurs (les Hutus), ces Rwandais partageaient la même langue (le kinyarwanda), les mêmes croyances et la même culture. le fait que le roi était un Tutsi ne préfigurait aucunement une supériorité raciale. Mais dans l'esprit fantasmagorique des missionnaires, le raccourci est vite trouvé. Imprégnés d'une théorie des races insufflée par Gobineau, qui distingue les « Nègres en tant que tels », les Européens voient dans les Tutsis les descendants de Ham, le fils maudit de Noé et localisé dans le Proche-Orient, qui aurait mêlé son sang blanc à celui des Africains. de par ce métissage, les Tutsis sont pour les colons belges d'une race supérieure, qualifiés « d'Européens noirs » ou encore de « juifs de l'Afrique ». Au début du 20e siècle, cette idéologie hamitique est ainsi à l'origine d'une différence de traitement entre les Tutsis, privilégiés, et les Hutus, considérés comme des êtres frustres et serviles. Pour marquer cette différence, on inscrit d'ailleurs l'ethnie sur la carte d'identité des Rwandais. Cette notion de race et d'ethnie – totalement imaginaire – aboutit ainsi à une idéologie de haine et d'exclusion qui au final se retournera contre les Tutsis (les « envahisseurs féodaux ») dans années 1950. Ce qui est né des fantasmes des colons devient « traditionnel », naturel, pour les générations qui suivent. En 1959, alors que le jeune et nouveau roi Tutsi se retrouve entouré de notables tutsis réactionnaires, les Hutus mènent une « révolution sociale »et reprennent le pouvoir en tant que « peuple naturel et majoritaire » du Rwanda, avec le soutien de l'Eglise missionnaire et de l'administration belge. Les colons souhaitent en effet dorénavant remplacer les chefs tutsis par les chefs hutus. Les persécutions, les massacres et l'exil commencent dès cette date pour les Tutsis. le génocide de 1994 n'est donc pas une « colère populaire » spontanée (ce que les gouvernements occidentaux ont voulu faire croire) mais le paroxysme d'un racisme étrangement méconnu par ceux-là même qui l'alimentaient par leurs discours sur ce pays.
Ce dossier revient aussi sur la qualification de ce génocide, dit de « proximité » ou encore « horizontal ». Car ceux qui tuent, ce sont les voisins. C'est celui qui hier aidait à cultiver le champ de son voisin qui traque ce dernier la machette à la main. C'est l'instituteur qui assassine ses élèves. C'est ce père de famille qui vient abattre le prêtre qui hier baptisait son dernier né. C'est celui qui a partagé avec vous des tâches quotidiennes, des repas de famille qui saccage et pille la maison… et qui viole la mère et ses filles. C'est celle qui gardait vos enfants qui les nourrit avant de les emmener à la fosse commune, les enfants tenus dans une main, le gourdin dans l'autre. Finalement, c'est votre voisin qui devient le meurtrier le plus efficace : il connaît vos habitudes, le nombre exact de vos enfants, vos cachettes. Il est le tueur idéal, galvanisé par les discours haineux et racistes de la radio des Mille Collines. Aujourd'hui encore, il est très difficile d'appréhender ce phénomène, de comprendre cette mutation progressive de la représentation de l'Autre. « Comment le voisin cher devient-il l'ennemi à abattre, jusque dans sa descendance ? ».
Aujourd'hui, les victimes et les anciens tueurs cohabitent ensemble. Pour en arriver là, de nombreux tribunaux se sont mis en place pour juger ce crime de masse. Des tribunaux internationaux comme le TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda) aux « gacacas », tribunaux populaires inspirés des assemblées villageoises présidées par des anciens, les décideurs et les bourreaux sont passés entre les mains de la justice. Les gacacas, à l'image du génocide de proximité, permet une justice de proximité. le juge est un voisin, l'avocat un autre, le procureur encore un autre voisin. le tribunal est la place du village. Cela a ainsi permis entre 2002 et 2012 de juger 1,9 millions de dossiers. Les gacacas, à l'image du génocide, se sont abattus dans toutes les régions du Rwanda, sur toutes les collines, pour rendre justice aux victimes.
La responsabilité de la France durant le génocide est bien sûr elle aussi étudiée. Depuis 1975, un accord de coopération militaire unit la France et le Rwanda bien que le Rwanda ne fasse pas partie de la zone d'influence postcoloniale de la France. A ce titre, la France va apporter un soutien militaire non négligeable au gouvernement hutu de Juvénal Habyarimana, alors même que ce dernier préparait le génocide. Les militaires hutus sont entraînés et conseillés par les Français. le gouvernement français de l'époque a clairement nié le génocide, parlant de guerre ethnique. Pis encore, le 27 avril 1994, la France reçoit à Paris les représentants du gouvernement intérimaire, qui est en train d'organiser le génocide ! L'opération Turquoise, dite humanitaire, lancée le 22 juin, est elle-même ambigüe. Les Hutus y voient un retour de leur allié tandis que le FPR considère cette intervention comme une aide aux FAR (Forces armées rwandaises du gouvernement de Habyarimana). Les faits qui se sont produits sur les collines de Bisesero ne peuvent que conforter cette idée. Dans l'attente de l'intervention des militaires français, des milliers de Tutsis seront massacrés par les milices hutues. Certes, la France n'a pas été la seule à « fauter ». L'ONU a abandonné fin avril le Rwanda et a attendu deux mois pour reconnaître que des « actes de génocide » étaient en train de se produire. Les autres puissances internationales (Etats-Unis, Royaume-Uni, Italie, Suisse) sont elles aussi restées passives et ont brillé par leur absence. Mais il est certain que des fautes ont été commises par la France. Pays des droits de l'homme, il ressortirait grandi en reconnaissant ce qui a été fait, en disant la vérité.
Il reste enfin la mémoire pour se souvenir du génocide. Désormais, depuis 1995, le 7 avril – jour du déclenchement du génocide - est devenu jour férié. S'ensuit une semaine de deuil national, ponctuée de cérémonies officielles et locales, de discours des politiques. Des mémoriaux se sont érigés dans les lieux fatidiques. Cette mémoire collective cimente la politique nationale qui a définitivement rayé la mention ethnique sur les cartes d'identité. L'heure n'est plus à la stigmatisation des uns et des autres, mais au vivre ensemble.
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