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Le début du livre a totalement correspondu à ce que je m'attendais compte tenu du résumé: une histoire d'amitié très forte entre deux adolescentes, réunies par le même mal. J'y ai aussi retrouvé le style de Lola Lafon, à la fois léger et précis. Puis plus l'histoire avance, plus la situation est embrouillée afin de laisser la place à la spontanéité révolutionnaire qui habite ces jeunes filles. Il faut alors accepter de se laisser porter dans l'élan qui les traverse et vivre avec elles ces événements comme ils viennent.
Pour ma part, j'ai eu un peu de mal à suivre ce rythme. Mais cela ne m'a pas empêché d'apprécier la poésie dont font preuve ces filles, ni la tendresse qui existent entre elles.
Ce roman est bien plus qu'un livre sur une amitié et je pense que chaque lecteur y verra plus ou moins certains thèmes qui lui font écho en particulier.
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Elles ressemblent à deux filles un peu fofolles avec leurs tresses en chignon et leurs collant à losanges. L'une a vu son coeur brusquement s'arrêter, et pendant qu'elle sort peu à peu de cette mort temporaire, l'autre raconte.
Elles se sont connues au groupe de parole pour femmes violées.

« Toutes ces années, nous nous sommes tirées chacune par la main. Nous avons partagé l'expérience de la vie morte. Nos peurs, nous les guettions l'une l'autre, laisser un de nos corps en arrière aurait fait tomber toute la chaîne de nos nuits sans vie, un boucan terrible. Et peut-être que nous avons fini par les additionner et les mélanger, nos peurs, pour former ce magma pesant de frayeurs enchevêtrées. »


Elles essaient assez lamentablement de s'en sortir, d'autant que le viol n'est jamais que le reflet d'une société répressive, basée sur le rapport de force et l'exclusion, sous la férule d'un président démocratiquement élu par une Election (tableau terrorisant semi-uchronique [notre avenir réel peut-être] qui ne nomme personne, avec juste ce qu'il faut de décalage, de soulignage pour se faire poser la question : on est en France ou dans un pays fictif, elle invente, elle en rajoute ???), une société du sexe-roi et de la normalité-reine. Et que la narratrice est réfugiée de la Roumanie de Ceaușescu, danseuse professionnelle soumise depuis l'enfance aux diktats de ses maîtres , de ses idoles, mais aussi de son propre plaisir.
Elles croisent une fille encore plus bizarre, sans doute psychotique, La Petite Fille au bout du Chemin, disciple de toute une collection d'anarchistes, qui va les faire passer de la révolte à la Révolution, des larmes à d'autres larmes.

« Mais voilà que je ne veux pas être réparée. Sauvegardée. Rafistolée pour continuer à avancer. Je ne veux pas qu'on colmate ce que je m'acharne à défaire, découdre. (…)
Songe qu'on affirme fièrement, je suis raisonnable, cet aveu qui dit en vérité je me laisserai raisonner par Vous.»


Je vous passe les détails, ce livre est d'une richesse incroyable... Ca fourmille de thèmes, de pistes, d'inventivité. C'est un livre incongru et généreux, qui part dans plein de directions sans jamais se perdre, une observation psychologique pointue, un pamphlet pour quelque chose qui ne serait pas que de la vigilance, mais une riposte . Il y a un mélange assez jouissif de tristesse, de douceur, de rage et de gaîté, qui m'a un peu fait penser à La guerre est déclaré dans la première partie, pour évoluer ensuite vers un discours beaucoup plus large, partir de la douleur intime pour avoir un regard et un rôle dans le monde.

« Peur de finir par ne plus chercher que de jolis refuges de campagne où être bien, des terriers ou des nids à construire, m'appliquer à les border de couvertures et prendre bien garde à n'y installer que des lumières indirectes, apaisantes. Finir par s'y installer, dans l'oasis, dans la pause,et oublier qu'on ne faisait que passer avant de repartir. Finir par ne plus s'occuper que de son propre corps à sauvegarder, une jolie plante fraîche à arranger, soigner, nourrir. Se suffire de à peu près et presque. Et ne plus savoir comment commence, mais qu'est ce qu'une tempête. La craindre, la conspuer même, la moquer, cette tempête, dès qu'on en renifle les débuts, en répétant, mauvais et frileux, « ça ne changera rien », se prendre à souhaiter qu'il n'y en ait plus jamais des tempêtes parce qu'on s'y est fait à ces journées, finalement . »


Je ne peux pas dire que je partage toutes les convictions de Lola Lafon alias Voltairine, peut-être suis je trop timorée, ou pas assez lucide, certaines choses m'ont même gênée, mais ce fut un moment à la fois instructif et réjoui, de partager cet arrachement face à l'agression quotidienne d'un monde trop dur, trop impitoyable, trop sûr de lui. Il y a là une réflexion sur la normalité, sur la révolte, sur le droit d'être autre et de le dire. Sur le droit de ne pas être rien, des filles de rien.

C'est un livre irrévérencieux, qui crie et hurle une rage, revendique le droit de savoir dire non. Un livre jeté dans une mer d'indifférence avec l'espoir d'allumer des étincelles, et que ces étincelles , de proche en proche allument un grand feu salvateur autour duquel se réchauffent toutes les Petites Filles au bout du Chemin.
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Parce que le coeur d'Emilienne dite Emile s'est arrêté de battre quelques minutes, elle est plongée dans un coma artificiel. Un état où les médecins veulent la faire revenir à la vie dans une pièce "pieuvre de machines". Pendant ce temps, sa presque soeur écrit le journal des jours qu'Emile n'a pas vécus et revient sur l'amitié qui les lie. Elle l'ancienne danseuse classique d'origine des pays de l'Est a subi la violences des hommes. Et c'est dans un groupe groupe de paroles où l'on tente d'exorciser la culpabilité sournoise et accusatrice qu'elles se sont connues. Tandis qu'Emile dort, la narratrice au corps et à l'âme endoloris rencontre La Petite Fille au Bout du Chemin. Eprise de liberté et d'un désir de révolte, cette dernière l'entraîne sur les chemins du "non". Une négation face à l'état et à l'immobilisme, à ce que l'on impose aux femmes, un "non" comme celui de la danseuse Sylvie Guillem ou celui véhiculé par l'anarchiste américaine Voltairine de Cleyre.

la suite sur : http://claraetlesmots.blogspot.fr/2014/07/lola-lafon-nous-sommes-les-oiseaux-de.html
Lien : http://claraetlesmots.blogsp..
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Je découvre cette autrice.
Si l'écriture virevolte de poésie pour dénoncer une société qui brise les âmes, par la dénonciation du patriarcat et si ce cris de révolte doit toujours résonner en nous, je n'ai hélas plus 20 ans pour l'apprécier à sa juste valeur.
A un âge, même si nous ne devons pas éteindre notre rage, de construire un monde plus juste, nous attendons des solutions nouvelles de la jeunesse. Et là je ne pas trouvé de propositions.
En revanche, je le recommande pour tous les jeunes hommes et femmes en devenir afin d'être conscients que le combat continue.
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Une déception pour ma part et un abandon.

J'ai découvert récemment la plume de Lola Lafon avec Quand tu écouteras la chanson, sur sa nuit passée au musée Anne Frank et j'avais adoré ce livre qui m'avait bouleversée.
Ce roman m'a attirée par sa belle photo de couverture et par son titre à la fois mystérieux et poétique.
J'étais certaine de me régaler...

La narratrice nous parle de sa grande amie, qui est en train de mourir à l'hôpital, après un malaise dans un café. Elle revient sur leur rencontre, sur leurs drames, leur viol.
Si le début m'a plu, très vite, j'ai été perdue dans ma lecture. Je ne vois pas du tout où elle veut en venir... ce n'est pas exactement un roman, mais un conte parfois un peu futuriste... qui pose de bonnes questions, avec de beaux personnages féminins, une belle écriture, mais je me suis perdue en chemin.
J'ai arrêté après 200 pages.

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Ok, résumer ce livre est ultra compliqué car ce roman est en lui-même ultra compliqué... Je vais essayer de vous faire part de mes différentes impressions lors et suite à ma lecture mais je m'excuse d'avance si c'est un peu brouillon, j'ai essayé d'ordonner mes idées mais c'est plus difficile que ce à quoi je m'attendais.



Pour commencer, dans ce livre on aborde le sujet très difficile de la mort potentiel, du coma : la personne va-t-elle se réveiller ? Si oui, dans quel état ? Mille questions traversent l'esprit de notre narratrice et l'on pourrait s'attendre à un roman sur ce "simple" sujet. Mais non, l'histoire s'enrichi de bien d'autres sujets, tous plus durs les uns que les autres.

La narratrices, lors du coma d'Emilienne, évoque leur passé commun qui n'a rien d'un conte de fée, bien au contraire. Car les deux jeunes filles se sont rencontrées lors de séances de groupe pour parler du viol, de leurs viols respectifs. C'est un sujet extrêmement dur, notamment lorsque le viol n'est pas reconnu par la justice : la honte, la colère, la culpabilité. On voit défiler de très nombreux sentiments lors de ces passages. C'est terrible de n'être qu'un simple lecteur, un simple témoin de ce qui est arrivé. C'est un passage qui m'a absolument révoltée et retournée. Mais une fois de plus, on n'en reste pas là.

Entre temps, on aborde la thématique de la mémoire : qui est-on sans notre mémoire ? Est-ce que cela se guérit ? Je ne m'étendrai pas sur ce sujet rapidement abordé mais je voulais simplement mettre en avant la diversité foisonnante des sujets abordés dans ce roman.

Ensuite, le sujet qui m'a paru être le plus important est politique. Je suis toujours les débats de loin et la politique ne me plaît pas outre mesure. Je trouve qu'aujourd'hui on évite trop souvent les sujets centraux pour se focaliser sur des broutilles. Mais bref, ici j'étais face à quelque chose que je préfère fuir mais je n'avais plus le choix. Un Etat qui durcit les règles, édicte un couvre-feu, renvoie les étrangers à la frontière... C'est une dictature qui s'installe petit à petit et prend de plus en plus de décisions à l'encontre des libertés au nom de la sécurité. Une dérive bien connue vers laquelle nos sociétés pourraient elle-même aller. C'est en cela que ce roman est un véritable coup de poing : il nous réveille, nous rappelle que la liberté n'est pas acquise mais qu'elle doit être une lutte de tous les jours. même en France aujourd'hui. On ressort de cette lecture assez perturbé mais également prévenu. Laissons un peu notre confort de côté, c'est de liberté que nous avons tous besoin !

Enfin pour terminer (et non, ce n'est toujours pas terminé !), le roman aborde le thème de la folie : est-on fou si l'on est heureux ainsi ? Si l'on pense seulement différemment ? Si l'on pointe juste le doigt sur les problèmes des autres ? Beaucoup de questionnements autour de la médecine, de la folie psychologique. La Petite Fille au Bout du Chemin en est l'actrice principale. On a du mal à comprendre comment elle fonctionne et elle embarque Voltairine dans de drôles d'aventures. C'est particulier et tout le monde n'appréciera pas. Personnellement j'ai adoré les réflexions que suscitait ce personnage...
Lien : https://aloiseuseo.wixsite.c..
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Une narratrice qui veille sa meilleure amie terrassée par une crise cardiaque et réanimée, une rencontre avec la Petite Fille au bout du chemin qui va déterminer sa vie: la faire sortir de cette état de torpeur où un viol l'a conditionnée, la faire se rebeller contre l'Etat qui impose des lois de plus en plus ségrégatives et autoritaires. Voilà ce que j'ai retenu de ce roman
Mais il y a bien d'autres thèmes transversaux: la Folie et son regard sur elle, l'Amitié, la culpabilité... Et tout ça rend le roman confus: on ne sait que faire du début quand on a fini le roman : finalement, cette meilleure amie en est-elle réellement une? C'est difficile à démêler, d'autant plus que les élans lyriques de la Petite Fille au Bout du Chemin parsèment le livre et ne sont pas très limpides.
Roman dont je sors déçue: je n'avais qu'une envie au bout de 100 pages: le finir et passer à autre chose (j'ai beaucoup de mal de ne pas finir un livre quand je l'ai commencé...)
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Troisième roman de Lola Lafon, auteure et musicienne au style joliment fragile, Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s'annonce parvient à évoquer la souffrance avec légèreté. Emile, éducatrice de jeunes en difficulté, est victime d'un arrêt cardiaque momentané. Sa meilleure amie (et narratrice de ce roman) nous raconte leur amitié, liée par le partage d'une expérience commune, le viol et d'une passion, la danse classique. Leurs vies -à l'état de friches- se retrouvent bousculées par l'entrée d'une Petite Fille au bout du chemin, jeune femme fantasque et « oppositionnelle » dont la narratrice ne se séparera plus pendant la convalescence d'Emile. Embarquées sans s'en soucier dans le terrorisme, par hasard animatrices dans un centre social, mettant le feu dans tout Paris juste pour le geste, l'action devient essentielle pour se sentir vivante. L'écriture aussi et le roman est entrecoupé des lettres que s'envoient les deux amies, des textes qu'écrit compulsivement la Petite Fille pour se soulager, des tracts distribués et des slogans écrits sur les murs. Poétique, empreint d'un esprit de révolte, c'est un appel à vivre dangereusement et à ne pas subir les violences répressives qui suivent une Election.
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Je ne m'attendais pas à être secouée comme ça par ce roman intitulé "Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s'annonce".
Ce livre est très surprenant comme à la première écoute du dernier CD de Lola Lafon que j'ai découvert récemment.
J'ai été assez envoutée, voire perturbée, par la cause des petites filles au bout du chemin. C'est un signe, Lola Lafon m'a dédicacé son roman quand nous sommes allés à son concert à Fresnes, en notant "Nous sommes CES oiseaux de la tempête qui s'annonce (ou l'espère)" avec un "merci". Ce n'est pas très gai mais c'est profond et j'admire son engagement anarco-féministe.
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Une ode à la liberté à la fois délicate et radicale. Les frontières deviennent poreuses dans cette histoire d'amitiés féminines, de frôlements , de souffrances aussi. A l'aube de la mort puis de la folie mais aussi de l'amour, trois "marginales" tentent de vivre leur vie dans une société formatée et asphyxiante. Trois oiseaux qui tentent de rester en vol en entrant en résistance.
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