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EAN : 9782940189014
115 pages
Éditeur : Page deux (15/09/1997)
Résumé :
Cet ouvrage est issu d'un cycle de conférences données à l'Université Libre de Bruxelles, chaire Marcel Liebman. L'auteur prend de front les thèses d'André Gorz, de John Rawls et d'autres sociologues du travail. Il réaffirme la centralité effective du travail dans le monde contemporain. Au travers de ses transformations et du déclin d'une certaine forme de maîtrise du travail, Pierre Rolle met en lumière sa prégnance sur les modes de vie. Il souligne l'hégémonie, su... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
de
  18 août 2015
La division de la classe ouvrière est sans doute irréversible, parce qu'elle signifie que c'est en elle, désormais, que des conflits sociaux se posent
De ce livre, non récent mais bien d'actualité, je commence par souligner deux points de divergence sur lesquels je ne reviendrai pas.
Dans sa définition du travail, Pierre Rolle ne prend pas en compte les apports des études féministes. le sujet ici sera donc le travail salarié, au sens le plus direct et le plus restreint.
L'auteur n'aborde pas la figure du « travailleur libre » et les contradictions engendrées par la double « situation » de salarié-e-s et de citoyen-ne-s (voir sur ce sujet par exemple : Antoine Artous, Tran Hai Hac, José Luis Solis Gonzalez, Pierre Salama : Nature de l'Etat capitaliste. Analyses marxistes contemporaines)
Dans son introduction, Pierre Rolle écrit : « Dans la sociologie empirique, l'observation du donné, c'est-à-dire des résultats des mouvements sociaux d'hier, est souvent l'observation des désagrégations et des dissociations du donné. L'interprétation la plus rigoureuse, en effet, vise ce qui est connu du passé et du présent, et s'y épuise. Il suffit donc que l'histoire continue, et qu'il y ait du futur, pour que l'explication proposée devienne insuffisante. La sociologie ne reconnaît le nouveau qu'explicite et achevé, et donc déjà en crise. C'est pourquoi les sciences sociales sont dominées par les paradigmes de l'agonie, de la rupture et de l'entropie. Leurs études constatent la neutralisation des tensions créatrices, l'affaiblissement des enjeux, le découragement des protagonistes. Les anciens physiciens craignaient que l'univers ne meure de tiédeur, lorsque les sources chaudes et les sources froides se seraient contaminées l'une l'autre. Cette peur s'est transférée aux sociologues, qui ne nous laissent plus espérer que le présent sans fin et l'ennui du consensus ».
Je souligne « la neutralisation des tensions créatrices » et j'ajoute que souvent, mais cela ne concerne pas que des sociologues, les chercheurs/chercheuses évacuent les contradictions internes aux rapports sociaux, pour ne retenir que des « catégories » délimitées d'autres « catégories ».
Pierre Rolle parle aussi de l'Etat, du salaire social, du droit du travail, du syndicalisme, du mouvement d'émancipation des travailleurs/travailleuses… Et pour comprendre les dynamiques « de notre société planétaire », il pose la question de « Où va le salariat ? ».
Sommaire :
Introduction
Les mauvais côtés de l'histoire
La théorie des services: André Gorz
Détour méthodologique
Travail et salariat
Contrats de société ?
Le contrat de travail
John Rawls et la théorie de la justice
Conclusion
Entretien
Pierre Rolle parle de la crise, de l'inédit, de l'idée de progrès, de division de l'humanité. Il place au centre de cette division : le travail.
Je ne présente que certains points.
L'auteur analyse le travail salarié, ses évolutions, ses conséquences, ses inscriptions historiques. Il souligne, entre autres que « les besoins de la production fractionne la vie et le temps du travailleur de manière arbitraire par rapport aux besoins propres de celui-ci » et que cette organisation de la vie est un carcan. L'auteur insiste sur les dimensions contradictoires de la socialisation du salariat. Il discute des thèses sur la société « post-industrielle » et au contraire parle du « degré supérieur d'industrialisation » de nos sociétés et écrit : « L'économie comme par flux coordonnés d'un bout à l'autre du monde, produit des impulsions et des signes autant que des denrées, et se développe dans des durées qui ne sont pas celles du marché. Si c'est cela que l'on appelle la société post-industrielle, alors celle-ci est tout autant l'accomplissement de la société industrielle que son dépassement ».
Dans un second temps, il critique la théorie des services, développée entre autres par André Gorz. L'auteur parle des externalisations, de conflits à l'intérieur du travail, d'élargissement des problèmes du travail, de temps libre, de productivité, de nouvelles façons de produire, de réseaux commun « à la consommation et à la production », de subordination de « toute l'existence des individus », de diffusion « des contraintes du travail à toute la vie du citoyen, contraintes qui prennent désormais une forme plus universelle », d'employé-e par le capital…
Et il conclut ce chapitre par une appréciation sur la classe ouvrière : « La classe ouvrière, c'est-à-dire la classe des salariés, représente désormais la grande majorité de la population. Sa reproduction, sa formation, sa consommation, son mode de vie, la manière de l'employer sont devenus l'objet de toutes les politiques économiques. Plus encore, c'est en elle, et dans ses conflits internes, que des enjeux primordiaux se débattent aujourd'hui. Ses divisions sont donc fertiles, et posent par elles-mêmes les questions essentielles qui décideront de notre avenir collectif ».
Les « détours méthodologiques » sont particulièrement intéressants. L'auteur comme dans son introduction, montre les biais, les limites, les impasses de certaines analyses. Il insiste, me semble-t-il à juste titre, sur « la difficulté des économistes à donner sens à la firme elle-même ». Avec le temps, la chose ne s'est pas arrangée, et beaucoup peinent à prendre en compte la « chaine de valeur » à l'échelon mondialisé, l'éclatement des structures juridiques, l'éparpillement des lieux de production et la centralisation accentuée des décisions stratégiques et de la perception des dividendes, sans parler de la transformation de « la nature de l'entreprise et son inclusion dans le système industriel ».
Pierre Rolle montre que le travail n'est pas « un objet scientifique sans équivoque », que derrière les données statistiques s'évapore le « mouvement même », et critique les assimilations de la force de travail à « un capital ». J'ajoute que les dérives analytiques, viennent principalement de l'incapacité à saisir le rapport de travail, le rapport salarial, comme un rapport au sein d'un mode de production historiquement spécifique, le capitalisme, grand absent de multiples théorisations…
L'auteur parle, entre autres, de la « notion composite du travail », des « mécanismes sociaux qui constituent son unité », de l'extériorité qu'est « le capital », de la « subordination au rapport capitaliste », de qualifications et de mode particulier de régulation du rapport salarial, de dimension impersonnelle. Il indique que « le travail ne peut donc être décrit à partir de ces significations individuelles mais seulement, mais d'abord, comme une activité forcée, orientée et réglée de l'extérieur » et parle aussi de « trajectoires temporelles incommensurables »
Il analyse la notion de contrat et souligne entre autres, que « les rapports entre contrats échapperont aux contrats ». (En complément, je rappelle l'indispensable ouvrage de Carole Pateman : le contrat sexuel). L'auteur souligne des « spécificités » du contrat de travail, « La socialisation de la gestion se concrétise par l'officialisation de contrats collectifs de travail qui s'articulent de manière complexe avec le contrat individuel. le contrat individuel s'appuie, s'adosse aux contrats collectifs; or ceux-ci, à leur tour, sont passés entre des partenaires collectifs, des institutions qui ne peuvent jamais être instaurées en véritables partenaires de droit. C'est tout cet appareillage de contrats à plusieurs niveaux qui limite, organise et dissimule la subordination, laquelle en fin de compte demeure au centre du contrat de travail ». Dissimulation de la subordination. D'où : « le travail déborde le droit, et ne peut être réglé que par des rapports sociaux plus larges et plus violents ».
Pierre Rolle parle du droit de grève, de contrarier la logique de l'embauche individuelle, de la force propre du collectif, de contradictions qui ne peuvent être simplement solubles dans le développement de la démocratie…
Au delà des accords et des désaccords, un livre écrit en langue commune, qui loin des élaborations parlant de fin du travail, de « post-industriel », de disparition de la « classe ouvrière », souligne les déplacements des contradictions. Et, pour ne prendre que l'exemple déjà souligné, et avec un autre vocabulaire que celui de l'auteur, que l'imbrication des dominations sont aussi internes à la classe des salarié-e-s (dont les rapports sociaux de sexe, de genre, de génération, etc.) implique bien de construire une unité dynamique, inclusive, en « habitant la contradiction » comme le formulerait une amie féministe…
Le titre choisi pour cette note est une phrase de l'auteur qui souligne l'intérêt de cette approche et ses limites…
Pierre Rolle souligne à de multiples reprises, les possibles émancipateurs contenues dans les formes de socialisation, le déjà-présent sur lequel un autre possible peut-être construit, « le germe des formes futures de la société ».
« Toutes les libertés nouvelles que recèle ce système pour les travailleurs demeurent sans doute jusqu'à présent invisibles, et ne sont discernables qu'à travers l'usage qu'en fait le patronat. Pourtant, ces libertés – la disparition de l'enfermement dans un emploi et dans une filière, la possibilité d'imaginer des configurations, des structures de collaboration, de travail multiples, de modeler la distribution des fonctions et leur articulation – peuvent devenir positives. Il faudrait pour cela qu'elles soient mises en forme et réglées par des collectifs inédits de travailleurs. Sans doute ces collectifs n'existent-ils pas encore, mais ils ne peuvent manquer de se former, vu l'importance de l'enjeu ».
Lien : https://entreleslignesentrel..
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
dede   18 août 2015
Dans la sociologie empirique, l’observation du donné, c’est-à-dire des résultats des mouvements sociaux d’hier, est souvent l’observation des désagrégations et des dissociations du donné. L’interprétation la plus rigoureuse, en effet, vise ce qui est connu du passé et du présent, et s’y épuise. Il suffit donc que l’histoire continue, et qu’il y ait du futur, pour que l’explication proposée devienne insuffisante. La sociologie ne reconnaît le nouveau qu’explicite et achevé, et donc déjà en crise. C’est pourquoi les sciences sociales sont dominées par les paradigmes de l’agonie, de la rupture et de l’entropie. Leurs études constatent la neutralisation des tensions créatrices, l’affaiblissement des enjeux, le découragement des protagonistes. Les anciens physiciens craignaient que l’univers ne meure de tiédeur, lorsque les sources chaudes et les sources froides se seraient contaminées l’une l’autre. Cette peur s’est transférée aux sociologues, qui ne nous laissent plus espérer que le présent sans fin et l’ennui du consensus
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dede   18 août 2015
Toutes les libertés nouvelles que recèle ce système pour les travailleurs demeurent sans doute jusqu’à présent invisibles, et ne sont discernables qu’à travers l’usage qu’en fait le patronat. Pourtant, ces libertés – la disparition de l’enfermement dans un emploi et dans une filière, la possibilité d’imaginer des configurations, des structures de collaboration, de travail multiples, de modeler la distribution des fonctions et leur articulation – peuvent devenir positives. Il faudrait pour cela qu’elles soient mises en forme et réglées par des collectifs inédits de travailleurs. Sans doute ces collectifs n’existent-ils pas encore, mais ils ne peuvent manquer de se former, vu l’importance de l’enjeu
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dede   18 août 2015
La socialisation de la gestion se concrétise par l’officialisation de contrats collectifs de travail qui s’articulent de manière complexe avec le contrat individuel. Le contrat individuel s’appuie, s’adosse aux contrats collectifs; or ceux-ci, à leur tour, sont passés entre des partenaires collectifs, des institutions qui ne peuvent jamais être instaurées en véritables partenaires de droit. C’est tout cet appareillage de contrats à plusieurs niveaux qui limite, organise et dissimule la subordination, laquelle en fin de compte demeure au centre du contrat de travail
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dede   18 août 2015
La classe ouvrière, c’est-à-dire la classe des salariés, représente désormais la grande majorité de la population. Sa reproduction, sa formation, sa consommation, son mode de vie, la manière de l’employer sont devenus l’objet de toutes les politiques économiques. Plus encore, c’est en elle, et dans ses conflits internes, que des enjeux primordiaux se débattent aujourd’hui. Ses divisions sont donc fertiles, et posent par elles-mêmes les questions essentielles qui décideront de notre avenir collectif
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dede   18 août 2015
L’économie comme par flux coordonnés d’un bout à l’autre du monde, produit des impulsions et des signes autant que des denrées, et se développe dans des durées qui ne sont pas celles du marché. Si c’est cela que l’on appelle la société post-industrielle, alors celle-ci est tout autant l’accomplissement de la société industrielle que son dépassement
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