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Critiques sur La crypte des Capucins (12)
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Erik35
  14 janvier 2019
Joseph Roth est né sous le règne de François-Joseph et décède à Paris en 1939 après avoir fui son pays suite à la prise de pouvoir par les nazis. Sa formation journalistique influence celle d'écrivain parce qu'il souhaite s'appuyer sur des témoignages dans ses ouvrages pour faire preuve d'authenticité. Son oeuvre est marquée par un fil conducteur : l'Histoire entremêlée avec sa propre vie. Pacifiste avant et au début de la Première Guerre mondiale, il finit par se présenter au service militaire. La chute de l'Empire austro-hongrois qui découle de la défaite dans le conflit est très mal vécue par l'auteur. Il aimait cet Empire notamment en raison de sa diversité. Cette dernière était pour lui source de richesses tant dans les régions que dans les cultures. Il émet des regrets au sujet de ce monde révolu dans un ouvrage tel que La Crypte des Capucins.

Le titre est, en lui-même, évocateur. La crypte des capucins est l'endroit où sont enterrés tous les dirigeants des Habsbourgs à Vienne. Par conséquent, le titre est la métaphore du déclin de l'Empire des Habsbourgs et de la perte de la patrie. Roth évoque constamment ce monde révolu à travers son narrateur qui parle à la première personne conférant un air de confidence à l'oeuvre. Des parallèles peuvent être faits entre l'expérience du narrateur et la vie de Roth – le rapport au père par exemple. Son oeuvre est donc marquée à la fois par sa vie personnelle et les événements internationaux. Il est nécessaire de mentionner que quand Roth écrit son livre, l'Empire n'existe plus. Même s'il n'oublie pas les manques et les incohérences de ce monde, il recompose ce dernier a posteriori et l'idéalise.

La Crypte des capucins est la suite de la Marche des Radetzky, oeuvre qui raconte la désintégration de la société autrichienne dans la seconde moitié du XIXe siècle à travers la famille Trotta. Dans La Crypte des capucins, le narrateur est un membre d'une autre branche des Trotta. Francois-Ferdinand, le narrateur, porte le nom de l'archiduc François-Ferdinand dont l'assassinat a conduit à la Première Guerre mondiale et à la chute de l'Empire austro-hongrois. Il symbolise le parcours d'un citoyen ordinaire de l'Empire austro-hongrois et le déclin de la monarchie. L'oeuvre peut être analysée en trois temps distincts qui influencent la vie du narrateur : la situation juste avant la Première Guerre mondiale, la situation pendant le conflit et celle d'après le conflit.

Le contexte qui précède la Grande Guerre est caractérisé par plusieurs éléments.

Tout d'abord les idées de décadence et de mort sont omniprésentes. Dans les actes de la vie quotidienne comme les repas ou les nuits, la mort « croisait déjà ses mains décharnées. Nous ne la pressentions pas encore ». Mais, pour le narrateur, la situation était gaie malgré la présence de la mort. le constat qu'effectue le narrateur est le suivant : les contemporains n'ont pas pressenti la guerre longue qui arrivait. La majorité d'entre eux était enthousiaste à l'idée de prendre les armes pour défendre la patrie au cours d'une guerre qu'elle imaginait courte et victorieuse.

La deuxième caractéristique mise en avant par le narrateur est la richesse humaine. L'identité austro-hongroise, qu'il faut défendre au sein de cette guerre, possède différentes facettes. le narrateur souligne, en particulier, la question des nationalités. Ces dernières sont à la fois le terreau de conflits futurs et un atout. Elles sont un des éléments clés de compréhension du monde austro-hongrois. Pour le narrateur, l'Empire trouve sa richesse dans ses « marges » qui nourrissent l'identité autrichienne. Les personnages sont des épitomés de ces régions et de leurs richesses : Joseph Branco, un cousin de la famille Trotta, vient de Slovénie et Manès Reisiger est originaire de Galicie. L'amitié entre Branco, Magnès et François-Ferdinand se renforce au cours du temps : cela montre à quel point cette diversité est chère et importante au narrateur. Les peuples constituent la véritable identité de l'Empire austro-hongrois même si, à l'extérieur de l'Empire, l'illusion d'une Vienne rayonnante domine.

Pour le narrateur, les concitoyens sont les représentations concrètes de la patrie. La défense de cette dernière passe donc par la fraternité, la protection de ces concitoyens. L'annonce même de la Première Guerre mondiale est marquée par la diversité des peuples : l'empereur François-Joseph appelait « à [ses] peuples! ». le narrateur raconte son mal-être vis-à-vis de la guerre dans la mesure où il sait qu'a posteriori la fin de cette diversité approche.

Suite à cette annonce, le narrateur fait le constat de la non préparation du peuple d'Autriche-Hongrie à la guerre. En effet, l'environnement de l'Autriche-Hongrie est encore marqué par la tradition et le quotidien éloigné du monde belliciste. Avant de partir à la guerre, le narrateur essaye de répondre à toutes les obligations sociales des contemporains malgré leur chamboulement imminent. Il se marie avec Elisabeth. le mariage est déjà ancré dans la rhétorique guerrière car il est d'une « simplicité militaire ». François-Ferdinand ressent d'autant plus la différence de situation dans la mesure où il passe de l'amour à la guerre. Il se sert du mariage et de l'amour comme une arme au cours du conflit. Par ailleurs, son mariage lui permet de rencontrer son beau-père qui n'est pas mobilisé et qui va se reconvertir dans l'industrie de guerre. Son beau-père est l'exemple typique des personnes à qui la guerre a profité malgré sa présentation morose de sa condition.

La tradition s'exprime également dans les relations que le narrateur entretient avec sa mère : elles sont plates, caractérisées par la retenue et fondées sur l'amour pour le fils de son mari. Seule la nécessité de partir au combat a permis à la mère de parler plus sérieusement à son fils. Les adieux entre le narrateur et sa mère se font dans la rue peuplée que de très peu d'individus qui sont éméchés. François-Ferdinand fait un parallèle avec la situation à son retour quand les rues sont encore désertes. le paysage est donc un marqueur de la situation.

Le narrateur inclut, dans son récit de la guerre, ses pensées de l'après-guerre et commente son état d'esprit de l'époque. Il tente d'illustrer son ignorance, son manque de clairvoyance ou, au contraire, sa lucidité. Par exemple, il met en lumière son explication de l'expression « guerre mondiale » en ces termes : « non parce qu'elle a été faite par le monde entier mais parce qu'elle nous a tous frustrés d'un monde, du monde qui précisément était le nôtre ». Il exprime ensuite son sentiment de familiarité où qu'il soit en Autriche-Hongrie. Il énumère à la fois des lieux, des villes qu'il connaît, les caractéristiques de ces lieux ou des pratiques qui sont pour lui constitutifs de son « pays » quelque chose plus fort et plus vaste qu'une patrie.

Quand le narrateur se rend sur le front, il est directement confronté au quotidien de la guerre : la vue des blessés et des morts. Il retrouve Manès et Branco : Manès lui saute au cou sans se soucier du règlement, preuve que la guerre a détruit les codes. François-Ferdinand se rend compte qu'il est plus proche d'eux que de ses compagnons d'avant hormis du Comte Chojnicki. La guerre est un facteur de proximité tant les soldats partagent des épreuves dures. L'épreuve qui les amène en Sibérie met en exergue la difficulté des soldats à se situer dans le temps. En effet, ils ne peuvent dire avec certitude le temps du voyage – six mois environ – parce qu'ils ont perdu la notion du temps. La solitude de Sibérie rend fou Manès et Branco. Les trois amis sont contraints de partir pour aller dans un camp duquel Branco et Manès s'enfuiront.

Les trois amis se retrouvent à Vienne quatre ans plus tard. La lassitude des quatre années de guerre est visible chez tous les individus. Pour exprimer cette lassitude, le narrateur utilise le symbole des armes : « les armes avaient envie de s'étendre pour dormir, fatiguées ». À cette lassitude se joint l'angoisse du retour. le narrateur décrit l'incertitude dans laquelle il est. Il a envoyé deux lettres à sa mère qui n'a pas répondu. Lors de son retour à la maison, sa mère se comporte d'une manière inhabituelle : elle se courbe. Très vite reviennent les habitudes « cérémonieuses » et le quotidien comme si ni la guerre ni la destruction de la monarchie n'avaient eues lieu.

Le narrateur n'arrive pas à imaginer sa vie future. Il retrouve une épouse distante et va manger avec elle en compagnie de son beau père et de Yolande – une femme proche de son épouse. Ils vont dans un restaurant que François-Ferdinand avait l'habitude de fréquenter avant la guerre : tout a changé pour lui mais, pour son beau père, il s'agit du quotidien. Il y a donc un changement de référentiel. Il a le sentiment d'être étranger à un monde qui lui était autrefois habituel. Il n'est toutefois pas le seul dans cette situation. En effet, le directeur du restaurant, Léopold arrive et dit « Oh! quel bonheur de vous revoir ! D'en revoir au moins un ! […] Un client ! Enfin ! ». Ces deux personnes voient la monarchie d'antan comme le référentiel naturel. Il y a donc une fracture entre deux mondes : celui de la monarchie, passé, et celui de l'après-guerre.

Ce retour est d'autant plus dur que le narrateur doit retrouver une place dans un monde qui s'est reconstruit sans la présence des combattants. Il a perdu son rang et n'a plus de revenus comme le souligne son beau père. Il n'a plus d'argent car ce dernier était placé en emprunts de guerre. Malgré cela, il met en exergue sa réadaptation à la situation actuelle. Il recommence à penser les événements qu'il a vécu par rapport à Elisabeth. Il déplore le fait qu'il donne de l'importance à Elisabeth alors qu'elle est peu signifiante en comparaison à la perte de ses amis. « Nous nous habituons tous à l'inhabituel » nous dit le narrateur.

La visite de Branco et Manès rend compte de la modification de leur environnement. La ville de Manès, Zlotogrod, pris comme marqueur de la stabilité de la monarchie au début de l'ouvrage a été détruite par les bombardements. Sa femme y a péri et son fils, Ephraim, est devenu communiste. Par ailleurs, Branco souligne le fait qu'il y a besoin d'un visa spécial pour voyager entre chaque pays et s'exclame de la sorte : « quel monde! ». Les symboles de la monarchie s'effondrent. Les citoyens de l'ancienne monarchie, ses défenseurs, s'effacent aussi peu à peu : « nous étions vivants, présents physiquement, mais en réalité, nous étions déjà morts ». le narrateur n'a plus d'inquiétude pour la destinée de ce monde. Il a envoyé son fils à Paris ; il est seul et prêt à aller dans la crypte des capucins.

L'épilogue souligne l'arrivée des nazis dans la ville. Les séparations avec le patron du bar sont définitives. le narrateur est las, il ne peut plus continuer, il a déjà affronté trop d'épreuves. La crypte des capucins est fermée, le narrateur demande à voir le cercueil de l'ancien empereur et crie « Dieu protège l'empereur ». le moine lui ordonne de se taire. Il se demande que faire, où aller, lui, un Trotta, si ce n'est dans la crypte des capucins signifiant l'enterrement définitif de la monarchie.

« Je ne me sentais pas d'aise, j'étais rentré dans mes foyers. Nous avions tous perdu notre position, notre rang, notre maison notre argent, notre valeur, notre passé, notre présent, notre avenir. Chaque matin en nous levant, chaque nuit en nous couchant, nous maudissions la mort qui nous avait invités en vain à son énorme fête. Et chacun de nous enviait ceux qui étaient tombés au champ d'honneur. Ils reposaient sous la terre. Au printemps prochain, leurs dépouilles donneraient naissance aux violettes. Mais nous, c'est à jamais inféconds que nous étions revenus de la guerre, les reins paralysés, race vouée à la mort, que la mort avait dédaignée. La décision irrévocable de son conseil de révision macabre se formulait ainsi : impropre à la mort ».

Ce passage met en avant l'analyse et la capacité de transmission de Roth qui font de lui un auteur incontournable. Dans son ouvrage à la fois accessible et en même temps ponctué de références historiques, il a réussi à montrer les conséquences sociales de la chute de l'Empire austro-hongrois. Il a démontré combien le peuple est perturbé, dans sa vie privée, par les affaires publiques. Sa clairvoyance permet de faire une histoire sociale de la chute de l'Empire austro-hongrois, certes influencée par sa vie, mais qui demeure pertinente. Malgré les imperfections de l'Empire, certains concitoyens adhéraient aux pratiques et s'étaient fondés une identité en lien avec cet Empire. Sa chute a, certes, conduit à la remise en cause d'une instance politique mais également à celle de la construction des individus. Ces individus sont, également, très interdépendants. Les références à autrui et d'autrui forgent les histoires individuelles et collectives. Cette interdépendance est primordiale dans la mesure où l'histoire ne peut se faire que par la globalité des individus. En outre, Roth se concentre, de manière prégnante, sur les prémisses de problèmes futurs : le nazisme, la question des nationalités, du nationalisme, des frontières, des libertés. Ses oeuvres détiennent donc un véritable pouvoir explicatif. La contextualisation permet aux personnages d'incarner des parcours symptomatiques d'une époque tout en restant dans le domaine du possible.

Une fois n'est pas coutume (tâchons de ne pas trop remédier à ce genre de facilité. Mais cette chronique est en tout point excellente et très complète) : le texte qui précède est le fait de Carole Cocault sur le site "Classe Internationale". C'est ici : https://classe-internationale.com/2016/01/27/joseph-roth-la-crypte-des-capucins-1938/
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emmyne
  06 décembre 2013
Je tenais à présenter ce roman et, à travers lui, son auteur qui est pour moi l'égal d'un Stefan Zweig pour la finesse de sa prose, le talent à raconter et décrire sans fioriture mais en peinture par touches vives et profondes, pour l'élégante clairvoyance, les pleins et les délié de sa plume.

Joseph Roth est un fils de l'empire austro-hongrois, il y est né dans une famille juive en 1894 en Galicie (actuellement en Ukraine ). Après la première guerre mondiale, il s'engage dans une carrière de journaliste et d'auteur entre Vienne et Berlin. Dès 1933, il s'exile en France fuyant le pouvoir nazi, séjournant à Paris, rejoignant d'autres écrivains allemands en exil dans le sud et voyage à travers l'Europe ( notamment aux Pays-Bas et en Pologne ). En Allemagne, ses livres sont brûlés. Bien qu'il parvienne à écrire encore et à être publié, sa situation et sa santé se détériorent. Il meurt dans la misère à Paris en 1939.

Il partagea avec Stefan Zweig une correspondance, une lucidité désespérée et la nostalgie du monde viennois disparu, leur "monde d'hier" européen.

Ce nom d'auteur, Joseph Roth, est associé à son célèbre roman "La Marche de Radetzky" ( paru en 1932 ) – relatant sur quatre générations d'une même famille l'empire austro-hongrois jusqu'à sa chute – bien qu'il fut un écrivain prolixe.

Dans ce roman, "La crypte des capucins" ( paru en 1938 ), nous lisons le récit de la destinée d'un membre de la famille von Trotta de "La Marche de Radetzky", un cousin dont la lignée n'intervient pas dans le célèbre titre. A la façon d'une autobiographie, nous est relatée l'agonie de l'Empire, non pas d'un point de vue historique ou guerrier mais d'un point de vue culturel, ce qui le constituait, les différents peuples, son aristocratie, ses structures sociales.
Le narrateur est un enfant gâté de la Vienne monarchique appartenant à cette jeunesse privilégiée, oisive et noctambule, insouciante et inconsciente, les » fils perdus et orgueilleux« . Mais » au dessus des verres que nous vidions gaiement, la mort invisible croisait déjà ses mains décharnées. [... ] Ce qui finissait, en effet, ce n'était pas tant notre patrie que notre empire… » Cette première phrase revient comme le refrain d'un chant funèbre dans la première moitié du récit, celui consacré à l'été 1914 avant la mobilisation durant lequel le jeune von Trotta dresse le tableau de sa société. Refrain de chant funèbre car, si la narration ne s'attarde pas sur les quatre années de conflit – Joseph Roth ne signe pas un roman de guerre – relatant en quelques chapitres le périple de son personnage prisonnier de l'armée russe, la mort qui rattrape cette jeunesse ne les fauche pas tous aux combats mais les prend bien tous en les transformant en fantômes errants d'une autre époque. Dans la seconde partie, le temps s'accélère – sans qu'il soit particulièrement marqué- puisqu'il nous entraîne jusqu'aux années 30 du IIIème Reich. C'est l'effervescence politique, féministe, artistique, l'effervescence libertaire et décalé des Années Folles, un ordre nouveau dans lequel ces jeunes – leurs titres, leurs rites, leurs familles – ne sont plus, l'attirance pour le Nouveau Monde.

Ce roman n'a rien d'épique ni de lyrique; le tragique y est intime, relaté à travers les émotions, l'amitié, l'amour, notamment filial, dont la sobre analyse portée par la narration en Je ne pèse pas sur le récit. Les pages qui reviennent sur la relation à la mère, son portrait, sont éclatantes de sensibilité, d'une justesse émouvante.
Lien : http://www.lire-et-merveille..
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Vermeer
  10 janvier 2020
Suite de "la marche de Radetzky" sur le déclin de l'Empire austro-hongrois. Ici le ton se veut plus tragique. Il s'agit toujours de la fin d'un monde, plus largement d'une civilisation européenne.
François-Ferdinand, membre de la vieille famille des von Totta vit à Vienne une jeunesse insouciante. La Première guerre mondiale le bouleverse à jamais et anéantit son monde et la Vienne d'antan.
Description de la décomposition d'un monde, d'une classe sociale, d'une ville. L'auteur désabusé assiste à l'Anschluss qui supprime la nouvelle Autriche.
Magnifique !
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GrandGousierGuerin
  25 octobre 2015
Suite éventuelle de la marche de Radetzky, on suit maintenant une nouvelle branche Trotta qui a réussi à s'extraire de sa condition de simple paysan slovène pour faire partie de la bourgeoisie viennoise vivant de ses rentes à l'aube de la première guerre mondiale. On suivra sa chute jusqu'à sa déchéance à l'avènement de l'Anschluss où il viendra dans une nuit au silence déchiré par les multiples détonations du coup d'état se ressourcer sur le sarcophage du dernier empereur François-Joseph dans la crypte des capucins.
Roman d'à peine 200 pages écrit à la première personne, le récit peut concevoir comme un écho sans fin laissé par la chute de l'empire : l'Autriche et sa capitale Vienne, n'étant que le déversoir des forces et des richesses provenant des nations multiples au sein de ses frontières, se retrouvent après-guerre privées de leur fluide irriguant les riches avenues jusqu'aux allées du Prater et déperissent inexorablement comme la famille Trotta dont le sang dépérit jusqu'à la quasi disparition de ses membres.
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Taraxacum
  30 août 2016
François Ferdinand Trotta est un enfant gâté de Vienne, tout lui semble offert et acquis, lui qui est né riche dans la puissante capitale d'un immense empire. le colosse cependant se fissure, et déjà le narrateur semble avoir la conscience que ce qu'il connaît est destiné à finir, que sa génération est destinée à être sacrifiée, ceux qui mourront à la guerre mais les autres tout autant. L'intime se mêle ici à l'histoire des empires: finalement, on parle bien peu dans ce roman du vieil Empereur qui incarnait une certaine idée de l'Autriche dans sa personne et de la chute des Habsbourg mais de la façon dont tout un monde, avec ses codes, ses règles, s'éteint avec eux. C'était une Europe différente, cosmopolite, que l'auteur oppose à l'Europe des nations, tellement plus divisée. Ce que le narrateur et les autres ont connu, et jusqu'au plus petit d'entre eux, le pauvre marchand de marron, devient méconnaissable. Leur monde est mort et ne reviendra pas: la Vienne retrouvée en revenant de Sibérie n'est qu'une mauvaise copie où les hommes semblent devenus fous.
On pense irrésistiblement au roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, le Guépard, pour le thème du déclin, mais le ton est ici bien plus intimiste.

Un excellent roman qui m'a donné envie de relire " La Marche de Radetzky" que je n'ai pas ouvert depuis des années, un crime!
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le-mange-livres
  12 avril 2012
« Toutefois, nous devions avoir bientôt la preuve que ces péchés, que mes amis et moi accumulions sur nos têtes, n'avaient rien de personnel, mais n'étaient que de légers symptômes, précurseurs d'un anéantissement déjà en voie de réalisation ».

Superbe préface d'un auteur que j'adore, Dominique Fernandez, intitulée « le beau Danube noir », qui donne une résonnance toute particulière au texte exceptionnel de Roth.

« Au-dessus des verres où nous buvions ensemble, la mort croisait déjà ses mains décharnées » : cette petite phrase revient comme un lancinant et sinistre refrain rythmant la dégénérescence de l'empire. François Ferdinand vit la jeunesse dorée et insouciante des aristocrates viennois, alors que la Grande guerre approche. « Je partageais leur frivolité sceptique, leur mélancolie impertinente, leur laisser-aller coupable, leur air de distraction hautaine, enfin tous les symptômes d'une décadence dont nous ne percevions pas encore la venue ».

Le récit conduit le lecteur de 1914 jusqu'à l'Anschluss, avec une accélération vers l'étape ultime de la désagrégation de la fabuleuse mosaïque culturelle qu'a pu constituer aux temps de ses fastes la double monarchie austro-hongroise. « La quintessence de l'Autriche, on ne la découvre pas au centre de l'empire mais à la périphérie. ». Et la mort de l'empire, c'est le naufrage de Vienne. « Ainsi que mon père le disait souvent, la gaieté de Vienne, en sa diversité, se repaissait nettement de l'amour tragique voué à l'Autriche par les terres de la Couronne. Amour tragique, parce que sans réciprocité ».

C'est la fin, l'engloutissement d'un monde qui est dite là, et Fernandez établit un judicieux parallèle avec le Guépard de Lampedusa, quoique cette oeuvre de Roth, dans son esprit et sa délicatesse, soit bien différente.

Splendeur et misère de l'empire austro-hongrois. Une écriture lumineuse et élégante, des accents de Magris, une mélancolie somptueuse, une sublime élégie. Tout simplement magistral ! Bref, un bijou !
Lien : http://le-mange-livres.blogs..
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Anagnostes
  26 août 2015
On retrouve dans ce roman de Joseph Roth toute la mélancolie de l'écrivain devant la disparition du royaume d'Autriche-Hongrie, et on apprécie son style toujours sobre et délicat. En revanche, contrairement à ce que cherchent à montrer la préface ou certains lecteurs, l'oeuvre nous a paru beaucoup moins aboutie que "La Marche de Radetsky" ou "Job, la vie d'un homme simple".
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Ophelien
  24 juillet 2014
Au début du roman, François Ferdinand Trotta semble innocent, trop gâté et surtout inconscient de ce qui l'attend. Il nage parmi les aristocrates viennois, eux qui semblent si insensibles au temps et qui se moquent des sentiments et de l'amour. Il reste pourtant attaché à sa famille et aux personnes authentiques. Il entretient une relation particulière avec sa mère, emplie de silence, de respect. Mais la guerre va arriver. Et par là-même il va prendre conscience de ses sentiments, de l'amour et de la peur de la mort.

Ce n'est pas un roman de guerre, on nous évite vraiment tout le coté brutal et cru des champs de batailles. Mais c'est tout aussi parlant : à travers les liens familiaux et amicaux on ressent tout le désespoir d'un peuple, les espoirs déçus.

On est plongés dans un peuple avant la guerre, puis après : les façons de se comporter, de parler changent du tout au tout. Un vent de modernité souffle sur certaines catégories de la population : les femmes essaient de se démarquer de la société à travers l'art, par exemple.

J'ai trouvé ce roman très beau et on peut vraiment le comparer à un tableau: des petits détails par ci par là nous sont distillés sur une époque et un lieu, le tout sur un ton travaillé, parfois doux.

J'ai adoré la relation qu'a le personnage principal avec sa mère, et surtout la fin est très jolie même si très triste.
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Peteplume
  09 décembre 2013
C'est un véritable roman, achevé, formant un tout en soi mais s'intégrant aussi parfaitement dans le sillage de "La marche de Radetzky". On retrouve ici, à travers l'écriture merveilleuse de Roth (qu'on apprécie à travers une traduction admirable), la famille Trotta vivant ses propres déboires dans le cadre de l'éclatement de l'empire austro-hongrois. le protagoniste, François Ferdinand Trotta, passe, pendant la guerre de 14-18, d'une vie de bourgeois insouciant de Vienne à celle d'un prisonnier dans un camp de Sibérie. le roman n'est pas tant sur cet épisode à peine abordé que sur la différence entre la Vienne d'avant et celle d'après la guerre. La crypte des capucins, qui donne son titre au roman n'est évoquée qu'incidemment dans le roman. Lieu de sépulture de la dynastie des Habsbourg, c'est le dernier vestige et le symbole de l'ancien empire grandiose et multiculturel qui, en s'effondrant, laisse place à la montée de l'orde nouveau. Dans ce roman transparaissent clairement en filigrane les idées de l'auteur, sa nostalgie d'une époque révolue et son pessimisme quant à l'avenir.
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jpp59
  15 juillet 2013
Il va de soi que je rentrai d'abord chez moi, chez ma mère. Visiblement elle ne s'attendait plus qu'à peine à me revoir encore, mais elle feignit de m'avoir attendu. C'est là l'un des secrets des mamans. Elles ne renoncent jamais à l'idée de revoir leurs enfants. Pas plus ceux qu'on tient pour morts que ceux qui le sont réellement. Et s'il était possible qu'un enfant ressuscitât sous les yeux de sa mère, elle le prendrait dans ses bras tout naturellement, non pas comme revenant de l'autre monde mais d'un pays perdu de ce monde-ci. Une maman espère toujours le retour de son fils, peu importe qu'il soit parti pour une contrée lointaine, ou proche, ou pour l'au-delà.
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