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Critiques sur Indiana (40)
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Kittiwake
  06 novembre 2019
Plantons le décor : un château près de Paris, où vivent Indiana, une jeune et belle créole, et son mari, vieux et riche. On y ajoute un troisième larron, cousin de la châtelaine, qui occupera dans l'histoire une place centrale, pour la sauvegarde d'Indiana. En effet celle-ci montre une propension assez extraordinaire pour s'attirer des ennuis, par candeur et naïveté , mais aussi pour combler le vide affectif que sa situation matrimoniale induit.

La jeune femme se meurt d'ennui, jusqu'à ce qu'un quatrième larron vienne bousculer la tristitude et la monotonie ambiante. En effet le bel et fringant Raymon, un séducteur opportuniste , s'étant introduit dans la propriété pour séduire la dame de compagnie d'Indiana, change de cible et opte pour la jeune épouse du château.

Les dés sont jetés. Les jeux ne sont cependant pas totalement faits entre les tergiversations du bellâtre et les raisonnements de girouette d'Indiana, il faudra de nombreuses pages pour ces rendez-vous ratés.

Outre le style lourd et parfois même peu respectueux des règles grammaticales, même en tenant compte du fait que l'ouvrage date de nombreuses décennies, on s'ennuie ferme dans la première partie. L'action démarre tardivement, et reste poussive.

Les décors qui faisaient le charme de la Petite Fadette ou de François le Champi, se résument ici à quelques descriptions assez élégantes, mais insuffisantes pour créer une ambiance propice à la rêverie .

On s'agace vite des scrupules de la donzelle et on rêve de voir le sort se retourner contre le Don Juan de service .

Quelques allusions à la fin de règne politique complètent le tableau. eEt des propos diablement mysogynes, surprenant de la part de cette femme libre et indépendante.

Plutôt ennuyeux, donc, et loin du charme éprouvé lors de la lecture de la Mare au Diable ou de la petite Fadette.

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Eve-Yeshe
  07 octobre 2016
C'est donc le premier roman de George Sand que je lis et c'est une belle surprise. J'ai beaucoup aimé cette histoire qui fait intervenir une belle jeune femme, Indiana mariée à un homme âgé et bougon qu'elle n'aime pas et auprès duquel elle se morfond, rêvant qu'un beau jeune viendra un jour… elle est très romantique, s'ennuie à la campagne.

Elle obéit à son époux qu'elle a épousé par devoir et la souffrance morale liée à ce statut engendre une somatisation, avec une santé fragile, des malaises fréquents, Indiana s'étiole comme la « dame au camélia » mais sans vraie maladie. Cependant, elle peut être capable de s'opposer à son mari en faisant de la résistance passive.

Face à elle, on trouve trois hommes : son mari le colonel Delmare, officier autoritaire, régnant en maître, de prime abord fort peu sympathique, coléreux, s'emportant très vite et terriblement jaloux, mais qu'on voit évoluer tout au long du roman. L'auteur en parle ainsi: « ... se prit à marcher pesamment dans toute la longueur du salon, sans perdre un instant la roideur convenable à tous les mouvements d'un ancien militaire, s'appuyant sur les reins et se tournant tout d'une pièce, avec ce contentement perpétuel de soi-même qui caractérise l'homme de parade et l'officier modèle. »

Dans le rôle du prince charmant qui est loin d'en être un, on trouve Raymon de Ramière, intéressé uniquement par son rang social, incapable de prendre la moindre décision sans avoir l'avis de sa mère. Ce qui lui importe, c'est de séduire, tout d'abord Noum, la femme de chambre qu'il va conduire au suicide sans aucun regret, ni émotion.

Ensuite son regard se tourne vers Indiana à laquelle il va faire la cour de façon éhontée, dans le seul but de la conquérir, lui promettant monts et merveilles. « Il avait cette aisance que donne une certaine expérience du coeur ; c'est la violence de nos désirs, la précipitation de notre amour qui nous rend stupides auprès des femmes. L'homme qui a un peu usé ses émotions est plus pressé de plaire que d'aimer. »

le troisième homme est Ralf, cousin d'Indiana, un peu plus âgé qu'elle. Il a pris soin d'elle lorsqu'ils étaient enfants et continue de la protéger. Il est médecin et veille sur le couple. Il se retranche dans une attitude froide, indifférente pour qu'on ne puisse pas se rendre compte de ses vrais sentiments. Cet homme solitaire et froid révèle au fil du roman ses vraies qualités. « étranger dans la vie, qui passait mélancolique et nonchalant, n'ayant pas même ce sentiment exalté de son infortune qui fait trouver du charme dans la douleur. »

La mère de Raymon est un personnage intéressant. Femme du monde, elle protège son fils, lui sauve la mise ; indulgente, elle n'en est pas moins lucide sur la valeur morale de son rejeton. « C'était une de ces femmes qui ont traversé des époques si différentes, que leur esprit a pris toute la souplesse de leur destinée, qui se sont enrichies de l'expérience du malheur, qui ont échappé aux échafauds de 93, aux vices du Directoire, aux vanités de l'Empire, aux rancunes de la Restauration ; femmes rares, et dont l'espèce se perd. »

Un autre personnage tient un rôle important, l'île Bourbon, dont sont originaires Indiana et Ralf, et où les époux se sont connus. Les passages consacrés aux paysages et à la vie sur cette île et son histoire sont fabuleux.

L'histoire rappelle un peu celle de « Loin de la foule déchaînée » mais elle est, selon moi, plus élaborée, et on ressent le combat politique de George Sand. Elle décrit très bien la société de l'époque, la place qu'y tenaient les femmes; sans complaisance, féministe dirait-on de nos jours, elle n'a pas la langue dans sa poche et dénonce les préjugés, les convenances, l'éducation « La société ne condamne que les actes qui lui sont nuisibles ; la vie privée n'est pas de son ressort. »

J'ai mis longtemps avant d'ouvrir un livre de George Sand, rebutée par une édition ancienne, à la couverture sinistre de « La mare au diable » qui appartenait à mon père, donc feuilletée et vite reposée… Mais, « challenge 19e siècle » oblige, j'ai découvert un roman que je ne connaissais pas et cela valait la peine…

Ce roman m'a beaucoup plu et j'ai apprécié l'écriture de l'auteur. Je regrette d'avoir attendu si longtemps, donc, je continuerai à explorer son oeuvre

Note : 9,4/10 challenge 19e siècle
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cmpf
  08 août 2017

Quel que soit le plaisir pris à des oeuvres contemporaines, j'ai besoin de revenir régulièrement au XIXe. Et puisque Georges Sand vient d'être mise à l'honneur par Babelio, c'est elle que j'ai choisi et plus particulièrement le premier roman qu'elle a signé seule.

Il y a du conte moral dans cette histoire d'amour et de souffrance.
Indiana est une jeune créole de la Réunion, mariée à un homme beaucoup plus âgé. Par manque d'amour elle est malheureuse et maladive. Heureusement un ange gardien veille sur elle, son cousin Ralph qui prend soin d'elle depuis son enfance. Renfermé, apparemment
médiocre il a toujours été là pour elle. Mais bien que vertueuse Indiana a soif d'amour.

Lu avec plaisir mais sans emballement. Pourtant je ne saurais dire ce qui a manqué.
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PiertyM
  03 septembre 2014
Une histoire d'amour très émouvante! Plutôt l'illusion d'amour! On croit que l'amour ne peut que venir d'ailleurs alors qu'il peut juste être à côté sans qu'on s'en aperçoive. On croit parcourir le monde pour rechercher l'idéal alors qu'il sommeille tout bonnement à notre sein...

Quelle terrible vie que celle d'Indiana, une jeune fille mariée à un vieux industriel un bourreau de la pire espèce, celui-là qui représente en tout et pour tout le pouvoir suprême, celui-là qui doit décider, s'il est permis d'exagérer, de la survie u de la mort de sa jeune femme, une fragile femme, une faible femme, d'une santé précaire comme son état psychique...

Mais quand l'amour vient frapper à sa porte, cette femme connue de tous comme un être fragile comme un oeuf prêt à se casser, d'autant qu'elle bénéficie d'une particulière attention de son cousin Ralph qui ne la lâche pas d'une semelle, donc cette femme molle comme une feuille va manifester une force de caractère très étonnant allant jusqu'à s'engager à prendre la fuite en sautant d'une fenêtre pour se réfugier auprès de son amant Raymond Ramière, mais c'est avec ce même courage qu'elle dominera ses passions et qu'elle reviendra vers son mari tout en lui faisant comprendre que c'est par devoir qu'elle revient et non par peur...

Puis on tombe dans l'illusion de l'amour! Trois hommes autour de cette femme: Delmare le mari dominateur, Raymand un amant indéterminé et Ralph un cousin protecteur et possessif, autour de ces trois hommes, c'est à la fin de l'histoire que Indiana comprend que l'amour vagissait à ses pieds en la personne de son cousin Ralph...un amour longtemps ignoré, refoulé, un amour inconnu qui ne trouve pas sa place sur cette terre que les deux êtres concernés préfèrent aller le vivre dans l'autre monde...

Un roman où les passions s'élèvent au niveau de devenir criminelles, un roman où l'auteure s'est beaucoup plus focaliser sur ses propres sensations que de laisser respirer aisément les personnages, on comprend c'est le premier roman de George Sand, tout de même on retrouve un peu de petit germe de Consuelo dans Indiana...on retrouve aussi cette soif de George Sand de rendre la femme indépendante de toutes les limites que lui imposent la société...

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sylvaine
  22 octobre 2015
Indiana est le premier roman d' Amantine Aurore Lucile Dupin, baronne Dudevant, publié en 1832 sous le pseudonyme de George Sand.
Alors âgée de 28 ans déjà mère de famille elle se lance dans l'écriture. Son héroïne Indiana , jeune fille créole de l'île Bourbon, est mariée au colonel Delmare,un demi solde de Napoleon officier au caractère trempé, autoritaire et bien plus âgé qu'elle. Elle, drapée dans un orgueil farouche, se soumet , obéit mais se laisse peu à peu mourir de tristesse, malgré la présence de Sir Ralph Brown son cousin et ami d'enfance.
Sa route croise celle de Raymon de Ramière, jeune aristocrate, brillant,très prisé de la bonne société parisienne.Son coeur ne fait qu'un bond, sa nature passionnée se réveille,elle est prête à tout , à perdre sa réputation pour lui mais le beau Raymon la trompe et la bafoue!
L'écrivain se doit d'être un miroir du monde qui l'entoure.Indiana se partage entre la petite province, Paris et l'île de la Réunion,George Sand en profite pour dresser un tableau sans complaisance de ces différents microcosmes.
La position de la femme dans ces sociétés est par trop souvent inexistante ,et George Sand s'insurge contre cet état "potiche" .
Roman romantique bien sûr mais pas que cela réalisme et imagination sont au rendez-vousl, les idées libérales de George Sand. pointent leur nez.
Je vous laisse imaginer le tollé qui a suivi la parution de ce roman ...
Roman à découvrit cela va sans dire ah ce 19ème siècle qui n'en finit pas de me séduire !
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IreneAdler
  18 octobre 2016
Challenge ABC, 2016-2017

Avec Indiana, G. Sand dénonce l'institution du mariage, mais aussi le manque d'éducation des femmes. Indiana le dit bien, elle n'est qu'une "servante".
Cependant, Sand essaye de rester impartiale : si la femme est souvent victime, elle a parfois sa part de responsabilité. Prendre un amant ou quitter la maison de son mari, ce n'est pas la meilleure manière de faire avancer les choses. Surtout qu'elle ne choisi pas le meilleur homme pour amant. S'il n'est pas méchant, il est trop dans le monde et ses artifices. Or, Indiana est naïve et a été tenue à l'écart : elle ne connait pas les codes. Elle aura a en souffrir.
Ce qui ressort de ce roman, outre la place des femmes, reléguées au second plan, c'est l'incommunicabilité entre les êtres et les rapports humains, tous placés sur le plan de la domination. Indiana se révolte, mais toute son énergie à le faire se retourne contre elle.
Sans éducation et sans codes sociaux, elle sera une éternelle victime.
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Missbouquin
  30 mars 2012
Le livre

Dans ce roman, George Sand relate la rencontre entre Indiana, une jeune femme élevée à la Réunion qui suit à Paris son mari, vieux colonel colérique et jaloux; et Raymon, l'homme du monde par excellence. L'histoire d'un amour raté, de malentendus et de trahisons.

Ce que j'en ai pensé

Il s'agit de la première oeuvre rédigée seule par George Sand, et publiée sous ce pseudonyme. Dans la préface, elle affirme : “Ceux qui m'ont lu sans prévention comprennent que j'ai écrit Indiana avec le sentiment non raisonné, il est vrai, mais profond et légitime, de l‘injustice et de la barbarie des lois qui régissent encore l'existence de la femme dans le mariage, dans la famille et la société. Je n'avais point à faire un traité de jurisprudence, mais à guerroyer contre l'opinion ; car c'est elle qui retarde ou prépare les améliorations sociales.”

Ce premier roman est donc une véritable profession de foi, de défense de la liberté féminine dans une société où il existe des hommes qui peuvent dire sans rougir, comme le colonel Delmarre : “Qui donc est le maître ici, de vous ou de moi ? qui donc porte une jupe et doit filer une quenouille ?”

A quoi Indiana répond : “La loi de ce pays vous a fait mon maître. Mais sur ma volonté, monsieur, vous ne pouvez rien.”

Ces deux répliques montrent la révolution d'Indiana au cours du roman, de jeune fille naïve et presque faible mais entière, victime des romans qu'elle a lu (“Il faut m'aimer sans partage, sans retour, sans réserve; il faut être prêt à me sacrifier tout, fortune, réputation, devoir, affaires, principes, famille; tout, monsieur, car je mettrai le même dévouement dans la balance et que je la veux égale”), qui cède sous les fables de Raymon; à celle d'une femme qui revendique non pas une liberté physique mais bien une liberté de penser et d'aimer. Car “Les femmes ont rarement le courage physique qui consiste à lutter d'inertie contre la douleur ou le danger; mais elles ont souvent le courage moral qui s'exalte avec le péril ou la souffrance.”

Or Indiana souffre tout au long du roman, dans sa vie morne et ennuyeuse, entre trois hommes qui ne la comprennent pas, qui ne semblent pas être capables d'affection : Delmarre est jaloux mais ridicule; Raymon, au départ aimant, devient vite indifférent (“De ce moment-là, il ne l'aima plus“). Enfin, il faut s'arrêter quelques minutes sur la troisième figure masculine : Sir Ralph, qui a élevé Indiana comme sa fille et l'aime plus que tout, même si son flegme britannique est très exaspérant ! On s'aperçoit tardivement qu'il est en réalité le personnage le plus important de ce roman, le plus passionné et le plus aimant. Une découverte qui me pousserait presque à relire le roman avec un regard différent, éclairé par la fin …

C'est donc au final un magnifique roman sur l'amour, le désespoir auquel il peut conduire, mais aussi sur la vie, la renaissance, la nature et enfin, la sérénité. Un roman bouleversant.

Lien : http://missbouquinaix.wordpr..
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Mimimelie
  27 mai 2013
"Enfin je commençai Indiana, sans projet et sans espoir, sans aucun plan, mettant résolument à la porte de mon souvenir tout ce qui m'avait été posé en précepte ou en exemple, et ne fouillant ni dans la manière des autres ni dans ma propre individualité pour le sujet et les types. On n'a pas manqué de dire qu'Indiana était ma personne et mon histoire. Il n'en rien. J'ai présenté beaucoup de types de femmes, et je crois que quand on aura lui cet exposé des impressions et des réflexions de ma vie, on verra bien que je ne me suis jamais mise en scène sous des traits féminins. Je suis trop romanesque pour avoir vu une héroïne de roman dans mon miroir. Je ne me suis jamais trouvée ni assez elle, ni assez aimable, ni assez logique dans l'ensemble de mon caractère et de mes actions pour prêter à la poésie ou à l'intérêt, et j'aurais eu beau chercher à embellir ma personne et à dramatiser ma vie, je n'en serais pas venue à bout. Mon moi, me revenant face à face, m'eût toujours refroidie".
[Histoire de ma Vie. Ed.Stock]
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SZRAMOWO
  17 juillet 2017
Indiana est un roman de George Sand paru le 19 mai 1832. le premier roman publié sous son pseudonyme de George Sand. Il marque le début de la carrière littéraire de la géniale berrichonne de Nohant.
L'intrigue en est simple. Simpliste pourrait-on oser dire.
Indiana une jeune fille de 19 ans dont les parents ont vécu sur l'île Bourbon (la Réunion maintenant) a épousé le Colonel Delmare, « vieille bravoure en demi-solde, homme jadis beau, maintenant épais, au front chauve, à la moustache grise, à l'oeil terrible ».
Indiana écrit George Sand est « (…) toute fluette, toute pâle, toute triste, le coude appuyé sur son genou, elle toute jeune, au milieu de ce vieux ménage, à côté de ce vieux mari, semblable à une fleur née d'hier qu'on fait éclore dans un vase gothique, vous eussiez plaint la femme du colonel Delmare, et peut-être le colonel plus encore que sa femme. »
De cette île elle est revenue accompagnée des personnes qui font vivre ses souvenirs :
Son cousin Ralph « ma chère cousine, en te portant bien, en reprenant ta gaieté, ta fraîcheur, ta vivacité d'autrefois ; rappelle-toi l'île Bourbon et notre délicieuse retraite de Bernica, et notre enfance si joyeuse et notre amitié aussi vieille que toi... » ;
Sa servante Noun « Noun était la soeur de lait de Mme Delmare ; ces deux jeunes personnes, élevées ensemble, s'aimaient tendrement. Noun, grande, forte, brillante de santé, vive, alerte, et pleine de sang créole ardent et passionné, effaçait de beaucoup, par sa beauté resplendissante, la beauté pâle et frêle de Mme Delmare ; mais la bonté de leur coeur et la force de leur attachement étouffaient entre elles tout sentiment de rivalité féminine. » ;
Elle en est revenue avec une sensibilité à fleur de peau « (…) je ne sais quelle catastrophe se prépare autour de nous. Il y a ici un danger qui pèse sur quelqu'un... sur moi, sans doute... mais... tenez, Ralph, je me sens émue comme à l'approche d'une grande phase de ma destinée... J'ai peur, ajouta-t-elle en frissonnant, je me sens mal. »
Le drame que pressent Indiana Delmare se nomme Raymon de Ramière, « M. de Ramière n'était pourtant ni un fat ni un libertin. Nous avons dit qu'il avait de l'esprit, c'est-à-dire qu'il appréciait à leur juste valeur les avantages de la naissance. C'était un homme à principes quand il raisonnait avec lui-même ; mais de fougueuses passions l'entraînaient souvent hors de ses systèmes. »
Il s'amourache de Noun « M. de Ramière était amoureux de la jeune créole aux grands yeux noirs qui avait frappé d'admiration toute la province à la fête de Rubelles ; mais amoureux et rien de plus. », mais très vite, s'intéresse à la maitresse Indiana « Que voulez-vous ! Raymon était un homme de moeurs élégantes, de vie recherchée, d'amour poétique. Pour lui une grisette n'était pas une femme, » l'occasion lui en est donné lors d'un bal à Paris « En parlant, Raymon tenait la main de Mme Delmare, prêt à se mêler avec elle dans la contredanse. Il pressa doucement cette main dans les siennes, et tout le sang de la jeune femme reflua vers son coeur. »
Voilà l'essentiel de l'intrigue et des personnages. Bof me direz-vous. Mais non, pas Bof ! J'ai terminé la lecture d'Indiana il y a quelques jours, après une lecture ancienne de près de 40 années qui m'a laissé très peu de souvenirs.
Le personnage d'Indiana est présenté sans concession. La jeune femme voit plus loin que le vieux mari qu'on lui a imposé, elle est prête à sombrer pour cela, à se ruer sur le danger, à se renier. Ce qu'elle fera. : « Elle avait compris sous les charmilles taillées du Lagny que la pensée même devait avoir là plus d'entraves que sous les palmistes sauvages de l'île Bourbon ; et, lorsqu'elle se surprenait à dire encore par l'habitude : « Un jour viendra... un homme viendra... », elle refoulait ce voeu téméraire au fond de son âme, et se disait : « Il faudra donc mourir ! » »
Raymon lui, est un homme, il ne se soucie que de son bien-être. Ses états d'âme ne sont que les expressions variables et parfois Ô combien hypocrites de cet objectif :
« Il avait aimé Noun avec les sens ; il aimait Mme Delmare de toute son âme. Il n'avait menti jusque-là ni à l'une ni à l'autre. Il s'agissait de ne pas commencer à mentir, et Raymon se sentait également incapable d'abuser la pauvre Noun et de lui porter le coup du désespoir. Il fallait choisir entre une lâcheté et une barbarie. Raymon était bien malheureux. Il arriva à la porte du parc du Lagny sans avoir rien décidé. »
Vis-à-vis de Noun, qui porte son enfant, il atteint les sommets de l'abjection :
« Alors, faisant usage de toutes les ressources de langage et d'esprit que la nature lui avait données, il lui fit comprendre que ce n'était pas à elle, mais à l'enfant dont elle allait être mère, qu'il voulait offrir ses secours.
– C'est mon devoir, lui dit-il ; c'est à titre d'héritage pour lui que je vous les transmets, et vous seriez coupable envers lui si une fausse délicatesse vous les faisait repousser.
Noun se calma, elle s'essuya les yeux. »
Mais ces sommets seront dépassés lorsque, pour son confort il admet « (…) qu'avec de l'adresse il pouvait encore tromper ces deux femmes à la fois. » et encore plus, « Il pouvait, en se donnant un peu de peine, exercer sur son Indiana un ascendant illimité ; il se sentait assez d'adresse et de rouerie dans l'esprit pour faire de cette femme ardente et sublime une maîtresse soumise et dévouée. Il pouvait la soustraire au courroux de l'opinion, la cacher derrière le mur impénétrable de sa vie privée, la garder comme un trésor au fond de sa retraite, et l'employer a répandre sur ses instants de solitude et de recueillement le bonheur d'une affection pure et généreuse. » et plus encore « Il ne s'agissait plus pour lui que de profiter des derniers moments d'exaltation de Mme Delmare, et de laisser ensuite à son destin bénévole le soin de le débarrasser de ses pleurs et de ses reproches. »
En lisant ces phrases, on se dit, Indiana est perdue. On pense à Emma Bovary. Mais non. Mille fois non. Indiana n'est pas Emma Bovary. Elle sombre, songe au suicide, mais renonce et considère sa situation avec froideur : « L'intérieur de Mme Delmare était cependant devenu plus paisible. Avec les faux amis avaient disparu beaucoup des difficultés qui, sous la main féconde de ces officieux médiateurs, s'envenimaient jadis de toute la chaleur de leur zèle. »
Les différences entre Indiana Delmare et Emma Bovary sont nombreuses. Peut-être parce que Flaubert est un homme et George Sand une femme puisant dans sa propre expérience les traits de caractère contradictoires de son personnage.
Et, en comparant les deux histoires, on se dit que la cause des femmes n'est jamais mieux défendue que par une femme.
Même si, poussant très loin l'analyse de la société de son époque, George Sand nous met en garde contre notre admiration de son personnage
« Voilà ce que je vous répondrais si vous me disiez qu'Indiana est un caractère d'exception, et que la femme ordinaire n'a, dans la résistance conjugale, ni cette stoïque froideur ni cette patience désespérante.
Je vous dirais de regarder le revers de la médaille, et de voir la misérable faiblesse, l'inepte aveuglement dont elle fait preuve avec Raymon. »
Pour ceux que ça intéresse, j'ai concocté un quiz sur ce roman à découvrir absolument : https://www.babelio.com/quiz/28203/Indiana




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vilvirt
  24 novembre 2011
Indiana, c'est un peu le souvenir de tous ces livres issus du romantisme qui m'ont passionnée quand j'étais ado. le romantisme poussé à l'extrême, les sentiments puissants qui balayent tout, les émotions indescriptibles qui poussent les personnages à accomplir des choses étonnantes, la poésie des décors et une sensibilité ma foi assez émouvante...

Déchaînement de passion, drames, c'est tout cela que l'on retrouve dans ce roman de George Sand, et je dois dire que j'ai été très satisfaite de cette découverte. de George Sand, c'est Lélia qui m'a le plus marqué lorsque je l'ai lu (il y a très longtemps !), et j'ai retrouvé beaucoup des émotions ressenties à l'époque à la lecture d'Indiana.

Mais Indiana, qui est-elle ? Une femme en apparence fragile, issue des terres ensoleillées situées de l'autre côté de l'océan et qui traîne une mélancolie mortelle depuis son retour en France, depuis, surtout, son mariage avec un riche industriel qui la rend malheureuse. Elle endure sa vie morne en silence entre un époux égoïste et stupide, et un ami de longue date qui a suivi le couple sur ses terres. Ça c'est ce que l'on découvre dès les premières lignes du roman. Mais Indiana est bien plus que cela. C'est avant tout une femme à la volonté sans pareille, étonnamment forte et souveraine dans la douleur qu'elle subit sans une plainte malgré un grand état de faiblesse lié à sa langueur, qui cherche désespérément le bonheur auprès de son entourage sans jamais réussir à éveiller la compassion de ses proches, et que tout le monde regarde dépérir sans réagir. C'est une âme incomprise, pure et chaste qui ne connaît rien de la vie mais qui livre naïvement son coeur au premier séducteur venu. Et lorsque les évènements s'enchaînent, elle devient une de ces figures courageuses et résolues, capables par amour de jeter leur réputation aux orties en accordant au passage un regard arrogant sur une société hypocrite prompte à juger les erreurs des autres. C'est une véritable amoureuse digne des vraies héroïnes de romans, devant laquelle les hommes pâlissent de honte en réalisant leur propre lâcheté. Indiana est tout cela et bien plus encore. Elle est fière, elle est droite et elle aime sans concession.

Face à elle, on retrouve des figures masculines souvent pathétiques, que la plume de l'auteur révèle tour à tour méprisables, manipulatrices, violentes et même despotiques parfois. L'époux, le père ou l'amant, tous subissent l'exaspération de George Sand lorsqu'elle souligne les duretés d'une époque terriblement intransigeante pour son sexe et si laxiste pour les poseurs, les donneurs de leçon et les mielleux. Usant tour à tour de menace, de violence, de subterfuges ou de propos habilement menés, chacun d'entre eux fournit des entraves auxquelles il est bien difficile de se soustraire. Qu'on soit emprisonnée dans un mariage forcé, condamnée à subir le joug du mari, ou victime des machinations d'un amant prêt à toutes les bassesses pour mettre la main sur votre vertu, George Sand cristallise dans ce récit féministe avant l'heure toutes les épreuves et les humiliations qui ne sont pas épargnées aux femmes, et démontre par la même occasion les limites de leur rôle.

Elle dénonce la dure réalité de la condition féminine de son époque, et à travers celle de son héroïne, les destinées tragiques et les existences inconnues de toutes ces femmes auxquelles on ne laissait pas d'autre choix que d'obéir et de se plier aux règles, et dont les libertés apparentes se résumaient à peu de chose. L'habileté de l'auteur pour détailler la psychologie de chacun de ses personnages est admirable. Que ce soit Raymon, M. Delmare, Ralph Brown ou encore Indiana elle-même, l'évolution de leurs sentiments et chacune des étapes de leurs pensées, de leurs doutes et de leurs émotions nous sont rapportées avec beaucoup de justesse et de profondeur.

George Sand excuse l'époux - certes violent et querelleur - en décrivant son passé de soldat et en évoquant sa pudeur devant la délicatesse de sa femme à laquelle il est incapable d'exprimer sa tendresse. Elle pardonne à Raymon, l'amant - peut-être la figure la plus intéressante de ce roman - en évoquant les sources de son égoïsme : son éducation et ses ambitions politiques peuvent expliquer son éternel besoin de reconnaissance. Un besoin qu'il cherche à assouvir auprès des femmes et dans la société de ses contemporains avec lesquels il rivalise de charisme et de subtilité dans des discours politiques pour lesquels il est passé maître. Son érudition et son ascendant sur tous en font un homme incroyablement séduisant. Et malgré un manque de sincérité flagrant, c'est un homme tendre et passionné mais incapable d'assumer les conséquences de ses actes parce qu'on ne lui a jamais appris à le faire.

Les femmes de ce roman subissent elles-même les conséquences dramatiques de leur naïveté et du déchaînement de leurs émotions, mais ce sont les hommes les premiers que l'on nous désigne comme véritables coupables des tragédies qu'ils entraînent. Ce qui empêche cette histoire de devenir un véritable coup de coeur pour moi, c'est l'aspect religieux brandit une fois de plus comme unique obstacle à la perfidie des hommes et à leurs instincts les plus pervers. Indiana est chaste et le reste, et sa formidable force de caractère intimide même ses plus rudes adversaires...

A travers le récit des tourments d'Indiana, l'auteur en profite donc pour souligner toutes les imperfections de la société de l'époque et offre ainsi un récit dense, passionnant, lyrique qui s'apparente à un hymne à la liberté mais porte aussi tout le désespoir d'un combat dur à remporter...

Un long billet pour une très grande oeuvre littéraire !
Lien : http://tranchesdelivres.blog..
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