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EAN : 9782253240389
544 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (27/01/2021)

Note moyenne : 3.94/5 (sur 110 notes)
Résumé :

Les Mauprat : une famille de petits seigneurs berrichons, incultes et cruels, qui ne seraient pas déplacés dans un roman de Sade et perpétuent au dix-neuvième siècle les pires usages du monde féodal.
A l'un d'eux, Bernard, on donne à violer sa cousine, Edmée. A force de courage, de grâce et de beauté, Edmée finira par dompter Bernard, par transformer la brute en homme véritable. Roman " noir " et roman socialiste en partie inspiré par les idées de Pie... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (18) Voir plus Ajouter une critique
Missbouquin
  11 décembre 2012
Après plusieurs textes peu intéressants cette semaine, j'ai décidé d'effectuer un retour aux sources ! Après avoir hésité entre Zola et Sand, tous les deux bien présents dans ma bibliothèque, j'ai finalement opté pour la dernière, encouragée en cela par ma chère George. Terminé la semaine dernière, depuis je tremble à l'idée de rédiger cet article car je sais que ma copine sera derrière mon épaule et que j'ai pas intérêt à raconter n'importe quoi sur un roman de George Sand !
Mais heureusement pour moi, je ne vais pas avoir besoin de me forcer pour rédiger un article positif car j'ai littéralement dévoré ce roman à mi chemin entre le Capitaine Fracasse de Gautier et Indiana, premier roman sous le pseudonyme de George Sand. En bref, de l'amour, de la philosophie, de l'aventure, des combats, de l'épée, et une figure de femme magistrale, Edmée. Une de celle qui ne vous lâche plus ensuite. Car sous ses airs fragiles, c'est une femme à la volonté de fer et à l'intelligence redoutable que nous dépeint Sand.
Au XVIIIe siècle, dans une province reculée du Berry, habitent les Mauprat. « C'est une race indomptable, incorrigible, et dont il ne peut sortir que des casse-têtes ou des coupe-jarrets. A ceux que l'éducation a le mieux rabotés, il reste encore bien des noeuds : une fierté souveraine, une volonté de fer, un profond mépris pour la vie. »
Edmée, descendante de la branche honorable des Mauprat, va prendre sous son aile son cousin Bernard, élevé par la bande de coupe-jarrets qu'est la branche aînée des Mauprat, sans morale, sans argent et sans sentiment. de véritables bandits, mais malheureusement des seigneurs aussi ce qui interdit de les déloger de leur château où ils se barricadent depuis des années.
C'est dans cette ambiance qu'a grandi le petit Bernard, dernier rejeton de la famille; c'est à l'école de la muflerie, de la violence qu'il a été élevé. Une fois sorti de cet horrible château, avec l'aide des idées de Rousseau, Edmée aura bien du travail pour le rééduquer … « Vous êtes un sauvage, Bernard. » Mais le fait que ce sauvage tombe éperdument amoureux d'elle va bien l'aider …
Petit à petit, Bernard change, avec le caractère violent et entier qui est le sien : « Je parvins à gouverner mes mouvements jusqu'à un certain point. Je ne me corrigeai jamais de l'orgueil et de la violence. On ne change pas l'essence de son être, mais on dirige vers le bien ses facultés diverses; on arrive presque à utiliser ses défauts; c'est au reste le grand secret et le grand problème de l'éducation. »
Si Edmée est tout de suite attachante, et que l'on sent qu'elle sera le personnage pivot du roman, le récit est pourtant centré sur celui de Bernard. Pour cause, le roman se présente comme un récit de Bernard lui-même, au crépuscule de sa vie. Un angle intéressant car le vieux Bernard condamne tout ce qu'il a été avant de rencontrer sa cousine Edmée, et porte un regard plus que sévère aussi bien sur ses propres actes que sur ses pensées d'alors.
Il me semble que Sand a trouvé une manière habile de démontrer les vertus et la puissance de l'éducation, qui peut combattre tous les mauvais instincts et penchants animaux de l'homme. Mais elle montre surtout que ce travail ne peut être fait que de l'intérieur. C'est son amour pour Edmée qui poussera Bernard à s'amender, à essayer de comprendre ses réactions et à changer. Mais ce ne sera pas si facile, et bien des obstacles, physiques et moraux vont séparer ces deux personnages clés.
« L'homme ne naît pas méchant; il ne naît pas bon non plus, comme l'entend Jean-Jacques Rousseau [...]. L'homme naît avec plus ou moins de passions, avec plus ou moins de vigueur pour les satisfaire, avec plus ou moins d'aptitude pour en tirer un bon ou mauvais parti dans la société. Mais l'éducation peut et doit trouver remède à tout; là est le grand problème à résoudre, c'est de trouver l'éducation qui convient à chaque être en particulier. »
Roman romantique, roman gothique, histoire d'amour, histoire de famille, roman d'éducation, manifeste féministe, Mauprat est tout cela à la fois, et bien plus encore, concentrant les thèmes chers à Sand, ainsi que ses combats les plus intenses.
Un roman capital dans l'oeuvre de George Sand, et une magnifique lecture pour moi.
Lien : http://missbouquinaix.wordpr..
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Syl
  13 avril 2013
Quelques années avant et après la Révolution.
« … sa santé robuste, sa taille droite, sa démarche ferme et l'absence de toute infirmité annoncent quinze ou vingt ans de moins. Sa figure m'eût semblé extrêmement belle sans une expression de dureté qui faisait passer, malgré moi, les ombres de ses pères devant mes yeux. »
Bernard Mauprat, vieil homme de quatre-vingts ans, reçoit dans sa demeure près de Châteauroux, dans l'Indre, un jeune homme qui souhaiterait entendre, par le dernier des Mauprat, l'histoire de cette famille légendaire.
Cette curiosité est teintée des peurs enfantines…
« C'est que dans mon enfance, j'ai placé le nom de Mauprat entre ceux de Cartouche et de Barbe Bleue, et qu'il m'est souvent arrivé alors de confondre, dans des rêves effrayants, les légendes surannées de l'Ogre et de Croquemitaine avec les faits tout récents qui ont donné une sinistre illustrations dans notre province, à cette famille des Mauprat. »
Bernard devient orphelin à sept ans. Sa tutelle est disputée par les deux branches de la famille, l'aînée et la cadette. C'est son grand-père Tristan qui l'emmène dans le Château de la Roche-Mauprat, un repère féodal lugubre, malsain, tenu par un pont-levis. Dans cet antre pernicieux, il fait la connaissance de ses huit oncles, tous plus vicieux, méchants et dégénérés les uns que les autres. Seul enfant dans ce cloaque, il est confié à la garde de l'oncle Jean, un handicapé, qui lui fait subir des sévices et des vexations. Traité comme un animal, il endure des tortures physiques et morales sans pouvoir s'en échapper. Au fil du temps, son caractère se forge, et sans être aussi immoral que sa parenté, Bernard devient dur et calque son tempérament sur celui de ses oncles, cachant son humanité sous un masque ignoble.
La vie et leurs subsides sont faits de larcins, de taxations, de brigandages et de viols. Les seigneurs d'autrefois sont devenus des tourmenteurs, des charognards et des voleurs.
Bernard a quinze ans lorsque le grand-père décède, il en a dix-sept quand pour la seconde fois sa vie bascule…
Un jour, oncle Laurent qui s'était absenté toute la journée, rentre en compagnie d'une jeune fille. Perdue, elle pense pénétrer dans la demeure de Madame Rochemaure, une dame dévote de la région, et accorde bien innocemment sa confiance.
Bernard succombe à sa beauté et, dans un conciliabule, arrive à soutirer à ses oncles la permission d'être le « forceur ». S'enfermant avec elle dans une pièce, il commence à se faire pressant. La belle ne tarde pas à comprendre le piège et se présente aussitôt… Elle est Edmée, fille de Monsieur le chevalier Hubert de Mauprat, frère cadet de son grand-père. Petit à petit, dans le bref temps qui leur est imparti, l'un essaie de lui voler un baiser, l'une tente de le raisonner, l'un est poursuivi par le sang bouillonnant des Mauprat et de dix années d'une éducation sauvage, l'une ne murmure que deux mots « Sauve-moi, sauve-moi ! ».
Et si en la sauvant, Bernard s'affranchissait en même temps ? L'évasion serait une double délivrance. L'enfant grossier et barbare, bien souvent cruel, voit son avenir près d'Edmée qu'il aime déjà passionnément. Avant de partir, une promesse est scellée…
« - Jurez que vous serez à moi d'abord, et après vous serez libre ; je le jure. Si je me sens trop jaloux pour le souffrir, un homme n'a qu'une parole, je me ferai sauter la cervelle.
– Je jure, dit Edmée, de n'être à personne avant d'être à vous.
– Ce n'est pas cela, jurez d'être à moi avant d'être à qui que ce soit.
– C'est la même chose, répondit-elle, je le jure.
– Sur l'Evangile ? sur le nom du Christ ? sur le salut de votre âme ? sur le cercueil de votre mère ? »
J'ai aimé ce roman, entre aventure et amour. Il est une saga fragmentée en plusieurs épisodes. L'introduction est celle d'un vieil homme qui se retourne sur son passé. Sa nostalgie n'est pas remplie de rancoeur, elle est douce pour celle qu'il a aimée, voire vénérée.
« Elle fut la seule femme que j'aimai ; jamais aucune autre n'attira mon regard et ne connut l'étreinte de ma main. Je suis ainsi fait ; ce que j'aime, je l'aime éternellement, dans le passé, dans le présent, dans l'avenir. »
La première partie raconte la pitoyable moralité de sa famille, le château La Roche-Mauprat, les bois, l'ermite philosophe Patience, la tour Gazeau, Marcasse « le preneur de taupes »… Bernard est un sauvageon dont l'attitude est avant tout une fanfaronnade tirée de l'orgueil, de la peur et de l'inculture. Jusqu'au jour où il rencontre celle qui le fera évoluer. Plus qu'une amante, Edmée sera une mère. Dans cette deuxième partie, Bernard se retrouve à Sainte-Sévère dans la maison de son grand-oncle où il recevra l'éducation, les bases, qui lui font défaut. Ces leçons seront données par l'abbé Aubert, ami d'Edmée et de Patience. Troisième partie, c'est Paris et les salons littéraires, philosophiques, les poseurs, les précieux, le ridicule, mais aussi un début de modernité. La Fayette enrôle pour les Etats-Unis… Quatrième partie, l'Amérique et une ouverture sur un autre monde ; l'amitié fraternelle avec un scientifique-herboriste, Arthur. Cinquième partie… et dernière ; le procès.
A l'aube de la Révolution, George Sand nous présente les années d'un « siècle éclairé ». L'esprit est libre et commence à se défaire des carcans familiers. Elle donne aussi un beau rôle à Edmée qui est l'initiatrice, la femme qui tait sa passion pour faire grandir un homme.
Bernard dit…
« Ne croyez à aucune fatalité absolue et nécessaire… et cependant, admettez une part d'entraînement dans nos instincts, dans nos facultés, dans nos impressions qui ont entouré notre berceau, dans les premiers spectacles qui ont frappés notre enfance… Admettez que nous ne sommes pas toujours absolument libres de choisir entre le bien et le mal… L'homme ne naît pas méchant ; il ne naît pas bon non plus, comme l'entend Jean-Jacques Rousseau, le vieux maître de ma chère Edmée. L'homme naît avec plus ou moins de passions, avec plus ou moins de vigueur pour les satisfaire, avec plus ou moins d'aptitude pour en tirer un bon ou un mauvais parti dans la société. Mais l'éducation peut et doit trouver remède à tout ; là est le grand problème à résoudre, c'est de trouver l'éducation qui convient à chaque être en particulier… »
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lelivredapres
  13 février 2014
Je ne sais pas pour vous mais Mauprat, moi, cela ne me rappelait rien. La mare au diable, ou La petite fadette ou encore Consuelo, oui, mais ce titre, il me semble bien ne jamais l'avoir entendu auparavant. Et c'est une agréable découverte car Mauprat est un roman tout à la fois captivant, émouvant et enrichissant. Mauprat est le nom de la famille qui est au centre de ce roman. Il s'agit, comme les décrit la quatrième de couverture, « de petits seigneurs berrichons, incultes et cruels, qui ne seraient pas déplacés dans un roman de Sade et perpétuent au dix-neuvième siècle les pires usages du monde féodal ».
La famille Mauprat est en réalité divisée en deux branches : les Coupe-Jarret , la branche aînée qui, c'est un euphémisme de le dire, a mal tourné, et les Casse-tête, sages et justes, héritiers de l'esprit des Lumières. le narrateur, Bernard Mauprat, dernier héritier des Coupe-Jarret, est un homme âgé qui revient sur sa vie, longue et agitée. L'histoire débute alors qu'il a dix-sept ans et vit avec ses horribles oncles, les Mauprat Coupe-Jarret, depuis qu'il a perdu ses parents à l'âge de sept ans. Son oncle Hubert Mauprat, de la branche cadette des Casse-tête, avait essayé de le recueillir quelques années avant, afin de l'enlever des mains de ces infâmes bandits, mais en vain.
Nous sommes dans le Berry, dans la seconde moitié du XVIIIème siècle, peu avant la révolution française. La fille d'Hubert Mauprat, enlevée par ses infâmes oncles, est amenée par ceux-ci à Bernard Mauprat, afin qu'il fasse preuve de sa virilité. Mais Bernard, bien qu'élevé par ses oncles, ne partage pas leur penchant pour la violence, les exactions et autres crimes qu'ils commettent régulièrement, et tombe amoureux d'Edmée. Il s'évade avec elle de l'affreuse demeure de la Roche-Mauprat, après lui avoir fait promettre qu'elle n'appartiendrait jamais à aucun autre que lui-même. Bernard ramène Edmée chez son père, qui installe Bernard chez lui et l'adopte enfin.
Commence alors une longue période pendant laquelle Bernard vit aux côtés d'Edmée. Celle-ci exige que Bernard s'instruise, ce qu'il fait avec l'abbé Aubert, ami de la famille. Edmée promet à Bernard de l'épouser lorsqu'il sera devenu un gentilhomme cultivé et apte à vivre en société, c'est-à-dire tout d'abord, à s'y comporter de façon mesurée. Mais les doutes assaillent fréquemment Bernard. Il s'impatiente et craint qu'Edmée ne change d'avis ou ne soit pas sincère. D'autant que celle-ci est depuis longtemps promise à M. de la Marche. Bernard s'ouvre parfois à Edmée, ce qui est l'occasion d'échanges passionnés mettant à l'épreuve les sentiments exacerbés des deux cousins. C'est d'ailleurs suite à l'un de ces épisodes qui représentent pour lui une torture, que Bernard décide de s'engager auprès de Lafayette, et de partir combattre pour l'indépendance de l'Amérique. Bernard ne rentrera que six ans plus tard en France. Et c'est alors qu'un événement grave viendra tout remettre en question, au moment même où tout se présentait pour le mieux, Edmée ayant en effet attendu Bernard pendant ces longues années.
Je ne vous en dirai pas plus pour préserver la fin de l'intrigue, dont on suit les rebondissements avec intérêt. En effet, on s'attache rapidement aux personnages de Bernard et Edmée, comme à ceux tout aussi intéressants de Patience, Hubert, et Marcasse. Mauprat est un roman très riche, aux multiples facettes, que J.P Lacassagne caractérise ainsi dans sa préface : « un roman indéfinissable, dense et captivant que l'on a pu lire comme un roman d'aventures, un roman d'éducation, un roman d'amour, le premier des grands romans champêtres ou des grands romans sociaux » .
En effet, le roman se veut parfois romantique, -et c'est là que se situent à mon avis les quelques longueurs, avant le voyage en Amérique notamment-, parfois aventurier, avec un horrible château, une évasion, quelques poursuites à cheval, et d'effrayants moines qui se retrouvent dans une auberge sordide. C'est aussi un roman social, lorsque Edmée devise avec ses amis proches et refait le monde, ou lorsque Patience développe des idées égalitaristes. On y retrouve d'ailleurs l'influence de Jean-Jacques Rousseau, que George Sand cite à plusieurs reprises, puisqu'il est particulièrement admiré par Edmée. Celle-ci a d'ailleurs beaucoup apprécié La nouvelle Héloïse et s'emploie à développer les qualités que Rousseau aime chez une femme : « elle aimait à reconnaître avec lui que le plus grand charme d'une femme est dans l'attention intelligente et modeste qu'elle donne aux discours graves ». Enfin, c'est un roman d'éducation qui comporte de très belles pages sur l'intérêt de la culture, comme lors de l'initiation de Patience à la poésie.
Vous l'aurez compris, une très belle lecture que je vous conseille, et qui donne envie de se replonger dans les classiques !
Mauprat, George Sand, Folio classique n°1311, Paris, 1981, 476 p.
Blog le livre d'après, http://lelivredaprès.com/mauprat-de-george-sand/
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nathalie_MarketMarcel
  12 décembre 2013
Voici un livre qui répond en tous points à l'adjectif « romanesque » !
Si j'ai été agacée par les hauts sentiments des personnages et leur manie de faire des phrases, je suis tout à fait séduite par l'ensemble du roman. le rythme est très bien mené, avec des alternances habiles dans les actions. Sand a le sens des rebondissements. J'ai également aimé cette plongée dans un XVIIIe siècle plein de contrastes : les paysans asservis, le château enfoui, les nobles accrochés à leurs privilèges malgré leurs prétentions philosophiques, le rôle de l'Église dans le maintien de l'ignorance. À quoi se mêle la sensibilité romantique (les ruines effrayantes et les grandes passions) et une pensée politique issue de la Révolution : idéal d'égalité, vertus de l'instruction, le modèle américain.
C'est un peu la quintessence de Sand que l'on trouve là. C'est aussi un roman d'éducation, rendant un vibrant hommage à Rousseau. Ajoutons l'importance de la nature, de la végétation, des forêts profondes du Berry et il ne manque rien.

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MarcelP
  13 avril 2020
Bernard Mauprat, au crépuscule de sa vie, livre "l'histoire de (sa) vie" et sa longue confession tutoie aussi bien le récit gothique, le bildungsroman que le roman historique ou d'amour, le tout panaché de discours philosophiques, politiques et sociaux.
Dans le Berry du XVIIIe siècle finissant, deux branches de la famille Mauprat, de sinistre réputation, s'opposent : la branche aînée avec Tristan (chef du clan des "Mauprat coupe-jarret") et ses rejetons dévoyés sème la terreur -pillages, débauches et malversations- tandis que la cadette grâce aux vertus d'Hubert ("Mauprat casse-tête"), père de l'unique Edmée, n'est que droiture et bonté.
Sand nous entraîne alors dans un tourbillon d'aventures et de sensations et ce, dès la scène d'ouverture de ce roman luxuriant : on y assiste à la chevauchée nocturne de l'ignoble Tristan qui vient d'arracher son petit-fils Bernard aux siens pour l'élever dans sa sinistre demeure. La mort, la nuit, le fantastique, la peur, la forêt, ... c'est le Erlkönig de Schubert !
Quelques années plus tard, un accident de chasse conduit Edmée à la Roche-Mauprat, sur les terres de ses terribles cousins : échappant de peu à un viol programmé, la mignonne est sauvée des griffes de ses ravisseurs par Bernard. Le Chevalier Hubert accueille alors le preux jouvenceau dans son château avec comme ambition de transformer le sauvageon en gentilhomme éclairé.
Sur le long et douloureux cheminement de son éducation, Bernard pourra compter sur les leçons de vie de Patience, un sympathique cénobite, zadiste avant l'heure, du laconique Marcasse, taupeur fidèle et de l'abbé Aubert, prêtre des Lumières. Ces éveilleurs de conscience, précepteurs attentifs et bienveillants, feront de l'enfant sauvage un homme accompli.
Mais au delà des péripéties de ce passionnant roman d'apprentissage (attaque de château, guets-apens sinistres, procès pour meurtre...) et des évènements historiques abordés (Guerre d'indépendance des États-Unis, prémices de la Révolution à venir), ce qui fait, à mes yeux, le prix de Mauprat c'est l'éducation sentimentale qu'initie l'ardente Edmée au profit de son jeune barbare de cousin. Dans ce Pygmalion inversé ("My fair Sir"), Galatée s'empare des ciseaux pour façonner l'homme idéal : "(...) ne vous targuez jamais avec moi des droits acquis. L'affection ne se commande pas, elle se demande ou s'inspire ; faites que je vous aime toujours, ne me dites jamais que je suis forcée de vous aimer." La tête, le cœur et les sens.
A travers sa frémissante héroïne, George Sand, en activiste infatigable, libère la parole des femmes. Mi pasionaria, mi bas-bleu, elle défie les conventions et milite pour l'égalité dans le couple (unions choisies et non imposées, sexualité consentie) et, déjà, pour la déconstruction du genre.
Captivant, exaltant, Mauprat est un véritable roman de femme en ce que Sand crée avec Edmée une héroïne terriblement incarnée : quel romancier du XIXe peut se targuer d'avoir inventé une jeune fille aussi authentique qu'Edmée Mauprat ?
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Citations et extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
chris49chris49   15 décembre 2019
« Que je suis malheureux, disais-je avec des yeux pleins de larmes, que je suis malheureux de t’offenser toujours et d’être haï de plus en plus à mesure que je t’aime davantage ! »
Edmée était de nature impérieuse et violente. Son caractère, habitué à la lutte, avait pris avec les années une énergie inflexible. Ce n’était plus la jeune fille tremblante, fortement inspirée, mais plus ingénieuse que téméraire à la défense, que j’avais serrée dans mes bras à la Roche-Mauprat ; c’était une femme intrépide et fière, qui se fût laissé égorger plutôt que de permettre une espérance audacieuse. D’ailleurs, c’était la femme qui se sait aimée avec passion et qui connaît sa puissance. Elle me repoussa donc avec dédain, et, comme je la suivais avec égarement, elle leva sa cravache sur moi et me menaça de me tracer une marque d’ignominie sur le visage, si j’osais toucher seulement à son étrier.
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araucariaaraucaria   17 novembre 2020
Sur les confins de la Marche et du Berry, dans le pays qu'on appelle la Varenne, et qui n'est qu'une vaste lande coupée de bois de chênes et de châtaigniers, on trouve, au plus fourré et au plus désert de la contrée, un petit château en ruines, tapi dans un ravin, et dont on ne découvre les tourelles ébréchées qu'à environ cent pas de la herse principale. Les arbres séculaires qui l'entourent et les roches éparses qui le dominent l'ensevelissent dans une perpétuelle obscurité, et c'est tout au plus si, en plein midi, on peut franchir le sentier abandonné qui y mène, sans se heurter contre les troncs noueux et les décombres qui l'obstruent à chaque pas. Ce sombre ravin et ce triste castel, c'est la Roche-Mauprat.
Il n'y a pas longtemps que le dernier des Mauprat, à qui cette propriété tomba en héritage, en fit enlever la toiture et vendre tous les bois de charpente; puis, comme s'il eût voulu donner un soufflet à la mémoire de ses ancêtres, il fit jeter à terre le portail, éventrer la tour du nord, fendre de haut en bas le mur d'enceinte, et partit avec ses ouvriers, secouant la poussière de ses pieds, et abandonnant son domaine aux renards, aux orfraies et aux vipères. Depuis ce temps, quand les bûcherons et les charbonniers qui habitent les huttes éparses aux environs passent dans la journée sur le haut du ravin de la Roche-Mauprat, ils sifflent d'un air arrogant ou envoient à ces ruines quelque énergétique malédiction; mais quand le jour baisse et que l'engoulevent commence à glapir du haut des meurtrières, bûcherons et charbonniers passent en silence, pressant le pas, et de temps en temps font un signe de croix pour conjurer les mauvais esprits qui règnent sur ces ruines.
J'avoue que moi-même je n'ai jamais côtoyé ce ravin, la nuit, sans éprouver un certain malaise; et je n'oserais pas affirmer par serment que, dans certaines nuits orageuses, je n'aie pas fait sentir l'éperon à mon cheval pour en finir plus vite avec l'impression désagréable que me causait ce voisinage.
C'est que, dans mon enfance, j'ai placé le nom de Mauprat entre ceux de Cartouche et de Barbe-Bleue, et qu'il m'est souvent arrivé alors de confondre, dans des rêves effrayants, les légendes surannées de l'Ogre et de Croquemitaine avec les faits tout récents qui ont donné une sinistre illustration, dans notre province, à cette famille des Mauprat.
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memmamemma   28 novembre 2016
(…) Je vous déplais parce que je n’ai pas d’esprit, et vous aimez M. de la Marche parce qu’il sait dire des niaiseries dont je rougirais.
- Et si, pour me plaire, dit-elle en souriant, après m’avoir écouté avec beaucoup d’attention, et sans retirer ma main que j’avais prise à travers le grillage ; si, pour être préféré à M. de la Marche, il fallait acquérir de l’esprit, comme vous dites, ne le feriez-vous pas ?
- Je n’en sais rien, répondis-je après un instant d’hésitation ; peut-être serais assez fou pour cela, car je ne comprends rien au pouvoir que vous avez sur moi ; mais ce serait une grande lâcheté et une grande folie.
- Pourquoi, Bernard ?
- Parce qu’une femme qui n’aime pas un homme pour son bon cœur mais pour son bel esprit, ne vaut guère la peine que je me donnerais. Voilà ce qu’il me semble. »
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MimimelieMimimelie   19 décembre 2013
Il y a des cabarets et d'autres lieux plus dangereux encore, où le gouvernement prélève, dit-on, ses bénéfices ; il y a aussi des prêtres qui montent en chaire pour nous dire ce que nous devons au seigneur de notre village, et jamais ce que notre seigneur nous doit. Il n'y a pas d'écoles où l'on nous enseigne nos droits, où l'on nous apprenne à distinguer nos vrais et honnêtes besoins des besoins honteux et funestes, où l'on nous dise enfin à quoi nous pouvons et devons penser quand nous avons sué tout le jour au profit d'autrui, et quand nous sommes assis, le soir, au seuil de nos cabanes à regarder les étoiles rouges sortir de l'horizon.
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chris49chris49   15 décembre 2019
Vous l’aimez parce qu’elle est belle comme la marguerite des prés, et moi je l’aime parce qu’elle est bonne comme la lune qui éclaire tout le monde. C’est une fille qui donne tout ce qu’elle a, qui ne porterait pas un joyau, parce qu’avec l’or d’une bague on peut faire vivre un homme pendant un an. Et, si elle rencontre dans son chemin un petit pied d’enfant blessé, elle ôtera son soulier pour le lui donner et s’en ira pied nu. Et puis c’est un cœur qui va droit, voyez-vous.
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