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EAN : 9782902706730
224 pages
Bibliothèque publique d'information du Centre Pompidou (01/01/1994)

Note moyenne : /5 (sur 0 notes)
Résumé :
" Eugène Morel n'est point de ceux qui abaissent ou rapetissent une question, un problème, si vastes soient-ils ; il a bien vu que la question des bibliothèques rejoint celles - d'une si pressante actualité - de l'utilisation et du progrès même de la science, de l'éducation et de l'organisation des grandes démocraties, c'est-à-dire des nations qui vivent et veulent vivre... Nous voici tout à coup bien loin des stériles querelles de catalogueurs, et des odieuses riva... >Voir plus
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
lanardlanard   17 mars 2019
La neutralité de la bibliothèque, la liberté qu’elle offre à son public supposent que, si elle ne peut pas lui procurer tous les livres, ce qui serait absurde, elle doit au moins prendre garde à écarter tous ceux qui ne donnent pas les textes dans leur intégrité, toute cette « littérature d’adaptation », prédigérée, forcément tendancieuse et qui supprime l’effort personnel hors lequel le lecteur ne saurait se faire sa propre opinion. C’est là le « parti » auquel la bibliothèque publique, autrement tout à fait neutre, adhère pleinement :
Le parti auquel est affiliée la librairie publique
Est-ce à dire que la librairie publique est totalement indifférente et n’a pas d’autre guide que le caprice public ?
Ce serait absurde, non seulement parce que pouvant beaucoup, elle doit beaucoup, mais parce que matériellement, c’est impossible. Ne pouvant offrir tous les livres, il faut bien en choisir quelques-uns. Les efforts des bibliothécaires français pour être indifférents, pour accepter sans choix et cataloguer de même tous les livres, ne sont arrivés qu’à des encombrements formidables de niaiseries, et des catalogues où l’on choisit tout de même : on choisit les auteurs dans l’ordre alphabétique, ceux du Ζ venant plus tard ou ne venant jamais.
Si la librairie publique ne prend point parti dans les religions et métaphysiques, ni dans les systèmes scientifiques, sociaux ou politiques, ni sur l’enseignement, elle est par elle-même un système d’enseignement particulier, très défini, scolaire et post-scolaire, pour les grands et petits, pour les citoyens qui votent comme pour les femmes.
La librairie publique a pour but d’offrir gratuitement, facilement, tous les livres. Tous les livres, quel que soit leur prix. Quelle que soit aussi la peine de les avoir : livre encombrant, qu’on ne peut garder chez soi, feuille éphémère, qu’on ne sait où mettre pour la retrouver, volume de trop grand prix, feuille de trop peu de valeur – tout cela est offert également.
Elle fait pour la pensée ce que l’invention de Rowland Hill, le timbre à un penny, a fait pour la correspondance : il supprime la distance. Deux sous une lettre, d’un quartier à l’autre, ou de Londres à Dublin. Les tramways déjà adoptent un prix unique. Peut-être un jour les chemins de fer. Déjà le tarif par zones fonctionne dans quelques pays.
Ainsi la librairie publique offre les livres.
Elle offre les livres eux-mêmes. Plus n’est besoin, par conséquent, d’éditions tronquées, de morceaux choisis, de magazines à extraits, de toute cette littérature d’adaptation qui fait tant de mal en France, où elle se répand à mesure que les public libraries la chassent d’Angleterre.
Vous n’avez pas besoin d’extraits. Il n’est pas plus coûteux de lire les auteurs eux-mêmes que les comptes rendus qu’en donnent les journaux.
C’est plus difficile, parfois plus long. L’effort, mais nous ne cherchons pas à le supprimer. Au contraire ! C’est tout le but de l’éducation : provoquer l’effort. Le snobisme veut faire semblant d’avoir lu, et incapable de lire, apprend des comptes rendus, feuillette des volumes. Mais il vaut mieux parcourir vingt volumes sans les lire tout à fait que se contenter sur eux de l’opinion d’un autre, qui parfois ne les a pas lus plus que vous. Mon opinion est fausse, mais elle m’est personnelle, et j’en sais la valeur, sachant comme elle est faite. C’est un très grand progrès.
La librairie publique est une école de recherche personnelle6.
En guise de conclusion à ces prémisses sur un sujet que Morel va longuement expliciter jusque dans les plus petits détails, ajoutons cette citation extraite des premières pages du tome I de Bibliothèques :
Ce livre-ci voudrait dire et faire admettre à un peuple vaniteux que les bibliothèques libres sont la seule instruction convenant à des hommes libres – que les conférences, cours, petites universités, cercles, œuvres confessionnelles, sectaires ou tendancieuses, parfois les écoles mêmes, ne sont que du battage, la parade devant l’importance de la sottise. Une seule instruction vaut : celle qu’on se donne à soi-même. On parle trop. Il faudrait apprendre et réfléchir. La réflexion veut du silence.
On traite le peuple comme un enfant, ou un bourgeois. Le prend-on pour M. Jourdain ?
Va-t-on se faire donner le fouet, à son âge, au collège ?
Ou bien, jouant, abusant du mot de populaire, on rejette un service public dans une sorte d’annexe de la charité.
Le problème des bibliothèques, c’est celui de l’instruction d’un peuple, l’instruction après l’école, la plus importante. Lire, c’est faire acte d’homme libre7.
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lanardlanard   17 mars 2019
"L’affranchissement intellectuel d’un peuple comporte deux stades :
1° L’école publique laïque ; 2° La bibliothèque. Celle-ci, comme l’école, doit être publique, laïque, gratuite. Elle doit être, à la base, la bibliothèque unique.
Qu’il y ait des bibliothèques spéciales, techniques, des musées de beaux livres et des livres de laboratoire, comme il y a une École des ponts et chaussées, un Conservatoire de musique, une École de pharmacie, ceci est en dehors, c’est une spécialisation nécessaire, le point – qu’il faut mettre le plus loin possible – où les routes bifurquent. Mais dans la grande voie de culture générale ouverte à tous, nous nous refusons à placer des distinctions de classes, populaires d’un côté, bourgeoises de l’autre, de quelque nom qu’on les affuble. Il n’y a pas deux arithmétiques, ni un ordre de lois physiques et naturelles réservé à ceux qui payent l’impôt sur le revenu ; la répartition des intelligences n’est pas proportionnelle à ce dernier. L’œuvre de l’école a été l’œuvre admirable de la III République. Inachevée, soit mais vivante, et majeure désormais. De grandes réformes sont en cours, mais la voie est ouverte où le premier enseignement se donne à qui peut le recevoir.
Or après, il s’arrête ! Alors, à quoi bon ? La culture a cessé avant le temps des fruits. À quoi bon savoir lire si tu n’as rien à lire ?
À la merci de l’argent et des propagandes, à la merci de journaux qui ne sont plus que des murs à coller les affiches, décidant d’intérêts qui sont les tiens mais que tu ignores, va voter, citoyen !
À l’époque où le prix des livres fait de la lecture en commun nécessité, où de justes loisirs, enfin arrachés à des travaux abrutissants, permettent d’être un homme en restant un travailleur, la bibliothèque prend l’importance de l’École ; elle devient un service public.
L’école parfois s’est trompée. Soit par misère, maladie de jeunesse, éloignement des centres, inaptitude aux formules de l’enseignement, erreurs des maîtres, ou erreur des élèves, ou des parents, tous n’ont pas profité de l’école… La bibliothèque répare." (Eugène Morel, La Librairie publique, op. cit., p. 191-192.)
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lanardlanard   17 mars 2019
"Notre mot de bibliothèque pue l’allemand. Si l’on y ajoute le mot municipal, l’épouvantail est complet. Non. Il y a pire. Il y a le mot « populaire ».
Théâtre populaire, université populaire, restaurant populaire, bibliothèque populaire… C’est avec ce mot-là que les meilleures intentions dressent de suite une insulte devant l’œuvre qu’elles entreprennent. Quand aura-t-on fini de ces allures charitables ? À ceux qui vous nourrissent, vous logent, chauffent, éclairent, habillent, font pour vous toutes les sales besognes de la vie, ne pouvez-vous offrir une esthétique plus ou moins saine, une science plus ou moins sûre et un plaisir pas toujours amusant, ne pouvez-vous offrir un peu d’égalité – sans y mettre en même temps cette étiquette de caste qui aggrave les distances, tâche de refaire de faciles aristocraties. « Allez au peuple » ! comme disaient les petits bourgeois de mon temps, avides de se trouver, fût-ce parmi la crapule, une supériorité. Laissez les conférences à ces gens-là. Ils auront toujours au moins des femmes pour les entendre. Une librairie publique est de stricte égalité. Ne viennent à elle que ceux qui s’instruisent eux-mêmes, qui aiment mieux, fût-ce à tâtons, chercher eux-mêmes que suivre le monsieur qui parle bien.
Il n’y a point de bibliothèque populaire. Il peut y en avoir de générales ou spéciales, et il n’y a pas besoin de réserver « aux savants » celles qui ne contiennent que des livres que seuls des savants peuvent lire ! Mais du jour où l’on admet qu’une ville offre à ses citoyens un lieu public de lecture, ce lieu n’est pas fait pour attirer les voyous, mais au contraire pour les chasser, et c’est proprement là ce qu’on peut nommer l’Élite.
De l’élite dont je suis, dont tu es, dont tous seront, s’ils le veulent.
L’élite dont font partie tous ceux qui entrent ici." (Eugène Morel, La Librairie publique, p. 177-179.)
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