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ISBN : 2226328580
Éditeur : Albin Michel (23/08/2017)

Note moyenne : 3.31/5 (sur 31 notes)
Résumé :
Une terrible sécheresse a fait de la Californie un paysage d’apocalypse. Fuyant Central Valley devenue stérile, les habitants ont déserté les lieux. Seuls quelques résistants marginaux sont restés, prisonniers de frontières désormais fermées, menacés par l’avancée d’une immense dune de sable mouvante qui broie tout sur son passage.
Parmi eux, Luz, ancien mannequin, et Ray, déserteur « d’une guerre de toujours », ont trouvé refuge dans la maison abandonnée d’u... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (18) Voir plus Ajouter une critique
Allantvers
  04 septembre 2017
Une nouvelle voix féminine de la littérature américaine vivement plébiscitée outre-atlantique, ça ne se refuse pas. D'autant plus que j'avais été intriguée par l'un des commentaires figurant sur la jaquette du livre déclarant que nous avions là le portrait le plus juste de la Californie contemporaine depuis Les raisins de la colère (rien que ça !), tandis que la quatrième de couverture évoquait plutôt un road movie sur fonds de désastre écologique, soit un de ses romans dans le genre post-apo comme il en sort d'assez bons ces temps-ci sur un mode renouvelé. Laquelle de ces deux visions reflétait le mieux le livre ?
Les deux en fait, et ce n'est pas la moindre qualité de ce roman ardent, à la fois désenchanté et poétique, original dans la forme du fait d'une langue très inventive et à l'atmosphère déroutante.
Le Sud-Ouest des Etats-Unis se meurt, brûlé sous une terrible sécheresse et envahi par une gigantesque mer de sable qui engloutit tout sur son passage. La Californie révèle en s'effondrant toute sa superficialité et les artifices sur lesquels elle a construit sa devise : l'or, la gloire, les agrumes.
Parmi les rares qui n'ont pas fui à l'Est, Ray le déserteur de ‘la guerre de toujours' et Luz, ex Baby doll exploitée depuis l'enfance, sont deux jeunes paumés qui se rencontrent et trainent leur errance dans une villa dévastée. La rencontre avec la petite et chétive Ig les sort de leur léthargie et ils décident de partir.
S'en suit un long et pénible périple qui les séparera : elle au pied de la mer de dunes, perdue dans les mirages déployés par un prophète manipulateur, lui retenu sous la dune, dans l'envers du décor.
L'eau ne reviendra pas, l'amour est mort, il n'y a plus de rébellion à laquelle se raccrocher : sombre vision d'une Amérique en déshérence, et pourtant étrangement on ne ressort de ce roman avec un sentiment de désespoir, comme s'il pouvait encore sortir des sables de l'Amargosa quelque avenir nouveau après les calamités.
Expérience étonnante de para-réalité que ce livre, bien ancré dans l'air du temps.
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BonoChamrousse
  26 juillet 2018
LES SABLES DE L'AMARGOSA de Claire Vaye Watkins
Traduit par Sarah Gurcel
Éditions Albin Michel, collection "Terres d'Amérique"
Lorsqu'un ami, dont je respecte les choix littéraires, a avoué avoir jeté l'éponge à la 150ème page de ce livre, ma curiosité a tellement été piquée que je l'ai aussitôt sorti de ma PAL...
4ème de couverture :
Une terrible sécheresse a fait de la Californie un paysage d'apocalypse. Fuyant Central Valley devenue stérile, les habitants ont déserté les lieux. Seuls quelques résistants marginaux sont restés, prisonniers de frontière désormais fermées, menacés par l'avancée d'une immense dune de sable mouvante qui broie tout sur son passage.
Parmi eux, Luz, ancien mannequin, et Ray, déserteur "d'une guerre de toujours", ont trouvé refuge dans la maison abandonnée d'une starlette de Los Angeles. Jusqu'à cette étincelle : le regard gris-bleu d'une fillette livrée à elle-même, qui réveille en eux le désir d'un avenir meilleur. Emmenant l'enfant, ils prennent la direction de l'Est où, selon une rumeur persistante, un sourcier visionnaire aurait fondé avec ses disciples une intrigante colonie...
A mon avis, avec "Les sables de l'Amargosa" Claire Vaye Watkins a réussi l'exploit d'écrire un livre majeur de la littérature nord-américaine dès son premier roman. Cette dystopie nous met en garde contre le réchauffement climatique, la gestion des déchets nucléaires, la déportation des êtres humains et les différentes manipulations, qu'elles proviennent des gouvernements ou des faux prophète.
Je comprends que le style narratif du livre, de par son originalité, peut en rebuter certains. Mais personnellement j'ai adoré la façon dont Claire Vaye Watkins donne de la perspective à son histoire.
Petite précision biographique qui permet d'encore mieux comprendre "Les sables de l'Amargosa" : Claire Vaye Watkins est la fille de Paul Watkins qui était le bras droit de Charles Manson (Paul Watkins était chargé du recrutement des jeunes filles destinées au gourou et il a été gravement brûlé dans l'incendie du van où il dormait juste après avoir pris la décision de témoigner contre Manson).
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nathiec44
  04 septembre 2017
Un roman d'anticipation écrit avec virtuosité par Claire Vaye Watkins qui alterne gravité, fantaisie et audace au fil des pages. La Californie dans un futur indéterminé est envahie par le sable, désertée par ses habitants réfugiés plus à l'est. La chaleur est suffocante, l'air est vicié, l'eau est introuvable, les denrées rationnées, le sable s'immisce partout.
Quelques-uns sont restés pourtant : Luz, ancienne mannequin, et Ray, soldat déserteur. Ils forment un couple atypique installé dans la propriété abandonnée d'une starlette où la piscine est vide, les pièces à l'abandon, la végétation du jardin sèche depuis longtemps. le rythme est donné dès les premières pages : Luz trompe son ennui en fouillant le dressing de la starlette, un amoncellement improbable de vêtements hors de prix, aux couleurs extravagantes, aux matières satinées, brillantes. Luz se déguise, bottes de caoutchouc (bien inutiles) et vison pour conjurer le présent et surprendre son compagnon. Ray de son côté s'affaire à construire une rampe de lancement de skateboard avec des restes de fenêtres au bord de la piscine. Ensemble ils festoient avec des biscuits secs et du soda, boivent de l'alcool et se défoncent dès que l'occasion se présente.
Pourtant, ironie du sort, Luz fut l'égérie d'un mouvement de protection de l'environnement dans son enfance ! Sous le sobriquet « Baby Dunn » elle était porte drapeau d'une cause militant pour des lendemains prospères et fertiles.
C'est lors d'une virée hors de la propriété en quête de denrées introuvables que Luz et Ray croisent la route d'une petite fille qui va littéralement s'accrocher aux jambes de Luz. Un moment d'émotion pour Luz, un retour à la vie avec ce lien invisible qui la lie déjà à cette enfant. Ray aussi s'attache à cette petite fille étrange, pensive ou enragée, tendre, au rire à la limite de l'hystérie, des yeux clairs, une grosse tête, elle est craquante. Tous deux décident de la protéger, ils l'enlèvent à la bande de jeunes dépenaillés qui voyageait avec Ig.
Le trio est constitué. Ils embarquent alors vers l'est à bord d'une vielle voiture le Melon, dont la climatisation va lâcher puis carrément tomber en panne. Ils espèrent des jours meilleurs, trouver cette colonie prospère dont ils ont entendu parler.
La route est jonchée d'embuches, de mirages, des vestiges d'antan (dépôts de borax, odeurs de soufre), l'eau vient à manquer. Ray doit se résoudre à partir seul chercher du secours, à laisser Luz et Ig en plein désert avec la promesse de revenir très vite.
La suite sera source de surprises, émaillée de rencontres avec des personnages bienveillants ou inquiétants : Tout d'abord, Dallas, mystérieuse et imposante femme qui allaite Ig. Surtout Levi, sourcier/sorcier, gourou, étrange puis pervers et manipulateur qui va prendre Luz dans ses filets. Plus qu'une colonie, Luz se retrouve au centre d'une secte dirigée par un Levi, tout puissant, aux pouvoirs infinis.
Rien n'est prévisible dans ce récit particulier, jamais plombant, plein de fantaisie (une couche improvisée pour Ig avec un foulard Hermes !). L'avenir de Luz, Ray et Ig n'est pas tracé car ils évoluent dans un monde incertain peuplé de colonies étranges qui ont adapté leur mode de vie à l'environnement désormais hostile.
On pourra reprocher certaines longueurs au récit, quelques digressions aussi, pour autant le livre ne m'est jamais tombé des mains. J'admets cependant avoir trouvé certains passages (certes instructifs) trop longs à force de précision, de documentation. Ainsi, le catalogue animalier de Levi aux deux tiers du livre nuit à la cohérence du récit, j'ai perdu un peu le fil.
Le style est soigné sans être redondant, l'auteure fait preuve d'une imagination sans limite et surtout d'une fantaisie bienvenue dans ses descriptions.
En résumé, une belle découverte de cette rentrée littéraire, ambitieuse, documentée, dense, originale, aux personnages hauts en couleur, dont la lecture ne laissera pas indifférent.
A la fois prophétique et imaginaire, le récit questionne sur l'environnement, les dérives sectaires, l'avenir de l'humanité, le sort réservé aux générations à venir.
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encoredunoir
  29 août 2017
Luz et Ray occupent la résidence d'une star surplombant un canyon de Los Angeles. Pendant que Luz essaye toutes les robes qu'elle trouve dans les placards et admire la bibliothèque, Ray s'occupe de choses plus prosaïques : creuser une fosse à merde et trouver ce dont ils ont besoin pour vivre ; de la nourriture et – surtout – de l'eau. Car si la star a abandonné sa luxueuse propriété, c'est que la population du sud-ouest des États-Unis est évacuée. Les ressources en eau épuisée, le désert avance. Plus qu'un désert, une énorme entité mouvante que l'on dirait mue par une volonté propre, une dune inarrêtable. Ne restent plus que quelques irréductibles, des gens effrayés par le sort réservé aux réfugiés climatiques dans un pays qui se replie sur lui-même et sur les ressources de plus en plus rare à sa disposition, et une multitude d'asociaux. C'est dans une cérémonie à mi-chemin entre la danse païenne en l'honneur d'un dieu de la pluie depuis longtemps mort et l'abrutissement collectif pour oublier ce que le monde est devenu que le couple rencontre et enlève pour l'adopter une drôle d'enfant maltraitée au corps déformé et au cerveau de bébé. Commence alors une fuite vers l'Amargosa, ce désert qui ne cesse d'avancer et qu'il va falloir traverser pour trouver un passage vers des lieux plus hospitaliers. Mais c'est sans compter sur ce et sur ceux qui peuplent cette étendue stérile.
Les sables de l'Amargosa est un roman singulier qui relève autant de la dystopie que de l'histoire d'amour et de la réflexion sur la manipulation mentale. Il serait tentant de n'y voir qu'une contre-utopie dénonçant les ravages que l'homme fait subir à la nature et il est indéniable que ce livre est aussi cela, mais il y a surtout dans le roman de Claire Vaye Watkins une dénonciation des faux prophètes et de la façon dont on fabrique et exploite des symboles.
Luz en est l'incarnation, elle dont l'image, dès sa naissance, a été exploitée comme une espèce de jalon des différentes étapes de l'effondrement de la civilisation. Connue sous le nom de « Baby Dunn », elle a rythmé la vie des Californiens durant des années (« LE GOUVERNEUR SIGNE L'ARRÊTÉ 4579 : TOUTES LES PISCINES DE CALIFORNIE DEVRONT AVOIR ÉTÉ VIDÉES AVANT QUE BABY DUNN SOIT EN ÂGE D'APPRENDRE À NAGER. » ; « LA DERNIÈRE FERME DE CENTRAL VALLEY SUCCOMBE AU SEL : BABY DUNN, 18 ANS, NE MANGERA JAMAIS PLUS DE PRODUITS CALIFORNIENS. »). Ig, l'enfant qu'elle a fait sien, devra-t-il lui aussi devenir un symbole entre les mains de Levi Zabriskie et de sa communauté de rats du désert ? Peut-on encore s'appartenir quand le monde s'effondre et que l'on n'a jamais appris à exister autrement que dans le regard des autres ? C'est aussi de cela dont parle le roman de Claire Vaye Watkins avec une plume foisonnante, tour à tour extrêmement prosaïque ou poétique mais toujours déstabilisante et d'une grande force évocatrice qui permet de pénétrer à la fois l'intimité de Luz – et dans une moindre mesure, de Ray – et ce territoire sec et mouvant écrasé de chaleur et de lumière aveuglante qui brouille la perception des personnages et du lecteur et rend la réalité tout aussi insaisissable.
Voilà un roman incontestablement original et d'une remarquable maîtrise dont la façon d'aborder avec finesse des questions complexes, sans verser dans un symbolisme lourd, n'est pas la moindre des qualités.

Lien : http://www.encoredunoir.com/..
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bdelhausse
  24 décembre 2017
Au centre de l'histoire, une sécheresse incroyable qui a rendu la vie impossible en Californie. Quelques personnes s'accrochent, se rassemblent, pillent les villas abandonnées, font du commerce, du troc.
Parmi ces gens, Luz et Ray. Elle est une icône, ancien mannequin, personnage médiatique, instable, influençable, vivant sur des coups de tête. Lui est solide, ancien militaire, surfeur, déserteur. Ils kidnappent une gamine, sans doute pas tout à fait normale, entre 1 an et 2 ans. Et ils s'en vont, vers un monde meilleur.
Après quelques péripéties, ils finissent par croiser une communauté. On pourrait presque y voir un revival des hippies. Et Ray et Luz en beatniks. Presque.
Et le désert avance, nous chante France Gall.
En effet l'Amargosa bouge, se déplace, change de relief et de physionomie. Il englouti tout et la communauté qui héberge Luz et Ray doit souvent changer d'endroit. A sa tête un gourou, mi-malfrat, mi-prédateur sexuel.
Le décor est posé, advienne que pourra, mais on peut clairement sentir que rien de vraiment bon ne pourra sortir de la confrontation.
Entre réalité et fiction, fantasmes et prévisions, Claire Vaye-Watkins produit un roman qui n'a que peu à voir avec le réchauffement climatique. L'idée de base est le déracinement, les rapports aux autres, la vie communautaire, les rapports de force.
C'est parfois vif, puissant. Parfois longuet. Mais c'est toujours hypnotique, les mots rythmant le caractère implacable du climat et le mouvement inexorable des sables. le lecteur perdra de temps en temps le fil rouge du récit, englouti par les dunes, mais celui-ci resurgira toujours.
Au terme de 400 pages, Claire Vaye-Watkins réussit à nous surprendre et à clore son récit comme une nouvelle, sur une chute improbable.
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critiques presse (2)
LaLibreBelgique   13 septembre 2017
Prémonitoire ou déjà témoignage, le premier roman de Claire Vaye Watkins secoue. Où se réinventer est le prix à payer pour survivre.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LeFigaro   08 septembre 2017
Entre Mad Max et La Route, la science-fiction et la fable philosophique, ce roman déborde de lumière et d'invention.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
Charybde2Charybde2   19 septembre 2017
Les versions circulant dans les professions libérales peuplent la colonie de réfugiés de la bourgeoisie. Une enseignante célibataire n’a pas déposé son dossier de titularisation à la faculté. Le service environnement n’a plus de nouvelles du petit nouveau tout droit sorti d’une université prestigieuse de l’Ivy League. Le directeur ultra-pointilleux d’un illustre laboratoire de recherche n’a pas renouvelé ses demandes de financement. Un post-doctorant brillant mais solitaire n’est pas revenu à son bureau dans la bibliothèque de l’institut.
Selon les approximations du sous-prolétariat, la colonie est un mélange d’habiles escrocs, de charlatans et de marchands d’élixirs de jouvence, héritiers de cœur des pionniers de la grande ruée vers l’or de 1849 : ils guettent la manne pétrolière, quand l’énorme masse de sable recrachera ses doses d’or noir, ou bien la manne aventurière, quand le sommet dépassera le Denali, la plus haute montagne du continent, et que les balades en hélicoptère iront au plus offrant, qu’un escadron de millionnaires à vestes colorées et barbes de trois jours se dresseront sur leurs tas d’argent pour être les premiers en haut.
Pour la gauche, c’est un avant-poste de survivalistes, de Cassandres qui pensent que l’Amargosa leur a donné raison, installés dans de vieux wagons de marchandises rouille orangé, rouge, bleu clair vif, avec des stocks d’armes, de boîtes de conserve, de bouteilles d’eau et de rations militaires. Un refuge de pérégrins libertaires et autres vagabonds, clochards, nomades, préférant se passer d’adresse, une garnison d’énervés, chatouilleux de la gâchette, qui viennent froncer les sourcils et cracher leur jus de tabac dans ce nouveau Vieil Ouest.
Pour la droite, c’est l’épicentre de la bio-révolution, une utopie dynamique où les beatniks du Nouveau-Mexique se sont rapatriés depuis le « Cercle enchanté » du Grand Sud – à moins que ce ne soient les toxicos vieillissants d’Atlas City depuis Tucson, ou les écolos de No Where Ranch depuis Santa Fé, ou les végétaliens vitrux de Gaia Village depuis Taos, ou les tourtereaux sulfureux de l’Agape Force depuis Sébastopol, ou les anarcho-communistes du Ant Hill Collective depuis Oakland, ou les surmenés de l’Alpha Farm depuis Grass Valley, ou les amazones saphiques de Girlhouse depuis Portland, ou kes junkies du Compound depuis Santa Monica, ou les adeptes du Burning Man depuis Minden, ou les moines rasés du Shamanic Living Center depuis Ojai, ou le groupe d’impro Technicolor Tree Tribe depuis Santa Cruz -, tous dans leurs géonefs roulantes, faites de pneus, de bouteilles et d’argile à l’empreinte carbone nulle.
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Charybde2Charybde2   19 septembre 2017
Mais le sable, tout ce sable, ce sable infini et monstrueux. Qui avait émaillé le Sud-Ouest d’un réseau d’aqueducs ? Qui avait asséché d’abord le lac Owens, puis les lacs Mono, Mammoth, Havasu et cetera, pour ne laisser que de grandes macules de poussière blanche ? Qui avait détourné les eaux de pluie de la côte et pompé les nappes phréatiques du Grand Bassin ? Qui avait creusé sous le lac Mead, installé un drain au point le plus bas et vidé l’ensemble comme un lavabo ? Qui avait épuisé les aquifères de l’Ogallala et du Rio Grande, la couverture neigeuse de la Sierra Nevada et des Cascade Mountains ? Si c’était Dieu, il portait de nouveaux noms : Conseil municipal de Los Angeles, Service de l’eau et de l’électricité de Los Angeles, Ville de San Diego, Ville de Phoenix, Service de l’eau et de l’électricité d’Arizona, Commission de l’eau du Nouveau-Mexique, Direction de l’eau et de l’habitat de Las Vegas, Bureau de gestion du territoire, Département de l’Intérieur des Etats-Unis.
Les métaphores étaient inévitables. L’Amargosa était une maladie : un cancer, une malignité, une tumeur. Un bulldozer, un rouleau compresseur. Une bête insatiable, un corps obèse s’autogénérant, une boursouflure informe se bâfrant de terres fraîches, diverses images d’appétit extrême, projection des désirs les plus laids de notre moi profond.
L’Amargosa était en colère, cruelle, insensible – une personnification inévitable, pardonnable, même, car parfois la masse semblait bouger avec discernement. Des témoins rapportaient des épisodes où il leur avait semblé qu’elle suspendait sa progression, ou que, plutôt que d’écraser une ville de son pied ferme, elle l’enveloppait, comme un étreinte, comme pour donner aux habitants le temps d’accrocher leur caravane à leur voiture et de se mettre à l’abri. Une fois, ses bourrasques soulevèrent un enfant qui jouait aux osselets dans son jardin et le déposèrent sain et sauf sur la benne à ordures derrière la station-service où travaillait sa mère. Mais une avalanche de sable qui bourdonnait quinze kilomètres plus loin dévia tout aussi facilement pour avaler une ville entière en quelques minutes. On parlait du mal incarné, mais aussi de l’œil grand ouvert de Dieu.
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AllantversAllantvers   03 septembre 2017
C'était ça, son pedigree. Des spéculateurs et des opportunistes, des aboyeurs de carnaval et des agents immobiliers, des imagénieurs, des lâches, des rêveurs, des filles faciles. Des Mojaves. Qui cherchaient frénétiquement l'éclat du minerai, le flash des appareils phto, la chair hmide des fruits. L'or, la gloire, les agrumes.
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Charybde2Charybde2   19 septembre 2017
Elle n’aurait pas dû faire entrer le chien de prairie dans la bibliothèque. Luz Dunn le savait à présent, mais c’était la première bestiole vivante qu’elle voyait depuis longtemps et son apparition l’avait déstabilisée. Elle s’était réveillée un peu avant midi, après un rêve ambitieux qu’elle comptait bien réaliser : essayer toutes les robes de la maison. Elles tapissaient comme un plumage le dressing de la grande chambre, une gamme complète de coloris exquis, chaque spécimen absolument hors de prix – alors imaginez celles que la starlette avait mises dans ses bagages… Dans son rêve, Luz les portait toutes en même temps, ses seins incrustés de strass et noyés de poussière d’argent, ses fesses brodées d’allées de sequins cuivrés, ses hanches s’évasant en un panache de satin plissé, une barbe à papa de tulle pâle flottant jusqu’à ses pieds. Bien entendu, dans le monde languissant du réveil il fallait s’en tenir à une chose à la fois.
C’était important d’avoir des projets, disait Ray, même frivoles. Les vents brûlants de Santa Ana balayaient le canyon de leurs invisibles particules qui rendaient fou, et Ray pensait qu’elle ferait bien de trouver de quoi s’occuper les mains. De ne pas tant dormir. Parmi ses projets à lui, il y avait creuser la fosse d’aisances et siphonner l’essence des voitures de luxe abandonnées un peu partout dans la région.
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cornelia-onlinecornelia-online   08 novembre 2017
Cette mer de dunes enflait toujours et comme toute mer qui se respecte elle générait son propre climat. Les versants blancs étincelants surchauffaient le ciel en surplomb, agitant l’air de tourbillons, attirant à eux des ouragans de poussière venue d’aussi loin que le Saskatchewan. Autoperpétuation.
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Payot - Marque Page - Claire Vaye Watkins - Les sables de l'Amargosa
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