ISBN : 2864245515
Éditeur : Editions Métailié (2005)


Note moyenne : 5/5 (sur 1 notes) Ajouter à mes livres
Les hauts fourneaux de la nouvelle ville industrielle de Corby attirent toutes sortes d'émigrants en quête d'un nouveau départ, d'une nouvelle maison, d'un nouvel espoir. Francis, fraîchement arrivé d'Écosse, et son ami Jan fils d'émigrants lettons, adolescents intellig... > voir plus
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Critiques et avis(1)

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    • Livres 5.00/5
    Par nadejda, le 05 janvier 2012

    nadejda
    John Burnside situe son roman «Une vie nulle part» dans la ville anglaise de Corby dominée par la présence écrasante de l'aciérie, ville qu'il connaît bien pour y avoir vécu son enfance et son adolescence, une enfance et une adolescence qui ressemble fort à celles de Francis, d'Alina et son frère Jan, qui avec Derek, frère de Francis et leurs parents sont au centre de ce récit.
    Ce récit prenant, tragique et sombre, est imprégné d'un certain mystère. J'en ai aimé la lenteur, la grande poésie et la langue qui, dans une analyse fine, pénètre sans effraction, l'intimité et la vie intérieure de chacun des personnages en en faisant pour le lecteur de vieilles connaissances inoubliables, que l'on n'a pas envie de quitter.
    Tous ont espéré, certains espèrent encore, surtout parmi les plus jeunes, ne faire à Corby qu'un séjour provisoire qui leur permette, en travaillant à l'aciérie, d'économiser l'argent nécessaire à un nouveau départ, plus conforme à leur rêve. Car personne ne peut avoir comme idéal de vivre près de l'aciérie qui domine la ville et leur vie, salissant, pourrissant tout, leurs âmes, leurs corps, leur environnement. A Corby ils se sentent déracinés, vivant «nulle part»
    Et pourtant ils doivent se rendre à l'évidence progressivement, ils sont bien d'ici.
    «Les gens de la région évoquaient toujours le pays, un mot qui désignait immanquablement un autre lieu, quelque part dans le passé ou l'avenir, un lieu d'où ils étaient venus, un lieu où ils allaient. Des gens qui avaient vécu là toute leur vie, des hommes qui travaillaient aux Aciéries depuis vingt ans et plus, des femmes dont les enfants sont nés et avaient grandi à la lueur des hauts fourneaux, parlaient de retourner au pays pour les vacances, ou de rentrer au pays à la retraite, ou à défaut de faire en sorte que leur corps soit définitivement rapatrié à Dunfermline, Cracovie ou Paisley pour qu'ils puissent au moins être enterrés ailleurs. Toute leur vie durant, ils avaient vécu et respiré les Aciéries ; leur corps était imbibé d'un mélange méphitique d'acier, de carbone et de minerai..... Les Aciéries les avaient absorbés, réquisitionnés, et ils pouvaient bien parler tant qu'ils voulaient d'autres lieux, leur pays c'était là.» p 23
    Il n'y avait rien ici qu'ils n'y eussent apporté ces Ecossais, Irlandais et Polonais aux yeux embrumés : le pays dont ils parlaient avec tant d'émotion n'était qu'un mensonge, et ils le savaient. p 129
    Il est important pour vivre de se sentir d'un lieu, un lieu qui vous permet de grandir, de le quitter comme va le faire Francis qui s'éloigne brusquement après un drame, rejetant l'immobilisme et l'apathie environnante pour mener une vie d'errance pendant dix sept ans, sans supporter aucun lien prolongé. Il reviendra finalement à Corby où il se re-connaîtra et sera alors capable d'aimer ceux qu'il a quitté et laissé si longtemps sans nouvelles.
    «Une vie nulle part» a la beauté d'un diamant noir et Burnside est vraiment un alchimiste qui parvient à transformer la matière vile en or dans le creuset qu'est son écriture.
    «Dans le monde, tant de choses étaient froides, dures, mortes, il fallait retenir la chaleur. Il fallait avaler ce poison et le transformer, dans son propre sang en quelque chose de bon et vrai, de même qu'un alchimiste transformerait un métal ordinaire en or (p 16)
    (...) tout à coup elle était frappée de cette perception sombre, intense, du noir dans le vert de la sève, du noir dans le blanc de la neige, pareil à une bribe de traité d'alchimie, noir : nigredo, véritable énergie du monde qui n'avait rien de sombre, ou du moins rien de maléfique, si dangereux qu'il parût (p 24)»
    Ce livre par sa richesse peut donner lieu à de multiples lectures et il est très difficile d'en rendre toute la profondeur et la beauté comme pour le dernier roman de John Burnside «Scintillation» que j'ai lu d'une traite après celui-là et qui me laisse pleine de questions.
    On y retrouve certains éléments de «Une vie nulle part» et on peut considérer l'Intraville de Scintillation comme la dégradation et l'aboutissement dans un avenir proche de la vie à Corby.
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Citations et extraits

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  • Par nadejda, le 03 janvier 2012

    Un jour, un professeur, Mr Conway avait dit que chaque existence a son but mais que la plupart des buts restaient enfouis dans le secret de l'âme ou du coeur.... Nous sommes des énigmes à nos propres yeux, dit-il, et c'est ce qui rend l'histoire si intéressante, puis il revint à ce dont il parlait auparavant, pensant probablement que personne n'avait enregistré cette remarque. Mais Derek l'avait enregistrée, lui. Et comprise. Son existence avait un but, et c'était la découverte de ce rythme, l'apprentissage de cette musique à demi perçue qui lui arrivait la nuit de nulle part.
    C'était pour cela qu'il avait pris ce boulot aux Aciéries, pour gagner l'argent nécessaire à sa musique. p 104
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  • Par nadejda, le 03 janvier 2012

    John Burnside nous précise à la fin d’Une Vie nulle part :
    L’épigraphe du présent ouvrage est tirée des dernières pages du Chant de la Terre (Das Lied von der Erde) de Gustav Mahler, dans lequel le compositeur adapte la traduction allemande livrée par Hans Bethge de poèmes de Mong Kao Yen et Wang Wei.
    La version plutôt libre citée ici est de mon cru.

    «Je retournerai à ma terre natale,
    Je mettrai fin à mon errance,
    Mon coeur est calme ; il attend l’heure de son choix.
Au printemps, la terre fleurit
    Et se pare à nouveau de vert
    Parce que et pour toujours ; partout et pour toujours
    L’horizon s’illumine de bleu,
    Pour toujours... Pour toujours »
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  • Par nadejda, le 03 janvier 2012

    Les gens de la région évoquaient toujours le pays, un mot qui désignait immanquablement un autre lieu, quelque part dans le passé ou l’avenir, un lieu d’où ils étaient venus, un lieu où ils allaient. Des gens qui avaient vécu là toute leur vie, des hommes qui travaillaient aux Aciéries depuis vingt ans et plus, des femmes dont les enfants sont nés et avaient grandi à la lueur des hauts fourneaux, parlaient de retourner au pays pour les vacances, ou de rentrer au pays à la retraite, ou à défaut de faire en sorte que leur corps soit définitivement rapatrié à Dunfermline, Cracovie ou Paisley pour qu’ils puissent au moins être enterrés ailleurs. Toute leur vie durant, ils avaient vécu et respiré les Aciéries ; leur corps était imbibé d’un mélange méphitique d’acier, de carbone et de minerai..... Les Aciéries les avaient absorbés, réquisitionnés, et ils pouvaient bien parler tant qu’ils voulaient d’autres lieux, leur pays c’était là. p 23
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  • Par nadejda, le 03 janvier 2012

    Dans le monde de Jan, il y avait des arbres, des oiseaux, des cours d'eau, mais pratiquement pas d'êtres humains. A l'école, on lui faisait compliment de son intelligence, mais il restait visiblement une énigme aux yeux de ses professeurs -- et sans doute aussi de ses camarades de classe. Il leur échappait en permanence, avançait sur son chemin à lui, quittait leur ligne de mire. Alma se rappela la photo de classe qu'elle avait achetée quand Jan était en quatrième, pour finalement s'apercevoir qu'il n'y était pas visible.... Il était toujours celui qui ajoutait l'alchimie de l'absence mûrie aux instantanés de première communion et de confirmation, une tache floue au bord de la photo, pareille à une averse de neige ou à ces bribes de néant que les conteurs prennent pour des mirages d'été ; caché ou en mouvement, arrivant trop tard ou partant trop tôt, il était celui qui n'existait jamais, le garçon qui passait son temps libre avec des fantômes. p 71
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  • Par nadejda, le 03 janvier 2012

    De la fumée, oui. Mais cela mérite réflexion. Parce qu'il existe tellement de fumées différentes que, pour vivre dans un endroit comme celui-ci, il faut tout un nouveau langage pour la décrire, comme les esquimaux en ont pour la neige. ...
    Je me fais vieux, dit-il. Je deviens un peu gâteux. Mais je suis ici presque depuis le début et je dis qu'il faut se rappeler tout ça à soi-même. Il ne faut pas se blaser. Parce que c'est précisément ce qu'on attend de nous. On essaie de nous blaser. De nous faire croire que ça va de soi. On veut nous faire devenir cette fumée.
    (...) --- Ne te fie à personne ici, fiston, dit-il. Pas à la direction, ça va sans dire. Mais pas non plus au syndicat. Ne te fie à personne d'autre que toi-même. Il ne t'arrivera rien de mal si tu gardes ça à l'esprit. p 113
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Vidéo de John Burnside

John Burnside - Scintillation .
John Burnside vous présente "Scintillation" aux éditions Métailié.http://www.mollat.com/livres/john-burnside-Scintillation-9782864248385.htmlNotes de Musique : 2 Arvo Pa?rt/ Cantus In Memory Of Benjamin Britten (For String Orchestra & Bell)








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