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ISBN : 2070130509
Éditeur : Verticales-Phase deux (2010)


Note moyenne : 3.37/5 (sur 311 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
"À l'aube du second jour, quand soudain les buildings de Coca montent, perpendiculaires à la surface du fleuve, c'est un autre homme qui sort des bois, c'est un homme hors de lui, c'est un meurtrier en puissance. Le soleil se lève, il ricoche contre les façades de verre... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 3.00/5
    Par Fava, le 07 janvier 2011

    Fava
    J'ai un avis mitigé sur ce livre.
    D'un côté, j'ai été séduite par l'originalité du sujet. Raconter la construction d'un grand ouvrage d'art, montrer la complexité technique et humaine d'une telle entreprise, c'est un objectif inédit pour un roman, ambitieux, et traditionnellement peu féminin. Mais Maylis de Kérandal réussit son pari : elle arrive à nous en donner une vision qui ne manque ni de force, ni de justesse, ni d'intérêt, ni de poésie parfois. Cela vient de son écriture étrange, fascinante, audacieuse. Elle a une façon étonnante d'associer des mots qui ne vont pas ensemble (« une terre déserte baignée de nuit à engelures… »), d'alterner des phrases lapidaires (« Silence ») avec des phrases interminables entrecoupées d'un labyrinthe de parenthèses, d'oser des comparaisons inattendues (« laïc comme un cocotier »)… Bref, un style rocailleux et inimitable, qui sait rendre les mouvements de masse et la complexité titanesque de l'œuvre architecturale qui sort peu à peu de terre.
    J'aime assez, aussi, la découverte progressive des personnages et de leurs relations brutales et improbables, les imbrications multiples des difficultés rencontrées sur le chantier : les grèves, les accidents, les aléas climatiques…, et la force symbolique du pont.
    J'aime surtout beaucoup l'ironie latente qui filtre lorsque l'auteur s'amuse des préoccupations des écologistes, des ambitions du Boa, de l'état des avions d'Aéroflot, ou de la démesure des réalisations urbaines à Dubaï, par exemple. L'ironie transparaît dans les raccourcis et les ellipses : « Mineur car père et mère mineurs, mineur parce que rien d'autre… ». Elle perce dans les interventions inattendues de la narratrice (« Personne ne sait, sauf moi… »). Elle est perceptible aussi quand des expressions argotiques ou familières surgissent tout à coup au milieu d'une phrase au niveau de langue très soutenu (« Ils misaient sur l'ébriété pour avoir des idées de business puisque, putain, ils y étaient, dans la place ») : on passe sans crier gare, et de façon humoristique, du récit objectif aux pensées personnelles et au vocabulaire prosaïque d'un des personnages.
    Mais, d'un autre côté, une irritation sourde m'a accompagnée pendant toute ma lecture. Difficile de la résumer en peu de mots. Elle tient à plusieurs éléments sans doute :
    D'abord, c'est un livre difficile à lire (même pour les francophones, je rassure les non francophones !!) Il est agaçant de devoir relire 3 fois une phrase pour en saisir le sens ! La multiplication des phrases sans verbe, la suppression systématique des signes de ponctuation propres aux dialogues (ils ont été inventés pour faciliter la compréhension, non ?), tout ceci rend la lecture harassante. Pourquoi supprimer, aussi, les virgules et les pronoms personnels sujets ? N'est-ce pas créer volontairement de l'obscurité ? Que signifie, par exemple, une phrase comme : « La nuit sort dans les rues, marche ou se faufile… » ??? Pourquoi passer soudain du présent de narration au futur ou au passé simple ? Et je ne parle pas de mots tellement pédants qu'ils en deviennent risibles : les roses sont « immarcescibles », les femmes « callipyges », et Diderot est « dipsomane » ! le lecteur se sent pris en faute : je ne dois pas être assez cultivé… pas assez intelligent… !
    Et puis, à part quelques anecdotes qui accrochent (l'histoire de Soren par exemple), le roman manque d'intrigue, on éprouve par moment de la lassitude, de l'ennui, il faut s'accrocher pour ne pas poser le livre. Il est décevant, par exemple, à mon goût, que le principal protagoniste, le chef du chantier Georges Diderot (en voilà un nom ironique pour quelqu'un qui n'a rien d'un philosophe !) ne tienne finalement que peu de place dans le récit, son aventure avec Katherine paraissant finalement dérisoire, alors que l'auteure en avait fait un portrait très riche dans le 1er chapitre, et qu'on attendait donc davantage. De même, je trouve que les problématiques des Indiens ou des conflits sociaux ne sont qu'à peine effleurées, c'est dommage, alors que plusieurs chapitres s'égarent dans du « hors sujet »… J'imagine un Zola traitant le thème de ce livre, comment il aurait décrit l'épopée grandiose de la construction de ce pont, comment il en aurait souligné magistralement la symbolique, comment il nous aurait fait palpiter des drames individuels autant que sociaux…
    Mais soyons juste. Si je compare Maylis de Kérangal à Zola, c'est déjà bon signe ! Signe que nous sommes dans la cour des grands ! De ceux qui marquent leur époque !
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    • Livres 4.00/5
    Par Lolokili, le 06 octobre 2014

    Lolokili
    Visite de chantier.
    Dans une ville fictive de Californie, un pont.
    Projet mégalomane ou défi titanesque pour certains, eldorado économique providentiel pour beaucoup d’autres, sous la plume ardente de Maylis de Kerangal, l’ouvrage colossal devient un monde à part entière.
    Même si le thème diffère, le principe narratif est déjà celui de « Réparer les vivants », où fusionnent odyssée scientifique et fiction romanesque, plus précisément documentaire urbanistique et chronique sociale d’une humanité disparate venue des quatre coins de la planète pour travailler de concert à l’érection du dit pont.
    Assemblage d’intimités humaines et assemblage d’éléments techniques peu à peu se rejoignent en un seul et authentique ouvrage... « Naissance d’un pont », dont le simple titre symbolise et conjugue ces deux approches complémentaires.
    Plus que dans son dernier – et superbe – roman évoqué ci-dessus (pour ceux qui suivent), l’on pourrait reprocher à l’auteure de noyer l’action dans l’exercice de style. Mais justement il est ici question de style, car là où d’aucuns pourraient ne percevoir que de lassantes digressions oiseuses, d’autres (genre moi) retiendront avant tout l’esthétique singulière et le formidable lyrisme que Maylis de Kerangal a le don d’insuffler à chacune de ses descriptions, si concrètes ou analytiques soient-elles.
    Et même si la vie en général et l’écriture en particulier ressemblent bien souvent à un chantier (constat entendu dans l’une de ses interviews), Madame de Kerangal confirme une fois de plus qu’elle peut aussi en faire un poème.
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    • Livres 3.00/5
    Par mariech, le 05 mars 2012

    mariech
    Maylis de Kerangal imagine la construction d'un pont gigantesque dans une ville fictive des Etats - Unis , en 2007 . de tous les coins du monde arrivent des hommes et des femmes en quête de travail , ceux qui veulent participer à cette grande aventure , tous les métiers de la construction , cela va du chef de chantier , à la jeune ingénieur française qui sera responsable du béton au grutier jusqu'aux ouvriers du bâtiment mais aussi les cuisiniers , les prostituées , les dentistes ,les coiffeurs , les opérateurs mobiles ..... , enfin tous ceux qui gravitent autour de cet évènement exceptionnel .
    Nous rencontrons Diderot , Katherine , Diamentis , John Johnson dit le Boa, Shakira . L'auteur fait une critique du monde actuel où règne la mégalomanie , l'appât du gain , où la nidification des oiseaux est plus importante que le sort des minorités indiennes , où on est bien obligé de penser à l' 'écologie pour se faire bien voir , Coca jumelée avec Dubaï , devient Coca ville verte , productrice de Bio - Ethanol .
    Ce livre est un puzzle , toutes les pièces finissent par s'imbriquer l'une dans l'autre , mais un puzzle ardu .
    Une écriture déroutante , une lecture difficile mais qui a une certaine magie tout de même . , une auteur que je lirai encore .
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    • Livres 3.00/5
    Par DOMS, le 27 octobre 2014

    DOMS
    J'ai découvert Maylis de Kerangal avec « Réparer les vivants ». J'avais associé son style à une narration qui devait faire sentir au lecteur l'urgence et le temps qui passe, vite, très vite, urgence liée à la contrainte d'un cœur qui bat.
    Mais en lisant Naissance d'un pont, je me rends compte que c'est en fait sa façon d'écrire. Tellement spécifique. Rapide, dense, comme un fil qui serait tiré presque à chaque ligne, et qui déroule des instants de vie, d'actions, du passé des personnages, des évocations de lieu, de vie, qui très vite n'ont rien à voir avec le début de la phrase, avec l'action présente, mais qui au contraire vont se situer dans le passé de ses personnages, dans l'histoire de la ville, ou dans tout autre chose en fait. Des digressions qui parfois perdent le lecteur. Surtout sur les premières pages du livre. Car après, forcément, on s'y fait.
    Alors oui, cette Naissance d'un pont est une œuvre épique de bâtisseurs du siècle présent, mais est construit comme une grande aventure, celle d'une nouvelle ruée vers l'Ouest. Tous ces travailleurs que l'on suit dans leur cheminement vers le site de construction, la ville de Coca, en Californie. le parti pris de l'auteur est d'en suivre quelques-uns, un instantané sur leurs vies, leurs problèmes, leurs angoisses ou leurs espoirs. Et tous bien évidement convergent vers cette œuvre gigantesque d'équilibre, de créativité, mais aussi de destruction d'un certain équilibre écologique, d'une ville qui s'est faite au fil du temps, avec ses communautés, ses craintes et ses aspirations. Communautés très différentes, les indiens, les ouvriers, le maire qui veut créer pour exister, à l'image des grands bâtisseurs des émirats d'aujourd'hui.
    Il y a à la fois du présent et des réminiscences du passé dans ce roman. C'est intéressant, perturbant par sa construction, l'écriture est tellement riche, le lecteur doit prendre son souffle pour parvenir au bout de certaines phrases, tant elles fourmillent d'idées et d'évocations. Maylis de Kerangal a vraiment un style très particulier, mais au final c'est passionnant de la suivre.
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    • Livres 4.00/5
    Par MissG, le 23 février 2012

    MissG
    "C'est le premier jour du pont, le premier matin."
    Maylis de Kerangal propose au lecteur à travers son livre de vivre une aventure formidable : la construction d'un pont dans une ville fictive des Etats-Unis, du premier jour jusqu'à son inauguration.
    C'est aussi l'occasion de croiser tout un melting pot de personnages qui vont graviter autour de ce chantier, du plus simple ouvrier à l'ingénieur spécialiste du béton et au responsable des opérations tout en croisant les indiens plutôt hostiles à ce chantier.
    Plutôt que de laisser tous ces personnages venant de pays ou de cultures différentes noyés dans la masse, l'auteur a choisi de s'intéresser à certains personnages en particulier et à les faire apparaître et interagir dans son histoire à intervalles réguliers.
    Il y a ainsi une française, Summer Diamentis, ingénieur spécialiste en béton, qui se sent seule et est incomprise dans cet univers essentiellement masculin; Katherine Thoreau, une américaine qui tire le diable par la queue pour finir les fins de mois; Diderot qui coordonne tout le chantier et veille à faire respecter les délais; ou encore Sanche Cameron suivant le chantier du haut de sa grue.
    J'ai particulièrement aimé le choix de ces personnages et le travail de l'auteur sur eux, l'alternance ne m'a d'ailleurs absolument pas gênée car le livre est construit de façon intelligente.
    Il n'y a pas de chapitre à proprement parler, mais plus des parties qui coïncident avec l'état d'avancement du chantier.
    Le parallèle est intéressant à faire entre la construction du livre et la construction du pont.
    J'ai eu l'impression au fil de ma lecture que l'auteur avait pensé son livre comme un projet industriel, c'est en tout cas ce qui en ressort.
    De plus, je trouve qu'il y a un côté très réaliste à ce récit, avec les aléas de chantier, les retards, la pression du siège ou du maire de la ville, les revendications salariales, les accidents.
    C'est concret et bien ancré dans la réalité, et puis ce n'est pas un hasard si le maire de Coca se fait appeler le Boa, car ce pont va finir par engloutir Coca et Edgefront.
    J'ai d'ailleurs trouvé une critique quelque peu sous-jacente des Etats-Unis dans ce livre, déjà le nom de la ville est l'un des produits emblématiques de ce pays, et puis cette ville n'est pas sans rappeler San Franciso.
    L'auteur y montre quelques travers de ce pays qui n'est pas l'Eldorado comme il nous est si souvent présenté.
    Ce qui peut dérouter pendant les premières pages, c'est le style narratif de l'auteur qui emploie un vocabulaire très riche et fait souvent de très grandes phrases.
    Certains signes de ponctuation sont volontairement oubliés, sans doute pour renforcer la côté grandiose et foisonnant de ce chantier; tout comme certains dialogues ne sont pas écrits de façon traditionnelle, mais là aussi, c'est sans doute pour appuyer la déshumanisation d'un tel chantier où personne ne peut connaître tout le monde et où chacun s'attelle à sa tâche quotidienne.
    L'auteur dissèque l'histoire plus qu'elle ne la raconte, je n'ai pas l'habitude de ce style narratif mais j'ai été conquise.
    J'ai apprécié l'originalité du sujet, la précision avec laquelle l'auteur le traite, son style narratif, d'autant qu'il n'y a aucun temps mort même si parfois la lecture peut paraître lente.
    Si je n'avais qu'un reproche à lui faire, cela concernerait la fin que je trouve bâclée et qui ne termine pas vraiment une histoire qui avait pourtant si bien commencé.
    Le pont est achevé mais pas l'histoire de Maylis de Kerangal, c'est un peu dommage et cela vient quelque peu ternir ma bonne impression générale sur ce roman.
    Je remercie Babelio et les éditions Gallimard - Folio (maison d'édition d'origine : Verticales Phase Deux) pour ce livre reçu dans le cadre de l'opération Masse critique

    Lien : http://lemondedemissg.blogspot.com/2012/02/naissance-dun-pont-de-may..
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Critiques presse (1)


  • LeSpectacleduMonde , le 14 juin 2011
    C’est la grande réussite de ce livre : maintenir dans toutes ces forces contradictoires un certain équilibre qui laisse à la vie, sous ses formes les plus diverses, la possibilité de s’épanouir, et offre au lecteur comblé de méditer sur le sens des entreprises humaines.
    Lire la critique sur le site : LeSpectacleduMonde

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Citations et extraits

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  • Par DOMS, le 27 octobre 2014

    Heureusement il y a l'eau. Le mouvement de l'eau. La lumière de l'eau. Le fleuve épais, large, fécond. Le fleuve gelé patinoire qui craque de partout quand vient la débâcle, s'éveille animal et secoue ses écailles de glaces, tellement vivant soudain contre la ville lasse. Heureusement qu'il y a cette liberté.

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  • Par ChezLo, le 05 mars 2011

    La drague avance lentement dans le fil du fleuve, lourde et têtue, elle débarrasse, racle, aspire, décrasse le lit du fleuve de toute la merde qui s’y est déposée, qui s’y dépose, jour après jour; dérocte le chenal, saluée alors merveilleuse tâcheronne nécessaire bonniche, son énorme fraise à trois têtes – trois fois l’envergure et la puissance du bel outil de forage pétrolier en eau très profonde tout de même – fouraillant la roche pour conserver un passage aux coques des majestueux navires, cargos d’aventure, et pétroliers dernier cri. Les deux garçons marquent un recul devant les citernes où se déverse le fond du fleuve, vase noirâtre pâte sédimentaire remontée des profondeurs, alluvions sans âge, aucun scintillement là-dedans, rien, ils se mettent pourtant à y guetter la tranche d’une épave, un morceau de tôle, un débris humain, un os de crâne peut-être, (…) Ils s’excitent, rigolards, ne cherchent rien, n’espèrent rien, pas même la fortune, l’avenir n’a pas de forme pour ceux qui vivent au jour le jour, sans autre tension que celle de leur jeunesse, ils tendent les mains, paumes vastes et doigts habiles, toujours prompts à palper de quoi jour, de quoi se faire un peu de thune, toujours partant pour la première connerie.
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  • Par letilleul, le 17 novembre 2010

    C'est le premier jour du pont, le premier matin. L'aube polaroîde. Les noirs qui éclairent et les blancs qui foncent, la pigmentation progressive de tous les verts - fluo, émeuraude, pistache, vérinèse, amande, anis, absinthe, turquoise, hollywood chewing-gum, épinard et malachite, anglais, céladon -, bientôt fixé sur la rétine, et le fleuve est là, souple, les plis calmes, de longues herbes fluorescentes s'y étalent en surface, des taillis dérivent, des bidons, des bouteilles : l'eau est laiteuse et sale.
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  • Par Morgouille, le 03 janvier 2011

    On comprend que Summer, encouragée de la sorte, finisse par regarder les gamines de son âge comme des êtres mineurs. Elle s’empressa de fuir leur obsession de l’amour, leurs confidences interminables, leur lamento masochiste, la fragilité acidulée qu’elles endossaient si volontiers pour séduire. Se priva tout autant de leur peau, de leur rigolades, de leurs complicités nocturnes, de leur solidarité, se priva bêtement de leur douceur. Et décida pour elle-même, à treize ans, un jour où elle s’était laissé caresser au cinéma par un garçon qu’elle aimait mais qui se foutait d’elle, elle le savait – il lui pétrissait les seins sans vergogne, remontait la main entre ses cuisses, et lui raclait le palais d’une langue brutale –, décida que l’amour, d’accord, mais pas exagérément, pas à n’importe quel prix. Or décider ainsi quelque chose pour soi, le faire pour sa vie sans se goberger de balivernes comme quoi le cœur a ses raisons blablabla – l’amour autorisant toutes les conneries, que l’on y perde son temps, que l’on y laisse sa peau, que l’on se cogne pour se dévorer tout de suite après, que l’on hurle dans les cages d’escalier, que l’on se téléphone chaque heure de la nuit, que l’on roule bourré dans la campagne hostile, car c’est comme ça que ça se passe, pas autrement –, oui, statuer de la sorte, à froid les yeux en face des trous, chez une fille si jeune, avait de quoi surprendre.
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  • Par Seraphita, le 27 octobre 2010

    Le pont inachevé est massif dans la nuit, une présence monstrueuse, très noire, Waldo le dévisage à voix basse, l’éclairage de nuit ne doit pas être trop fort, trop spectaculaire, Georges, je ne veux pas du sabre de flamme, de faisceaux qui sculptent, d’ampoules qui appuient, toute cette saloperie de grandiloquence, les tours ne seront pas éclairées jusqu’au sommet afin qu’on puisse penser qu’elles se prolongent dans la nuit, le tablier sera un simple trait comme une ligne de fuite, et on réglera la balance entre les ombres, entre les différentes qualités d’ombre, on fera toucher les matières, le fleuve, la ville, la forêt et, pour le pont, je veux seulement que l’on sente la force dans les câbles.
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Remise du Prix Orange du Livre 2014 - la vidéo .
Mardi 27 mai 2014, Maison des Polytechniciens. Maylis de Kerangal reçoit le Prix Orange du Livre 2014 pour son livre "Réparer les vivants", éditions Verticales. le jury, présidé par Erik Orsenna, est composé de Karine Tuil, Véronique Olmi, Emilie Frèche, Thomas B. Reverdy, Pascal Thuot, Joel Hafkin et de 7 internautes sélectionés sur candidature.








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