-
Sunset park
de
Paul Auster
Exilé volontaire hanté par la mort de son demi-frère, piocheur de souvenirs dans les maisons abandonnées pendant la crise des subprimes, Miles Heller se voit contraint se rentrer à New York, qu’il a fui sans laisser d’adresser sept ans auparavant. Incapable de revenir vers ses parents, il élit domicile dans une maison vide de Brooklyn en compagnie de trois autres errants, largués, ballotés, comme lui et dont le drame est d’aller de l’avant sans revenir en arrière, de faire la paix, de demander pardon. Ellen, l’artiste peintre raté hyper-émotive reconvertie en agent immobilier qui tente de renouer avec sa vocation, Bing, sorte de grand prophète du pauvre autoproclamé, Alice thésarde fauchée et mal aimée, et puis à l’arrière-plan, un père en lambeaux qui attend le retour de son fils. Roman-choral couleurs fin d’automne, Sunset Park pose la question de l’Après : et maintenant, quoi ?
J’ai mis longtemps à le lire, très, très longtemps, alors que je lis très vite au contraire et que l’écriture dense et ramassée d’Auster incite à l’immersion totale. Deux mois, au lieu de deux jours, un record. Je me suis souvent arrêtée et j’ai beaucoup pensé, j’ai essayé de mettre en forme, de repêcher ce que je savais déjà, de voir d’un œil neuf. Essayé d’être intelligente. Non que le texte soit ardu, loin de là, même. Poursuivant ses (légères) innovations structurelles de ces dernières années, Auster opte pour une narration-choral, un chapitre par personnage, tout au discours indirect, beaucoup de sommaires, peu de scènes. Rien de stylistiquement sidérant ou particulièrement innovant. Fait nouveau, des tics de langage et d’écriture dont la répétition qui lassent un peu, faciles, clinquant. Et du sexe, ça aussi, c’est nouveau ou bien j’ai mauvaise mémoire, la présence corporelle des gens, les doutes, les frustrations ou la plénitude, des actes, des images. Sans voyeurisme, sans dissertation, juste les choses comme elles sont.
Bref, de quoi s’agit-il ?
Un groupe de gens un peu paumés, pas mal secoués, se retrouvent par hasard et pour quelques mois dans une maison abandonnée de Brooklyn. En arrière-plan, la crise de 2008, mais loin, très loin, à peine une ombre, et le monde qui s’effondre. Un fils prodigue, en fil conducteur, catalyseur. Et voilà.
Et c’est le roman le plus triste que j’ai lu depuis longtemps. Peut-être pas le meilleur, mais je suis assez peu émotive et c’est le genre de chose qui mérite d’être notée, toute cette tristesse qui se communique.
D’un côté, le monde : des maisons perdues, des quartiers vides qui rendent les gens avides et amers. La culture qui prend l’eau, ce culte de l’éducation, de l’Université, du savoir si cher à l’auteur, de l’élitisme nécessaire qui se désagrège – faillite du cinéma indépendant, faillite de l’édition, faillite de la pensée tout court à travers le personnage d’Alice et de l’association PEN qui lutte pour la relaxe des écrivains dissidents chinois, iraniens, cubains. Au final, c’est l’Amérique rêvée qui se voit menacée d’enlisement et Auster dresse un parallèle insistant avec un film de l’âge d’or, Nos plus belles années. L’Amérique de Sunset Park est un monde d’après-guerre, en mal de héros. Ils ne cessent de mourir, les héros, ces héros austeriens typiques que sont les joueurs de baseball d’antan dont Miles et Morris Heller lisent chaque jour les rubriques nécrologiques. Un par un, les piliers tombent, avec eux les légendes, les histoires. Il est d’ailleurs symptomatique que ce roman mette très peu New York en scène, contrairement à l’usage de l’auteur amoureux de sa ville. De Brooklyn ne survivent que des ombres, des fantômes (la maison est adossée à un petit cimetière, par exemple), une sorte de brume de mauvais réveil qui colle aux semelles.
De l’autre côté, des errants. Ni ici, ni ailleurs, en transit dans leurs propres vies, et tous n’auront pas de réponse, ni gain de cause. Tous ne briseront pas leurs cercles vicieux. Je crois que Sunset Park est un roman du passage, du doute. « Perte de repères » est un peu simpliste. Roman d’un homme qui vieillit, également, et se sait bien moins optimiste. Les héros de Paul Auster sont toujours un peu en quête, toujours tributaires du hasard, de l’instant qui trébuche. On retrouve un certain nombre de thèmes austériens, le baseball comme je l’ai dit, le hasard, la filiation, l’errance, mais comme de pâles reflet d’eux-mêmes. Privés de dynamique, peut-être. Arrêtés. Comme si le roman tout entier était privé de moteur, à l’instar de ces personnages. Il y a de jolis parcours personnels, celui d’Helen par exemple, et des moments drôles – toutes proportions gardées – et des personnages attachants (j’ai personnellement un faible pour l’Ours de la maisonnée, Bing Nathan, ami indéfectible de Miles, résistant, comme un rocher face au vent). Mais la symphonie est d’un gris de brume.
Le temps qui passe, les générations qui s’étiolent, les choses qui ne sont plus mais dont le spectre demeure, que c’est triste tout cela... Sans « pathos » particulier, sans propos novateur, non plus, juste des détails poignants, des rencontres ratées, des silences. Le tout engouffré dans une narration compacte qui laisse peu de place aux respirations. Je ne voudrais pas décourager les lecteurs potentiels, cela dit. Je ne sais pas du tout, au final, si le roman plaît aux fans de l’auteur, ceux qui maîtrisent vraiment le sujet, je veux dire. Et je ne sais pas non plus s’il constitue une bonne porte d’entrée dans l’univers de Paul Auster. Je me sens juste un peu plus triste et un peu plus riche après l’avoir fini.
Lien : http://luluoffthebridge.blogspot.com/2011/11/book-freak-sessions-paul-auster-...
-
Par Malaura, le 12/08/2011
La nuit de l'oracle
de
Paul Auster
L'écrivain new-yorkais Sydney Orr se souvient d'une période étrange et difficile de sa vie où fiction et réel semblent s'être confondus pour l'entraîner aux frontières du fantastique.
A l'époque, Sydney sort d'une grave maladie.
Bien qu'affaibli, il tente de se remettre à l'écriture mais l'inspiration se fait attendre.
Jusqu'au jour où il fait l'acquisition d'un carnet bleu dans une petite papeterie.
Au contact du carnet et dans une sorte d'état second, il entame alors la rédaction d'une histoire géniale...
Dès les premières lignes, la puissance narrative est là, présente, palpable, prodigieuse, à laquelle s'ajoutent intelligence et ingéniosité.
Dans ce roman sous forme de "poupée russe", où les récits dans le récit, les mises en abyme et les notes de bas de pages alternent sans jamais aucune lourdeur, l'auteur s'interroge sur le pouvoir prophétique et prémonitoire des mots.
"L'écriture comme acte prophétique", une énigme insoluble et captivante dans laquelle l'auteur nous entraîne irrésistiblement.
-
Par valdemosa38, le 18/07/2011
Tombouctou
de
Paul Auster
J'ai pleuré ....ça me m'était jamais arrivé en lisant un livre ....Ce livre est d'une intensité ....d'une sensibilité.... et pour avoir presque tout lu d'Auster on y retrouve bien ses grandes angoisses ou intérrogations comme l'abandon, l'attachement, la reconnaissance, l'amour ...mais surtout surtout l'abandon, la fin, la séparation et donc la mort...qu'est ce que s'abandonner, être abandonné etc....Alors oui, ce n'est pas follement gai, il y a d'autres auteurs pour ça mais c'est très beau et comme toujours superbement bien écrit, articulé.
Auster a ce talent d'écrire des romans qui peuvent se lire à plusieurs niveaux: soit vous vous arrétez à cette belle histoire d'un chien en quête d'un maitre soit vous y lisez tout ce qui n'est pas dit et qui est bien là. Mais qq soit votre niveau de lecture vous serez attrappé par ce livre qui m'a littéralement écrasé le coeur.
-
Par sentinelle, le 02/12/2009
Mr Vertigo
de
Paul Auster
Lu il y a des années, j’ai eu envie de me replonger dans une des mes lectures préférées de Paul Auster. Et le plaisir fut à nouveau au rendez-vous. Même si « Mr Vertigo » est une œuvre un peu en marge de ce que nous propose habituellement l’auteur, nous y retrouvons tout de même quelques thèmes qui lui sont chers (les années d’apprentissage, la loyauté, le deuil, la culpabilité, la solitude, la résilience).
Quel enchantement que celui d’accompagner cette petite canaille dans ses années d’apprentissage de son art mais aussi de la vie, quel plaisir également de retrouver ces personnages haut en couleurs, que ce soit Maître Yehudi, Esope, Mrs Witherspoon ou maman sioux.
Suivre les traces du jeune Walter, c’est aussi aller à la rencontre de cette Amérique mythique, gangrenée par la violence et le racisme mais aussi terre d’asile des laissés-pour-compte. Pays de tous les contrastes mais également de tous les possibles, dans lequel un homme - parti de rien - peut renaître plusieurs fois de ses cendres, quels que soient les coups du sort qui se dresseront sur sa route, tel le fabuleux phénix.
Un roman initiatique dans lequel Paul Auster déploie de manière assez inhabituelle humour et dérision. Un roman que je conseille donc fortement, même s’il est un peu à part dans sa bibliographie.
Lien : http://livresque-sentinelle.over-blog.com/article-mr-vertigo-de-paul-auster-4...
-
Par sylvie, le 22/04/2008
Dans le scriptorium
de
Paul Auster
j'ai été intriguée et émue par ce Monsieur Blank, vivant une expérience extrême, et ne s'en sortant pas.
Il est confronté à la vieillesse, à l'amnésie, à la maladie, à l'enfermement, et il s'accroche comme un beau diable à la quête de sens pour sa vie.
Il se hisse à sa triste réalité, réduite au strict minimum, et prend conscience qu'il n'a peut-être même plus la force de l'explorer dans son entier.
Y-a-t-il une porte, un placard ? Il se rend compte qu'il ne l'a peut-être pas encore remarqué...
Une seule chose semble maintenir son désir d'exister : le bureau, sur lequel est posé un manuscrit qui lui fait peur mais auquel il arrive à se confronter courageusement, et des photos, sur lesquelles il tente de reconstituer l'histoire qu'a du être sa vie.
Dans le scriptorium, il voit des mots écrits sur des bandelettes et qui disent ce que sont les choses qui l'entourent. Sans ces "pense-bêtes", serait-il encore capable de les appréhender ces objets qui sont sa réalité ?
Où est-il, Que fait-il ? Qui a-t-il pu bien être ?
Nous le suivons dans cette quête désespérée qui le maintien en vie mais nous comprenons bien qu'il ne peut pas arriver au bout. Il est soumis à un étrange protocole de soins qui le laisse hagard à cause des médicaments administrés.
D'ailleurs, est-ce un soin ou une punition ? et si c'est une torture, de quoi l'accuse-t-on ? et que veulent ils savoir ?
Nous comprenons bien que les personnages qui viennent soit le réconforter, soit le questionner sont des héros de romans. Ils ont pris chair alors que celui qui leur a donné vie est en train de disparaître.
Son existence se réduit à être l'objet d'un texte écrit consignant le plus méticuleusement possible ses moindres gestes, bruits, paroles et réactions. Ce "rapport" est rédigé à partir d'une monstrueuse installation qui le filme et l'enregistre en permanence dans sa cellule blanche...
Cette construction en abîme m'a intriguée.
J'ai été touchée par ce questionnement qui nous donne à tous le vertige : qui nous encre dans la réalité ? le mot ou la chose ? le signifiant ou le signifié ? l'évènement ou le récit ?
L'écrivain est-il celui qui crée le vide entre les deux au risque de s'y perdre ?
Mais je m'égare sans doute un peu là... Il y a beaucoup de choses dans ce roman qui m'ont complètement échappées, et donc je vous renvoie aux excellents billets des uns et des autres, que je cite en bas de page.
http://sylvie-lectures.blogspot.com/2008/04/dans-le-scriptorium-paul-auster.html
-
Par litolff, le 21/11/2011
Sunset park
de
Paul Auster
Paul Auster est décidemment un chouchou des médias, dès qu’un de ses livres sort, les critiques de la presse se précipitent ignorant des tas d’autres romans passionnants d’auteurs moins connus… et j’avoue que cet engouement me laisse un peu perplexe…
J’ai lu 5 ou 6 livres de Paul Auster mais j’ai du mal à savoir lesquels car si je les lis en général sans déplaisir, je les oublie également assez vite (à part le voyage d’Anna Blume et Moon Palace, les premiers que j’ai lus).
Je ne sais pas si Sunset Park me restera en mémoire… car si j’ai lu celui-ci encore sans déplaisir, je dois faire partie des lecteurs inattentifs ou trop pressés stigmatisés par Télérama qui n’ont pas décelé le bijou ou le chef-d’œuvre annoncé. D’abord, pour apprécier pleinement ce roman, il faudrait se plonger dans l’histoire et les règles du baseball, ce qui permettrait d’apprécier la vingtaine de pages qui y sont consacrées et auxquelles le lecteur français ne comprend en général pas grand-chose. Il faudrait également visionner auparavant « Les plus belles années de notre vie », film réalisé en 1946 par William Wyler qui a remporté 10 oscars en 1947 et qui raconte la démobilisation de trois soldats américains : ce film revient en fil rouge tout au long du roman et forcément, c’est mieux si le lecteur l’a vu avant !
En dehors de ces deux détails qui ne gêneront pas tout le monde, j’ai bien aimé cette histoire mélancolique qui met en scène un jeune homme rongé par la culpabilité à cause d’un acte commis consciemment ou pas dans sa jeunesse, et qui décide de rompre avec sa famille le temps de remettre les choses à plat, sur fond de crise économique et morale. Miles coupe les ponts avec New York, son père et sa belle-mère, sa mère, actrice à succès, et après une errance de 7 ans, rencontre Pilar, une jeune fille encore au lycée, une mineure dont il tombe éperdument amoureux et dont la sœur ainée le menace de chantage. Tout cela l’amènera à Sunset Park, à Brooklyn, un squatt délabré qu’il partagera avec trois jeunes gens un peu déboussolés, qui ont du mal à se retrouver dans l’absence de valeurs ambiante, en mal d’expression, de logement et de moyens…
Mélancolique et assez pessimiste…
-
Par Nina, le 20/04/2010
Invisible
de
Paul Auster
Jim est maintenant un auteur reconnu, sa vie d’étudiant fait partie d’un passé un peu lointain. Un jour, il reçoit le brouillon inachevé du premier chapitre d’un manuscrit envoyé par un certain Adam Walter. Des souvenirs reviennent à sa mémoire. Il se souvient d' Adam Walker, un très beau jeune homme brillant, passionné de poésie, mais d’une très grande timidité. Un peu intrigué par cet envoi, il lit la lettre qui l’accompagne. Adam Walker lui demande de l’aide pour terminer ce premier chapitre. Et c’est ainsi que Jim en croyant lire les premières pages d’un roman va devenir le confident d’une étrange rencontre qu’aurait vécu Adam Walter au printemps 1967 à l'époque où ils étaient tous les deux étudiants à l’université Colombia.Cette rencontre va changer le parcours de sa vie.
Paul Auster nous entraîne ici dans un roman à tiroir terriblement excitant. La vérité semble se perdre dans les histoires de personnages à la personnalité complexe. Qui ment, qui dit vrai ? Jim va se laisser emporter par le récit d’Adam Walter. Premières émotions charnelles, expérience interdites, manipulation, meurtre, fuite….Les fils de cette jeunesse tourmentée sont terriblement embrouillés.
Intimiste, complexe et déroutant ce roman confirme les qualités d’écrivain de Paul Auster et enchantera les passionnés de littérature.
-
Par Chouchane, le 30/03/2010
Invisible
de
Paul Auster
C'est toujours aussi incroyable et vertigineux. A lire évidemment, à relire je ne sais pas parce qu'il est un peu dur, cru, noir ; un uppercut. Une année de vie d'un homme - 1967 - racontée par les quatres acteurs principaux, un puzzle dont chacun détient un morceau mais qui ne donnera jamais une vérité. Du sexe, de la manipulation, de l'érudition.
-
Par Christw, le 18/01/2012
L'Invention de la solitude
de
Paul Auster
Paul Auster est souvent qualifié d'auteur inclassable, ce livre le justifie amplement. Entre la recherche de l'identité d'un père peu présent, la mise en évidence de la mémoire et de la solitude dans l'acte d'écriture, les collisions du hasard dans le temps et l'espace, à travers un flot de réflexions autobiographiques intimes et tentaculaires, il ouvre des portes que certains d'entre-nous ont entrouvertes pour vite les refermer, pris de vertige. Il nous met face à notre esprit.
(Suite sur mon blog).
Lien : http://marque-pages.over-blog.net/article-l-invention-de-la-solitude-paul-aus...
-
Par stefferon, le 04/11/2011
Le Livre des illusions
de
Paul Auster
Quel livre étrange. Presque envoûtant tant on peut se perdre entre la vie de David, celle de Hector et de ces héros de film.
On ne sait plus qui est qui.
Les tragédies se confondent, se mêlent.
On se laisse porter par les vies.
Comme en plongée on perd le sens de l'orientation, on procède par paliers pour s'enfoncer toujours plus loin.
Et lorsqu'on sort de l'eau, l'envie d'y retourner se mêle à la joie d'en être sorti.
Bilan mitigé mais somme toute assez plaisant.
-
Par stefferon, le 16/09/2011
Brooklyn Follies
de
Paul Auster
Nathan, Nat, Oncle Nat a 60 ans. Un cancer en rémission, un divorce, une solitude à trainer. Il décide de s'installer dans Brooklyn. Pour y finir sa vie pense-t'il...
Il y croise des femmes, son neveu perdu de vue depuis longtemps, la vie, le courage, l'amitié, sa fille, sa nièce, l'amour...
Destins croisés.
C'est super bien écrit, frais, plein de rebondissements, de politique, de drames mais plein d'espoir, d'humour, d'amour.
J'ai adoré.
J'en prendrais bien un autre.
-
Par Malaura, le 13/06/2011
Seul dans le noir.
de
Paul Auster
Depuis que sa femme est morte et qu'un accident de la route l'a contraint à l'immobilité, l'ancien critique littéraire August Brill vit avec sa fille Miriam et sa petite-fille Katya dans une maison où règnent tristesse et deuil.
Miriam ne se remet pas d'un divorce vieux de 5 ans, Katya se sent responsable de la mort en Irak de son ex-fiancé, tandis que le vieil homme tente de pallier ses insomnies et les douleurs du souvenir en s'inventant des histoires.
C'est ainsi qu'une nuit il crée Owen Brick, personnage projeté dans un monde parallèle...
Fidèle à son habitude, Paul Auster balade son lecteur au gré de ses envies, de ses désirs, de ses caprices.
Qu'il nous entraîne dans une fiction créée de toute pièce par son personnage, qu'il nous abreuve de théories sur le cinéma ou bien qu'il nous raconte la biographie d'une poétesse méconnue, le lecteur est immanquablement conquis, laissant réflexions, digressions, mises en abyme ou souvenirs s'interpénétrer et cédant au charme d'une longue nuit au terme de laquelle "ce monde étrange continue de tourner".
>modifier
-
Par tilly, le 30/03/2010
Invisible
de
Paul Auster
"Invisible" est le titre énigmatique et étrange du dernier roman de Paul Auster.
Comme est étrange et formidablement romanesque, l’attirance morbide des personnages du roman pour un monstre séducteur et indéchiffrable, véritable Deus ex machina.
Invisible raconte comment sur quarante années, cet ogre (fantasmé ?) va faire se croiser des deux côtés de l’Atlantique entre New-York et Paris, les destins de ceux qui tenteront vainement d’échapper à son influence fatale.
En bref, mes mots-clé : brillant, fascinant, intriguant et passionnant, pas ennuyeux du tout
(auteur barbant : c'est l'a priori que j’avais après avoir “lâché” Auster dans les années 1990... et jamais "retenté" jusqu'ici !)
Dès le début de la deuxième partie du roman (page 75), le lecteur comprend que la première partie qu’il vient de lire, c’est aussi... du roman ! La mise en abyme ne fait que commencer. La construction de Invisible se complexifie au fur et à mesure avec l’emboîtement des récits et les changements de perspective. Ainsi de suite. A la fin il deviendra impossible de distinguer ce qui fait partie de l’imaginaire d’un personnage, d'un autre, de celui du lecteur, ou de Paul Auster. Vertiges. Plaisirs.
Première partie, 1967, New-York
Le narrateur est Adam Walker, étudiant en littérature, passionné de poésie classique. Il raconte à la première personne les circonstances de sa chute dans les rais de Rudolph Born et de sa compagne Margot : comment il est attiré, manipulé, comment il se débat, et finalement succombe.
“Born m’avait eu. Il m’avait fait voir en moi quelque chose qui me remplissait de dégoût et, pour la première fois de ma vie, je compris ce que c’était de haïr quelqu’un. Jamais je ne pourrais lui pardonner - et jamais, je ne pourrais me pardonner, à moi.”
Deuxième partie, 2007, New-York
Changement de narrateur : James (Jim), est un auteur à succès qui a perdu de vue Adam depuis leurs années communes en faculté. Adam est l’initiateur d’une correspondance avec Jim. Il lui fait lire le début d'un roman qu’il est en train d’écrire (c’est la première partie que le lecteur vient de lire, “Printemps”). Après avoir prévenu Jim que le second chapitre pourrait le choquer, Adam finit par lui envoyer une suite à ses mémoires de l'année 1967.
Dans ce texte intitulé “Eté”, Adam écrit à la seconde personne (il s’adresse à lui-même, tutoiement). On retrouve Adam, Margot, le temps d’un été poisseux à Brooklyn. On fait connaissance avec Gwyn la soeur d’Adam. On apprend leur histoire familiale douloureuse. Born est absent, disparu, invisible, mais son influence maléfique sur Adam est pesante. Le désarroi dans lequel il plonge peut expliquer ses débordements affectifs et sensuels avec Margot d'abord, et avec Gwyn, sa sœur, ensuite.
Cette partie du roman, étouffante et belle, parfois torride m’a rappelé l’ambiance du roman Ada de Nabokov.
Troisième partie, 2007, Californie
Jim n’aura pas l’occasion de discuter avec Adam de son projet littéraire. Adam meurt. Avant de disparaître il a confié son manuscrit inachevé à Jim et le laisse libre de rédiger le chapitre manquant “Automne” à partir de notes très détaillées.
Jim écrit à la troisième personne et au présent ce dernier volet des mémoires de l'année 1967 d'Adam Walker.
Venu à Paris à l'automne 1967 pour y poursuivre ses études, Adam a retrouvé Margot, mais aussi, malencontreusement, son âme damnée : Rudolph Born. Toujours inquiétant et machiavélique, Born met en présence Adam et deux françaises : Hélène Juin et sa fille Cécile, lycéenne.
La première partie "Printemps" s'achevait sur la disparition de Born, quittant précipitamment les Etats-Unis pour échapper à une enquête policière. A la fin d'"Automne", c'est au tour d'Adam de disparaître brutalement de la vie de Cécile, expulsé du territoire français suite à ce qui ressemble à un coup monté par la police. Mystères et symétries.
Quatrième partie, 2007, Paris
A la demande de Gwyn, la soeur d'Adam, Jim reprend le manuscrit d’Adam (Printemps, Eté, Automne), l’adapte, et le publie sous son propre nom.
Plus tard, à Paris, Jim retrouve Cécile qui lui confie à son tour une partie de son journal intime. Elle y raconte son face à face avec Born, en 2002, pour une ultime rencontre. Cécile la française est la seule qui aura eu le courage d’affronter Born pour l’amener au bout de quarante ans à se trahir. Elle le punit en ne cédant pas à son ultime tyrannie. Elle est ainsi celle qui venge Adam.
Sur le titre...
Invisible ? Visible ? Je me rends cet après-midi au Salon du Livre, où j'espère, Paul Auster sera... visible !
Se rendre visible : c'est (aussi) la leçon d'écriture que Paul Auster fait donner au milieu de son roman, par un auteur (Jim) à un autre auteur (Adam).
"En parlant de moi-même à la première personne je m'étais étouffé, rendu invisible, mis dans l'impossibilité de trouver ce que je cherchais. Il fallait que je me sépare de moi-même, que je libère un espace entre moi et mon sujet (moi-même en l'occurrence) [...]. Je devient il, et la distance créée par ce léger déplacement me permit d'achever le livre."
Paul Auster est un formidable virtuose des déplacements romanesques !
Dans Invisible cela ne nuit en rien, au contraire, au plaisir du lecteur.
-
Par kathel, le 09/01/2012
Sunset park
de
Paul Auster
Miles, jeune homme de vingt-sept ans, s’est fait une petite vie en Floride, loin de sa famille qu’il n’a pas revue de puis sept ans, traînant avec lui une vieille culpabilité concernant la mort de son demi-frère. Cependant, sa vie s’éclaircit avec la rencontre d’une jeune lycéenne, Pilar. Mais la famille de Pilar voit leur relation d’un mauvais œil, à tel point que Miles est obligé de quitter la Floride. Par la force des choses, il revient à Brooklyn, occuper avec quelques amis, artistes fauchés, un squat de Sunset Park. Cela pourrait être l’occasion de revoir son père et sa mère, qui ne demanderaient pas mieux…
Sachez que l’on a affaire ici à un roman assez classique, Paul Auster nous ayant habitués à des récits moins linéaires et plus proches du fantastique. Si c’est plus facile à lire c’est aussi moins enthousiasmant, mais bon… quelque jeune auteur l’aurait pondu, on le trouverait génial, mais là, habitués à mieux, on le trouve un peu moins épatant. Pourtant, j’ai bien accroché dès le début avec le personnage de Miles, fort et sortant du commun. Et puis avec l’arrivée d’autres personnages, le roman semble partir dans des digressions, sur le thème du base-ball, ou les films d’après-guerre, le droit des écrivains, le dessin des corps humains, selon les passions de l’un ou l’autre des personnes qui gravitent autour de Miles… Ensuite, j’ai eu l’impression que ces digressions avaient des points communs, le thème du corps blessé, des blessures morales opposées aux blessures physiques et cela m’a paru tout de suite beaucoup plus intéressant. Les relations père-fils ont une place très importante aussi dans le roman. L’ensemble est un portrait très désenchanté, mais fascinant, de la génération des trentenaires. Comme d’habitude avec les romans de Paul Auster, c’est très difficile de disserter dessus, et une dizaine de jours après lecture, un espèce de phénomène d’évaporation a eu lieu, qui m’empêche d’en parler correctement. Par exemple, j’ai noté que la fin m’avait laissée perplexe et je ne me souviens plus du tout de la fin ! Eh bien, il ne vous reste qu’à le lire pour vous faire une idée, n’est-ce pas ?
Lien : http://lettres-expres.over-blog.com/article-paul-auster-sunset-park-96618697-...
-
Par gilles3822, le 20/03/2010
Invisible
de
Paul Auster
C'est toujours compliqué avec Paul Auster. Cet écrivain américain contemporain est tellement européen dans sa manière d'être et d'écrire qu'on ne peut s'empêcher de lui pardonner certaines faiblesses dans l'inspiration. C'était le cas dans son précédent roman, Seul dans le noir, inabouti, à mon humble avis. Ce n'est pas le cas ici. Il joue avec le temps, le temps qui passe, il joue à saute-moutons. Un évènement survenu à vingt ans reprend forme à soixante chez le personnage principal, raconté par une tierce personne. Ce livre raconte l'histoire d'une vie entre parenthèses. Ce qui a compté s'est déroulé il y a longtemps et à l'heure de sa fin prochaine, il doit, comme on dit, solder les comptes et dans son cas, l'écrire. Il ne raconte pas sa vie, juste l'évènement qui a mis sa vie entre parenthèses, un fait divers.
Ce fait divers, vécu à 20 ans, a ouvert la boîte de Pandore de ses illusions sur la nature humaine. Sa naïveté a été balayée et lui a ôté toute envie de poursuivre ce pour quoi il se sentait fait: écrire.
Les protagonistes de son histoire sont des gens qui n'appartiennent pas à son monde, lui, jeune américain, rencontre des français, représentés ici sous les traits d'intellectuels à double face, que Paul Auster a dû rencontrer lors de ses séjours en France. La part autobiographique est présente dans le personnage principal, la question est, dans quelles proportions?
On sent l'incompréhension, liée à une certaine fascination, à un désir d'en savoir plus sur cet univers qu'il veut faire sien. Partir à Paris à vingt ans dans les années 60, pour un américain épris de culture européenne, c'est la quête du Graal.Il y laissera toutes ses illusions.
La fin du roman est particulièrement réussie, poignante à souhait sans jamais tomber dans le larmoyant. Plusieurs tiroirs ont été ouverts au fil du récit, certains ont été refermés, d'autres non, au lecteur de deviner lesquels.
-
Par Scara, le 03/02/2012
Brooklyn Follies
de
Paul Auster
Je n'avais pas lu Paul Auster depuis de nombreuses années, et le hasard a voulu que, quelques jours après m'être fait cette remarque, j'ai croisé ce livre. Le résumé de l'histoire m'a informée qu'il ne s'agissait pas d'un polar, alors ma curiosité a été d'autant plus piquée.
Et quelle lecture! Voici la marque des grands : la fluidité d'un récit pourtant extrêmement bien construit, mais dont on ne sent pas les chevilles.
J'ai suivi avec plaisir le tourbillon dans lequel un retraité se retrouve brusquement plongé, pour la simple raison apparente qu'il a croisé le chemin d'un neveu perdu de vue, et en réalité parce que les personnages de cette histoire étaient tous en attente de quelque chose, même sans en avoir conscience.
Alors, lorsque la petite Lucy sonne un matin à la porte de Tom, il n'y a plus qu'à se laisser emporter par le flot des événements.
Et à déguster les circonstances de la panne automobile, et la souplesse de la plume que la raconte!
-
Par ignatus-reilly, le 22/01/2012
Trilogie new-yorkaise : Cité de verre - Revenants - La Chambre dérobée, coffret de 3 volumes
de
Paul Auster
Trois romans ,une seule et même thématique : la disparition.
Disparition au sens classique : Fanshawe, l'écrivain de "La chambre dérobée" part sans laisser de traces et semble mort.
Quinn, "Cité de verre", l'écrivain, à la recherche de Stillman, perd son identité, se clochardise à la poursuite d'un fantôme.
Bleu, le détective privé, "Revenants", finit par se fondre en Noir, le sujet de sa filature, lui-même détective privé.
Chaque histoire est une version différente de l'autre. On y parle de l'écrivain, de la perte de son identité, de la dépersonnalisation des individus, de grandes promenades dans New York...
Paul Auster manie le suspense avec brio et nous perd dans ses labyrinthes.
Il se passe en réalité très peu de choses dans ces courts romans et pourtant les protagonistes subissent d'importantes transformations.
Bleu, le détective privé finit par prendre la place de Noir, le détective privé qu'il surveillait. Mais est-ce bien Bleu qui suivait Noir ?
Le héros de "La chambre dérobée" publie les livres de Fanshawe, épouse sa femme, adopte son fils.
Ils sont chacun à la quête de leur identité et finissent par en adopter une autre.
-
Par J-line, le 12/12/2011
Dans le scriptorium
de
Paul Auster
Entre court roman et longue nouvelle, le récit pose à la manière d’Auster (excellent traducteur de Sartre) la question de l’existence : des rôles, des personnages, des libertés, du sens et de la trace à laisser en ce monde (dans la mémoire de l’autre ou dans la bibliothèque collective…).
La lecture prend peu de temps, la réflexion dure longtemps -jusqu'à inspirer d'autres envies d'écriture....
-
Par brigittelascombe, le 13/10/2011
La nuit de l'oracle
de
Paul Auster
Sydney Orr,suite à un accident, revient de loin.
Convalescent,sa route croise Chang,un papetier chinois de Brooklyn,dont le carnet bleu portugais lui redonne l'inspiration.
Un chassé croisé s'en suit entre réalité et imaginaire.
Réalité du quotidien auprès de son épouse Grace(qu'il adore) mais qui semble parfois triste, de son ami John, écrivain aussi,plus âgé, un peu trop généreux, dont le rôle est trouble vis à vis de "Graccie", dont le fils agressif se drogue, qui se bat contre deux caillots invalidants et enfin réalité des aléas de la vie(dettes,boulot peu fiable,santé précaire...)
Imaginaire du manuscrit de Sydney,dont l'histoire se base sur le fait que "le monde est régi par le hasard", à deux secondes près une poutre tombée d'un toit peut vous tuer et dont les personnages(Nick Bowen et Rosa Leightman) s'inspirent de son entourage.
Beaucoup de questionnements dans ce roman qui tient en haleine et dont la psychologie des personnages est très fine: Qu'est-ce que l'inspiration?Comment se monte une histoire?Qu'est-ce que la panne d'écriture?La vie s'enclenche-telle sur des hasards?Connait-on vraiment l'autre? Se connait-on vraiment soi même?L'imaginaire peut-il influer sur la réalité?
Un roman très intéressant de Paul Auster écrivain américain connu et reconnu toujours publié chez Actes sud éditions.
-
Par brigittelascombe, le 03/10/2011
Seul dans le noir.
de
Paul Auster
"Combien de battements de coeur,combien de respirations,combien de mots prononcés et entendus? Touchez moi,quelqu'un.Posez la main sur mon visage et parlez moi..."
Cette supplique lancée par August Brill, critique littéraire veuf, handicapé d'une jambe et déprimé, aurait pu l'être par sa fille Miriam biographe divorcée en mal d'amour ou par sa petite fille Katya, qui se culpabilise suite à la mort de son petit ami (qui a fui leur rupture) en Irak dans des conditions particulièrement horribles.
Trois destins.Trois solitudes.Trois êtres qui cohabitent, s'épanchent,s'aident et s'aiment malgré tout.
Quelle est leur part de responsabilité dans leurs échecs respectifs?
Le divorce de Miriam était-il programmé suite à ses souvenirs de fille adolescente d'un père infidèle?
August qui a aimé deux femmes à la fois, puis, largué, a sombré dans l'alcoolisme et s'est enfin accroché pour reconquérir la première, aurait-il pu agir sans trop de casse?
Katya aurait-elle pu éviter le départ de Titus sur le front?
August Brill, perdu dans le trou noir de ses insomnies, invente un monde parrallèle, celui d'Owen Brick, magicien amoureux de sa femme Flora, caporal épris de désir pour Virginia et chargé d'éliminer August Brill dans une autre dimension en pleine guerre civile mais où le 11 septembre n'a pas eu lieu et les tours jumelles sont toujours debout.
Les méandres de l'inconscient sont tarabiscotés, c'est sûr!
Etrange bonhomme émouvant, cet August, qui, de mots en mots, se maintient en vie, invente et tisse des liens de connivence avec sa fille dont il corrige la biographie en cours et sa petite fille avec laquelle il parle cinéma.
C'est simple mais beau comme un chemin de vie qui s'éclaire enfin!
"Tout est langage!" Tiens du Dolto!
Seul dans le noir, lui, est du pur Auster(écrivain américain contemporain connu et reconnu) et du bon!