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Par bardamu, le 22/04/2009
L'Homme sans qualités, tome 1 de
Robert Musil
[...] tout progrès est en même temps une régression. Il n'y a jamais de progrès que dans un sens déterminé. Et comme notre vie, dans son ensemble, n'a aucun sens, elle ne connait pas davantage dans son ensemble, de vrai progrès.
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Par Piling, le 15/10/2008
L'Homme sans qualités, tome 1 de
Robert Musil
On signalait une dépression au-dessus de l'Atlantique ; elle se déplaçait d'est en ouest en direction d'un anticyclone situé au-dessus de la Russie, et ne manifestait encore aucune tendance à l'éviter vers le nord. Les isothermes et les isothères remplissaient leurs obligations. Le rapport de la température de l'air et de la température annuelle moyenne, celle du mois le plus froid et le mois le plus chaud, et ses variations mensuelles apériodiques, était normal. Le lever, le coucher du soleil et de la lune, les phases de la lune, de Vénus et de l'anneau de Saturne, ainsi que nombre d'autres phénomènes importants, étaient conformes aux prédictions qu'en avaient faites les annuaires astronomiques. La tension de vapeur dans l'air avait atteint son maximum, et l'humidité relative était faible. Autrement dit, si l'on ne craint pas de recourir à une formule démodée, mais parfaitement judicieuse : c'était une belle journée d'août 1913.
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Par brigetoun, le 11/11/2009
De la bêtise de
Robert Musil
On parle beaucoup aujourd'hui d'une crise de confiance de l'humanisme, d'une crise qui menacerait la confiance que l'on a mise en l'homme jusqu'ici ; on pourrait parler aussi d'une sorte de panique sur le point de succéder à l'assurance où nous étions de pouvoir mener notre barque sous le signe de la liberté et de la raison... Mais comment se former une notion, même partielle, de la bêtise quand vacillent celles d'entendement et de sagesse ? A quel point les conceptions changent avec le temps, permettez-moi de vous en donner le petit exemple que voici : dans un manuel de psychiatrie naguère bien connu, à la question : "Qu'est-ce que la justice ?", la réponse suivante : 'C'est que l'autre soit puni !" était citée comme un exemple d'imbécillité notoire...
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L'Homme sans qualités, tome 1 de
Robert Musil
Cette femme majestueuse et tranquille, dès que plus personne ne la tenait dans les bras, se sentait oppressée par le mépris de soi-même qu'engendraient les mensonges et les dégradations auxquels elle s'exposait pour être tenue dans des bras.
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Les Désarrois de l'élève Törless de
Robert Musil
« II n'y a rien d'autre à faire, mon cher Törless ; les mathématiques sont un monde en soi, et il faut y avoir vécu très longtemps pour en comprendre tous les principes. »
Quand le professeur se tut, Törless se sentit soulagé ; depuis qu'il avait entendu se refermer la petite porte, il avait eu l'impression que les mots s'éloignaient de plus en plus... vers l'autre côté, vers le lieu sans intérêt où l'on rangeait toutes les explications justes, mais insignifiantes.
Toutefois, étourdi par ce torrent de paroles et le sentiment de son échec, il ne comprit pas tout de suite qu'il était temps de prendre congé.
Aussi le professeur chercha-t-il, pour en finir, un argument décisif.
Il y avait sur un guéridon un volume de Kant, un de ces livres qu'on aime à laisser traîner avec une feinte négligence. Le professeur le prit pour le montrer à Törless.
- Vous voyez ce livre : c'est de la philosophie. Il traite des raisons qui déterminent nos actions. Supposé que vous puissiez vous retrouver dans ses profondeurs, vous vous heurteriez, là aussi, à ces axiomes nécessaires qui déterminent tout sans qu'il soit possible de les comprendre à moins d'un effort particulier. Tout à fait comme en mathématiques. Cela ne nous empêche pas d'agir continuellement d'après ces axiomes : ce qui prouve à quel point ils sont importants. Mais (ajouta-t-il avec un sourire en voyant que Törless avait ouvert le livre aussitôt et entreprenait de le feuilleter), gardez ça pour plus tard. Je ne voulais que vous donner un exemple dont vous puissiez vous souvenir ; pour le moment, ce serait un peu ardu pour vous.
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Par Outis, le 17/09/2007
L'Homme sans qualités, tome 1 de
Robert Musil
Si la bêtise, vue du dedans, ne ressemblait pas à s’y m’éprendre au talent, si, vu du dehors, elle n’avait pas toutes les apparences du progrès, du génie, de l’espoir et de l’amélioration, personne ne voudrait être bête et il n’y aurait pas de bêtise.
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Par brigetoun, le 04/08/2010
La Maison enchantée de
Robert Musil
Car, qu'il s'agisse d'un dernier arrachement ou d'une première étreinte, d'amants épiés dans leur intimité ou d'un mourant qui, oubliant toute pudeur, s'arc-boute et s'agrippe - nul ne sait pourquoi, mais il est désagréable de se voir rappeler que les ultimes secrets de la douleur et du désir, dans lesquels chacun pressent les plus profonds émois de son être, nous frappent tous de même façon ; on y voit une intrusion, une familiarité déplacée, on s'écarte, on cherche involontairement à reprendre son équilibre et, au lieu de sympathie, une basse réaction de défense nous fait juger ce spectacle répugnant ou ridicule.
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L'Homme sans qualités, tome 1 de
Robert Musil
Un homme qui cherche la vérité se fait savant ; un homme qui veut laisser sa subjectivité s'épanouir devient, peut-être, écrivain ; mais que doit faire un homme qui cherche quelque chose situé entre deux ?
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Par brigetoun, le 04/08/2010
La Maison enchantée de
Robert Musil
Car l'âme des vivant est ce qui les empêche d'aimer, ce qui dans tout amour reste sur la réserve, ne contemple que soi. Les vivants ne peuvent se donner en offrande ; ils restent toujours eux-mêmes, viennent se livrer, les mains liées et les yeux clos, et pourtant n'aiment l'autre que parce que leur solitude saigne doucement après lui.
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Par Piling, le 18/10/2008
Les Désarrois de l'élève Törless de
Robert Musil
Une petite gare sur la ligne de Russie.
A perte de vue dans les deux sens, quatre voies parallèles s'allongeaient en lignes droite sur un large remblai couvert de ballastre jaunâtre ; à côté de chaque voie, comme une ombre sale, la trace noire inscrite sur le sol par les jets de vapeur brûlante.
La route qui montait vers le débarcadère de la gare, une bâtisse basse, peinte à l'huile, était large et défoncée. Ses bords se seraient confondus avec le terrain bourbeux d'alentour si ne les avaient jalonnés deux rangées d'acacias dressant tristement de chaque côté leurs feuilles desséchées, suffoquées par la poussière et le charbon.
Etatit-ce le fait de ces couleurs tristes, était-ce la lumière du soleil couchant, blême, faible, épuisée par la brume, les choses et les êtres avaient un tel air d'indifférence, d'insensibilité machinale, qu'on les aurait cru échappés d'un théâtre de marionnettes. A intervalles réguliers, le chef de gare sortait de son bureau, tournait la tête toujours selon le même angle, dans la direction des signaux qui s'obstinaient à ne pas annoncer l'arrivée de l'express retardé considérablement à la frontière ; puis il tirait sa montre, avec toujours le même mouvement de bras, il hochait la tête, et il disparaissait de nouveau, comme font ces petits personnages d'anciennes horloges, quand sonnent les heures.
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