ISBN : 2020238152
Éditeur : Seuil (1995)


Note moyenne : 4.68/5 (sur 47 notes) Ajouter à mes livres
Rien moins qu'un livre-monument, conçu à la manière d'une cathédrale. D'abord publié entre 1931 et 1933, du vivant de Robert Musil, L'Homme sans qualités est resté inachevé. L'écrivain autrichien meurt en 1942,... > voir plus
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Critiques et avis(2)

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    • Livres 5.00/5
    Par monito, le 16 septembre 2009

    monito
    Que dire devant un tel « monument » dont pour l'heure seule une moitié a été lue?
    L'homme sans qualités, c'est l'œuvre d'une vie, une œuvre sur la vie, une œuvre qui ne prête guère à l'enthousiasme tant les descriptions de la nature humaine et de la société nous ramènent aux nombreuses questions qui jalonnent notre existence sans jamais vraiment trouver de réponses.
    L' « Action Parallèle » que tentent de mettre en place les principaux personnages n'est qu'un prétexte. Un prétexte pour mieux comprendre, peut-être, l'état d'esprit d'un empire habsbourgeois finissant, et d'une manière générale l'état d'esprit d'une Europe finissante, au début du 20ème siècle.
    Au-delà donc d'un contexte et d'une volonté affichée de célébrer le cinquantième anniversaire du règne de François-Joseph, les personnages de Robert MUSIL nous transpercent de leurs questionnements.
    L'écriture est d'une richesse et d'une densité, parfois déconcertantes. Elle met en lumière la complexité des sentiments, des rapports à soi, à l'autre aux autres. Les questionnements autour de la morale, de la réalité, du poids des êtres sur les choses, confinent bien souvent à la désillusion voire au désenchantement, pis au renoncement, parfois .
    MUSIL n'est pas un auteur de talent, mais plutôt un génie. Il n'y a, il est vrai, guère d'émotions au fil du premier tome, guère de beauté plastique dans l'écriture, mais plus un génie de l'analyse, de la description des atermoiements de l'âme. L'homme sans qualités, c'est, de proche en proche, le lecteur. Chacun peut se reconnaître dans les interrogations, les doutes des personnages. Chacun peut aussi s'identifier plus ou moins à eux. Qui d'Ulrich bien entendu, le porteur du titre, qui d'Arnheim, son antithèse, qui de Walter l'ami-ennemi, qui de Diotime, de Rachel de Bonadea ou encore du Général Stumm et bien sûr de Moosbrugger. Cette galerie est un petit monde en soi. Dans le temps qui passe, dans la réflexion que chacun est amené à porter sur lui-même, nous passerons de l'un à l'autre des personnages, parce que ce livre ne doit pas être lu une seule fois. Il doit au contraire accompagner un cheminement personnel. C'est peut-être (et entre autres raisons) ce qui a amené l'auteur à y passer tant de temps, à ne pas l'achever. Car cette réflexion intime n'a pas d'issue. C'est la mort qui y met un terme.
    Le premier tome terminé, c'est un sentiment de trouble qui prédomine. Dans une certaine forme de quête de l'absolu, Ulrich ne peut concevoir ce monde comme une réalité, comme sa réalité. le problème majeur d'Ulrich c'est la conscience sans la capacité de décision qui permettrait de dépasser ou surpasser cette désillusion. Ulrich est un velléitaire. Doué, certes, mais pas encore prêt à franchir le pas, un pas et choisir dans l'alternative qui se présente: s'adapter ou changer. Alors il oscille dans ses pensées. Dans ses actes, il démonte, il dénonce, il renonce, mais jamais complètement. Il porte en lui une certitude: celle du doute comme valeur absolue. Ce doute s'accompagne d'un positionnement hostile même stérile.
    Tout est donc passé en revue: l'art, l'écriture, le capitalisme, le commerce, la politique, la diplomatie, la psychiatrie, la justice… Tout est objet de désillusion. Mais, cette désillusion n'a-t-elle comme issue que le renoncement? La volonté d'agir, de changer le monde, là où c'est possible, peut-elle poindre ? Quel sera le choix d'Ulrich ? Pour le moment, ébranlé comme jamais il ne le fut, il part et nous le suivons vers le deuxième tome.
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    • Livres 5.00/5
    Par Piling, le 06 décembre 2008

    Piling
    "Je n'ai rien contre les Juifs, ajouta le comte Leinsdorf de son propre mouvement comme si Ulrich avait dit quelque chose qui exigeât cette justification. Ils sont intelligents, laborieux et fidèles. Mais on a commis une grande faute en leur donnant des noms mal appropriés. Rosenberg et Rosenthal, par exemple, sont des patronymes aristocratiques ; Löw, Bär et autres Viecher sont à l'origine des animaux héraldiques ; Meier vient de la propriété foncière ; Gelb, Blau, Rot, Gold ont des couleurs de blason. Tous ces noms juifs, déclara curieusement Son Altesse, ne sont qu'une insolence de notre bureaucratie à l'égard de la noblesse. C'est elle qu'on voulait frapper et non les Juifs, et c'est pourquoi on leur a donné à côté de ceux-là d'autres noms, tels que youpins, fils d'Abraham, et coetera. Ce ressentiment de la bureaucratie à l'égard de l'ancienne noblesse, si vous étiez vraiment au fait, vous pourriez l'observer aujourd'hui encore..."
    Dans L'homme sans qualités de Musil, tombé sur ces propos qui m'ont rappelé de façon frappante ce que Hannah Arendt disait de la montée de l'antisémitisme au 19° siècle, qui a suivi la chûte de l'Ancien régime, de l'homme de cour donc, et donc, en même temps, du juif de cour, devenu par là-même économiquement inutile selon elle, et de ce fait provoquant l'aigreur ou la jalousie en étant à tort ou à raison, pourvu dans l'esprit populaire, d'une puissance ou de privilèges devenus injustifiés, tout comme les privilèges de la noblesse étaient devenus insupportables aux bourgeois.Exit la noblesse, exit le juif, donc.


    Lien : http://vitanova.blogspot.com/2005/02/je-nai-rien-contre-les-juifs-aj..
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Citations et extraits

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  • Par Piling, le 15 octobre 2008

    On signalait une dépression au-dessus de l'Atlantique ; elle se déplaçait d'est en ouest en direction d'un anticyclone situé au-dessus de la Russie, et ne manifestait encore aucune tendance à l'éviter vers le nord. Les isothermes et les isothères remplissaient leurs obligations. Le rapport de la température de l'air et de la température annuelle moyenne, celle du mois le plus froid et le mois le plus chaud, et ses variations mensuelles apériodiques, était normal. Le lever, le coucher du soleil et de la lune, les phases de la lune, de Vénus et de l'anneau de Saturne, ainsi que nombre d'autres phénomènes importants, étaient conformes aux prédictions qu'en avaient faites les annuaires astronomiques. La tension de vapeur dans l'air avait atteint son maximum, et l'humidité relative était faible. Autrement dit, si l'on ne craint pas de recourir à une formule démodée, mais parfaitement judicieuse : c'était une belle journée d'août 1913.
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  • Par bardamu, le 22 avril 2009

    [...] tout progrès est en même temps une régression. Il n'y a jamais de progrès que dans un sens déterminé. Et comme notre vie, dans son ensemble, n'a aucun sens, elle ne connait pas davantage dans son ensemble, de vrai progrès.
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  • Par orianedeguermantes, le 31 janvier 2011

    Cette femme majestueuse et tranquille, dès que plus personne ne la tenait dans les bras, se sentait oppressée par le mépris de soi-même qu'engendraient les mensonges et les dégradations auxquels elle s'exposait pour être tenue dans des bras.
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  • Par Outis, le 17 septembre 2007

    Si la bêtise, vue du dedans, ne ressemblait pas à s’y m’éprendre au talent, si, vu du dehors, elle n’avait pas toutes les apparences du progrès, du génie, de l’espoir et de l’amélioration, personne ne voudrait être bête et il n’y aurait pas de bêtise.
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  • Par coquecigrue, le 14 mai 2011

    Un homme qui cherche la vérité se fait savant ; un homme qui veut laisser sa subjectivité s'épanouir devient, peut-être, écrivain ; mais que doit faire un homme qui cherche quelque chose situé entre deux ?
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Les Désarrois de l'élève Törless (Der junge Törless), film allemand, réalisé par Volker Schlöndorff (1966)











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