Flores est un quartier de Buenos Aires où, dans des rues obéissant à un tracé géométrique, règne un désordre accentué par la crise qui s'est abattu sur le pays. Celle-ci impose ses mutations, donne aux choses une trajectoire encore plus surprenante. Ainsi, un vieux couple y livre des pizzas à pieds, à côté de jeunes livreurs se lançant, avec leurs scooters, des défis de plus en plus audacieux et spectaculaires, d'autant plus quand l'un des leurs a été séquestré puis brutalement assassiné. Dans ces rues devenues sournoises où la nuit rôdent des voyous et des ivrognes, et des familles abandonnées, où des ombres semblent avoir été jetées sur les trottoirs défoncés, sortent de drôles de créatures, tel Nardo, un nain au visage d'oiseau, que les jeunes livreurs traitent avec obscénité, une espèce de gnome chamarré, de sphinx tragique, d'hallucination jetant ses énigmes ou ses sarcasmes dans un monde à l'agonie. Un procureur commence son enquète en tentant de recouper les faits. On glisse alors dans un polar puis dans un roman gothique quand il se trouve sur la trace d'une société secrète opérant dans les souterrains d'un couvent.
César Aira aime jouer avec les genres, les digressions, les falsifications, les travestissements, réminiscences baroques dans un monde moderne, les excès, irruptions de forces primitives, de décompositions et de dérèglements, jusqu'au final marqué par un amour pur et magnétique.