> Georges Belmont (Collaborateur)

ISBN : 2221013301
Éditeur : Robert Laffont (2006)


Note moyenne : 3.83/5 (sur 6 notes) Ajouter à mes livres
Quand Marcel Proust mourut en 1922, Céleste Albaret était sa gouvernante depuis huit ans. « Personne ne me connaît mieux que vous. Vous savez tout de moi, je vous dis tout », se plaisait-il à lui répéter.
Aujourd'hui, après un demi-siècle de silence, Céleste Alba... > voir plus
Ajouter une critique Ajouter une citation

Critiques et avis(1)

> Ajouter une critique

    • Livres 4.00/5
    Par ivredelivres, le 02 novembre 2011

    ivredelivres
    En 1913 une toute jeune femme épouse un homme taxi de son état, son principal client lui adresse un télégramme de voeux pour son mariage « Je fais des voeux de tout mon coeur pour votre bonheur et celui des vôtres » , en 1922 les derniers mots écrits de cet homme il les lui confiera « à l'heure où sa plume a cessé de courir sur le papier ».
    En 1913 Marcel Proust entra dans la vie de Céleste Albaret pour n'en plus ressortir.
    De simple commissionnaire qui porte les ouvrages dédicacés chez les amis et relations de l'écrivain, elle devient une présence indispensable.
    Elle l'accompagne lors de son dernier séjour à Cabourg mais au retour Marcel Proust lui annonce :
    « Ma chère Céleste, il y a une chose que je dois vous dire. J'ai fait ce voyage à Cabourg avec vous, mais c'est fini : je ne ressortirai jamais plus »
    La voilà enfermée avec l'écrivain pour neuf années, installée comme lui dans une vie de recluse.
    Céleste guette les coups de sonnette, prépare « l'essence de café » et l'assiette avec le sacro-saint croissant, et elle attend que Proust l'appelle.
    Elle est l'obéissance même, Proust lui conseille de lire, elle lit et y prend plaisir « Je me souviens même qu'il m'a conseillé Les Trois Mousquetaires. Je l'ai lu et cela m'a passionnée ».
    Elle répond à toutes ses envies, commande le plat que l'écrivain réclame mais qu'il ne touchera pas car dit-elle
    « Il était fin gourmet ou plutôt l'avait été. Je voyais bien que ses envies le prenaient comme des coups de souvenir »
    Elle lui prépare ses boules d'eau chaude, s'occupe de la garde-robe, mais jamais au grand jamais ne vois Proust à sa toilette, c'est le domaine interdit de cet homme d'une pudeur presque maladive.
    Mais bientôt voilà Céleste et Proust qui « entrent dans l'habitude de la conversation » , elle l'attend lorsqu'il rentre de soirée avec « l'air d'un jeune prince qui revient du bal de la vie. »
    Jamais elle ne s'assoit dans cette chambre , elle l'écoute debout à côté du lit raconter les bals, les souvenirs de vie mondaine, son duel, ses années de jeunesse.
    L'écrivain construit son oeuvre « Il faisait le tri de ce qu'il pensait (...) je suis sûre qu'il essayait sur moi, pour mieux voir ce qu'il écrirait »
    C'est elle qui souffle à l'écrivain l'idée des béquets qui permettent de faire des rallonges au manuscrit, elle qui courre à la librairie pour trouver l'ouvrage que veut lire Proust. Elle assiste à la « course aux personnages » , à l'édification de l'oeuvre.
    Elle devient une confidente, qui sait tout de la vie du maître, qui peux parce qu'elle en a la preuve, affirmer qu'André Gide « avec ses airs de faux moine » a refusé le roman de Proust sans l'avoir lu, qui a vu Gaston Gallimard faire antichambre « Ce M. Gallimard est un peu papillon, maintenant qu'il a vu la fleur, il voudrait se poser. Laissons le voleter encore un peu. »
    Céleste est près de lui quand il est « pâle comme un mort, penché sur sa fumigation et cherchant désespérément à respirer ».
    Elle est Un coeur simple comme la Félicité de Flaubert, capable de tout sacrifier, confidente, rempart protecteur entre le monde "Il y a des moments où je me sentais comme sa mère et d'autres, comme sa fille."
    Témoin privilégié, c'est un témoin émouvant, drôle, cruel parfois, sincère dans son admiration sans limite de l'homme. Elle ferme les yeux sur les défauts, sur les amours interdites, sur la tyrannie de Proust dont elle rit.
    Pendant des années elle refusa tous les interviews, toutes les propositions de livre, elle se décide sur le tard à raconter "parce que trop de choses fausses ont été écrites par des gens que ne l'ont connu que par les livres "
    Elle l'éternelle admiratrice comblée car dit-elle « C'est grâce à la gentillesse et à la bonté de Monsieur Proust, je puis vous le dire, que je suis devenu quelqu'un »
    Si vous aimez Proust, si vous voulez le voir sous un jour très humain, parfois naïf mais toujours émouvant c'est le livre indispensable.
    Il vous fera pénétrer dans une chambre sombre, enfumée et apercevoir une silhouette pâle assise dans le lit entourée de ses carnets, cachés sous des châles, avec à ses côtés une cafetière d'argent, un croissant posé sur une soucoupe..........

    Lien : http://asautsetagambades.hautetfort.com/archive/2011/10/09/monsieur-..
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (6 votes positifs)

> voir toutes (1)

Citations et extraits

> Ajouter une citation

  • Par cequejelis, le 27 septembre 2011

    Une nuit - ce devait être vers la fin de la guerre, alors que j'étais déjà près de lui depuis trois ou quatre ans - il m'a dit :
    - Ma chère Céleste, je me demande ce que vous attendez pour écrire un journal.
    Moi, je me suis mise à rire :
    - Je vois cela, Monsieur. Encore une petite moquerie comme vous aimez à m'en faire.
    - Je suis sérieux, Céleste. Personne ne me connaît vraiment, que vous. Personne ne sait comme vous tout ce que je fais, ni ne peut savoir tout ce que je vous dis. Après ma mort, votre journal se vendrait plus que mes livres. Si, si, vous le vendriez comme le boulanger vend ses petits pains le matin, et vous gagneriez une fortune. D'ailleurs, j'irai encore plus loin, Céleste : vous l'écririez, et moi, je vous le commenterais.
    Là-dessus, je me souviens de lui avoir expliqué :
    - C'est ça, Monsieur ! Vous répétez constamment que vous n'avez pas le temps de faire ce que vous avez à faire, et vous voudriez commenter mon journal par-dessus le marché ! Quand je vous dis que vous vous moquez !
    - Il a soupiré, puis il a dit encore :
    - Vous avez tort, Céleste, et vous le regretterez. Vous n'imaginerez pas le nombre de gens qui viendront vous voir après ma mort, ni qui vous écriront. Et à ceux-ci, naturellement, telle que je vous connais, vous ne répondrez pas.
    Le pire est que tout est vrai. On est venu me voir du monde entier, depuis sa mort. Je continue à recevoir des lettres, auxquelles je ne réponds pas. Mais surtout, je regrette de n'avoir pas tenu ce journal, parce que, principalement s'il me l'avait commenté, j'aurais eu une autre arme que ma parole et ma mémoire pour lutter contre les mensonges, bien ou mal intentionnés, répandus sur son œuvre et sur lui.

    Robert Laffont, 1973, p. 162-163
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (2 votes positifs)






Acheter sur Amazon

Faire découvrir Monsieur Proust par :

  • Mail
  • Blog

> voir plus

Lecteurs (14)

> voir plus

Quiz