Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures Inscription classique

ISBN : 226402383X
Éditeur : 10-18 (1996)


Note moyenne : 4.13/5 (sur 612 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Sous le vernis d'un genre, chacune des phrases de Jane Austen attaque les conventions, traque les ridicules, et finit avec une grâce exquise par pulvériser la morale bourgeoise, sans avoir l'air d'y toucher. Les héroïnes de Jane Austen lui ressemblent, elles aiment les ... > voir plus
Ajouter une citation Ajouter une critique

> voir toutes (100)

Critiques, analyses et avis

> Ajouter une critique

    • Livres 5.00/5
    Par angie22, le 10 juin 2014

    angie22
    Quel talent, quelle plume ! Combien d'auteurs contemporains seraient près à vendre leur âme au diable contre la moitié du talent de Jane Austen ?
    Si Elizabeth Bennett est piquante, sarcastique et pleine de charme, Anne Elliot est douce, sensible et sensée, sage et encore belle malgré ses 27 printemps (un âge où, à l'époque, une célibataire a tout lieu de croire qu'elle le restera). Comment une héroïne si parfaite peut-elle émouvoir le cœur du lecteur ? Tout simplement parce que ses doutes et sa modestie nous la rendent plus crédible, plus réelle. On s'attache à cette femme intelligente et profondément bonne comme à une amie fidèle et sincère. Elle mérite l'amour du capitaine Wentworth comme aucune autre.
    La plume toujours acérée de Jane Austen face à la société bourgeoise et aristocratique de l'époque est, là encore, bien présente; mais l'auteur semble avoir mis toute la sagesse de son « grand » âge dans le caractère de l'héroïne de « Persuasion ».
    Un seul reproche vis-à-vis de ce roman : je suis obligée de le rajouter à ma liste pour une île déserte !
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          2 39         Page de la critique

    • Livres 5.00/5
    Par PiertyM, le 24 mars 2014

    PiertyM
    Un merveilleux livre que j'ai savouré avec délicatesse car chaque mot, chaque phrase dans ce livre m'est apparu comme une boule d'œuf qui faisait rebondir mon cœur à chaque minute. Mon attention a été emprisonnée en quelque sorte, que j'y suis allée aussi doucement, lentement et surement, mon seul souhait: ne laisser échapper aucun détail. On sent bien que tout détail a sa raison d'être, autrement dit j'avais peu peur de briser l'œuf....oooooooohhhhhh
    Au début, comme c'est dans mes habitude de ne jamais lire un livre car cela m'ennuie énormément, je lis trois ou plus de livres à la fois. Alors ce jour là Persuasion était mon troisième livre choisit, et je me rappelle qu'à chaque fois que j'essayais de le lire je m'arrêtais à la deuxième page sans jamais la finir non plus. Mais ce jour là je me suis dit que j'allais juste lire 50 pages, ensuite retrouvé les deux autres livres déjà entamés. A ma grande surprise, mon attention s'est détournée du livre que quand j'ai fini de le lire ...aaahhh...je l'ai lu, je l'ai dégusté d'un seul trait en dépit du ralentissement de mon rythme...
    Un livre où chaque moment est précieux tant pour l'auteure que pour le lecteur. Un livre calme, paisible, agréable et sans prise de tête, on s'agite moins, les personnages sont présents à leur juste valeur. le plus fascinant est le cheminement, on avance tout doucement comme si on participait à l'évolution de l'intrigue dans le cerveau de l'auteure, la plantation du décor au début nous emmène doucement à découvrir une histoire d'amor qui subit des remontrances de la sociétés, de la bourgeoisie, des âmes perverses attachées aux matériels, aux titres et aux noms influents de l'époque.
    Mais comme les deux âmes amoureuses, par leur perspicacité et leur bon sens, ont su garder leur amour pur, après huit ans de séparation (Persuasion de la société qui condamnait à l'époque le déséquilibre de fortune dans un mariage), malgré la rancune du passé qui leur insinue une indifférence extérieure, elles n'ont pas hésité de craquer l'un pour l'autre lors de leurs retrouvailles et de laisser parler leur cœur...
    Dans ce livre, on lit beaucoup plus les points de vue de l'auteure que l'imagination que peut produire dans une intrigue. Jane Austen nous ouvre ici une fenêtre d'un moment lointain où la quête des fortune justifie le mariage, la position de la femme est limitée à tout point de vue, la quête de l'héritage peut entraîner à une chasse à l'homme, et encore, et encore plus, l'auteure critique toujours sa société sur ce point: Fortune et titres ne garantissent pas l'intelligence de l'homme si bien ses héroïnes ne cherchent pas de princes charmants qui font battre leur cœur sans raison valable plutôt elles cherchent des hommes intérieurement suffisants à eux même.
    C'est comme on le voit avec le capitaine wenvorth qui se voit refuser la main d'Anna parce qu'il ne présente aucune garantie de fortune. Parce qu'il est aussi un homme de grand esprit, cet échec attisera sa flamme de travailleur déterminé. Il accède enfin à une grande fortune au prix de son dur labeur. A ce moment, quand il revient huit ans après, personne ne pourra lui refuser la main cette fois-ci...
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 30         Page de la critique

    • Livres 5.00/5
    Par Aline1102, le 31 mars 2012

    Aline1102
    Anne Elliot est la fille d'un baronnet désargenté, Sir Walter, contraint de louer la demeure familiale à un amiral de la marine et à son épouse.
    Quelle n'est pas la surprise d'Anne lorsqu'elle apprend que les nouveaux locataires de son père sont la soeur et le beau-frère du capitaine Frederick Wentworth, l'homme qu'Anne aimait follement huit ans plus tôt... Convaincue par son amie, Lady Russell, d'oublier le jeune homme, Anne s'est inclinée, au grand désespoir de Wentworth, qui en est venu à considérer le manque de caractère de la jeune fille comme l'un des plus grands défauts dont peut faire preuve une jeune fille.
    Lorsqu'ils se rencontrent à nouveau, Anne a vingt-sept ans et Wentworth n'est plus le jeune homme sans argent et sans carrière prometteuse. Tous deux ont évolué: le caractère d'Anne s'est affirmé et Frederick a fait fortune après être monté en grade. Pourront-ils se retrouver?

    "Persuasion" est un roman tout à fait étonnant, tout en étant très agréable à lire.
    La première surprise de l'histoire, c'est l'âge des jeunes femmes de l'histoire: Anne a donc vingt-sept ans, ce qui en fait certainement la plus âgées des héroïnes de Jane Austen, et sa soeur aînée, Elizabeth, en a vingt-neuf. Seconde surprise, aucune d'elle n'est encore mariée, alors que tout le monde se souvient de Charlotte Lucas qui, dans "Orgueil et préjugés", se qualifiait elle-même de fardeau pour ses parents parce que, plus jeune qu'Elizabeth, elle n'était pas mariée. Et, ici, il n'est pas question de fardeau, puisque Sir Walter ne désespère pas, persuadé qu'il est de pouvoir pousser Elizabeth, sa favorite, à faire un beau mariage.
    Passés ces premiers éléments inhabituels, on se retrouve en terrain connu: Anne n'est pas appréciée à sa juste valeur par son père et ses deux soeurs, qui la considèrent un peu comme une idiote, trop laide et fanée pour se marier.
    Or, Anne est une jeune fille tout à fait délicieuse. Intelligente, réfléchie, généreuse, elle séduit dès les premières pages. Comme Fanny Price, dans "Mansfield Park", elle est traitée de façon révoltante par la plupart des personnes formant son petit entourage. Mais la comparaison s'arrête là, puisque Anne est beaucoup moins effacée et discrète que Fanny.
    Car, même si elle n'est absolument pas aussi orgueilleuse que son père et ses soeurs, très fiers de leur titre, Anne est néanmoins consciente de sa valeur et du rang qu'elle occupe dans la société. Ce trait de caractère est d'ailleurs très agréable, puisqu'il renforce en quelque sorte cette maturité qui se dégage du personnage d'Anne: on sent qu'elle en a fini avec les hésitations de sa jeunesse, celles qui lui ont fait abandonner sa relation avec Wentworth, et qu'à vingt-sept ans, elle sait enfin ce qu'elle veut. Ces traits de caractère, ajoutés à sa vitalité et à son esprit, rappellent légèrement Elizabeth Bennet, d'Orgueil et préjugés.
    En ce qui concerne l'histoire d'amour entre Anne et Wentworth, le suspense n'est, bien entendu, pas très développé. On se doute bien que, comme d'habitude, l'héroïne va devoir choisir entre deux hommes et que, au moment où elle choisira l'un d'eux, elle apprendra des horreurs sur l'autre. Ici encore, c'est le cas: alors que M. Elliot, un cousin, est très attiré par Anne, qui le trouve elle-même sympathique, la jeune fille apprend de la bouche de l'une de ses amies, Mrs Smith, qu'Elliot est en fait un menteur et un manipulateur. Après cette révélation, on se doute bien de la tournure que prendront les événements. Mais, après tout, ce n'est pas désagréable de lire une charmante histoire où tout se termine bien pour tous les personnages que l'on trouve sympathiques!
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 23         Page de la critique

    • Livres 4.00/5
    Par Parthenia, le 15 février 2014

    Parthenia
    Persuasion est le dernier livre achevé écrit par Jane Austen, et publié après sa mort en 1818.
    L'intrigue est basée sur la possibilité d'avoir une seconde chance en amour après avoir commis l'erreur de suivre des conseils contraires à son inclination.
    En effet, huit années plus tôt, Anna Elliot, jeune beauté de 19 ans, rejette, sur les conseils de Lady Russell, une amie de la famille, la demande en mariage du jeune et bel officier de marine Frédéric Wenvorth, en raison de sa pauvreté et de son manque de perspectives d'avenir.
    Au début du roman, le père d'Anna, Sir Walter Elliot, aristocrate tout infatué de son rang, mais faible, vain et dépensier, est obligé, sous la pression de ses créanciers, de reconsidérer son train de vie en partant s'installer avec ses deux filles aînées à Bath et en louant sa vaste propriété de Kellynch Hall à l'amiral Croft. Or, il s'avère que Mme Croft est la soeur de l'ancien soupirant d'Anna. Et pour compliquer la situation, Anna est contrainte de rester sur place pour s'occuper de sa soeur Marie, une hyponcondriaque toute centrée sur elle-même ; elle redoute de se retrouver en présence de son amour perdu, d'autant que celui-ci, enrichi par ses prises de guerre et promis à un brillant avenir, est revenu en Angleterre pour s'y établir et fonder une famille.
    Le reste du roman est centré sur les sentiments d'Anna et ses évolutions ambivalentes : d'une part, elle tente d'éviter Wentvorth en restant à l'écart de la société fréquentée à Uppercross Hall, de l'autre, elle s'inquiète de savoir si Frédéric nourrit toujours des sentiments à son égard.
    Wentvorth, qui a été profondément blessé par la rupture de son engagement, se montre froid et indifférent avec elle, voire méprisant lors de leur 1ère rencontre quand Anna apprend de la bouche de sa soeur Marie les propos qu'il a tenus à son encontre :" « le capitaine, qui a été si attentif pour moi, n'a pas été très galant à votre égard, Anna. Henriette lui a demandé ce qu'il pensait de vous, et il a répondu qu'il ne vous aurait pas reconnue, que vous étiez changée. » En général, Marie manquait d'égards pour sa sœur, mais cette fois elle ne soupçonna pas quelle blessure elle lui faisait. « Changée à ne pas me reconnaître !… » Elle se soumit en silence, mais profondément humiliée." (page 41-42). de son côté, l'officier de marine, plus fringant que jamais (" Les années qui avaient détruit la beauté de la jeune fille avaient donné à Wenvorth un regard plus brillant, un air plus mâle, plus ouvert, et n'avaient nullement diminué ses avantages physiques. C'était toujours le même Frédéric Wenvorth ! "(page 41-42) - oui, je ne peux pas m'empêcher de glisser ici ce portrait très engageant de Frederic, d'autant que c'est la seule description physique que nous aurons de lui !!! ) se laisse courtiser par les soeurs Musgrove, s'ingénie à faire comprendre à Anna combien il se sent offensé par son rejet de naguère et combien il tient en estime les femmes "fermes et décidées", caractère dont il la croit totalement dépourvue...
    Alors qu'Anna assiste en silence aux efforts des soeurs Musgrove pour s'attirer les bonnes grâces de Wentvorth, qu'elle prend conscience de la perte de sa jeunesse tout en ressentant la même attirance qu'autrefois, qu'elle regrette sa décision passée et n'aspire qu'à regagner ses faveurs, plusieurs événements à Lyme renouvellent ses espoirs...
    Persuasion est un roman intime plein de délicatesse et d'émotions, de nostalgie et de mélancolie, que j'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir.
    Tout d'abord, l'héroïne est imparfaite et touchante : proche de la trentaine, elle a perdu la fraîcheur et la joliesse de sa jeunesse, et est en passe de devenir vieille fille. Sa douceur et sa discrétion la font passer au second plan au sein même de sa famille : son père accorde nettement sa préférence à l'aînée de ses trois filles, Elizabeth, qui partage la même condescendance et le même mépris que lui envers les personnes d'un rang inférieur, et dans une moindre mesure à Marie qui a fait un beau mariage.
    Aucun membre de la famille Elliot ne fait cas des opinions d'Anna, qui apparaît douce et influençable.
    Ensuite, puisque l'auteure ne nous livre que le point de vue d'Anna, ce fut divinement exquis de tenter d'interpréter les différentes réactions de Frédéric Wentvorth lors de leurs rencontres successives. Bien qu'il semble ressentir un ressentiment tenace à son égard, il fait également montre d'une bienveillance discrète ; leur petit séjour à Lyme va être un tournant dans leurs relations : aiguillonné par la jalousie (en effet, Anna, que la fréquentation d'une société stimulante a enjolivée, suscite l'admiration d'un gentleman inconnu puis celle de l'officier Benwick), Wenvorth va à nouveau s'intéresser à elle et rechercher sa compagnie.
    Enfin, la force de l'auteure est dans la peinture de toute une galerie de personnages secondaires, qu'elle a su renouveler avec brio d'un roman à l'autre...
    Sir Elliot et sa fille aînée, tout infatués de leur rang et de leur beauté, sont tournés en ridicule : "... Sir Walter désirait connaître Mme Wallis ; on la disait très jolie ; cela le dédommagerait des laids visages qu'il rencontrait à chaque instant dans les rues. C'était là le fléau de Bath. Un jour il avait compté quatre-vingt-sept femmes, sans en trouver une passable. Il est vrai que c'était par un froid brouillard du matin." (page 85-86)
    Marie, la benjamine, femme point méchante mais égocentrique et aussi vaniteuse que son père, se croit la victime d'affronts imaginaires.
    Lady Russell est une amie sincère mais aveuglée par les préjugés de sa caste.
    L'amiral Croft et sa femme forment un couple uni et heureux, dont la simplicité et l'ouverture d'esprit sont une goulée d'air frais dans cette assemblée un brin guindée et compassée.
    Pour conclure, j'ai dévoré ce roman délicat et sensible qui joue à merveille sur la partition des sentiments amoureux et leur complexité. le seul défaut que je lui reproche c'est que l'histoire d'amour est prévisible du début à la fin, mais cela ne gâche en rien le plaisir de la lecture !

    Lien : http://parthenia01.eklablog.com/persuasion-de-jane-austen-a105444580
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          3 16         Page de la critique

    • Livres 5.00/5
    Par Syl, le 13 avril 2013

    Syl
    Le baronnet Sir Walter Elliot est fier de ses origines, de sa personne, de son rang et des quelques lignes dans le registre « le baronnetage » qui le racontent. Veuf depuis une douzaine d'années, il vit dans le château familial implanté dans le Somerset, avec deux de ses filles célibataires, Elizabeth et Anne, la troisième, Mary, étant mariée à Charles Musgrove, un hobereau fortuné de la région.
    Au décès de la mère, l'aînée Elizabeth a pris, à l'âge de seize ans, la gestion de la maison. Des trois filles, elle est celle qui ressemble le plus au baronnet. Belle, fière, autoritaire, dévouée à son titre, elle est aussi la préférée de cet homme égocentrique, adepte de Narcisse, qui voit en ce doublon, la noblesse de sa race. Anne, la deuxième dans la lignée, était une enfant intelligente, cultivée, un peu en retrait, un bouton de rose plein de promesse, à peine éclos, portrait de sa mère. Mais à l'âge de vingt-sept ans, la fraîche jeunesse ayant palie, elle s'apparente plus à une petite souris terne, une gouvernante, une vieille fille desséchée, qu'à une demoiselle épanouie. Quant à Mary la petite dernière, elle est épouse et mère. Sa personnalité, peut-être fragilisée par la perte de sa mère très jeune, est instable,capricieuse, craintive et bilieuse.
    La vie se déroulerait dans une routine bien confortable, entre Londres et le château de Kellynch, si des problèmes financiers ne venaient pas interférés ; la ruine et l'expropriation menacent la famille.S'étant sécrétée petit à petit, cette précarité arrive à un stade ultime qu'il n'est plus permis d'ignorer. Sir Elliot est contraint de faire appel à ses amis et voisins pour des conseils… C'est Lady Russell, une vieille amie de sa femme et marraine d'Anne, qui établit un programme d'économies. Cependant les propositions sont mal accueillies… mais que faire ?
    « Quoi ! toutes les commodités de la vie effacées d'un trait ! Voyages, Londres, serviteurs, chevaux, table… des diminutions et des restrictions partout ! Ne plus même vivre aussi décemment qu'un simple gentilhomme ! Non ! Il préférait quitter sur l'heure le château de Kellynch plutôt que d'y rester à des conditions aussi ignominieuses. »
    … Ils pourraient louer le château et partir vivre à Bath avec un train de vie plus modeste.
    En dressant une liste des personnes susceptibles d'habiter le château, un nom apparaît dans la conversation qui renvoie Anne à la douceur amère de quelques souvenirs.
    Par l'intermédiaire de M. Shepherd, homme d'affaires et ami, un locataire est trouvé. le respectable amiral Croft viendrait y habiter avec sa femme Sophia, soeur aînée du capitaine Frederick Wentworth, une ancienne connaissance.
    Alors que tous déblatèrent et louangent la Royal Navy, les méfaits combinés de la mer et du soleil sur la peau, sur l'amiral Croft et son pedigree… Anne se remémore quelques mois de l'année 1806… Elle a dix-neuf ans, elle est belle, pleine de fougue et follement amoureuse d'un capitaine de frégate venu en villégiature dans le Somerset.
    Elle semble si lointaine, presque étrangère, cette demoiselle qui avait dû refuser la demande en mariage d'un bel officier. Trouvant cette alliance déshonorante, Sir Elliot s'était opposé à l'union, soutenu par Lady Russell qui trouvait que sa filleule méritait quelqu'un de mieux placé. Si l'un s'outrage par snobisme, l'autre prend d'autres prétextes pour étayer ses recommandations, alors que les sentiments de base ne sont que jalousie et inquiétude. Sa fille de coeur partirait sous d'autres cieux, suivre son militaire de mari. Ainsi, le portrait d'un jeune et fringant officier se flétrissait à chaque parole et ses qualités se paraient de défauts… Cet homme n'a pas de fortune, il est trop intrépide voire dangereux, il lui manque de la finesse et de l'esprit…
    Anne, en ce jour de rappel, compte aussi les jours de regrets. L'innocence et la confiance ont généré des années de solitude, de tristesse et de soupirs déçus.
    Mais bientôt… lorsqu'elle se promène dans les allées du jardin, effleurant les massifs du bout des doigts, songeuse et mélancolique… oui, bientôt… « Encore quelques mois et il se promènera peut-être ici. »
    Bath ne sera pas la destination d'Anne qui a été appelée par sa soeur Mary, encore en émois de quelques travers… AUppercross Hall, elle joue un rôle terne et discret, mais elle est aussi un noyau où tous gravitent. Tour à tour réceptacle de commisérations de la part de Mary, de Charles et des parents de celui-ci, les Musgrove, infirmière pour sa migraineuse de soeur et ses neveux énergiques, pianistes aux heures des divertissements… son âme généreuse et altruiste se voue entièrement à ses proches.
    Uppercross et la Grande Maison, fief des Musgrove, sont voisins de Kellynch. Très rapidement, ils sympathisent avec les nouveaux arrivants, occasionnant une effervescence enjouée et dynamique. Les Croft sont des gens charmants et ce capitaine Wentworth, venu en vacances auprès de sa soeur, est délicieux ! Son allure, sa galanterie, sa bienveillance et sa fortune qui n'est pas à négliger, font de lui un savoureux parti qui séduit dans l'instant les jeunes soeurs de Charles, Henrietta et Louisa. de plus, il s'avérerait que le capitaine cherche une épouse.
    Anne aurait souhaité disparaître. Enfoncée dans le décor, grise et vieillie, muette comme une absente, elle se présente à Frederick Wentworth, insignifiante, délavée et décatie. Elle est « méconnaissable » tel est le terme qu'il emploie pour la désigner, telle est l'image qu'il veut garder pour se venger.
    Persuasion
    Anne se persuade que son avenir est au service des siens. Mais peut-on penser qu'à vingt-sept ans la vie est finie ?
    Frederick se persuade que n'importe quelle jeune fille ferait une bonne épouse, pourvu qu'elle ait « un esprit solide et des manières douces »… « Un peu inférieure, je saurai, bien sûr, m'en accomoder, mais l'écart ne doit pas être grand. Si je suis idiot, je le serai bel et bien , car j'ai réfléchi sur ce sujet plus que la plupart des hommes. » Mais peut-il oublier les sentiments ?
    Et tous les autres qui se persuadent que…
    Charles préfère la chasse à sa famille, que Dick, le jeune frère de Charles mort lors d'une bataille navale, aurait pu être un homme digne comme Wentworth, que Sir Elliot peut retrouver ses aises, qu'Elizabeth, malgré son âge, trouvera une fortune à épouser…
    Persuasion, tous s'aveuglent pour avancer.
    L'automne dans le Somerset, puis à Lyme au bord de la mer, jusqu'à la fin de la saison à Bath, Anne s'épanouira comme une fleur, une hellébore, une rose d'hiver.
    Ce dernier roman de Jane Austen a été publié après sa mort. Comme dans ses autres écrits, elle peint la société anglaise sans complaisance, toujours avec des petites touches ironiques qui rendent le tableau léger et moqueur. Il n'y a aucune déception, tout est à sa place… la famille, la femme, l'amour, la campagne, les demeures, les goûters, les visites de politesse, les bals, la musique, Bath, des personnagescroustillants dont la palette variée des caractères aborde toutes sortes de personnalités, les fourbes, les hautains, les généreux, les héros…, les petites mesquineries, les faux-semblants, le jeu des sentiments, tout cela plus une part qui honore les soldats des guerres napoléoniennes.
    L'histoire raconte Anne qui a eu la sotte idée d'écouter ses aînés et d'ignorer son coeur par crainte et soumission. La jeune fille était docile, assujettie à une discipline servile et s'est laissée endormir par le temps dans de nombreux regrets. Comme dans un conte, elle s'est emprisonnée en pénitence dans une armure et s'est muée en « servante » pour son père et ses soeurs. Lorsqu'elle revoit Frederick, elle est prête à neutraliser son amour toujours présent et à être spectatrice de la romance qui se joue entre lui et Louisa. de son côté, le héros de Trafalgar, revenu avec des richesses prises en mer, n'est guère prévenant envers celle qui l'a refusé. Aimable, patient, rieur, avec les autres, il teste l'indifférence avec Anne. Je ne sais pas si ce sont des représailles calculées. Certes, une graine vengeresse devait germer, mais son détachement est surtout dû à la déception de voir après sept années, la silhouette fantomatique d'une personne qui représentait le suc de la jeunesse et de ses espérances, son havre.
    A ce couple, se joignent d'autres histoires, d'autres gens, qui font de ce livre un petit bijoux que j'ai beaucoup aimé lire.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 4         Page de la critique


Critiques presse (1)


  • Telerama , le 06 juillet 2011
    Les amours empêchées d'une héroïne tout sauf résignée.
    Lire la critique sur le site : Telerama

> voir toutes (71)

Citations et extraits

> Ajouter une citation

  • Par tassedeculture, le 13 septembre 2011

    Je ne puis écouter davantage en silence. Il faut que je vous parle, avec les moyens dont je dispose. Vous transpercez mon âme. Je suis partagé entre l'angoisse et l'espoir. Non, ne me dites pas qu'il est trop tard, que ces précieux sentiments ont disparu à jamais. Je vous offre de nouveau un coeur qui vous appartient encore plus totalement que lorsque vous l'avez brisé il y a huit ans et demi. Ne prétendez pas que l'homme oublie plus vite que la femme, que son amour meurt plus tôt. Je n'ai jamais aimé que vous. Injuste, j'ai pu l'être, faible et rancunier, je l'ai été... mais inconstant, jamais. C'est vous seule qui m'avez fait venir à Bath. C'est pour vous seule que je pense, que je fais des projets... Ne l'avez-vous pas senti? N'avez-vous pas compris mes souhaits?... Je n'aurais même pas attendu ces dix jours si j'avais pu lire vos sentiments comme je pense que vous avez dû pénétrer les miens. J'arrive à peine à vous écrire. J'entends à tout moment quelque chose qui me bouleverse. Vous baissez la voix, mais je puis distinguer les inflexions de cette voix, quand même elles échapperaient à d'autres... O parfaite, excellente créature ! Vous nous rendez bien justice. Vous êtes sûre que l'attachement et le constance véritables existent parmi les hommes. Soyez assurée de les trouver infiniment fervents, infiniment fidèles chez F.W.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 26         Page de la citation

  • Par regency, le 30 octobre 2013

    "I can listen no longer in silence. I must speak to you by such means as are within my reach. You pierce my soul. I am half agony, half hope. Tell me not that I am too late, that such precious feelings are gone for ever. I offer myself to you again with a heart even more your own than when you almost broke it, eight years and a half ago. Dare not say that man forgets sooner than woman, that his love has an earlier death. I have loved none but you. Unjust I may have been, weak and resentful I have been, but never inconstant. You alone have brought me to Bath. For you alone, I think and plan. Have you not seen this? Can you fail to have understood my wishes? I had not waited even these ten days, could I have read your feelings, as I think you must have penetrated mine. I can hardly write. I am every instant hearing something which overpowers me. You sink your voice, but I can distinguish the tones of that voice when they would be lost on others. Too good, too excellent creature! You do us justice, indeed. You do believe that there is true attachment and constancy among men. Believe it to be most fervent, most undeviating, in F. W.

    "I must go, uncertain of my fate; but I shall return hither, or follow your party, as soon as possible. A word, a look, will be enough to decide whether I enter your father's house this evening or never."
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 11         Page de la citation

  • Par Gwen21, le 29 juin 2013

    Vous transpercez mon âme. Je suis partagé entre l'angoisse et l'espoir. Non, ne me dites pas qu'il est trop tard, que ces précieux sentiments ont disparu à jamais. Je vous offre de nouveau un cœur qui vous appartient encore plus totalement que lorsque vous l'avez brisé [...].

    Commenter     J’apprécie          3 34         Page de la citation

  • Par mathilde08, le 26 août 2012

    Arrivés dans Union Street, un pas rapide et qui lui était familier se fit entendre derrière eux. Elle eut le temps de se préparer à voir Wentworth. Il les rejoignit, puis parut indécis sur ce qu'il devait faire ; il se tut et la regarda. Elle soutint ce regard en rougissant. Alors l'indécision de Wentworth cessa et il marcha à côté d'elle.
    Charles, frappé d'une pensée soudaine, dit tout à coup :
    -Capitaine, où allez-vous ? A Gay Street, ou plus loin ?
    -Je n'en sais rien, dit Wentworth, surpris.
    -Allez -vous près de Camden Place ? Parce qu'alors je n'ai aucun scrupule à vous prier de me remplacer, et de donner votre bras à Anne. Elle est un peu souffrante ce matin et ne doit pas aller seule si loin ; et il faut que j'aille chez mon armurier. Il m'a promis de me faire voir un superbe fusil qu'il va expédier, et si je n'y vais pas tout de suite il sera trop tard.
    Wentworth n'avait aucune objection à faire à cela, il s'empressa d'accepter, réprimant un sourire et une joie folle.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 7         Page de la citation

  • Par Megelio, le 16 avril 2013

    Pour elle, le plaisir de la promenade devait naître de la marche, de la journée, de la contemplation des derniers sourires de l’année sur les feuilles rousses et les haies fanées, et des quelques descriptions poétiques, parmi des milliers d’autres, qu’elle se répétait sur l’automne, cette saison qui exerce une influence singulière et inépuisable sur l’esprit tendre et délicat, cette saison qui a tiré de tout poète digne d’être lu un essai de description ou quelques vers pleins de sentiments.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 13         Page de la citation







Sur Amazon
à partir de :
6,00 € (neuf)
2,52 € (occasion)

   

Faire découvrir Persuasion par :

  • Mail
  • Blog

Découvrez les éditions 10-18

> voir plus

Lecteurs (1537)

> voir plus

Quiz