Oh My God ! La reine d'Angleterre, maintenant âgée de 80 ans a une nouvelle passion dévorante et incompatible avec sa charge : la lecture ! Ses conseiller, premier ministre et autre “filtre” qui la coupent du monde vont bien essayer de tout faire pour l'en détourner, que ce soit en lui cachant ses livres, en sabotant les colis qui en contiennent, en virant un tabellion fraîchement embauché qui partageait sa passion, rien n'y fera !
Au-delà de la satire très drôle que nous fait
Alan Bennett, dans cette fiction, de la monarchie anglaise, de son rôle surtout et du regard indulgent qu'il pose sur la Reine, la décrivant comme privée de tout libre arbitre, confinée dans l'étiquette et le devoir, nous avons une étude très intéressante, qui va aller crescendo de ce que peut être le goût de lire jusqu'à la passion. “- Un passe-temps ? dit la reine. Les livres sont tout sauf un passe-temps. Ils sont là pour vous parler d'autres vies, d'autres mondes.” Mais aussi cette phrase qui en dit long sur le rôle qu'elle a et sur sa vie tout court : “Je dois constamment afficher mon humanité, mais j'ai rarement l'occasion de l'exercer pour de bon. Il y a des gens autour de moi pour le faire à ma place.” Eloquent non ?
En effet la Reine lisait “comme tout le monde et par devoir” avant que ses chiens n'aboient après le bibliobus qui s'arrête tous les mercredis dans l'arrière-cour du Palais. Gênée, elle va se sentir obligée d'emprunter un livre et fait la connaissance de Norman, un “rouquin efflanqué” qui travaille aux cuisines. Jusque là, elle demande conseil pour ses lectures. Et continue son “devoir”, ayant ignoré toute sa vie la notion de plaisir. Qu'elle a décidé de rattraper : ” (…) je suppose que vous voulez dire que je ne dois pas quitter la balle des yeux. Ma foi c'est ce que j'ai fait pendant plus de cinquante ans et j'estime avoir désormais le droit de jeter de temps à autre un coup d'oeil en dehors du terrain”. (à son premier conseiller qui lui demande de rester concentrée !).
Puis, au fil des semaines, le bibliobus ne passant plus, elle va rechercher Norman aux cuisines et en faire son tabellion privé, chargé de noter et de lui choisir ses lectures : il est bien plus que cela, puisqu'ils font “lecture commune” ensemble dans la même religiosité (même si lui est plus porté sur la littérature gay !).
Les voyages officiels l'ennuient à mourir empiétant sur ce temps qu'elle n'a pas et qu'elle voudrait consacrer à la lecture. Puis Norman, évincé (par le Protocole) et pour des raisons qu'on lui cache, elle va commander elle-même ses livres, commencer à les annoter, à laisser des critiques au passage, elle regrette le temps où elle aurait pu connaître des écrivains de ses contemporains, hélas morts ! Son intérêt pour les livres, alors qu'elle a parcouru le vaste monde de long en large, qu'elle connaît la plupart des capitales, jusqu'au PIB de certains états, apportent à sa vie une dimension solitaire certes, mais dont elle ressort heureuse. Elle écrira dans son carnet : “ L'une des recettes du bonheur consiste à se moquer des prérogatives. (…) Précepte que ma position ne m'a guère permis d'exercer”.
Mais toujours partagée entre plaisir, devoir et réflexion sur ce dernier, la fin nous réserve une surprise… dont je ne vous parlerai pas ! Je ne peux que conseiller ce petit livre (122 pages) lu en deux heures de temps à ceux qui ne comprennent pas ce qui nous pousse à lire encore et toujours, pourquoi la lecture est (ou devient) une passion, ce qu'elle génère parfois quand elle est poussée à son paroxysme. Et l'humour anglais en prime, ça ne se refuse pas…. “Elle comprit alors (comme elle le nota le lendemain) que, parmi d'autres attraits, la lecture fonctionnait au fond comme un muscle qu'elle avait fini par exercer. Elle pouvait à présent lire ce roman sans difficultés…”
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