> Bruno Boudard (Traducteur)

ISBN : 2752903669
Éditeur : Phébus (2009)


Note moyenne : 3.67/5 (sur 9 notes) Ajouter à mes livres
1964 : Au crépuscule de sa vie, Jun Nakamaya, qui fut au début du XXe siècle une star du muet, est tiré de sa retraite par un jeune scénariste. Premier acteur japonais à se produire à Hollywood, Jun connut l’excitation des débuts du cinéma, les fêtes fastueuses sur Suns... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 3.00/5
    Par Bunee, le 24 août 2009

    Bunee

    Site des éditions Phebus
    Site de l'auteur et micro revue de presse et Article très complet du LA Weekly (en anglais)
    Le titre me faisait un peu peur (d'ailleurs je pense que je préfère le titre original, plus révélateur), de même que les divergences des multiples avis de blogueurs francophones (on a ainsi reproché au livre une certaine lourdeur, un style touffu et technique, ainsi que la difficulté à entrer dans l'histoire) mais j'ai néanmoins été ravie de lire cet ouvrage arrivé dans ma boite la semaine dernière.
    Les thèmes sont variés et, certains, assez inhabituels: la naissance d'Hollywood avec le cinéma muet qui compensait un handicap technique (pas de son) par une démarche artistique plus aboutie (compensation sur le travail de la lumière, l'utilisation du hors champs, le jeu des acteurs ...), interaction entre le film et les spectateurs, la carrière fulgurante d'un acteur japonais dans des temps difficiles pour les immigrés en Californie (sentiment anti japonais, ségrégation, etc ... la bibliographie indiquée par l'auteur à la fin de son ouvrage est d'ailleurs assez fournie sur ce thème), la nostalgie de la célébrité lorsqu'on est tombé dans l'oubli, la vieillesse solitaire bourrée de remords et d'actes manqués ( en un bref instant j'ai pensé au héros de "Un homme" de P. Roth), l'engagement politique de l'artiste.
    Californie, années soixante. Jun est un homme déroulant sa vieillesse solitaire de façon confortable, anonyme et tranquille. Rien, sous cette façade si lisse, ne laisserait deviner que cet homme était une immense vedette du cinéma muet, dont la carrière s'est brutalement arrêtée en 1922.
    Et ce, jusqu'au jour ou un jeune homme le contacte afin d'écrire un papier sur lui, à l'occasion de l'inauguration d'un temple du cinéma muet. Il décline au départ cette demande d'interview mais, par orgueil, finit par l'accepter. Mais se faisant, il met le doigt dans un engrenage qui le contraindra à explorer son passé, contacter les quelques anciens collègues toujours vivants, et revivre le drame qui l'a abattu en plein vol, en 1922, et dont il s'est toujours senti en partie responsable. En effet, de crainte que son histoire ne soit révélée, il contacte les protagonistes de l'époque afin de leur demander de rester discrets dans l'hypothèse où quelqu'un viendrait les interroger sur un épisode trouble de l'époque: le meurtre irrésolu d'un réalisateur à succès, meurtre auquel il est indirectement lié.
    Je suis vite entrée dans l'intrigue, sans que le style touffu, très richement documenté et illustré ne soit un obstacle. Certes, on ne connaît pas forcément toutes les (nombreuses) références au préalable, mais j'ai eu le sentiment grisant qu'un monde inconnu s'ouvrait à moi au travers des souvenirs de notre personnage, et j'ai beaucoup apprécié cela.
    En outre, le style narratif est très vivant, la traduction fluide, les personnages sont étoffés et touchants, et les allers et retours Présent (l'interview, la proposition de film, les déjeuners avec Mme Bradford) - Passé (début de sa carrière, portraits des artistes, relations avec certaines actrices comme Hanako ou E. Banks, ambiance hostile à l'encontre des japonais, le fameux scandale qui mit fin à sa carrière, etc.) ne perdent pas le lecteur.
    Le mystérieux événement se dévoile au fur et à mesure, et la "chute" n'est pas trop prévisible (bien que quelques révélations soient de trop, comme celles du policier, qui orientent très fortement le lecteur) , ce qui donne l'impression d'une intrigue bien ficelée.
    Le personnage principal, celui de Jun, est souvent irrité ... et parfois irritant. Il est vrai qu'il pêche souvent par orgueil (mais comme l'a dit ailleurs une blogueuse, ce métier en nécessite), mais ce que personnellement je lui reprocherais serait une espèce de veulerie, une tendance au compromis, et surtout une "courte vue" agaçante, en contraste avec le personnage flamboyant et intransigeant incarné par Hanako. Mais son attitude à la fin du livre le rend plus attachant et gomme en partie cette impression.
    C'est donc un roman que je recommanderais chaleureusement, à condition de le lire avec enthousiasme, sans quoi la richesse des renseignements et détails techniques / historiques risquent de décourager.
    On en parle quasiment partout (c'est un envoi de chez les filles que je remercie à mon tour ainsi que les éditions Phebus), notamment chez (par ordre d'apparition sur google - ce qui vous évitera accessoirement de vous fader les paroles lénifiantes d'une chanson au titre similaire) :
    Sylire, Amanda, Leiloona, Lael, Praline, Papillon, Alfie, Cathulu, Clarabel, Vero, Sassenach

    Lien : http://lelabo.blogspot.com/2009/08/nina-revoyr-si-loin-de-vous.html
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  • Par keisha, le 25 octobre 2009

    keisha
    Quatrième de couverture :
    " 1964 : Au crépuscule de sa vie, Jun Nakayama, qui fut au début du 20ème siècle une star du muet, est tiré de sa retraite par un jeune scénariste. Premier acteur japonais à se produire à Hollywood, il connut l'excitation des débuts du 7ème art, les fêtes fastueuses sur Sunset Boulevard, la passion de quelques comédiennes et l'hystérie des fans... avant d'être confronté à la montée du racisme et à la fin des films muets. Est-ce pour ces deux raisons que sa carrière fulgurante s'arrêta brutalement en 1922?
    Le scénariste aimerait faire tourner Jun de nouveau, mais celui-ci se montre très réticent, redoutant que son retour à la lumière ne remue la boue du passé. Car le nom de Jun est associé au meurtre jamais élucidé d'un grand réalisateur, qui avait choqué l'opinion dans les années 20. L'heure semble venue pour Jun d'affronter les fantômes d'hier..."
    Jun est le narrateur, entrelaçant le récit de sa vie actuelle en 1964 et de sa carrière au début du siècle dernier, ses souvenirs revenant petit à petit à sa mémoire. On saisit vite qu'il ne dit que ce qu'il a choisi de dire mais pas ce qu'il a - consciemment ou inconsciemment- décidé de taire. Il donne parfois l'impression d'être toujours coincé, sur la réserve, et cette raideur se retrouve (volontairement) dans le style. Nina Revoyr a ainsi bien mis en valeur la personnalité de Jun et toute cette politesse japonaise de l'époque, ces excuses, ces inclinaisons, qui n'empêchent d'ailleurs pas les tensions de percer.
    Ce style peut déconcerter mais je pense qu'il correspond bien à la personnalité du narrateur.
    Ce Jun qui peut sembler assez imbu de lui-même est finalement poussé à faire une sorte de bilan nostalgique:
    "J'ai l'impression d'avoir toujours été planté là, avec le bonheur à portée de main, brûlant de m'en emparer, mais m'en retenant toujours." Oui, beaucoup d'occasions manquées, mais la fin montrera un Jun apaisé et, disons le, heureux.
    Le roman présente un merveilleux moment où Jun se lâche un peu, quand il visite avec Hanako sa collègue (et plus s'il avait voulu, hein?) l'extraordinaire Oasis des Livres si bien nommé. Un des plus beaux passages du livre, qui en comporte un certain nombre (l'épilogue, la réaction de Jun quand il assiste à la représentation théâtrale, ...).
    La petite intrigue policière qui baigne dans les non dits de Jun est subtilement annoncée au tiers du roman et peut relancer l'intérêt du livre d'après certains avis.
    On ne peut passer sous silence le racisme anti -japonais, Jun y fait souvent allusion, tout en niant l'importance du phénomène dans sa vie, mais là encore nous savons qu'il ne dit pas encore tout. Saviez vous que les enfants d'origine japonaise ne fréquentaient pas les mêmes école? Qu'il a existé une "Anti-Jap Exclusion League? Quant à l'interrogatoire de Jun par les policiers, c'est franchement choquant!
    Sans oublier l'évocation fort intéressante des débuts du cinéma, où tout était à découvrir. Un monde passionnant.
    "Le muet était bien plus qu'un simple prélude au parlant. Il était également une forme à part entière. Nos films compensaient le manque de son par d'autres qualités : la photographie, la mise en scène, le montage, les éclairages, les histoires et, enfin, l'interprétation. Les meilleurs muets étaient des oeuvres subtiles et magnifiques, fraîches et parfois exaltantes. Ces films possédaient une pureté qu'il est impossible de retrouver en ces temps tapageurs, dominés par les effets spéciaux et la parole. Nous qui les créions savions que, comme dans la vie, la partie vraiment essentielle des récits ne pouvait jamais se réduire seulement à des mots. Nous comprenions que les images animées agissaient tels des catalyseurs de rêves et qu'elles étaient plus éloquentes encore lorsqu'elles n'étaient pas paralysées par des voix."
    Et là j'ai très envie de revoir des films muets...

    Lien : http://en-lisant-en-voyageant.over-blog.com/article-35666686.html
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    • Livres 4.00/5
    Par MissAlfie, le 27 juillet 2010

    MissAlfie
    [...] "Si loin de vous", de Nina Revoyr, nous entraîne dans un monde qui m'était totalement étranger. Parce qu'il faut bien le dire, le cinéma muet, je n'en ai que des clichés éculés de personnes avançant trop vites sur l'écran et faisant des grimaces à la caméra ! Sauf qu'à travers son histoire qu'il nous conte sur un mode autobiographique, Jun nous permet de découvrir l'envers du décor et met en lumière toutes les qualités qu'il fallait à l'époque pour être un bon acteur : les sentiments, les émotions, ne pouvaient passer que par l'attitude, les mimiques, la gestuelle, puisque les seuls mots qui accompagnaient les films étaient ceux des inter-titres.
    Parrallèlement à cette thématique sur le cinéma muet, Nina Revoyr aborde dans son livre la question de l'anti-japonisme (je suis pas sûre qu'on le dise ainsi, mais on va faire tout comme !) aux Etats-Unis. Ne connaissant rien à la question, j'avoue avoir été étonnée d'apprendre que la Californie était (et est toujours d'après ce que j'ai pu lire depuis) l'un des Etats avec Hawaï ayant la plus grosse communauté japonaise, en raison de l'aspect géographique (les côtes californiennes sont les plus proches côtes continentales par bateau de l'archipel japonais) mais aussi législatif (en 1924, un texte interdit l'immigration japonaise sur le continent, seules les arrivées sur Hawaï sont tolérées).
    [...] On ne rechignera pas devant un roman au goût de rêve américain qui nous entraîne en plus dans les rues de Little Tokyo au début du siècle !

    Lien : http://croqlivres.canalblog.com/archives/2009/08/10/14706415.html
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    • Livres 4.00/5
    Par Lali, le 02 février 2011

    Lali
    Il était une fois un acteur japonais qui fut en son heure de gloire la coqueluche de tout Hollywood. Bien avant que le cinéma se mette à parler. Bien avant toutes les lois contre les Japonais. Bien avant qu'Hollywood ne devienne une usine plutôt qu'un lieu de création.
    Il était une fois ce même homme, Jun Nakayama, en 1964, loin des studios d'antan, menant une petite vie bien calme qui n'a rien à voir avec celle qui fut la sienne il y a encore quarante ans et des poussières. Une vie qu'il n'évoque quasi jamais et qu'il se verra obliger d'examiner au peigne alors qu'un jeune journaliste doublé d'un scénariste prometteur le contacte. D'abord pour une entrevue. Dans un deuxième temps, pour lui proposer un rôle.
    Or, si Jun n'a pas tourné depuis quatre décennies, c'est qu'il y a des raisons. Pas toutes imputables au fait que le cinéma a changé, ni aux politiques contre les Japonais. Mais des raisons moins belles, moins avouables, et qu'il vaudrait mieux ne jamais déterrer de l'oubli dans lequel les années et les morts les ont ensevelies. Des raisons que lui seul connaît ou pense connaître et que nous découvrirons au fil de ce roman de près de 400 pages, habilement construit, solide, où se côtoient les grands du cinéma (Douglas Fairbanks, Charlie Chaplin, Louise Brooks, Gloria Swanson) et des acteurs et des réalisateurs fictifs.
    Un roman passionnant pour qui s'intéresse au cinéma muet par une auteure qui maîtrise visiblement son sujet et passionnée par celui-ci.

    Lien : http://lalitoutsimplement.com/?p=35821
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  • Par InColdBlog, le 09 septembre 2010

    InColdBlog
    Outre la minutieuse restitution de la vie de studios d'Hollywood et des pionniers du cinéma muet, la grande force de Si loin de vous réside dans la complexité et l'ambivalence de son personnage central : à la fois conscient de son talent, fier de sa réussite et pourtant faisant toujours preuve d'une extrême courtoisie, d'une retenue pouvant passer pour de la raideur.
    Plus il révélait de sa personnalité, plus je pensais à Stevens, le majordome des Vestiges du jour, de Kazuo Ishiguro. Comme lui, Jun s'en est toujours tenu à ses principes, quitte à faire parfois des mauvais choix, à passer à côté du bonheur, sciemment ou non.
    Pourtant, les occasions d'être heureux n'ont pas manqué. Hanako Minatoya, Elisabeth Banks, Nora Niles. Trois femmes, trois actrices, qui l'ont aimé chacune à leur façon et qu'il n'a pas su retenir. Aujourd'hui, septuagénaire et solitaire, il doit s'arranger avec sa culpabilité et ses regrets.
    Si loin de vous est un roman multi facettes : passionnante épopée sur la naissance d'Hollywood et les débuts de l'âge d'or des studios ; suspense bien mené qui tient en haleine de bout en bout, même si le final peut paraître une peu trop happy end ; mais surtout, réflexion tout en finesse sur les choix à faire dans une vie, les occasions manquées, les regrets, la cohabitation avec les fantômes du passé. Un très beau roman, marqué du sceau de la langueur, de l'émotion et de la nostalgie.


    Lien : http://www.incoldblog.fr/?index/oeuvres/Si%20loin%20de%20vous
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Citations et extraits

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  • Par InColdBlog, le 09 septembre 2010

    J’aimerais pouvoir dire, comme beaucoup de gens, que je n’avais pas su reconnaître les moments-clés de mon existence lorsqu’ils s’étaient produits. Mais je ne le peux pas, parce que ce serait faux. Je l’avais su précisément. Je l’avais su précisément et j’avais été incapable d’empêcher cela. C’était comme si j’avais vu se dérouler un événement affreux de derrière la vitre d’une fenêtre sans pouvoir la briser pour intervenir. Ma vie tout entière avait changé au cours de quelques brefs instants et je l’avais su. La seule chose que j’avais ignorée, c’était à quel point elle allait changer et combien ce serait irrémédiable.
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  • Par InColdBlog, le 09 septembre 2010

    La fierté, la honte et l’afflux des souvenirs se mêlaient en moi. Car si je comprenais mes réactions devant le film en général, je ne savais comment appréhender l’acteur que j’avais vu sur l’écran. Ce jeune homme était dynamique et intrépide, il n’avait pas peur d’aller à l’encontre de ce qu’on attendait de lui. Ce jeune homme avait travaillé inlassablement pour l’amour de son métier. Je me demandais ce qui lui était arrivé.
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  • Par Nanne, le 18 septembre 2009

    Pendant plus de dix ans, et plus particulièrement entre 1915 et 1922, j'ai accordé d'innombrables interviews, posé pour des séances de photographies et été l'objet de nombreux articles dans les revues de cinéma. Les somptueuses réceptions que je donnais dans ma propriété des collines de Hollywood attiraient parfois jusqu'à cinq cents invités, tandis que la première de chacun de mes nouveaux films faisait salle comble dans les cinémas les plus prestigieux du pays. J'étais un personnage aussi célèbre et reconnaissable qu'il était possible de l'être en ce temps-là.
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