la recherche d'un auteur scandinave, je suis tombée sur celui-ci, norvégien. Il y a le même rapport à la nature que chez
Vesaas et Tunstrom, avec la présence quasi permanente de l'eau (là c'est parce que la mère du jeune héros s'est noyée), de signes (ici un épervier qui plane de façon funeste à chaque fois qu'il va se passer quelque chose) mais il n'y a pas la même poésie que chez les deux autres, ni la façon de faire des symboliques et des métaphores au détour de chaque phrase. L'histoire est relativement simple, le décor aussi, ce qui est tendu ce sont les relations entre les personnages : tout d'abord le héros et sa famille : des parents qui se déchirent, puis une mère morte, un père effacé et noyé, une sœur secrète… ensuite le héros et ses « collègues (tous sont pianistes, passionnés de musique, aspirant à un brillant avenir de concertiste) : il est amoureux d'Anja, couche avec une Margrete, est attiré par une Rebecca, tout est trouble et confus, comme sa vie à ce moment-là de son histoire. Il est l'heure de faire des choix, il a 18 ans, et il a une fâcheuse tendance à laisser les autres décider pour lui, avant de prendre sa vie (presque) en main. Certains personnages sont fouillés plus que d'autres, comme celui d'Anja, pièce maîtresse du roman : on devine qu'elle subit l'amour compulsif (et l'inceste) de son père, en étant toutefois animée d'une volonté farouche et d'un talent indéniable ; elle finira par mourir, victime de sa passion, de la pression exercée sur elle, de la lâcheté de sa mère. La sœur du héros est aussi un personnage compliqué (qui se révèlera être aussi amoureuse d'Anja) mais l'auteur fait ce que je déteste (c'est pour ça que le roman m'a plu, mais pas plus que ça) : il décrit les agissements de chacun sans les expliquer, sans même donner des clés, c'est exactement ce qu'on ne fait pas dans la vraie vie (enfin je crois !) : on interprète toujours les faits et gestes de chacun en fonction de ce qu'on croit savoir de lui, et là, il n'y a rien, aucune « psychologie » (même si je n'aime pas beaucoup ce mot et qu'il ne ressemble pas à ce que je veux dire). On sait pourquoi les personnages agissent ainsi, il n'y a même pas d'explication à donner : Anja se réfugie dans son monde pour fuir son père, tout en étant irrésistiblement attachée à lui (dans tous les sens du terme). le héros oscille entre les désirs de son corps et l'amour de son cœur, rien de plus normal. Etc. l'auteur nous donne à voir des comportements évidents (mais justes), on n'est ni surpris ni dans l'attente d'autre chose, ce roman ressemble à de la vraie vie ni plus ni moins, un peu trop creuse à mon goût. Oui, c'est ça, le mot juste : c'est attendu. Je suis un peu cruelle car j'ai tout à fait conscience qu'on peut penser de ce roman exactement l'inverse de ce que je viens d'en dire : un roman qui colle autant à la vie en nous faisant partager le quotidien d'une petite troupe d'ado, c'est incroyable !!! il y a des drames et des prises de conscience, un mûrissement pour ne pas dire une maturation qui se fait peu à peu les mois passant et les décisions prises. Mais le lecteur n'est que spectateur… et ce que je préfère, c'est quand le lecteur a une part active dans l'histoire, qu'il peut s'y impliquer, qu'on lui laisse un peu de liberté pour venir mettre son petit grain de sel, sa petite interprétation, sa touche d'intimité. Là il n'y a pas de place : on lit, on termine, c'est fini. On va le poser sur une étagère de sa bibliothèque.