Le plus beau fleuron de la prestigieuse histoire des Vikings s'appelle Islande.
C'est là, entre 874 et 1350, que s'est épanouie une culture sans aucun équivalent en Occident, qui a pu inventer une société, un type de politique, de législation, et surtout une litt... > voir plus
"Il importe de bien voir que ce phénomène n'aurait en aucun cas pu voir le jour par génération spontanée, en quelque sorte : il suppose un arrière-plan culturel, au sens le plus large de l'adjectif, c'est à dire matériel, économique, politique et aussi intellectuel, sans lequel il n'eût simplement pas été possible. On a coutume de dater ce mouvement viking de 800 environ à 1050 environ, soit ! Mais en vérité, il plonge des racines bien plus avant dans le temps, disons au moins au VIe siècle de notre ère.
Il faut considérer que le "miracle islandais" dont nous sommes en train de parler relève du même type d'analyse. Lui non plus n'eût pas été pensable sans tout ce qui a précédé le débarquement des premiers colonisateurs, en 874. Si bien qu'il ne sied pas de tenir les Islandais du Moyen Age purement et simplement pour des Viking, non plus que l'inverse, Islandais et vikings sont deux manifestations d'un vaste mouvement qui dépasse amplement les uns et les autres.
Nous n'avons pas craint d'insister parce qu'il convient de battre en brèche une idée fixe et dangereusement fausse en vertu de laquelle cette civilisation aurait été une exaltation de la force virile, une affirmation orgueilleuse de la supériorité mâle et autres fadaises dont nous savons le mal qu'elles ont pu faire. En dépit du paradoxe, l'idéal de l'Islandais moyen, c'est la paix (fridr), et si nous avons mis l'accent, dans les pages qui précèdent, sur la constante recherche d'un équilibre entre forces antagonistes, qui marque l'histoire de l'Islande indépendante, c'est bien parce que cette préoccupation était la condition sine qua non de l'exercice des activités mercantiles caractéristiques de cette société. On voudra bien remarquer, d'ailleurs, que "guerre" se dit ufridr, non-paix : le terme positif, si l'on ose dire, n'existe pas !