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Les hauts de hurle vent sont des terres balayées par les vents du nord, une famille y vivait, heureuse, quand un jeune bohémien attira le malheur. Mr. Earnshaw avait adopté et aimé Heathcliff …»
Saga familiale à l'intrigue fascinante,
Les hauts de hurle-vent est pour certains, le roman le plus remarquable de la langue anglaise du XIXème siècle. Ce superbe livre raconte une terrible histoire d'amour et la vengeance d'un homme humilié. le décor général semble ténébreux, froid, cloisonné. L'ambiance y est nébuleuse, brumeuse, sournoise. Il vente et il pleut à longueur de journées sur les landes du Yorkshire, sous un orage perpétuel. Un récit où entre l'amour et la haine, il n'ya qu'un pas, fait de croisements et de déchirements, de passion dévorante, de violence démoniaque et de tourments destructeurs.
Les personnages sont à la fois sombres et illuminée, tant acteurs, témoins que victimes, parfait mariage « entre le ciel et l'enfer ». Nous sommes frappés d'emblée par l'étrangeté et la sauvagerie des caractères, mais ces derniers demeurent attachants nonobstant .Les réactions sont démentielles, régies par des puissances infernales qui échappent à la volonté des uns et à la mauvaise foi des autres.
Alliance intime entre l'angoisse et le ravissement, plénitude et douleur extrêmes, ce roman est ancré dans un tumulte désolé, imperturbable, proche d'un déterminisme forcené dans un climat inégalé de hantise.
Drame générationnel, où chacun perçoit la tragédie en héritage, les thèmes du malheur et du mal-être confèrent au récit des lignes d'une profondeur déconcertante .L' omniprésence de la mort obsédante, les paysages immuables, l'univers métaphorique, la beauté des mots, font de ce pur chef d'œuvre un grand poème lyrique. Les mises en abysse sont finement maitrisées et les différents narrateurs qui racontent les quarante ans durant lesquels se déroule l'histoire, n'altèrent en rien l'unicité du texte. L'écriture est délicieuse, le phrasé noble, la langue subtile. Les envolées lyriques, le style élégant, les innombrables retours en arrière, les descriptions pointues apportent un cachet exceptionnel à ce roman de l'époque victorienne.
Nous sentons clairement au fil des pages ce rapport à la terre et au travail tenace, ce romantisme à peine voilé des héros, cette cruauté mentale. On peut parler alors d'un roman « expressionniste », quasi métaphysique, d'un mélodrame de damnations éternelles. L'amour incestueux, le crime, la folie façonnent irrévocablement les destins des personnages .Les dialogues y prennent une part considérable, chargés d'une véritable « électricité morale ». C'est révulsant et ensorcelant, grisant.
Les hauts de hurle-vent c'est bien sûr et surtout cet amour insaisissable entre Catherine et Heathcliff depuis leurs six ans. Elevés comme frères et sœurs, inséparables, fusionnels, ils s'aimeront envers et contre tous, contre eux-mêmes. Mais en grandissant, les circonstances de la vie prennent le dessus sur la magie de l'enfance. Chacun empruntera un long chemin tortueux, ils se perdront… pour mieux se retrouver .Faisant preuve d'une domination physique et psychique désarmante, Heathcliff est le Monte Cristo du Yorkshire, en plus implacable. Il se complait dans un sadisme sinistre, un masochisme dangereux.
Ce personnage redoutable, foncièrement mauvais, ne s'accomplit réellement qu'en présence de « Cathy » comme lui seul aime à l'appeller. C'est son alter ego féminin, pour le meilleur comme pour le pire. Elle, de son coté n'en est pas moins coupable. A la suite d'un quiproquo qui va tout bouleverser par sa faute, et de la scène mémorable avec Nelly, Catherine tranche. C'est Edgar qu'elle épousera, le garçon de Thuscross Grange, l'ennemi désigné de Heathclif depuis leur première rencontre, il ya très longtemps. Autant dire qu'Edgar contraste de façon saisissante avec les deux compères. C'est un beau garçon, sensible doux, raffiné, et par conséquent, résolument faible.
Après une longue absence, le retour de Heathcliff constitue un tournant majeur. Jeune, l'enfant adoptif des Ernshaw, jalousé,méprisé et malmené par Hindley, frère de Catherine, qui n'a jamais supporté ce « bohémien de malheur »que son père a ramené d'un voyage, prendra sa revanche sur la vie : on ne guérit pas de son enfance. Débute alors une fureur vengeresse intense, une rancune impitoyable.
L'héritier va être réduit en esclavage. « Les Hauts » vont changer de propriétaire. Ainsi, une kyrielle de rebondissements commence. Catherine Ernshaw devenue Catherine Linton, aura une fille qui elle, deviendra Catherine Heathcliff, puis Catherine Ernshaw junior, épouse de Hareton, fils de Hindlley, son oncle .Le fils d'Isabelle Linton et de Heathcliff, sera Linton Heathcliff, fils de la sœur d'Edgar Linton, marié à Catherine Ernshaw mère…C'est vous dire toute la complexité de cette fresque savamment orchestrée où une malédiction pèsera sur toute la descendance « jusq'au jour où la fille de Catherine aimera à son tour un être misérable et fruste »
Entre temps, un sinistre événement anéantira Heathclif et montrera au grand jour son infime sensibilité, une faiblesse insoupçonnée. Mais le héros n'en est pas forcément un, car on ne joue pas impunément avec l'âme d'un homme.
Les années passent et il la rejoindra.
Les hauts de hurle-vent se révèle être un « roman gothique humanisé », concluant de façon sublime sur l'image des deux amants que rien n'a pu séparer, pas même leurs tombes…
Après lecture et relectures, on ne peut qu'admirer la plume de la paisible Emily en se demandant comment , diable, cette fille de pasteur, vivant recluse auprès de son frère et de ses sœurs, eut le coup de génie un jour, d'imaginer cette abominable et merveilleuse histoire.