Le commissaire Montalbano est à deux doigts de tirer sa révérence : trop de voyous et de gens corrompus, de la base au sommet, dans cette police à laquelle il a tout donné.
Mais comment déserter quand un cadavre flottant, décomposé, vient le narguer au cours d'un... > voir plus
Malgré les injonctions de sa fiancée Livia, le commissaire Montalbano a décidé de démissionner.
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Les événements de juillet 2001 à Gênes, marqués par le comportement scandaleux d'une bonne partie des forces de l'ordre, lui font perdre toute confiance dans le corps auquel il appartient.
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Sa décision prise, il veut, comme à l'accoutumée, se débarrasser de la laideur du monde en nageant dans cette mer qu'il a sous ses fenêtres.
Et voici qu'il heurte le cadavre d'un inconnu en état de décomposition avancée, aux poignets et aux chevilles portant la marque de liens. Ce coup de force du destin le contraint à reprendre son boulot de flic.
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Sur cette côte sicilienne tournée vers l'Afrique, d'autres corps échouent, ceux des immigrés clandestins dont des féroces mafias organisent le trafic. Un enfant meurt, renversé par une voiture...
Une bordille de dégueulasserie de nuit toute gangassée, et que tu vires et que tu tournes, que tu t'endors et tu t'aréveilles, que tu te lèves et tu te couches. Et pas à cause d'une bâffrée de poulpes au sel ou de sardines à la becfigue qu'il se serait faite le soir d'avant, parce qu'au moins il y aurait eu une raison à cette insomnie haletante, non monsieur, en fait, même pas cette satisfaction il pouvait se prendre, le soir d'avant, il avait eu l'estomac tellement serré qu'il y serait même pas entré un brin d'herbe.
Il était encore trop tôt pour se replier à Marinella, mais il préféra quand même y aller sans passer d'abord par le bureau. La véritable rage qui écumait en lui faisait bouillir son sang et lui avait sûrement procuré quelques dégrés de fièvre. Mieux valait qu'il trouve moyen de l'exprimer seul, cette rage, sans la faire retomber sur ses hommes du commissariat en saississant le premier prétexte. La première victime fut un vase de fleurs que quelqu'un lui avait offert et qui ui avait été tout de suite 'ntipathique. Brandi vers le ciel à deux mains, le vase fut balancé à terre avec satisfaction et l'accompagnement d'un vigoureux juron. Avec ce grand choc, ébahi, Montalbano dut constater que la vase n'avait pas même été légèrement fêlé.
Est-ce possible ? Il se baissa, le prit, le souleva, le relança de toute ses forces. Rin. Et pas seulement : un carreau du sol s'était fendu. Est-ce qu'il allait se démolir la maison pour détruire ce maudit vase ? Il alla à la voiture, ouvrit la boîte à gants, en retira le pistolet , revint dedans la maison, sortit sur la véranda après avoir pris le vase, marcha sur la plage, arriva au bord de la mer, posa la vase dans le sable, recula d'un dizaine de pas, ôta la sûreté, visa et tira et manqua !
Figurez-vous si en Sicile, dans une inscription insultante, il pouvait venir à manquer le mot "cornard" ! Ce terme,c'est l'Appellation d'Origine Contrôlée, un mode d'expression typique de la fameuse sicilianité. Le commissaire s'était à peine assis qu'entrait Mimi Augello. Il était tout tranquille, la visage détendu et serein.
-Quoi de neuf ? demanda-t-il
-Tu sais ce qu'on a écrit sur le mur cette nuit ?
-Oui Fazio m'a la raconté.
-Et ça te paraît pas du neuf, ça ?
Mimi le regarde, ahuri.
-Tu alèjes ou tu es sérieux ?
-Je suis sérieux.
-Beh, réponds moi la main sur le coeur. Tu penses que Livia te mets les cornes ?
Au tour de Montalbano de lancer un regard étonné.
-Donc, t'es pas cornard. Et moi non plus, je pense pas l'être du fait de Beba. Passons à un autre mot, salaud. A moi, deux ou trois nanas me l'ont dit que je suis un salaud. A toi, je crois que jamais personne te l'a dit, et donc, t'es pas concerné par ce mot. Assassin, n'en parlons pas. Et alors ?
-Mais comme t'es spirituel, Mimi ,avec ta logique de mots croisés !
-Excuse, Salvo mais quoi, c'est la première fois, peut-être qu'on nous traite de bâtards, de fils de putes et d'assassins.
Sous la douche, il y resta longtemps, à se laver des scènes qu'il avait vues et qu'il se sentait entrées en lui, réduites en infimes fragments, par tous les pores. Il s'habilla avec le premier pantalon qui lui tomba sous la main et alla sans la salle de séjour parler avec Livia. Il tendit la main et le téléphone sonna tout seul. D'une secousse, il retira la main, comme s'il avait touché le feu. Une réaction à démontrer que malgré la douche, la pinsée de ce qu'il avait vu qur le quai besognait encore en lui et le rendait nirveux.
-Bonjour,mon chéri. Tu vas bien ?
D'un coup, il éprouva le besoin d'avoir Livia à côté de lui, l'embrasser, de se faire réconforter par elle. Mais puisqu'il était fait comme il était fait, il arépondit seulement :
-Oui.
-Ton refroidissement est passé ?
-Oui.
-Complètement ?
Il aurait dû comprendre que Livia lui préparait un guet-apens, mais il était trop nirveux et la tête ailleurs.
-Complètement.
-Donc Ingrid a dû bien te soigner. Dis-moi ce qu'elle a fait. Elle t'a mis au lit ? Elle t'a entassé des couvertures dessus ? Elle t'a chanté une berceuse ?
Et puis il fut pris d'un grand coup de mélancolie. La mélancolie, le commissaire avait deux systèmes éprouvés pour la combattre : le premier consistait à se fourrer au lit en couvrant jusque par-dessus la tête ; le second à se faire une grande bouffe. Il regarda la montre, trop tôt pour se coucher; si jamais il s'endormait, il risquait de s'aréveiller vers les trois heures du matin et alors, oui, qu'il y aurait eu de quoi devenir que la bouffe ; du reste, il s'arappela qu'à midi, il n'avait pas eu de le temps. [...]
Il sortit, prit la voiture et alla à la trattoria chez Enzo. Au premier plat, spaghettis au noir de seiche, la mélancolie commença à reculer. A la fin du second,petits calamars fits croquants, la mélancolie, filant à grande allure, avait disparu à l'horizon. De retour à Marinella, il se sentit les engrenages de la coucourde huilés, glissants, comme neufs. Il retourna s'asseoir sur la véranda.
Extrait du documentaire de Mosco Lévy Boucault : "Le sourire de?? Andrea Camilleri, écrivain. . Mosco Lévy Boucault a recueilli les histoires drôles d'écrivains (comme Tonino Benacquista, Thierry Jonquet ou Tonino Guerra), de comédiens (comme Rufus ou François Morel), de réalisateurs (comme Peter Kassovitz), de politiques (comme Laurent Fabius) pour une série intitulée « le sourire de?».