AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizForum
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

Pétrus Borel (Traducteur)Jean-Pierre Naugrette (Éditeur scientifique)
ISBN : 2253161152
Éditeur : Le Livre de Poche (2003)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.71/5 (sur 947 notes)
Résumé :
C'est un simple journaliste, mercenaire de l'écriture et pamphlétaire redouté, qui créa du jour au lendemain l'un des mythes fondateurs de la modernité occidentale, avec Don Quichotte et Faust. Car l'essentiel de notre culture et de notre civilisation se trouve bel et bien contenu dans Robinson Crusoë : le triomphe du capitalisme marchand, avec ses comptes d'apothicaire, son rationalisme et son culte de l'efficacité ; l'avènement de l'esclavage, du colonialisme, du ... >Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.fr
Critiques, Analyses & Avis (62) Voir plus Ajouter une critique
ahasverus
ahasverus26 décembre 2015
  • Livres 3.00/5
Alexandre Selkirk était un marin écossais à fort caractère. S'étant querellé avec son commandant, il demanda à être débarqué dans une île déserte des mers du Sud où il vécu seul de 1704 à 1708. On pense que Daniel Defoé s'est inspiré de son histoire pour écrire Robinson Crusoé en 1719.
A l'âge de 59 ans, après une vie aventureuse d'espion, de commerçant, et de pamphlétaire condamné au pilori, l'Anglais Daniel Defoe présente au public le roman qui le fait entrer dans la postérité : "La Vie et les aventures étranges et surprenantes de Robinson Crusoé de York, marin, qui vécut 28 ans sur une île déserte sur la côte de l'Amérique, près de l'embouchure du grand fleuve Orénoque, à la suite d'un naufrage où tous périrent à l'exception de lui-même, et comment il fut délivré d'une manière tout aussi étrange par des pirates."
Si l'on a oublié le titre original, Robinson Crusoé s'est lui gravé dans notre patrimoine culturel . Sans l'avoir lu, nous savons tous que ce marin échoue sur une île déserte où il finit par rencontrer Vendredi, un insulaire.
Mais Robinson Crusoé c'est un peu plus que cela. Tellement plus que c'est un peu confus selon l'édition que vous consultez, selon ce que j'ai pu voir chez les distributeurs.
Allez, suivez moi, je vous explique...
Defoé publie en 1719 son livre au titre interminable, qui va de la jeunesse de Robinson à son retour en Angleterre 35 ans après l'avoir quittée. C'est parfois ce qu'on trouve sous le titre "Robinson Crusoé", voire "Robinson Crusoé partie 1"
Quelques mois après la parution de ce premier volume, Daniel Defoé publie "Les Nouvelles Aventures de Robinson Crusoé", jugées moins intéressantes par la plupart des critiques : Robinson retourne sur son île et apprend ce qu'il est advenu de la colonie. Après de multiples péripéties dans lesquelles Vendredi perd la vie, il revient en Angleterre, en passant par la Chine et la Russie, à l'âge de 72 ans. On trouve généralement cette suite sous le titre "Robinson Crusoé partie 2", cependant toutes les éditions n'assurent pas le même découpage.
Enfin,vers 1720-1721, Defoé écrit ses "Réflexions Morales de Robinson Crusoé" aussi traduites en "Réflexions sérieuses de Robinson Crusoé". Réputées ennuyeuses et dispensables, elles sont difficiles à trouver. Vous pouvez acquérir l'intégrale chez Gallimard, La Pleiade. Quant à moi, je vous recommande l'édition Rencontre Lausanne, de 1967, qu'on découvre facilement d'occasion à des tarifs abordables. Elle contient les deux premières parties des aventures de Robinson.
Réflexions morales ou pas, Robinson Crusoé est un livre qui fait un grand cas de l'obéissance au père, de la foi, et de la rédemption, s'inscrivant dans les valeurs de son époque colonialiste.
L'édition que j'ai pu lire a donc l'avantage de présenter ces deux premières parties dans leur traduction la plus prestigieuse, celle de Petrus Borel (1809-1859). Bien que la seconde partie des aventures de notre héros comporte quelques longueurs - les interminables sermons sur le mariage - les deux forment un tout et méritent d'être lues. Il existe cependant une très récente traduction en poche par Françoise du Sorbier qui semble avoir bonne réputation et se rapprocher du style original.
Pour vous orienter dans le choix de votre Robinson Crusoé, s'il se termine par (traduction Petrus Borel) : "de mes nouvelles aventures durant encore dix années, je donnerai une relation plus circonstanciée ci-après", c'est que vous avez sous les yeux la première des trois parties. Ce n'est malheureusement pas expliqué par tous les éditeurs.
Daniel Defoé a incarné en Robinson Crusoé, un mythe moderne du retour à la nature. Son écriture n'est pas destinée aux enfants. Sa méthode - avec notamment des inventaires détaillés des biens du naufragé, son journal, des descriptions de lieux ou de coutumes - rappelle fortement les relations de voyages des grands découvreurs (Bougainville, La Pérouse - au fait, quelqu'un a des ses nouvelles ?-, Cook, Darwin) et donne au récit l'apparence générale de la crédibilité. Les préfaces des deux parties laissent d'ailleurs planer le doute sur la nature de l'oeuvre, "narration exacte des faits" sans "aucune apparence de fiction".
Malgré ses trois cents ans, Robinson Crusoé se porte bien ! Rousseau voyait en lui le seul ouvrage propre à éduquer Emile, et il a ouvert la voie à toutes sortes de "Robinsonnades", dont l'énumération serait fastidieuse, mais dont le dernier spécimen qui me vient à l'esprit est l'excellent Lost on Mars de Ridley Scott. Il est aussi intéressant de voir ce que cette matière brute a donné sous la plume de quelques écrivains, et je pense particulièrement à Michel Tournier et ses deux Vendredi.
Enfin, puisqu'il faut bien en terminer avec ce Robinson-là, sachez qu'il existe au Chili une île Robinson Crusoé, dont la légende veut qu'elle soit celle de Selkirk, vous vous souvenez ? L’irascible naufragé volontaire du début de l'histoire.
Si ça ce n'est pas ce qu'on appelle la postérité...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          132
KrisPy
KrisPy29 mai 2016
  • Livres 3.00/5
De la légendaire histoire de Robinson Crusoe, je ne connaissais que la lumineuse version de Michel Tournier « Vendredi ou les limbes du Pacifique », et me restait aussi des bribes éparses d'images de vieux films, du genre « L'ile mystérieuse ».
J'ai enfin comblé cette lacune en lisant l'original, le seul, l'unique : Robinson Crusoé de Daniel Defoe, dont on connait tous l'histoire en résumé.
Le livre se découpe en trois parties inégales : la vie de Crusoé de sa naissance à sa vie d'homme, devenu propriétaire de nombreuses terres agricoles au Brésil ; le naufrage et les années sur l'ile ; le retour à la civilisation.
Robinson Crusoé n'était pas une très bonne personne avant son naufrage ; il n'était ni croyant, ni altruiste, ni vraiment mauvais d'ailleurs. Il était un homme de son temps - le 17ème siècle - pressé de faire des affaires et d'agrandir son patrimoine. Pas très différent de tout homme d'affaire actuel.
Mais ce qui causera sa perte, pour son salut ironiquement, sera de vouloir encore augmenter son capital par l'entremise de traite d'esclaves… Il est déjà amusant de voir à l'oeuvre la morale religieuse.
Car ce livre, bien que terriblement attachant et distrayant par son côté historique et vieillot, se veut manichéen à souhait, et mine de rien, d'un grand prosélytisme religieux.
Car comment qualifier autrement la sainte exultation de Robinson quand il prend conscience qu'il est béni de Dieu… ? Une pénitence qui durera 26 ans… Une leçon doublement assénée ; la solitude salvatrice, rédemptrice, puis l'accueil de Vendredi, le bon sauvage à évangéliser. Et pour finir, ce retournement de Crusoé, qui préférera rester en Angleterre, après avoir distribué ses largesses en réparation de son passé, plutôt que de retourner au Brésil, pays de papistes, afin de n'avoir pas à abdiquer… L'argent comme moyen de rédemption. Hum. La bonne conscience à bon prix. Ce n'est pas joli-joli tout ça…
Ceci dit, allez, je vais aussi jouer à être manichéenne, si les préceptes moraux et religieux de Defoe avaient eu autant de succès que le sensationnalisme de l'histoire, on n'en serait peut-être pas là… ceci dit aussi, il a peut-être participer à la prise de conscience du peuple sur l'énormité de l'esclavage… ? Mais j'en doute.
Il n'en reste pas moins que ce Robinson Crusoé de Defoe fut une lecture très plaisante, et maintenant, je connais enfin le récit original qui a inspiré tellement d'écrivains et de cinéastes.
note : la version que j'ai lu est celle annotée et revue par Jean-Pierre Naugrette, à partir d'une traduction de Petrus Borel. J'ai trouvé parfois pénibles les annotations de bas de pages, surtout quand elles expliquent des mots ou expressions relativement connues... mais parfois utile.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          180
Adrienne
Adrienne27 septembre 2012
  • Livres 3.00/5
Oubliez tout ce que vous croyez savoir sur Robinson, le naufrage, l'île, Vendredi... Oubliez l'image que vous en avez reçue au travers de lectures d'enfance, de films ou de séries télévisées... Si vous n'êtes pas de ceux qui ont lu la version originale, vous serez sans doute aussi surpris que moi de constater que de toutes ces images d'Epinal, il ne restera pas grand-chose après la lecture de la nouvelle traduction de Françoise du Sorbier, dont je parlais déjà ici: http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2012/01/22/tradutt...
Mais ce que je ne comprends absolument pas, c'est ce que Rousseau, oui en effet celui de l'Emile, a bien pu lui trouver pour l'ériger en bible de l'éducation. Ou alors il faudra que je revoie encore une fois mon opinion sur Rousseau - qui n'est déjà pas des plus favorables Langue tirée - car personnellement ce que j'ai trouvé dans cette version complète de Robinson Crusoé, c'est surtout un hymne à la suprématie de l'homme blanc.
Celui qui considère qu'une terre est sienne dès qu'il a posé le pied dessus.
Que toute activité doit servir à augmenter ses biens et à s'enrichir.
Qu'on peut voler à un mort. Et pourtant des pièces d'or ne sont d'aucune utilité sur une île déserte.
Que la fin justifie les moyens. Lisez et voyez ce qui arrive au jeune Xury.
Que "le bon sauvage" est avant tout un bon esclave, qui doit oublier sa langue et sa culture propres pour adopter la langue et la religion de son maître.
Et que donner un nom à une chose, c'est une façon de se l'approprier:
"Tout d'abord, je lui fis savoir que son nom serait Vendredi, car c'était le jour où je lui avais sauvé la vie. Je le nommai ainsi en mémoire de ce jour, et lui appris également à dire "Maître", puis lui fis comprendre qu'il devait m'appeler ainsi." (page 267)
Robinson finit par se sentir tout à fait roi de son île le jour où elle compte quatre habitants:
"Mon île était maintenant peuplée, et je m'estimais très riche en sujets. Je me fis alors souvent la plaisante réflexion que je ressemblais beaucoup à un roi. D'abord, tout le pays était ma propriété, si bien que j'avais une autorité souveraine et indiscutable; ensuite, mon peuple m'était totalement soumis: j'étais seigneur et législateur absolu (...)" (page 310)
Ce qui m'a fait sourire, c'est la fierté naïve de Robinson quand il montre à Vendredi comment tremper sa galette dans le lait de chèvre. Il ne semble pas imaginer un instant que cet homme connaît sans aucun doute toutes les ressources de l'île, étant natif du coin, et que peut-être c'est lui qui pourrait lui faire découvrir une plante ou un fruit ou comment accommoder un mets "local".
***
1719, c'est l'année de parution de Robinson Crusoé. L'esclavagisme et le commerce triangulaire sont en plein essor. Il en est question dans Robinson: c'est pour partir à la recherche d'esclaves sur les côtes de Guinée qu'il s'embarque et quitte sa plantation brésilienne.
1762, c'est l'année de parution de l'Emile de Jean-Jacques Rousseau, qui, comme le dit la traductrice dans sa postface, "voit en Robinson "le plus heureux traité d'éducation naturelle", et le seul ouvrage digne de la bibliothèque de son Emile" (page 393). Il me semble pourtant que Defoe est loin des idées des Lumières ou des pré-romantiques.
Et entre les deux, en 1748, Montesquieu, L'Esprit des Lois, XV, chapitre 5: "Si j'avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais...", inégalable pamphlet contre l'esclavage et son inhumanité. Rousseau n'en aurait-il pas eu connaissance?
***
Merci à News Book http://newsbook.fr/ en partenariat avec les éditions Albin Michel http://www.albin-michel.fr/ pour cette très instructive relecture d'un des grands mythes de notre littérature mondiale. En effet, Françoise du Sorbier l'a joliment dépoussiéré ;-)
"Pourquoi retraduire Robinson Crusoé?" demandait-elle page 393.
Pour nous donner enfin la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Je le jure :-)
Lien : http://adrienne.skynetblogs...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          170
Aaliz
Aaliz06 juin 2015
  • Livres 4.00/5
Dès notre plus tendre enfance, notre imaginaire est nourri de contes, légendes et histoires dont on a parfois du mal à connaître l'origine mais qui finissent par nous être si familières qu'on se retrouve tout étonné, lorsque parvenus à l'âge adulte, nous redécouvrons ces personnages et aventures fabuleuses et que nous nous apercevons à quel point ces petites histoires que l'on croyait enfantines sont riches en enseignement et bien plus complexes qu'elles ne le laissent paraître.
Robinson Crusoé fait partie de ces mythes littéraires qui font la richesse de notre patrimoine culturel mondial. Précurseur d'un genre , la vie de cet aventurier fictif créé par Daniel de Foe a inspiré par la suite nombre d'autres récits, films et oeuvres en tout genre que l'on a coutume de désigner sous le nom explicite de « Robinsonnades ». Les exemples sont légion mais parmi les plus célèbres on peut citer le Robinson Suisse de Johann David Wyss, Sa Majesté des Mouches de William Golding, L'Île mystérieuse de Jules Verne et la célèbre réécriture Vendredi ou les limbes du Pacifique par Michel Tournier.
Je me souviens qu'en classe de 5ème, ma professeur de français avait choisi de nous faire étudier la version pour enfants du roman de Michel Tournier : Vendredi ou la vie sauvage. Et je me rappelle à quel point j'avais été déçue de ce choix car « je connais déjà l'histoire euh ! Moi je veux lire Fantômette !». Plus de vingt ans après et sur les conseils insistants de mon mari, j'ai voulu revenir à la source et redécouvrir les aventures de Robinson Crusoé par Daniel de Foe.
Je sais qu'il existe une traduction toute récente du roman, néanmoins j'ai lu celle qui faisait foi depuis le XIXème siècle c'est-à-dire la traduction de Petrus Borel que j'ai beaucoup appréciée malgré quelques tournures étonnantes ( apparemment le style de De Foe n'a pas été respecté) et les quelques coquilles que comportait mon édition. A ce propos, j'ai lu une édition poche GF-Flammarion vieille de vingt ans et pourtant le livre est comme neuf, les pages sont toujours d'un blanc éclatant, je ne peux pas en dire autant de mon édition du même âge d'Une vieille maîtresse de Barbey d'Aurevilly chez Folio … ( les éditions GF-Flammarion sont définitivement mes éditions poche préférées !)
Premier constat, je me suis rendue compte que j'ignorais complètement ( ou avait complètement oublié ?) quelle avait été la vie de Robinson avant le naufrage et son arrivée sur l'île c'est-à-dire de quel milieu social il était, quelles étaient les raisons de son voyage en mer et quelles étaient les circonstances du naufrage etc … Et j'ai donc découvert un jeune homme de condition moyenne que son père souhaitait voir prendre le même chemin que lui : celui d'une vie douce et tranquille, certes modeste mais à l'abri des vicissitudes de la pauvreté et de l'ambition. Mais la jeunesse est folle et veut voir le monde, Robinson fait peu de cas des désirs et des avertissements d'un père au discours prophétique et fuit le foyer familial. Ses premiers pas chaotiques sur les ponts des navires sont bien près de le faire revenir à la raison et par là même à la maison. Mais la jeunesse est folle et surtout entêtée. Robinson persiste dans sa voie maritime, traverse moultes péripéties qui sont pour le personnage autant de mauvais présages et pour le lecteur autant d'occasions d'appréhender la mentalité de l'époque ( nous sommes au XVIIème siècle) que de s'en offusquer. Ne serait-ce qu'à travers les raisons qui poussent Robinson à effectuer le voyage au cours duquel il fera naufrage. Seul rescapé de la catastrophe, Robinson nage jusqu'à une île déserte et doit alors organiser sa survie.

Critique très longue donc suite (pour les courageux) sur le blog :
http://cherrylivres.blogspot.fr/2015/06/robinson-crusoe-daniel-de-foe.html
Lien : http://cherrylivres.blogspot..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          172
SagnesSy
SagnesSy31 octobre 2015
  • Livres 5.00/5
« Je me ressaisis et commençai à me traiter de sot fieffé »
"Robinson Crusoé a près de trois siècles, et le mythe est toujours vivant. Mais paradoxalement, ce texte est si connu que peu le lisent, hormis dans l'enfance. Dans des éditions tronquées, adaptées, récrites pour la jeunesse. Pauvre Robinson ! Il a été victime d'une vulgarisation, rançon de son succès, et tiré de tous côtés : roman d'aventures, moule à robinsonnades de toutes sortes, illustration de l'individualisme économique, du désir de solitude, du retour à la nature et même référent pour des émissions de téléréalité !"
Alors Françoise du Sorbier décide de le retraduire, et le fruit de son travail est un enchantement. Elle réussit le tour de force de proposer une langue très simple, proche du style original de Defoe, sans modernismes, qui "sonne" ancien sans en avoir les préciosités, et surtout, elle s'efface (la langue) et laisse toute la place au récit, qui nous entraîne à fond de cale : c'est qu'on ne peut pas le lâcher, notre Robinson. C'est le roman par excellence, celui qui vous agrippe et vous fait perdre la notion du temps, expérience devenue bien rare après des milliers de livres lus.
Alors Robinson, son père l'avait bien prévenu : mon fils tu n'iras pas sur la mer, sinon gare à toi, je le sens pas. Ouiiii mais heu, qu'il pense, l'animal. Les premières virées maritimes c'est l'horreur, il n'ira pas dire que le sort ne l'avertissait pas, hein. Mais naaaan, lui il s'entête, et PIM voilà, échoué solitaire sur un bout d'île il ne sait même pas où, tous les autres sont morts. Et alors là moi je dis respect, notre Monsieur Crusoé il ne lâche rien, jamais. 27 ans (VINGT-SEPT ANS !) qu'il passera sur son caillou, 27 ans de boulot acharné et méthodique. Pas de vague-à-l'âme, pas de lamentations, on y va on bricole on s'organise, et au passage on devient croyant et reconnaissant, gouverneur, mentor, stratège, fermier, chef tout puissant. Et philosophe. Une petite maladie c'est tout qu'on soigne avec du tabac (comme quoi le régime frugal et l'exercice physique, y a rien de tel), pas de tourments de la chair (rien d'évoqué, en tout cas) et il ne devient même pas fin fou, retour à la civilisation les doigts dans le nez et vas-y que je t'ai fait fortune (les gens sont tellement probes, ça fait plaisir, sérieux), que je me marie et fais des enfants (attend, x + 27 ? Il commencerait pas à avoir de la bouteillonnette un tantinet ?), et que je remonte en Angleterre par la terre parce que ça suffit les vagues et tout ça, en traversant les Pyrénées en hiver et en rencontrant des ours méchants (mais Vendredi gère, attends les ours c'est comme les pingouins, y en a plein dans les Caraïbes, c'est connu) et en combattant avec des tactiques militaires des hordes de plus de 300 (TROIS CENT !) loups affamés. Et il REPART sur son île, où ceux qu'il a laissés se sont or-ga-ni-sés et je vous jure, c'est frustrant que ça s'arrête, bien sûr qu'on en voudrait encore et qu'on brûle de savoir ce qui s'est passé en son absence.
Robinson Crusoé, quoi. Mythique. Ce n'est pas pour rien. Des tonnes d'images qui restent en tête, une exaltation profonde. le bonheur.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          130
Citations & extraits (38) Voir plus Ajouter une citation
oberman71oberman7118 octobre 2012
Il advint qu’un jour, vers midi, comme j’allais à ma pirogue, je fus excessivement surpris en découvrant le vestige humain d’un pied nu parfaitement empreint sur le sable. Je m’arrêtai court, comme frappé de la foudre, ou comme si j’eusse entrevu un fantôme. J’écoutai, je regardai autour de moi, mais je n’entendis rien ni ne vis rien. Je montai sur un tertre pour jeter au loin mes regards, puis je revins sur le rivage et descendis jusqu’à la rive. Elle était solitaire, et je ne pus rencontrer aucun autre vestige que celui-là. J’y retournai encore pour m’assurer s’il n’y en avait pas quelque autre, ou si ce n’était point une illusion ; mais non, le doute n’était point possible : car c’était bien l’empreinte d’un pied, l’orteil, le talon, enfin toutes les parties d’un pied. Comment cela était-il venu là ? je ne le savais ni ne pouvais l’imaginer. Après mille pensées désordonnées, comme un homme confondu, égaré, je m’enfuis à ma forteresse, ne sentant pas, comme on dit, la terre où je marchais. Horriblement épouvanté, je regardais derrière moi touts les deux ou trois pas, me méprenant à chaque arbre, à chaque buisson, et transformant en homme chaque tronc dans l’éloignement. – Il n’est pas possible de décrire les formes diverses dont une imagination frappée revêt touts les objets. Combien d’idées extravagantes me vinrent à la tête ! Que d’étranges et d’absurdes bizarreries assaillirent mon esprit durant le chemin !

Quand j’arrivai à mon château, car c’est ainsi que je le nommai toujours depuis lors, je m’y jetai comme un homme poursuivi. Y rentrai-je d’emblée par l’échelle ou par l’ouverture dans le roc que j’appelais une porte, je ne puis me le remémorer, car jamais lièvre effrayé ne se cacha, car jamais renard ne se terra avec plus d’effroi que moi dans cette retraite.

Je ne pus dormir de la nuit. À mesure que je m’éloignais de la cause de ma terreur, mes craintes augmentaient, contrairement à toute loi des choses et surtout à la marche, ordinaire de la peur chez les animaux. J’étais toujours si troublé de mes propres imaginations que je n’entrevoyais rien que de sinistre. Quelquefois je me figurais qu’il fallait que ce fût le diable, et j’appuyais cette supposition sur ce raisonnement : Comment quelque autre chose ayant forme humaine aurait-elle pu parvenir en cet endroit ? Où était le vaisseau qui l’aurait amenée ? Quelle trace y avait-il de quelque autre pas ? et comment était-il possible qu’un homme fût venu là ? Mais d’un autre côté je retombais dans le même embarras quand je me demandais pourquoi Satan se serait incarné en un semblable lieu, sans autre but que celui de laisser une empreinte de son pied, ce qui même n’était pas un but, car il ne pouvait avoir l’assurance que je la rencontrerais. Je considérai d’ailleurs que le diable aurait eu pour m’épouvanter bien d’autres moyens que la simple marque de son pied ; et que, lorsque je vivais tout-à-fait de l’autre côté de l’île, il n’aurait pas été assez simple pour laisser un vestige dans un lieu où il y avait dix mille à parier contre un que je ne le verrais pas, et qui plus est, sur du sable où la première vague de la mer et la première rafale pouvaient l’effacer totalement. En un mot, tout cela me semblait contradictoire en soi, et avec toutes les idées communément admises sur la subtilité du démon.

Quantité de raisons semblables détournèrent mon esprit de toute appréhension du diable ; et je conclus que ce devaient être de plus dangereuses créatures, c’est-à-dire des Sauvages de la terre ferme située à l’opposite, qui, rôdant en mer dans leurs pirogues, avaient été entraînés par les courants ou les vents contraires, et jetés sur mon île ; d’où, après être descendus au rivage, ils étaient repartis, ne se souciant sans doute pas plus de rester sur cette île déserte que je ne me serais soucié moi-même de les y avoir.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
genougenou23 août 2015
Je les priai de me dire, quant à eux, ce qu’ils avaient à alléguer pour que je ne les fisse pas exécuter comme des pirates pris sur le fait, ainsi qu’ils ne pouvaient douter que ma commission m’y autorisât.

Un d’eux me répondit au nom de tous qu’ils n’avaient rien à dire, sinon que lorsqu’ils s’étaient rendus, le capitaine leur avait promis la vie, et qu’ils imploraient humblement ma miséricorde. - « Je ne sais quelle grâce vous faire, leur repartis-je : moi, j’ai résolu de quitter l’île avec mes hommes, je m’embarque avec le capitaine pour retourner en Angleterre ; et lui, le capitaine, ne peut vous emmener que prisonniers, dans les fers, pour être jugés comme révoltés et comme forbans, ce qui, vous ne l’ignorez pas, vous conduirait droit à la potence. Je n’entrevois rien de meilleur pour vous, à moins que vous n’ayez envie d’achever votre destin en ce lieu. Si cela vous convient, comme il m’est loisible de le quitter, je ne m’y oppose pas ; je me sens même quelque penchant à vous accorder la vie si vous pensez pouvoir vous accommoder de cette île. » - Ils parurent très reconnaissants, et me déclarèrent qu’ils préféreraient se risquer à demeurer en ce séjour plutôt que d’être transférés en Angleterre pour être pendus : je tins cela pour dit.

Néanmoins le capitaine parut faire quelques difficultés, comme s’il redoutait de les laisser. Alors je fis semblant de me fâcher contre lui, et je lui dis qu’ils étaient mes prisonniers et non les siens ; que, puisque je leur avais offert une si grande faveur, je voulais être aussi bon que ma parole ; que s’il ne jugeait point à propos d’y consentir je les remettrais en liberté, comme je les avais trouvés ; permis à lui de les reprendre, s’il pouvait les attraper.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          100
LydiaBLydiaB17 mai 2010
En 1632, je naquis à York, d’une bonne famille, mais qui n’était point de ce pays. Mon père, originaire de Brème, établi premièrement à Hull, après avoir acquis de l’aisance et s’être retiré du commerce, était venu résider à York, où il s’était allié, par ma mère, à la famille ROBINSON, une des meilleures de la province. C’est à cette alliance que je devais mon double nom de ROBINSON-KREUTZNAER ; mais, aujourd’hui, par une corruption de mots assez commune en Angleterre, on nous nomme, nous nous nommons et signons CRUSOÉ. C’est ainsi que mes compagnons m’ont toujours appelé.

J’avais deux frères : l’aîné, lieutenant-colonel en Flandre, d’un régiment d’infanterie anglaise, autrefois commandé par le fameux colonel Lockhart, fut tué à la bataille de Dunkerque contre les Espagnols ; que devint l’autre ? j’ignore quelle fut sa destinée ; mon père et ma mère ne connurent pas mieux la mienne.

Troisième fils de la famille, et n’ayant appris aucun métier, ma tête commença de bonne heure à se remplir de pensées vagabondes. Mon père, qui était un bon vieillard, m’avait donné toute la somme de savoir qu’en général on peut acquérir par l’éducation domestique et dans une école gratuite. Il voulait me faire avocat ; mais mon seul désir était d’aller sur mer, et cette inclination m’entraînait si résolument contre sa volonté et ses ordres, et malgré même toutes les prières et les sollicitations de ma mère et de mes parents, qu’il semblait qu’il y eût une fatalité dans cette propension naturelle vers un avenir de misère.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80
DonaSwannDonaSwann08 février 2016
Je lui demandai s'il était jamais allé parler [à son dieu]. Il me répondit que non ; que les jeunes gens n'y allaient jamais, que personne n'y allait que les vieillards, qu'il nommait leurs Owookkée, c'est-à-dire, je me le fis expliquer par lui, leurs religieux ou leur clergé, et que ces vieillards allaient lui dire : O ! - c'est ainsi qu'il appelait faire des prières-, puis que lorsqu'ils revenaient ils leur rapportaient ce que Benamuckée avait dit. Je remarquai par là qu'il y a des fraudes pieuses même parmi les plus aveugles et les plus ignorants idolâtres du monde, et que la politique de faire une religion secrète, afin de conserver au clergé la vénération du peuple, ne se trouve pas seulement dans le catholicisme, mais peut-être dans toutes les religions de la terre, voir même celles des sauvages les plus brutes et les plus barbares.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          72
PaluzziPaluzzi20 août 2010
30 Septembre 1659.

Moi, pauvre misérable Robinson Crusoé, après avoir fait naufrage au large durant une horrible tempête, tout l'équipage étant noyé, moi-même étant à demi mort, j'aborde à cette île infortunée, que je nommai l'Ile du désespoir;

Je passai tout le reste du jour à m'affliger de l'état affreux où j'étais réduit: sans nourriture, sans demeure, sans vêtements, sans armes, sans lieu de refuge, sans que la mort, soit que je dusse être dévoré par les bêtes ou tué par les sauvages, ou que je dusse périr de faim. À la brune je montai sur un arbre, de peur des animaux féroces, et je dormis profondément, quoiqu'il plût toute la nuit.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          90
Videos de Daniel Defoë (9) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Daniel Defoë
Daniel DEFOE– Robinson Crusoé, Livre 2 (FR)
autres livres classés : vie sauvageVoir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.fr





Quiz Voir plus

robinson crusoé(facile)

Quel est le pays d’origine de Robinson Crusoé ?

France
Chine
Mongolie
Angleterre

10 questions
32 lecteurs ont répondu
Thème : Robinson Crusoé de Daniel DefoëCréer un quiz sur ce livre
. .