> Anne-Laure Tissut (Traducteur)

ISBN : 2742765387
Éditeur : Actes Sud (2007)


Note moyenne : 4.22/5 (sur 32 notes) Ajouter à mes livres
Voilà bien des années que John Hunt, qui a maintenant atteint la quarantaine, a choisi de se détourner de la société des hommes en allant vivre dans un ranch où, aux côtés d'un oncle vieillissant, il élève des chevaux. Mais le fragile éden, édifié en intime symbiose ave... > voir plus
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Critiques et avis

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  • Par InColdBlog, le 08 septembre 2010

    InColdBlog
    John Wayne doit se retourner dans sa tombe.
    Tout se perd ma bonne dame. Déjà que les Thuram et autres Dorhasso nous ont dynamité l'image du footeux décérébré, voici que Percival Everett, à la suite d'Annie Proulx, Tom Spanbauer et Thomas Savage, fait à son tour un sort aux clichés qui ont fait de l'«Homo Occidensus» une vraie caricature à cheval.
    A première vue, Blessés se situe dans la lignée des romans du Grand Ouest. A première vue seulement. D'accord, John Hunt élève et dresse des chevaux (sans leur murmurer quoi que ce soit à l'oreille, soit dit en passant), dans son ranch, quelque part au fin fond du Wyoming. Depuis la mort accidentelle de sa femme six ans auparavant, il a son oncle vieillissant, Gus, pour seule compagnie et ses journées sont rythmées par un dur labeur "« Personne ne s'est jamais noyé dans sa propre sueur »."
    L'art de vivre selon John Hunt se situe quelque part entre Vivre et laisser vivre et Chacun chez soi et les chevaux seront bien gardés (parce que les vaches, il ne les aime pas). Ce n'est pas qu'il soit misanthrope ; il entretient de bonnes relations avec ses congénères, mais moins il doit se rendre à la ville, mieux il se porte. Morgan, une cow-girl lui tourne bien autour depuis quelques temps, mais rien qui ne vienne troubler réellement son quotidien. Un cow-boy quasi mutique qui se tue au travail, transpirant la sueur et la virilité, si ça c'est pas cliché.
    Sauf que John Hunt est diplômé de l'université de Berkeley en histoire de l'art. Ce n'est pas par naissance mais par choix qu'il est venu s'établir ici. "« Il y avait quelque chose de dramatique dans ces terres reculées, arides et sauvages. C'est ce que j'aimais dans l'Ouest. Je ne portais pas forcément grande affection à l'histoire de la population, et aucune au mythe de cet Ouest qui n'avait jamais eu d'existence. Mon amour, c'était la terre. Et peut-être ce qu'elle changeait en certains de ces habitants.»
    " "«Voilà pourquoi je vis ici. Chaque fois que je contemple ce spectacle depuis ce point, je sais d'où je suis. On a le droit d'aimer quelque chose de plus grand que soi sans en avoir peur. De toute façon, tout ce qui vaut la peine d'être aimé nous dépasse. »
    " Ce passionné de Klee et Kandinsky est également végétarien. Incidemment, il est aussi noir (et là, patatras ! C'en est trop pour l'icône du cow-boy Marlboro qui se casse la gueule de son cheval). Au fin fond du Wyoming, ce détail est loin d'être insignifiant ; on comprend mieux pourquoi il ne tient pas à se faire remarquer. Retiré dans son coin de nature, il s'ingénie à n'avoir à s'occuper que de ses affaires, et surtout ne pas se mêler de celles des autres, même celles du vieux Gus, qu'il soupçonne d'être gravement malade, sans jamais s'en inquiéter ouvertement auprès de lui.
    Alors, pas question de commencer quand Wallace, le simplet qui lui donne un coup de main au ranch, est accusé du meurtre d'un gay retrouvé sauvagement mutilé en pleine campagne (on ne peut s'empêcher de penser au meurtre de Matthew Shepard, perpétué sur ces mêmes terres du Wyoming, en 1998, à Laramie). Hunt reste délibérément sourd aux appels à l'aide de Wallace, qu'il sait pourtant, au fond de lui, innocent et qu'il laisse « à la dérive sur un flot de lave dans un canot en caoutchouc». le suicide de Wallace en prison sera le premier nuage à menacer le ciel bleu de l'Eden sauvage de John Hunt. D'autres vont s'accumuler qui vont l'obliger à sortir de sa réserve et à prendre parti.

    I'm a poor lonesome cow boy. Il est plutôt sympathique ce John Hunt, cow-boy atypique dont le petit paradis terrestre va se trouver en proie à la bêtise et à la haine de l'homme. J'ai aimé ses doutes, son humanité. En revanche, j'ai trouvé peu crédible qu'il soit si bien et si facilement accepté dans cette petite communauté où tout le monde semble le respecter. D'ailleurs, l'esprit trop manichéen à mon goût du roman a gâché mon plaisir : les bons sont très bons, les méchants très méchants.
    Les thèmes défendus par Everett sont tout à fait honorables - protection de la nature, dénonciation du racisme ordinaire et de l'intolérance sous toutes ses formes (homophobie, indifférence envers les autres…)- mais frisent parfois la limite du politiquement correct.
    Il développe également un parallèle intéressant entre les hommes et les jeunes chevaux fous, aux réactions imprévisibles et parfois dangereuses, voire fatales comme ce fut le cas pour la femme de Hunt. "« le cheval n'est pas censé prendre de décision. C'est le premier point. le second est que le cavalier, lui, est censé en prendre. Si on se laisse dépasser par le cheval, on risque de ne pas reprendre le dessus, c'est ce que dit le vieux proverbe. Il faut imposer une autre direction à l'animal, briser la routine, le faire s'enfoncer dans des buissons sans raison apparente. Ne jamais le laisser s'emballer sur une colline pentue. »"
    La grande force de Blessés repose sur la qualité des dialogues et sur le suspense « à l'envers » entretenu tout au long du roman. Dès le début, on sait très bien qu'un événement dramatique va arriver, mais on ne sait pas de quelle façon, ni à quel moment. La tension monte et l'atmosphère ne cesse de s'alourdir à mesure que les incidents se multiplient dans cet environnement habituellement sans histoire, jusqu'à ce le pire arrive. Ce qui en fait un roman très agréable à lire.
    A noter que Percival Everett a reçu pour Blessés le PEN USA 2006 Literary Award.

    Lien : http://www.incoldblog.fr/?index/oeuvres/Bless%C3%A9s
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    • Livres 5.00/5
    Par alicejo, le 29 janvier 2011

    alicejo
    J'avais beaucoup aimé Effacement, j'ai A-DO-RÉ Blessés et son héros John Hunt, cow-boy atypique (ex-universitaire noir), plus à l'aise parmi ses chevaux que ses congénères.
    Ne cherchez pas de suspense ou de rebondissements dans ce roman, l'essentiel est ailleurs : dans l'écriture simple mais toujours juste de Percival Everett, dans l'évolution du personnage et de sa relation avec Morgane et ce fils "par procuration" (et un peu plus encore) qui se réfugie dans son ranch.
    Contrairement à InColdBlog, je n'ai pas trouvé ces personnages manichéens. Ils n'hésitent pas à exprimer sinon leur rejet mais au moins leur incompréhension face à des "situations inhabituelles" comme la présence d'homosexuels dans leur entourage. Ce n'est pas par ouverture d'esprit qu'ils acceptent ce rancher noir ou ce jeune homo mais plutôt par idée que ce qui se passe en dehors de leur domaine ne les concerne pas. La dernière phrase du roman résume d'ailleurs assez bien cette idée "c'est la frontière ici cow-boy [...]Partout, c'est la frontière."
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    • Livres 4.00/5
    Par chocobogirl, le 05 avril 2011

    chocobogirl
    John Hunt est un rancher qui vit dans l'Ouest américain. Cet homme de couleur noire a quitté la ville pour se soustraire au regard des hommes et habiter avec Gus, son oncle vieillissant, dans une ferme où il s'occupe de chevaux. Son quotidien est rythmé par les soins aux chevaux, leurs dressage, les réparations de la ferme et les maigres passages à la ville pour la santé défaillante de Gus.
    Morgan, une jeune femme voisine, vient régulièrement les visiter dans l'espoir de séduire Hunt qui, malgré son attirance, se refuse toute relation. En effet, sa femme est morte des années plus tôt dans un accident de cheval, dont il se sent responsable. Malgré le temps, John n'arrive pas à tourner la page et à avancer.
    Pourtant un jour, sa petite vie routinière va être chamboulée par quelques évènements.
    Un homosexuel est retrouvé battu à mort et c'est son apprenti qui est accusé du meurtre. le fils d'un ami vient passer quelques jours chez John pour fuir son père qui refuse son homosexualité mais sa venue provoquera moults tensions. Des actes malveillants sont pratiqués sur des animaux (vaches, chevaux, coyotes). Un fermier indien retrouve des insultes racistes près de chez lui. Bref, le coin est en effervescence et perturbe quelque peu notre rancher qui sortira bien différent de cette série d'évènements.
    Prenant place dans un décor d'Ouest Américain, digne des films western, on est pourtant très loin des clichés. A côté de descriptions de grands espaces et de balades à cheval dans une nature difficile, Everett réussit à déconstruire l'image du cow-boy en nous offrant celle d'un fermier noir, homme cultivé et diplomé en histoire de l'Art, qui, occupé constamment à travailler, n'a rien de glamour.
    Même si le thème principal n'est pas le racisme racial, c'est bien de la violence et de la haine contre la différence dont il est question ici. L'homosexualité est particulièrement montré du doigt : les habitants les considèrent d'un mauvais oeil. Leur malaise est très subtil et passe dans des petites phrases, des façons d'agir qui en disent bien plus que des mots. le portrait qui est fait de l'ami de John, père qui ne comprend pas et n'accepte pas l'homosexualité de son fils en est aussi un bel exemple. le conflit entre le père et le fils sera d'ailleurs l'occasion d'un beau portrait des relations conflictuelles familiales.
    John, devant de tels bouleversements, n'hésitera pas à s'interroger sur sa propre vie, ses sentiments, sa culpabilité. Ce bonhomme plutôt taiseux, avec Morgan comme avec Gus, cherche à être un homme bon. Indifférent au sort de son apprenti qu'il ne connait pas et pour qui il n'eprouve rien, il ressent malgré tout une certaine implication. John est un antihéros qui accepte ses faiblesses, ses erreurs, l'imperfection des êtres humains.
    Dans ce roman, Everett cherche à nous prouver que la haine, la violence et la destruction est l'apanage du genre humain. Qu'on soit dans une grosse cité ou une petite ville de l'Ouest américain, la violence est partout où l'être humain s'implante.
    Un roman pessimiste où les illusions se perdent dans le marécage de l'intolérance mais pourtant pas dénué d'un léger espoir.
    Un très très beau roman, tout en subtilité qu'il vous faut découvrir si ce n'est déjà fait !


    Lien : http://legrenierdechoco.over-blog.com/article-blesses-percival-evere..
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  • Par sebastienL, le 14 janvier 2009

    sebastienL
    Western 2.0.
    Avec Blessés, Percival Everett signe un roman atypique, qui, s'il reprend les codes de la parodie, s'apparente tantôt à [BLESSES] une satire de l'Amérique contemporaine profonde, tantôt à un roman en forme de pot-pourri : romantique par l'omniprésence de la nature, et les descriptions enjouées des grandes plaines de l'Ouest américain, sentimental par la naissance d'une histoire d'amour, psychologique par les questions existentielles auxquelles doivent faire face chacun des personnages….
    L'histoire se déroule dans un ranch du Wyoming, où le antihéros, John Hunt, élève des chevaux en compagnie de son vieil oncle Gus, après que sa femme Suzanne soit décédée des suites d'un accident en cheval. Dans les grandes plaines de l'Ouest, loin des métropoles américaines, la vie est rythmée par le travail. Mais ce qui donne de la matière au roman, c'est la dénaturation des codes établis : John Hunt est un cow-boy noir. le western des années 2000.
    La suite sur le blog!

    Lien : http://lireplus.mabulle.com/index.php/2009/01/13/172253-percival-eve..
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    • Livres 4.00/5
    Par fdm, le 31 mai 2011

    fdm
    Un magnifique roman qui aborde avec beaucoup de délicatesse le racisme dont sont victimes les noirs aux Etats-Unis et l'homophobie.
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Citations et extraits

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  • Par alicejo, le 28 janvier 2011

    - Mais pourquoi m'avoir appelé d'ailleurs?
    - Je voulais un témoin, pour le shérif. Qu'il se sache observé.
    - Tu ne fais pas confiance à Bucky?"
    Daniel secoua la tête, sortit une cigarette, qu'il alluma. "Je lui fais confiance comme à un blanc avec un fusil.
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  • Par alicejo, le 28 janvier 2011

    Je fus saisi de peur, d'un ordre différent cette fois, une peur véritable, que ne provoquent ni un lieu, ni une tempête, pas même une bête, mais les humains et eux seuls.
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  • Par Soundandfury, le 19 décembre 2010

    « S'il fait froid, allume un feu, s'il fait chaud, saute dans le ruisseau. La vie n'est pas plus compliquée. »
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Videos de Percival Everett

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Vidéo de Percival Everett

Percival Everett itw .
Entretien avec Percival Everett filmé au Publicis Drugstore (Paris 8ème) le 30 septembre 2008. Interview Isabelle Rabineau / Interprète Dominique Chevalier.Vidéo sous-titrée en français :http://www.dailymotion.com/video/x71nz3?subtitle=frArticle sur Percival Everett :http://blog.topolivres.com/blogtopolivres/2015/








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